L'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec (ACVFQ) est une organisation féministe militant pour les droits civils et politiques des femmes au Québec. Fondée en 1927 par Idola Saint-Jean, l'Alliance jouera un rôle clé dans l'obtention du droit de vote féminin au Québec. L'ACVFQ se distingue des autres organisations féministes de l'époque, puisqu'elle va se concentrer sur la population ouvrière féminine. L’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec se situe dans la première vague féministe.. Deux générations de féministes suffragistes ont milité afin de faire changer l’opinion publique et l’opinion des dirigeants et chefs politiques. L’ACVFQ se démarque par la persistance de son militantisme. L’ACVFQ a joué un rôle clé dans le processus d’émancipation des Canadiennes-françaises entre les années 1920 et 1940.
Fondation de l’Alliance L'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec fut créée à la suite de la division du Comité provincial pour le suffrage féminin. Professeure à l’Université McGill et militante, Idola Saint-Jean a contribué à la défense des intérêts des femmes au Québec. Sa participation essentielle au mouvement suffragiste, son action dans le mouvement ouvrier et syndical, en plus de sa participation aux commissions d’enquête sur la condition féminine font d'elle un symbole fort des années 1920-1930 au Québec. Idola Saint-Jean fut un membre fondateur du Comité provincial pour le suffrage féminin (CPSF). En 1927, elle quitte le Comité et crée l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec. Son départ est dû à trois principaux désaccords avec le CPSF : certains membres du comité comme Thérèse Casgrain sont trop affichés en faveur du Parti libéral du Québec, le Comité n’est pas assez actif et il est composé de trop de femmes issues du milieu bourgeois..
Le Comité provincial pour le suffrage féminin : précurseur de l'Alliance C’est en 1922 que plusieurs suffragistes ayant milité au sein de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste fondent le Comité provincial pour le suffrage des femmes. Idola Saint-Jean sera de ces féministes qui auront milité au sein des deux groupes. Cette dernière sera d’abord secrétaire du Comité provincial pour le suffrage des femmes, puis fondera l’Alliance canadienne pour le vote des femmes. Marie Lacoste Gérin-Lajoie et Anne Lyman, respectivement francophone et anglophone, vont cofonder et coprésider le Comité provincial pour le suffrage féminin. Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain seront toutes les deux très actives au sein de cette organisation féministe. Thérèse Casgrain va utiliser son réseau social, alors que Idola Saint-Jean sera celle qui rassemblera les troupes de militantes.
Elles vont rassembler quatre cents femmes et aller à la rencontre de Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre de l’époque, afin de lui présenter leur projet de loi visant à octroyer le suffrage féminin, et ainsi « faire rayonner les qualités féminines sur la politique» provinciale. Le Comité provincial pour le suffrage féminin s’allie avec le député provincial Henry Miles, afin de présenter un projet de loi concernant le droit de vote féminin à l’Assemblée législative. Malgré le dynamisme du Comité provincial, le projet de loi sera refusé par le premier ministre Taschereau. Henry Miles, député libéral de Montréal-Saint-Laurent sera ridiculisé par ses adversaires et ses collègues, mais demeure officiellement le député ayant parrainé « en Chambre le premier projet de loi sur le vote des femmes ». Malgré les efforts déployés, le projet de loi sera officiellement mis de côté, avant même une deuxième lecture, le .
L’Assemblée législative ne sera pas l’unique institution opposée au suffrage féminin provincial. Le clergé appuiera une pétition signée par plus de quarante-quatre mille femmes catholiques s’opposant farouchement à ce qu’on leur octroie le droit de vote. Marie Lacoste Gérin-Lajoie sera victime de grandes pressions de la part du clergé catholique québécois. Elle se retirera du Comité provincial pour le suffrage féminin à la suite d’une pétition signée par 25 000 femmes catholiques qui s’opposaient au droit de vote, et appuyée par le clergé catholique. Dès lors, le Comité provincial perdra de sa fougue initiale, ce qui va déplaire aux féministes plus radicales comme Idola Saint-Jean. Le Comité provincial pour le suffrage féminin sera repris par Thérèse Casgrain qui va créer la Ligue des droits de la femme, et qui militera pour le droit de vote des femmes et pour le droit des familles dans un sens plus large.
Création de l'Alliance Idola Saint-Jean ne sera pas réélue au poste de secrétaire du Comité provincial pour le suffrage féminin. On peut toutefois supposer qu’elle ne s'est pas présentée puisque « toutes les officières sont élues par acclamation ». Les dissensions sont nombreuses au sein du Comité depuis quelques années, mais c’est le souci d’action auprès des ouvrières qui va pousser Idola Saint-Jean à créer l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec, dont la première réunion eut lieu le . La création de la Ligue des droits de la femme et de l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec marque un déchirement entre les féministes suffragistes. La Ligue sera principalement active au sein de la bourgeoisie, alors que l’Alliance sera surtout préoccupée par les travailleuses.
L'Alliance prônera un féminisme plus radial que celui de Thérèse Casgrain. Aussi, l'ACVFQ sera une organisation typiquement canadienne-française, puisque Isabella Scott sera la seule membre anglophone. L’Alliance canadienne pour le vote des femmes inscrira, dans la Constitution même de l’organisme, le premier but de son militantisme : « L’obtention pour les femmes de la province de droits politiques et civils égaux à ceux des hommes ». Idola Saint-Jean précisera aussi que l’ACVFQ désire demeurer neutre et autonome, loin de toute partisanerie.
La ligue des droits de la femme et l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec sont les deux principales organisations qui ont milité pour le droit de vote au Québec jusqu’à la fin. Elles collaborent à de nombreuses reprises pour le suffrage au Québec (comme ce fut le cas pour les pèlerinages jusqu’à l’Assemblée Nationale), mais parfois leur relation est tendue. En effet, Idola Saint-Jean critique certaines actions des membres de la Ligue comme le choix de Thérèse Casgrain d’envoyer des fleurs au premier ministre Taschereau pour sa fête. Tandis que cette dernière considère qu’en créant l’alliance, Idola Saint-Jean divise les forces des suffragettes.
Enjeux défendus par l’Alliance L'Alliance canadienne pour le droit de vote des femmes va lutter farouchement pour protéger les intérêts des ouvrières, en plus de participer à quelques-unes des luttes syndicales. La lutte pour l’obtention de meilleures conditions sociales et de travail va monopoliser les actions entreprises auprès de la population ouvrière féminine. En plus d’être indispensable pour la conquête d’une véritable démocratie, le suffrage féminin permettrait aux femmes d’améliorer leur condition sociale, politique et juridique. Les militantes seront présentes en grand nombre « dans deux importants mouvements syndicaux féminins des années 1930 à savoir la syndicalisation des institutrices rurales, celles des midinettes et la grève organisée par ces dernières en 1937». Idola Saint-Jean ne milite pas uniquement pour le droit de vote des femmes, elle s’implique dans toutes les sphères où les femmes luttent pour l’amélioration de leur condition sociale.
L’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec défend l’égalité juridique et civile entre les hommes et les femmes ; lutte pour le suffrage féminin et l’autonomie financière des femmes; milite pour l’individualité des femmes; dénoncent le double standard homme-femme (comme celui sur l’adultère) ; revendique l’équité salariale et que toutes les professions soient ouvertes aux femmes, etc. L’ACVFQ a une vision très égalitaire de la relation homme-femme (en contradiction avec les féministes maternaliste très présente au début du ). En créant l’Alliance, Idola Saint-Jean veut fonder un regroupement féministe indépendant. L’ACVFQ soutient quiconque militent pour le droit de vote des femmes sans accorder de préférence à un parti politique. De plus, la culture prend une place très importante au sein de l’alliance. L’ACVFQ crée des pièces de théâtre, des conférences sur l’histoire des femmes, des cercles de lecture, une bibliothèque, etc. pour permettre aux femmes de s’instruire davantage.
Lutte pour le suffrage En plus de militer ardemment pour le suffrage des femmes, l'Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec cherche à défendre les intérêts des femmes en usant des lois déjà en vigueur et en éduquant les membres qui chercheraient à faire valoir leurs droits. Pour Idola Saint-Jean, refuser aux femmes de jouir des mêmes droits que les hommes est dangereux pour la démocratie. À l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, elle n’hésitera pas à comparer ce danger pour la démocratie à l’Allemagne d’Hitler, dans sa revue La Sphère féminine : « (…) tout tient dans l’édifice démocratique. Si on refuse à la femme le droit de suffrage sous préteste qu’elle doit être enfermée, c’est le cas en Allemagne, entre le lit, la cuisine et le biberon, on en viendra bientôt d’après le même procédé à supprimer les droits masculins les plus importants ».
Idola Saint-Jean se différencie aussi des autres militantes suffragistes québécoises puisqu’elle ne s’appuie jamais sur le soutien des hommes. Elle recherche sa propre autonomie, en plus de celle de toutes les autres femmes du Québec : « Dans les milieux suffragistes québécois, elle est la seule à développer l’idée d’une action autonome des femmes ce qui se traduit à la fois par le type de services dispensés par l’Alliance, et son refus de la séduction et la théorisation de ses choix féministes ». La Ligue des droits de la femme et l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec vont entreprendre plusieurs marches à l'Assemblée législative. Conjointement et sur une base annuelle. Les deux organisations réclameront le suffrage féminin : « Si les pèlerinages successifs à Québec furent insuffisants à cet égard, ils n’en constituèrent pas moins un excellent moyen de sensibiliser à la cause du suffrage féminin l’opinion publique québécoise ».
Oppositions politiques Diverses actions sont entreprises par l’Alliance pour militer pour le droit de vote pour les femmes du Québec qui est obtenu seulement en 1940 (alors qu’au niveau fédéral les femmes peuvent voter depuis 1918). De 1927 à 1938, l’ACVFQ envoie une délégation pour assister au projet de loi présenté annuellement à l'Assemblé Nationale sur le suffrage féminin. Un pèlerinage est organisé, chaque année, qui consiste à faire une marche jusqu’à l’Hôtel du Parlement pour, ensuite, assister au débat sur le suffrage. L’Alliance rencontre à plusieurs reprises des politiciens pour revendiquer le suffrage féminin. Par exemple, en 1927, l’alliance obtient une audience avec le premier ministre Taschereau. Une centaine de féministes de diverses organisations y seront présentes. La même année, Idola Saint-Jean et d’autres membres de l’Alliance rencontrent le premier ministre du Canada, mais ce dernier refusant d’excéder sa juridiction, n’apporte pas grande aide aux suffragistes québécois.