François Marie Peyrenc de Moras est un haut fonctionnaire et homme politique français, né le et mort le .

Famille et alliances

Famille D'une famille originaire des Cévennes, François Marie Peyrenc de Moras est le fils d'Abraham Peyrenc de Moras (1686-1732), lui-même fils de chirurgien-barbier enrichi dans le système de Law, et d'Anne-Marie-Josèphe de Fargès (1699-1738), fille de munitionnaire. Leur noblesse est toute récente, elle date de 1720. Il a comme ami d'enfance Antoine-François Boula de MontgodefroyArchives nationales, MC/ET/XXIII/714, testament de F.-M. Peyrenc de Moras où il lègue "à son ami, depuis l'enfance, sa petite collection des registres du Parlement et autres manuscrits y relatifs", né comme lui en 1718 et comme lui issu d'une famille de noblesse récente (1705), qui deviendra conseiller au Parlement de Paris en 1739 puis grand chambrier en 1769.

La fortune acquise par son père est considérable. Aux hôtels parisiens, place Louis-le-Grand et rue de Varenne, s'ajoutent les châteaux à la campagne : Moras, Champrose, Livry, Cherperine. Il est l'aîné d'une fratrie : Alexandre-Louis est né en 1722 et Anne-Marie en 1724. Leur père meurt en 1732. François-Marie a alors 14 ans. Six ans plus tard, c'est leur mère dont on dit qu'elle est morte de chagrin après le mariage rocambolesque de sa fille qui s'est enfuie du couvent du Cherche-Midi pour rejoindre et épouser en catimini M. de la Roche-Courbon. Sa mère, bien que fautive, l'a déshéritée et ses oncles ont engagé des poursuites. Le marié a fui en Italie et la jeune fille a été placée au couvent d'Yerres, jusqu'à sa majorité.

Alliances alt=Reliure armoriée: à droite les armes de M. de Moras: de gueules, semé de cailloux d'or à la bande d'argent|gauche|vignette|Reliure armoriée: à gauche les armes de M. de Moras, "de gueules, semé de cailloux d'or, à la bande d'argent" La Roche-Courbon étant mort, Anne-Marie, un peu "empâtée" à 27 ans, peut se remarier avec un gentilhomme provençal, Charles-Louis, comte de Merle de Beauchamp, diplomate et ambassadeur à Lisbonne. Ses deux frères font le mariage qu'on attend d'eux. Alexandre-Louis de Saint-Priest (1721-1765) a reçu, outre le marquisat de Saint-Priest et la ville de Saint-Étienne, des terres en Auvergne et a acheté à son frère la seigneurie d'Auzon. Conseiller au Parlement de Paris à 22 ans, il épouse Jeanne Barbery de Courteilles, fille de Jacques-Dominique, intendant du Béarn. François-Marie épouse Marie-Jeanne-Catherine Moreau de Séchelles, après contrat passé devant notaire, le Archives nationales, MC/ET/LXVI/436, contrat de mariage . Les armoiries des deux familles sont représentées ici sur la reliure de livre. La belle-famille demeure à Paris, place Louis-le-Grand mais Jean Moreau de Séchelles est en poste à Valenciennes comme intendant du Hainaut depuis 1727. La jeune mariée apporte, en avance sur la succession de ses parents, une dot de 400 434 livres. Son mari apporte un principal composé du tiers de la fortune de son père et de la moitié de celle de sa mère, auquel s'ajoutent 200 000 livres, rien qu'en meubles, équipages, vaisselle d'argent, pierreries et une bibliothèque de 20 000 volumes. François-Marie, outre qu'il est cultivé, dispose d'une fortune et de relations dans le monde de la finance. Son chemin est tout tracé, mais force est de constater qu'il restera peu de temps dans chaque charge.

Carrière

Parlementaire, intendant, contrôleur général alt=Jean Moreau de Séchelles (gravure de Louis-Simon Lempereur)|vignette|Jean Moreau de Séchelles (gravure de Louis-Simon Lempereur) Il entame sa carrière dans la charge de conseiller au Parlement de Paris dès le . Il acquiert celle de maître des requêtes le . Le , il est nommé lieutenant des chasses de la capitainerie de Livry et Bondy. En 1750, il entame, à l'âge de 32 ans, la tournée des intendances, à Riom en Auvergne, puis deux ans plus tard dans le Hainaut à Valenciennes. Là où son beau-père a passé 16 ans, il en passera deux. Au cours des deux années passées à Riom, il fait preuve d'humanité envers les plus démunis. Il obtient une remise d'impôts de 120 000 livres pour ses administrés. En 1751, lors d'une disette, il réussit à empêcher l'achat de blé auvergnat par les intendants d'Orléans et du Quercy. Dans son action industrielle, il tente sans trop de succès l'introduction du ver à soie mais il développe l'activité des teintureries. Il soutient la coutellerie à Thiers ainsi que les papeteries en introduisant le papier de Hollande. Enfin, il encourage l'ouverture d'une mine à plomb à Saint-Amant-Roche-Savine, qui est certes sur ses domaines. En 1752, peu avant son départ, il désenclave l'Auvergne en ouvrant des chantiers de routes royales en direction de Lyon, de Montbrison et du Languedoc. Sa nomination comme intendant du Hainaut fait de lui le successeur de son beau-père. C'est aussi une promotion car le Hainaut est un lieu stratégique au rôle militaire important face aux possessions autrichiennes, ce qui le place directement sous l'autorité du secrétaire d'État de la guerre. alt=Hôtel de Lionne|gauche|vignette|Hôtel de Lionne En 1755, il quitte le Hainaut pour devenir intendant des finances auprès de son beau-père, contrôleur général des finances depuis 1754. Celui-ci fait une crise d'apoplexie en , ce qui propulse Moras à son poste. Sous sa direction le Contrôle général se dote de conseillers techniques dont le plus écouté est son cousin viganais, Jean-Maurice Faventines. Moras ne reste que quatorze mois à l'hôtel de Lionne qui lui a été accordé par la grâce de Louis XV. Le contexte est difficile : on est en pleine guerre de Sept Ans. La France est en conflit avec l'Angleterre depuis le . Sur toutes les mers, les escadres françaises et anglaises s'affrontent et la tâche de Moras est de procurer au gouvernement les fonds extraordinaires indispensables à la guerre. Pour cela, il proroge des taxes et impôts déjà existants, mais il ajoute de nouvelles impositions. Le doublement du vingtième suscite la démission collective des magistrats du Parlement. Non seulement il s'est fait des ennemis mais les impôts ne suffisent pas. Il doit se faire avancer 10 millions par les receveurs généraux des finances, lancer deux loteries de 36 et 40 millions. Au total, il emprunte 112 millions.

Secrétaire d'État de la Marine alt=François-Marie Peyrenc de Moras, secrétaire d'Etat à la Marine ( gravure de Louis-Simon Lempereur d'après le portrait de Jean Valade (1710-1787)|vignette|François-Marie Peyrenc de Moras, secrétaire d'État de la Marine (gravure de Louis-Simon Lempereur d'après le portrait de Jean Valade (1710-1787) Le , il est nommé secrétaire d'État de la Marine en remplacement de Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville, tombé en disgrâceMichel Mollat, Marins et océans, Volume 2, Economica, 1991, page 144.. Il conserve le contrôle général des finances jusqu'au , date à laquelle, ne souhaitant pas mener de front deux départements importants, il s'en dessaisit au profit de Jean de Boullongne, intendant des finances qui prépare le retour du Parlement de Paris. Il est nommé ministre d'État le et se maintient à la Marine jusqu'au . Louis XV, en le nommant à ce poste, a été influencé par la marquise de Pompadour, proche de Moras, mais il a sans doute aussi l'arrière pensée qu'il est l'homme de la situation à cause de ses relations bancaires utiles au financement du rétablissement de la Marine royale. Cela n'empêche pas qu'on se gausse de sa nomination dans une de ces chansons dont le Paris du XVIIIe siècle est friand.

"Pour raser l'Angleterre, on met au ministère Peyrenc dont le grand-père faisait fort proprement des barbes au Vigan."

Ses pairs ne sont pas plus tendres avec lui. Choiseul trouve qu'il ressemble à une "grosse pièce de bœuf et n'a pas plus d'idées, plus de combinaisons dans la tête qu'elle ne peut en avoir;" d'Argenson file l'image et dit: "À le voir, il paraît bœuf et avoir la mâchoire épaisse, il a l'esprit gauche et pédant, c'est un gros garçon auquel le travail coûte."

S'il est un médiocre administrateur, il est en tout cas honnête, consciencieux et appliqué, même s'il n'atteint pas tous ses objectifs. Au mois d', après avoir fait fortifier le port de Brest, il somme l'intendant Ruis-Embito et le commandant de la marine Guébriant de se concerter pour mettre Rochefort et les rades en état de défense. Le manque de fonds, de matériel et de personnel fait qu'il a du mal à soutenir les opérations courantes de différentes escadres et surtout celles de la flotte d'Amérique du nord. Au printemps 1758, il ne parvient qu'à envoyer 16 navires de ligne contre la trentaine de navires britanniques qui croisent au large de Louisbourg. Il intègre des capitaines marchands, des roturiers donc, parmi les officiers de la marine royale. Il finance des flottes marchandes comme celles du marchand bordelais, Abraham Gradis. Grâce à leur intervention, il crée un pont maritime qui permet au Canada de résister à l'attaque des Anglais dans la zone du lac Champlain. Pour dynamiser la démographie des colonies, il autorise au Canada l'implantation de protestants d'Alsace. Auparavant, seuls, les catholiques étaient autorisés à immigrer. Sans doute n'a-t-il pas oublié ses origines huguenotes. Préoccupé par la disette qui menace la colonie, il encourage la pêche des navires espagnols dans les eaux de Terre-Neuve et fait son possible pour protéger les convois en les faisant escorter par des frégates. Il encourage Montcalm à collaborer avec les Amérindiens, il initie les premières enquêtes sur la corruption au sein des administrateurs canadiens, encourageant une implication dans l'administration dont il donne l'exemple. Malgré toutes les dépenses consenties dans son service, il ne réussit pas à établir les infrastructures suffisantes pour la flotte en Amérique du nord. Le commerce dans les Caraïbes paiera le prix de sa préférence pour le Canada. Quand il quitte le département, celui-ci est grevé de 42 millions de dettes.

Retraite et succession

Retraite Il se retire des affaires, conservant sa qualité de ministre d'État et la pension afférente. Les appointements sont élevés: un secrétaire d'Etat touche de 55 à 80 000 livres, la pension versée par le roi est de 40 000 livres. Comme il ne faut pas s'éloigner de la Cour, au risque de se faire oublier, les Moras louent depuis 1757 pour mille écus une maison à Glatigny. Le , de Moras présente à la Cour sa belle-sœur, de Merle. Les commentateurs disent qu'elle est fort grasse, mais que sa figure est plutôt bien que mal, certains lui trouvent un air de ressemblance avec l'infante, duchesse de Parme. À Paris, Les Moras résident dans leur hôtel, rue du Regard dans la paroisse de Saint-Sulpice. Entre 1762 et 1770, Moras entreprend la vente d'un certain nombre de biens acquis par son père, comme la terre de Champrose, et celle d'Auzon et en 1778, une maison, sise rue de Vendôme. alt=Château de Grosbois|gauche|vignette|Château de Grosbois alt=Carte de l'atlas de Trudaine centrée sur Grosbois et Boissy Saint-Léger|vignette|Carte de l'atlas de Trudaine centrée sur Grosbois et Boissy Saint-Léger