Edmond-Gustave Camus ( - ) est un pharmacien et botaniste français. Il est vice-président de la Société botanique de France et fonde la Société pour l'étude de la flore française en 1894. Avec l'aide de sa fille et collaboratrice Aimée Antoinette Camus, il est connu pour ses multiples travaux sur les orchidées, les flores sauvages et les flores exotiques. Il est aussi le père de l'artiste-peintre néo-impressionniste dans le courant pointilliste Blanche-Augustine Camus.
Biographie
Enfance et formation Edmond-Gustave Camus naît le à Paris, dans une famille aisée qui s'installe à l'Isle-Adam, dans l'Oise. Dès son enfance, il est captivé par les nombreuses espèces d'orchidées qu'il observe dans la région, si bien qu'il les collectionne, les étudie et les reproduit grâce à sa maîtrise du dessin. Quelques années plus tard, il intègre la Faculté de pharmacie de Paris où il suit les cours et les herborisations du botaniste Adolphe Chatin (1813-1901). En parallèle, il visite les galeries de botanique du Muséum national d'histoire naturelle de Paris pour enrichir sa culture botanique. Après avoir obtenu son diplôme de Pharmacien de 1ère classe, il se marie et s'installe avec sa jeune famille dans une pharmacie située au 199 rue Lecourbe à Paris. Carrière Pharmacien à temps plein, il n'en oublie pas la botanique et consacre tout son temps libre à analyser et disséquer des plantes qu'il rapporte de ses excursions. En effet, il pensait que le botaniste devait étudier les plantes sur place et adopter une botanique de terrain. Il souhaite alors apporter sa contribution à l'étude de la flore française en proposant des ouvrages qui serviront aux herborisations.
En 1884, Edmond-Gustave Camus publie son premier ouvrage intitulé Une flore du Nord de la France qui reçoit un prix de l'Académie des sciences. Admirateur de L'Iconographie des orchidées de la région de Nice de Jean-Baptiste Barla, il réalise dès l'année suivante un ouvrage similaire sur les orchidées de l’Île-de-France intitulé L'Iconographie des orchidées des environs de Paris. Dans cet ouvrage, composé de 68 dessins, l'auteur dessine à la main 40 planches qui illustrent un nombre important d'orchidées et notamment des variétés hybrides. Il explique avoir « entrepris l'œuvre laborieuse de former douze exemplaires de l'Iconographie en dessinant et peignant douze fois les quarante planches de grandeur naturelle qui la composent ». Il continue son travail sur les orchidées en établissant sa première Monographie des Orchidées de France en 1894. De plus, la même année il collabore à La Flore de France de Georges Rouy, célèbre ouvrage qui identifie toutes les espèces et familles de végétaux vivant sur le territoire français ; et fonde la Société pour l'étude de la Flore française, qui deviendra 3 ans plus tard la Société pour l'étude de la Flore franco-helvétique. On retrouve dans cette société de grands noms de la botanique tels que Hippolyte Coste, Robert Buser et Julien Foucaud. Pendant 22 ans, Edmond-Gustave Camus dirige la Société et assure la rédaction du Bulletin dans lequel il publie de nombreuses notes.
En 1901, il publie dans le Bulletin des Sciences pharmacologiques un travail intitulé Les Plantes médicinales indigènes dans lequel il fait connaître certaines espèces officinales du Codex.
En parallèle, le botaniste participe à l'organisation de plusieurs congrès, dont le Congrès international de botanique de Paris en 1900 et devient Vice-président de la Société botanique de France. Il prend alors la décision définitive d'arrêter sa carrière de pharmacien en 1908 pour se consacrer entièrement à la botanique et au domaine de la recherche, en s'appuyant régulièrement sur l'herbier du Muséum national d'histoire naturelle. La même année, il étend son domaine de compétence sur les orchidées à l'échelle internationale : Edmond-Gustave Camus voyage, observe les orchidées du monde entier et publie sa Monographie des orchidées de l'Europe, de l'Afrique septentrionale, de l'Asie Mineure et des provinces russes transcaspiennes, avec ses collaborateurs Paul Bergon et Paul Henri Lecomte pour la partie taxonomique, et ses filles Aimée et Blanche pour la partie anatomique. Ce volume de 484 pages, accompagné d'un atlas de 32 planches, sera enrichi d'une Iconographie des Orchidées d'Europe et du Bassin méditerranéen, éditée par sa fille Aimée Antoinette Camus en 1929 et complétée d'un volume de textes et de planches supplémentaires.
Ses voyages l'amènent à découvrir d'autres espèces végétales et à entreprendre une étude sur la flore de l'Indochine, et plus particulièrement sur les bambous qu'il examine avec intérêt. En 1913, il publie ses résultats dans la monographie intitulée Les Bambusées dans laquelle il décrit les espèces connues à ce jour et consacre le dernier chapitre à la culture et aux diverses utilisations des bambous.
Décès et postérité Pendant la Grande Guerre, Edmond Camus succombe à une maladie le à l'âge de 63 ans.
Il a décrit et publié pendant trente ans des travaux consacrés à la botanique, plus particulièrement aux orchidées. Son Iconographie des Orchidées d'Europe et du Bassin méditerranéen est une référence pour un grand nombre d'orchidologues contemporains. De plus, aidé de sa principale collaboratrice et fille Aimée Antoinette Camus, il offre à travers ses publications une interprétation anatomique précise.
Si les éloges post-mortem semblent être discrets, certains botanistes ont souhaité rendre hommage à leur défunt confrère ainsi qu'à sa fille en leur dédiant des noms de genres ou espèces. Les Camus ont consacré leur vie à la botanique et leurs travaux leur confèrent une autorité légitime sur la discipline.
Principaux travaux
En orchidologie
Nomenclature de l'orchidée vignette|Orchis Purpurea Hudson. Les recherches botaniques de Edmond-Gustave Camus font partie des plus grandes références en matière d’orchidologie. Ses prospections menées en France, en Europe Occidentale et dans une grande partie du monde, témoignent de cette démarche scientifique qui consiste à décrire, nommer et dessiner les variétés d’orchidées sauvages observées sur le terrain. Dès 1900, Charles de Flahaut apostrophe le Congrès international de botanique sur l’imbroglio qui règne en matière de nomenclature des plantes. Ce besoin de « mettre de l’ordre dans l’expression des faits phytogéographiques » semble avoir été entendu par Edmond-Gustave Camus. Ses publications témoignent d’ailleurs de l’importance primordiale qu’il accorde à cet enjeu scientifique de l’indexation. Au-delà de l’érudition savante dont font preuve ses travaux, il s’agit surtout d’acter un système typologique permettant de désigner les nouveaux genres et espèces d’orchidées hybrides. Edmond-Gustave Camus reprend ainsi la classification élaborée par Masters et Rolfe qui consiste à associer systématiquement le nom de la variété aux parents supposés.
Dans le cas d’une hybridation dite « bigénérique », le premier terme de la nomenclature désigne le genre de l’orchidée qui se construit d’après une terminologie fondée sur les deux genres parentaux, auquel l’on ajoute le nom de l’espèce. De cette manière, le croisement de deux genres d’orchidées, tel que orchis laxiflora et serapias neglecta se nomme l’Orchis[s]erapias triloba. En revanche, lorsqu’il est question d’un croisement entre espèces d’orchidée, Edmond-Gustave Camus parle alors d’hybride « intergénérique ». C’est-à-dire que deux orchidées serapias – appartenant au même genre – donnent naissance à une orchidée « spécifique ». Ainsi, la serapias lingua croisée avec la serapias neglecta, est surnommée la serapias meridionalis.
En définitive, l’œuvre complète de Edmond-Gustave Camus n’abrite pas moins d’une centaine d’orchidées hybrides, nouvellement nommées d’après ce procédé taxinomique. Bien que la nomenclature ait évolué au niveau de sa forme syntaxique ; la plupart des botanistes emploient, encore aujourd’hui, ce système de classement pour parler des croisements d’orchidées, entre genre et espèce.
Démarche scientifique, technique et méthode d'analyse L’originalité de la nomenclature de Edmond-Gustave Camus réside également dans la démarche scientifique qui a été posée sur le sujet. En effet, la majeure partie de ses découvertes sont le fruit d’un travail collectif réalisé avec l’aide de son collaborateur Paul Bergon. Mais pas seulement, puisque cette passion pour la botanique échoit également à sa fille Aimée Antoinette Camus, qui l’accompagne dans la plupart de ses déplacements. alt=|gauche|vignette|Serapias Neglecta de Notar. L’objectif principal est de recenser les nouvelles espèces d’orchidées. Pour ce faire, il reproduit à la main le dessin d’une orchidée. La réalisation d’une esquisse devient alors le moyen d’enregistrer les données glanées sur le terrain. Une fois mis au propre, les dessins sont édités à l’échelle 1 (soit grandeur nature) dans un premier volume. Edmond-Gustave Camus fait preuve d’une grande maîtrise technique dans la réalisation des planches dessinées. Mais ce résultat stylistique n’aurait jamais été autant apprécié sans l’analyse complémentaire faite par Aimée Antoinette Camus à propos de l’anatomie des orchidées. Car bien souvent, les œuvres iconographiques de Edmond-Gustave Camus sont réalisées avec la collaboration de sa fille Aimée, également reconnue pour ses compétences scientifiques en matière de botanique, comme le confirment les prix décernés par l’Académie des sciences. Finalement, ces planches dessinées témoignent de l’usage d’un système de numérotation qui renvoie à une légende textuelle contenue dans un volume subsidiaire. Ce deuxième tome offre la possibilité au lecteur de comprendre l’anatomie de l’orchidée. Au sein du premier livre, l’auteur donne à voir la composition de l’orchidée au travers de dessins qui traitent notamment des organes de la plante ; chacun d’eux est ensuite répertorié au sein des planches de texte, à l’intérieur desquelles il décline les différents termes explicatifs et relatifs à la morphologie de l’orchidée.
En règle générale, Edmond-Gustave Camus procède à une description décroissante de la plante. Il la représente dans son ensemble, c’est-à-dire composée de la feuille, de la fleur et des racines, avant de se concentrer plus spécifiquement sur la hampe florale, soit l’inflorescence. Ensuite, son talent de dessinateur laisse place à l’expertise du botaniste, puisqu’il dresse une coupe sous plusieurs angles de la corolle, soit la zone de la fleur composée de l’ensemble de ses pétales. Selon les orchidées, il choisit de représenter un ou plusieurs labelles de l’inflorescence, c’est-à-dire le pétale supérieur de la corolle qui rend compte d’une forme et d’une couleur, qui varient selon les cas étudiés. En regard, il dresse un panorama du calice, soit plus exactement les sépales qui constituent l’enveloppe extérieure de la fleur, généralement située sur la partie inférieure de la corolle. Une fois parvenu à ce stade de l’analyse, il aborde en détail l’organe sexuel de la fleur – qu’il nomme comme étant le « gynostème » – puisque ce dernier est compris dans l’enveloppe protectrice formée par les sépales (calice). Il conclut son travail en proposant une description séparée de landrocée (organe mâle) et du gynécée (organe femelle) de la plante, afin de mieux entrevoir les caractéristiques morphologiques permettant, à terme, l’hybridation des genres et des espèces de l’orchidée.
Sur l'étude des bambous