Le () ou maladie de Willis Ekbom (ne pas confondre avec le syndrome d'Ekbom.) est une pathologie neurologique fréquente et invalidante, communément appelée « impatiences ». Elle est caractérisée par des sensations (picotements, fourmillements…) dans les membres amenant à un impérieux besoin de les bouger, essentiellement la nuit et au repos. Elle est souvent associée à un trouble des mouvements périodiques des membres (MPMS).

Les autres appellations incluent « syndrome d'impatiences des membres à l'éveil » (SIME) ; (RLS) (en anglais) et « syndrome de Wittmaack-Ekbom ». L'association France Ekbom utilise l'appellation « maladie de Willis-Ekbom ».. Le Manuel MSD utilise l'appellation « Syndrome des mouvements périodiques des membres et des jambes sans repos »..

Historique La première description clinique du est attribuée au neurologue britannique Thomas Willis. D'abord publiée en latin en 1672, elle est éditée ensuite en anglais dans le en 1685. Un traitement par opiacés est déjà préconisé. Un siècle plus tard, François Boissier de Sauvages de Lacroix, médecin français de la faculté de Médecine de Montpellier publie une nosologie méthodique de . Dans cette classification, l'état des impatiences des membres inférieurs est nommé Anxietas tibiarum, . D'autres descriptions probables de SJSR ont été rapportées par Huss (1849) Wittmaack (1861), Beard (1880), Gilles De La Tourette (1898), Bing (1913) et Oppenheim (1923).

Le a longtemps porté l'éponyme de syndrome d'Ekbom parce que le neurologue suédois Karl Axel Ekbom en a marqué l'histoire moderne avec une description précise du trouble dans ses publications de 1944 à 1966.

Épidémiologie La prévalence est estimée entre 3,9 % et 14,3 % de la population mondiale Ohayon MM, O’Hara R, Vitiello MV, « » Med Rev, 2011. Les prévalences les plus élevées sont rapportées en Argentine (20,1 %) et les plus basses en Tanzanie (0,5 %). Environ 5-10 % des populations d'origine européenne sont touchées, et 2-3 % présentent des formes modérées à sévères. Le SJSR est rare dans les populations d'origine africaine et asiatique.

En France, la prévalence de la maladie est de 8,5 %, dont la moitié en souffre au moins une fois par semaine, et 1,6 % des Français en souffrent toutes les nuits. L'âge de début des symptômes se situe entre . La prévalence augmente progressivement jusqu'à l'age de , puis se stabilise. Les femmes (10,8 %) sont plus touchées que les hommes (5,8 %).

Chez la femme, le syndrome des jambes sans repos survient plus souvent durant les grossesses Leschziner G, Gringras P, « » BMJ, 2012;344:e3056 et après la ménopause, pour une raison inconnue. On parle alors de syndrome des jambes sans repos secondaire par opposition à la forme primaire qui, elle, n'est pas due à une cause extérieure. Un premier épisode durant une grossesse augmente le risque de pérennisation du trouble et celle de récidive lors des grossesses ultérieures Cesnik E, Casetta I, Turri M « » , 2010;75:2117-20.

Causes Les causes du SJSR restent encore mal connues. Toutefois, une carence en fer dans le cerveau, un dysfonctionnement du système dopaminergique, certains antipsychotiques ainsi qu'une prédisposition génétique seraient impliqués..

Carence en fer La fréquence élevée de SJSR chez les sujets qui présentent une anémie ferriprive (carence en fer) Ekbom KA, « » 1960;10:868-873 et chez les donneurs de sang, l’amélioration partielle voire complète des symptômes après supplémentation en fer, font suspecter un lien entre le fer et le SJSR. Des études d'imagerie des tissus du cerveau et du liquide cérébrospinal ont confirmé ce lien. Une équipe française a retrouvé chez des patients atteints de SJSR une importante augmentation de l'hepcidine, principal régulateur de l’absorption du fer.

Dysfonctionnement de la dopamine L’efficacité de la L-Dopa sur les symptômes rapportés par un médecin turc en 1982 a fait fortement suspecter un dérèglement du système dopaminergique. On a longtemps pensé que les patients manquaient de dopamine dans le cerveau ; toutefois, les métabolites de la dopamine dans le liquide cérébrospinal prélevé le soir à n'étaient pas différents entre patients et témoins. Mais dans les prélèvements matinaux de 10h, les taux étaient en revanche beaucoup plus élevés, traduisant une hyperactivité de la dopamine pendant la journée. On admet actuellement une probable exagération de l'oscillation physiologique de l'activité dopaminergique entre le jour et la nuit.

Prédispositions génétiques Une prédisposition génétique a été suspectée devant la haute fréquence des cas familiaux. En effet, plus de la moitié des cas ont un membre de la famille touché par le SJSR. Le risque d’être soi-même atteint est 6 fois plus élevé lorsqu'un membre de la famille est atteint. Ceci suggère une forte implication génétique. En effet, une étude canadienne portant sur un nombre important de jumeaux a permis de mettre en évidence une concordance de 53,7 % entre jumeaux, l'héritabilité étant calculée pour sa part à 69 %.

Très tôt, le SJSR a bénéficié des études d'association pangénomique. Dès 2007, fruit de la collaboration de nombreux centres de sommeil européens, quatre premiers variants ont été identifiés comme prédisposant au SJSR dans des populations européennes. MEIS1 et BTBD9 semblaient les plus impliqués. Une autre étude sur des échantillons islandais et américain confirmait l'association entre le variant du gène BTBD9 et SJSR et les mouvements périodiques des jambes Stefansson H, Rye DB, Hicks A « » N Eng J Med, 2007;357:639-647. En 2017, une méta-analyse regroupant des populations européennes et américaines (EU-RLS GENE, INTERVAL, et 23andMe) confirmait les précédentes découvertes, et ajoutait 13 nouveaux loci impliqués dans le SJSR. Le gène MEIS1 et BTBD9 étaient les plus associés au SJSR et aux mouvements périodiques des jambes durant le sommeil.

Nervosité, stress Le risque de développer le syndrome des jambes sans repos semble augmenter en présence de facteurs tels que le stress, l'anxiété, la fatigue, le tabagisme, et l'abus d'alcool ou de substances contenant de la caféine, comme le café, le thé, le chocolat, les colas et le guarana. De plus, ces facteurs semblent également contribuer à la fréquence des crises associées au syndrome.

Autres mécanismes suspectés la voie de l'hypoxie l'adénosine les glutamates le stress oxydant l'axe hypothalamo-hypophysaire.

Cas des formes de syndrome des jambes sans repos comorbide (ou secondaire) Des fréquences élevées de SJSR ont été rapportées dans nombre de maladies et cas de figure : l’insuffisance rénale chronique au stade dialyse, au trimestre de la grossesse, baisse de fer par malabsorption, hémorragie gynécologique ou digestive, chirurgie en cas de maladie hépatique, maladies inflammatoires, neurologiques et cardiovasculaires, certains médicaments antidépresseurs..

On admet actuellement un continuum entre, d'une part, des formes à début précoce, idiopathiques, avec des antécédents familiaux où la prédisposition génétique jouerait un rôle important, et d'autre part, des formes à début tardif, souvent associées à d'autres maladies et où l’environnement jouerait un rôle plus important..

Description Le besoin de bouger les jambes résulte de la nécessité de soulager des sensations désagréables : fourmillements, démangeaisons, picotements et courants électriques. Ces sensations, parfois violentes dans les cas extrêmes, apparaissent lorsque le sujet est au repos, en position assise ou allongée, surtout le soir et la nuit, et disparaissent lors des mouvements : se lever, marcher. Durant le sommeil, les sensations ne sont pas perçues mais les mouvements involontaires persistent à des degrés variables, souvent périodiques, intéressant les jambes et parfois les bras. Des fortes courbatures matinales peuvent alors se faire ressentir en plus de l'accumulation de fatigue, lorsque le syndrome est sévère. En effet, ces symptômes peuvent perturber le sommeil, voire être source de véritables insomniesBich, H. N. X., & Huu, H. H. D. (2012). Le syndrome des jambes sans repos: une des causes de l’insomnie au Vietnam. Age, 25, 25-44. et dégrader la qualité de vie Winkelman JW, Redline S, Baldwin CM, Resnick HE, Newman AB, Gottlieb DJ, « » , 2009;32:772-8, et il n'est pas rare que les personnes qui en souffrent éprouvent également des troubles de la concentration et de la mémoire.

Les symptômes sont généralement bénins, mais ils peuvent toutefois être gênants, voire handicapants dans les formes sévères. L'examen clinique est normal. L'évolution est imprévisible.

Comme son nom l'indique, le syndrome intéresse essentiellement les membres inférieurs, mais pas uniquement. De nombreux sujets se plaignent de douleurs semblables partout dans le corps. Dans près de 50 % des cas, les membres supérieurs sont également concernés Michaud M, Chabli A, Lavigne G, Montplaisir J, « » Mov Disord, 2000;15:289-93. Des cas touchant l'abdomen ont été rapportés Pérez-Díaz H, Iranzo A, Rye DB, Santamaría J, « » , 2011;77:1283-6.

À des fins d'études, des critères diagnostiques ont été élaborés, reposant essentiellement sur la description clinique Allen RP, Picchietti D, Hening WA, Trenkwalder C, Walters AS, Montplaisir J, « » Med, 2003 Mar;4:101-19.

Diagnostic positif Le diagnostic du SJSR se fait à l'interrogatoire, lors d'une consultation médicale. Cinq critères essentiels sont nécessaires au diagnostic : (1) un besoin impérieux de bouger les jambes, très souvent associé à des sensations désagréables ; (2) aggravées par l'immobilité et le repos ; (3) améliorés par les mouvements ; (4) plus important le soir au repos par rapport au jour ; (5) ces signes ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble. Le syndrome des jambes sans repos est fréquemment associé à des mouvements périodiques des jambes survenant au cours du sommeil.

Un enregistrement du sommeil (polysomnographie) peut être indiqué, en cas de présentation atypique, de pharmacorésistance ou de suspicion de mouvement périodique des jambes en sommeil, d'apnée du sommeil ou une autre pathologie du sommeil.

Diagnostics différentiels Le syndrome des mouvements périodiques des jambes ; les crampes, souvent nocturnes et douloureuses, définies comme étant une contraction musculaire, absente dans le syndrome ; les neuropathies ; les paresthésies dues à la compression d'un nerf ; l'akathisie, manifestation ressemblant au syndrome, ; les rythmies du sommeil ; les myoclonies d'endormissement ; le syndrome des jambes douloureuses avec mouvement des orteils ; l'insuffisance veineuse profonde ; survenue ou aggravation au repos : les troubles s'aggravent lorsque la personne atteinte est au repos, assise ou couchéeC. Monaca et P. Derambure, « Physiopathologie » dans , p. 1-19.C. Monaca et P. Derambure, « Le syndrome des jambes sans repos » dans Médecine du sommeil. Fiche Pratique..

Conséquences Insomnie