vignette|Incipit de l'hymne italien (« Le Chant des Italiens ») connu sous son incipit , (« Frères d'Italie ») ou (« Hymne de Mameli ») de G. Mameli et M. Novaro, 1847, reconnu officiellement en 2017. vignette|redresse=1|Incipit de Jacques le Fataliste et son maître.

L'incipit (du verbe latin : « commencer », et prononcé ou Cette dernière prononciation est recommandée par l'Académie française dans sa réponse à un courrier d'internaute : selon cette réponse, les emprunts relativement récents conservent la prononciation latine dite restituée. Mais cette justification insuffisante va à l'encontre de la francisation habituelle des mots étrangers, et elle n'est pas en usage dans le domaine musical, où l'emploi de ce mot dans la langue française apparaît en réalité comme bien plus ancien et suit les règles de la prononciation pratiquée à la période gallicane. Du reste, et en contradiction avec la recommandation de l'Académie française, le dictionnaire de l'Académie signale simplement la prononciation du t final.) est les premières phrases d'un texte littéraire, les premières mesures d'une œuvre musicale ou les premières minutes d'un filmhttps://journals.openedition.org/etudesromanes/2123https://journals.openedition.org/etudesromanes/1944.

Les poèmes sont souvent nommés par leur premier vers. Ce terme est d'origine liturgique chrétienne : dans le cadre religieux de l'Église catholique, les textes chantés portent souvent en titre le premier mot de leur incipit : on parle d'un Gloria, d'un Sanctus, du dimanche Lætare

L'incipit d'une œuvre romanesque constitue un enjeu majeur du pacte de lectureLe pacte de lecture est une question de seuil. C'est une frontière que le lecteur admet franchir. Ce seuil est conceptuel, il s'agit du réel opposé à l'imaginaire. Le lecteur admet qu'il « entre » dans le livre et qu'il ne se trouve plus dans le monde réel. : il a pour fonction de programmer la suite du texte, en définissant le genre, le point de vue adopté par le narrateur, les personnages, mais surtout, il doit donner envie de lire la suite.

Les bulles pontificales, les encycliques et les exhortations apostoliques, écrites en général en latinLe latin ecclésiastique, qui conserve sa qualité de langue commune, reste la langue officielle de l'Église., sont nommées d'après leur incipit, par exemple Pacem in Terris (« Paix sur la terre », 1963) ou Evangelii gaudium (« La joie de l'Évangile », 2013). D'autres langues sont aussi utilisées exceptionnellement. C'est le cas de Mit brennender Sorge (« Avec une brûlante inquiétude », 1937), en allemand, dans laquelle le pape Pie XI condamne le nazisme.

L'antonyme dincipit est un autre mot latin : explicit (ou excipit), qui désigne les derniers mots d'un texte.

Étymologie

vignette|gauche|redresse|alt=|Page d'un évangéliaire du : « INC[i]P[i]T EV[an]G[eliu]M S[e]C[un]D[u]M IOH[anne]M » (L'Évangile selon Jean commence) ; British Library, f.62v - BL Egerton MS 768.

Le mot incipit est la substantivation – attestée à partir de 1840 – de la troisième personne du présent de l'indicatif du verbe latin , « commencer »Dictionnaire Félix Gaffiot : prendre en mains, se mettre à entreprendre, commencer.Dictionnaire historique de la langue française, ouvrage collectif sous la direction d'Alain Rey, édition 2010. ; cette forme incipit abrège elle-même la formule « Hoc incipit liber » (« Par ceci commence le livre »), ou simplement « Incipit liber », que l'on trouve au début de nombreux manuscrits médiévaux. Il est invariable mais peut aussi être variable (des incipits).

Prononciation Dans le milieu scolaire français actuel, lorsque le terme est utilisé en littérature, la prononciation latine dite « restituée » est assez fréquemment employée.. Néanmoins, cet usage n'est pas prescrit par les dictionnaires : le Trésor de la langue française du Centre national de ressources textuelles et lexicales ou Le RobertÉdition 1996. ne proposent que la prononciation . C'est donc la prononciation gallicane du latin, « à la française », que retiennent ces ouvrages de référence. Cette prononciation francisée fait cependant entendre le t final : il ne s'agit pas d'une assimilation complète mais d'un héritage du gallicanisme. Cette prononciation gallicane relève de l'adaptation d'usage, au français, d'un mot qui reste étranger, selon la pratique courante de la langue française (contrairement à ce qui se pratique en anglais ou en allemand, où, dans une démarche inverse, on tend à conserver la prononciation d'origine des mots étrangers).

De même, lorsqu'il s'agit d'un incipit placé au début d'une partition, c'est cette prononciation gallicane () qui est spontanément retenue.

Incipit en musique

Musique vocale Dans le domaine musical, un grand nombre d'œuvres polyphoniques d'inspiration religieuse débutent par un incipit grégorien, cela depuis les polyphonies médiévales primitives jusqu'à nos jours (cf. par exemple les Vêpres de la Vierge, pour chœur mixte, soprano solo et ensemble instrumental, du compositeur québécois Gilles Tremblay, créées à l'Abbaye de Sylvanès en 1986).

Un exemple célèbre est l'antienne qui ouvre les Vêpres à la Vierge de Claudio Monteverdi (créées à la basilique Saint-Marc de Venise, en 1610).

droite Dès l'invitatoire (Deus in adjutorium meum intende : « Dieu, viens à mon aide »), en plain-chant par une voix seule, et le répons qui suit (Domine ad adjuvandum me festina : « Seigneur, hâte-toi de me secourir »), chanté par un chœur mixte à 6 voix, on perçoit que l'œuvre, qui présentera des moments d'intense recueillement ou d'exubérance, ne fait pas la différence entre esprit profane et religieux (ce qui cause une réelle difficulté d'interprétation). Sans que Monteverdi ait rien changé au motif musical d'origine, on comprend immédiatement qu'il a voulu mêler, dans la phrase d'intonation, l'appel chanté sur une simple corde récitative grégorienne et une rhétorique déclamatoire inspirée de l'antique. Le chœur et l'ensemble instrumental prennent ensuite le relais, et amplifient cette dynamique. Une autre forme d'incipit, incluant le mot incipit lui-même, apparaît dans l'annonce des Lamentations de Jérémie : Incipit lamentatio Jeremiæ Prophetæ (« Ici commence la lamentation du prophète Jérémie »). Lorsque ce texte est chanté, non seulement ces premiers mots sont mis en musique, mais également les lettres de l'alphabet hébreu destinées à servir de repères dans le texte (aleph, beth, gimel…). Musicalement, ces dernières sont souvent ornées comme des enluminures (voir par exemple l'œuvre de Thomas Tallis composée sur ce texte). L'époque de Tallis a précédé celle de Monteverdi, si bien que ses conceptions sont encore rattachées à celle de l'école franco-flamande des . Voir aussi, à l'université de Salamanque, dans l’Officium Hebdomadæ Sanctæ de Tomás Luis de Victoria (1585), l'épisode : Incipit lamentatio Ieremiæ) Plus souvent, l'incipit n'a pas besoin d'être noté par les compositeurs car l'intonation de cette courte formule mélodique, par un chantre soliste, rattache la partition à une liturgie connue à l'avance. Actuellement, au concert ou au disque, cet incipit peut ne pas être chanté, lorsque l'interprétation choisit de mettre l'accent sur l'aspect purement musical de l'œuvre, en gommant sa signification liturgique (cela peut être aussi, et en même temps, lorsqu'aucun des interprètes n'est capable de maîtriser ce style vocal très éloigné de nos canons actuels). thumb|Mozart, première page autographe du Requiem. Autre incipit, profane : Lasciatemi morire (« Laissez-moi mourir »), chanté deux fois mais constituant une seule phrase musicale, par lequel débute le célèbre Lamento d'Arianna de Monteverdi (1608, 1614), seul extrait subsistant de son opéra Arianna (brûlé au cours d'une guerre, de son vivant). Ariane chante son désespoir d'avoir été abandonnée par Thésée. L'incipit « Requiem æternam » du Requiem de Mozart (1791) est intégré à la polyphonie.

Chanson Dans le cas des chansons, l'incipit n'est pas particulièrement utilisé comme titre ; certaines ont un titre spécifique : La Carmagnole, La Marseillaise, Le Temps des cerises, Les Vieux… pour d'autres, surtout les chansons traditionnelles, l'incipit devient le titre : À la claire fontaine, J'ai du bon tabac, Il pleut, il pleut, bergère…

Dans le catalogage des œuvres, l'incipit sert à identifier avec précision une chanson quand de multiples œuvres portent des titres identiques.

Musique instrumentale Certains incipit d'œuvres instrumentales sont particulièrement célèbres :

Dans L'Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, les quatre premières mesures, sujet du premier contrepoint, servent de matériau de base à toute l'œuvre. Musique purement instrumentale, elle ne présente aucune parole (ou texte), d'aucune sorte.

Le premier mouvement Allegro con brio de la Symphonie nº 5 en Ut mineur de Beethoven, dite quelquefois Symphonie du Destin, débute par une brève cellule rythmique de huit notes, dont le motif (sol-sol-sol-mi bémol, auxquelles répondent fa-fa-fa-ré) est ensuite exploité tout au long du mouvement.

Le début de chaque mouvement de la Symphonie nº 9 du même Beethoven est formé des notes de l'arpège descendant de ré mineur (ré la fa ré) donnant son unité aux éléments thématiques de l'ensemble de l'œuvre. Descentes rythmées et scandées dans le premier mouvement, entrecoupées de silence dans le deuxième, en fanfare de croches doublées et arpèges brisés dans la ritournelle du quatrième, Beethoven accomplit le tour de force, dans le troisième, sur une seule octave, de mettre en relief les quatre notes dans la tonalité pourtant bien affirmée de si♭ majeur gardant cette tonique en note centrale.

vignette|center|upright=3|L'arpège descendant de ré mineur (ré la fa ré),incipit de chaque mouvement de la Symphonie nº 9 de Beethoven.

Incipit dans les lettres modernes Fonctions et buts

Dans une œuvre narrative, l'incipit a quatre fonctions principales. :

Définir le genre littéraire du texte : conte, récit, roman (d'aventure, fantastique, réaliste), et les choix narratifs de l’auteur (langage, point de vue, vocabulaire, registre de langue). Séduire le lecteur, susciter son intérêt et l'envie de poursuivre sa lecture, par l'utilisation de divers procédés techniques. Informer, en mettant en place les lieux, les personnages et la temporalité du récit. Permettre au lecteur de rentrer dans l’histoire en lui proposant un angle d'approche (fonction dramatique).

Types d'incipit L'incipit peut se présenter sous quatre formes différentes.

Réaliste Cette forme d’incipit, qui peut comporter plusieurs pages, est typique des romans dits réalistes, comme ceux de Balzac. L’auteur met le lecteur en état d'attente en retardant l'action par l'accumulation de détails concernant l’histoire, les personnages, le décor, le contexte historique, socio-économique, politique.

Ainsi la première phrase du Père Goriot () n'est que le début de la longue et minutieuse description de la Maison Vauquer.

Progressif

Il consiste à donner progressivement des informations sur le récit, mais ne répond pas à toutes les attentes du lecteur. Cette forme a pour but de donner envie au lecteur d’aller découvrir au cœur même du roman les réponses aux questions, qu’il n’a pas trouvées au début de celui-ci. C'est l'incipit fréquent du roman d'aventure, ou policier.

C'est en particulier le début traditionnel du conte de fée, dont le schéma narratif présente une situation initiale (Il était une fois… un personnage, un lieu, une situation…), l'irruption d'un élément perturbateur, une succession de péripéties, des éléments de résolution aboutissant à la situation finale. vignette|« Longtemps, je me suis couché de bonne heure », incipit autographe de M. Proust, À la recherche du temps perdu, tome 1, 1908-09.

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