Le protectorat de Wallis-et-Futuna est un protectorat français du au sur les îles de Wallis, Futuna et Alofi, dans l'océan Pacifique. Il est établi à la demande des rois coutumiers, sous l'influence des missionnaires maristes catholiques qui ont converti la population en 1840-42 et cherchent la protection de la France face à l'avancée des protestants dans la région. En , le protectorat sur Wallis est signé ; il est étendu à Futuna l'année suivante, même si ces îles sont rattachées administrativement à la Nouvelle-Calédonie jusqu'en 1909. En raison du faible intérêt stratégique de ces îles et de leur éloignement, il n'y a pas de véritable colonisation.

Le protectorat est dirigé par un résident envoyé par la France. Résidant à Wallis, il est chargé de maintenir l'ordre public, gérer le budget et collecter les impôts, construire des infrastructures et a également le pouvoir de valider la nomination des rois coutumiers. Néanmoins, l'administration française doit composer avec le pouvoir coutumier (Lavelua à Wallis, rois à Futuna, et leurs chefferies) qui a autorité sur les Wallisiens et Futuniens, avec la puissante église catholique qui encadre la population, gère l'enseignement autant que le contrôle des mœurs, ainsi qu'avec les commerçants, dont certains s'impliquent en politique. Certains résidents tentent néanmoins d'accroître leur pouvoir, comme Jean-Joseph David qui cherche à développer les infrastructures et les exportations wallisiennes à marche forcée dans les années 1930. À l'inverse, Futuna est difficile d'accès, et l'administration française y est représentée par un missionnaire. La trajectoire de Futuna diffère donc sensiblement de celle de Wallis.

Les habitants pratiquent l'agriculture vivrière et la pêche pour subvenir à leurs besoins, et ces sociétés polynésiennes organisées autour du don et du contre-don ne connaissent pas l'économie de marché. L'unique activité commerciale, encouragée par la France, est l'exportation du coprah, mais elle s'effondre dans les années 1930.

La Seconde Guerre mondiale représente un tournant majeur : en restant fidèles au régime de Vichy, les îles sont coupée du monde pendant 17 mois avant d'être reprises par la France libre et Wallis investie par l'armée américaine. Construction d'infrastructures, arrivée d'un fort pouvoir d'achat et découverte du modèle de société occidental bouleversent les équilibres socio-économiques et politiques. Une importante émigration se met alors en place vers la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, renforcée par la situation économique délabrée à la suite du départ des Américains en 1944. Le protectorat devient . La population s'exprime massivement en faveur du changement de statut lors du référendum de 1959 et, le , le protectorat prend fin : Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer.

Contexte

Localisation géographique

Le protectorat s'étend sur les îles Wallis (île centrale entourée d'un lagon où se trouvent plusieurs îlots) et les îles Horn (Futuna et Alofi). Situées dans l'océan Pacifique, elles appartiennent à l'aire culturelle et historique de la Polynésie.vignette|Carte de l'Océanie et de l'Asie de l'est en 1914. Le protectorat de Wallis-et-Futuna se situe au milieu de protectorats britanniques ou américains, loin des autres possessions françaises du Pacifique.Les îles les plus proches sont les Tonga au sud (protectorat britannique de 1900 à 1970), les Fidji (colonie britannique de 1874 à 1970) au sud-ouest, les îles Ellice et îles Gilbert (protectorats britanniques de 1892 aux années 1970), actuels Tuvalu et Kiribati) au nord, Tokelau (protectorat britannique, inclut dans les îles Gilbert et Ellice en 1916) au nord-est, et les Samoa à l'est, divisées entre les Samoa allemandes (1900-1914), qui passent sous souveraineté néozélandaise en 1920, et les Samoa américaines (1899-aujourd'hui). Le protectorat français est donc entouré de possessions britanniques ou américaines.

Les possessions françaises les plus proches sont les Nouvelles-Hébrides (condominium franco-britannique de 1907 à 1980) et la Nouvelle-Calédonie, colonie conquise en 1853 et qui devient un territoire d'outre-mer en 1944. Les établissements français de l'Océanie (actuelle Polynésie française), colonie de 1880 à 1946, sont encore plus éloignés.

Démographie vignette|Groupe de wallisiens devant leur au début du . La population de Wallis est estimée en 1842 à habitants et de Futuna à .. Au , la population de Wallis-et-Futuna augmente régulièrement. À partir de 1942, l'installation d'une base américaine à Wallis apporte une grande prospérité, qui favorise la natalité. Cet prend fin en 1946, mais a permis de faire diminuer fortement la mortalité. En conséquence, Wallis connaît une : entre 1935 et 1953, la population a augmenté de 45%. Les habitants sont dans leur immense majorité des Polynésiens ; la présence occidentale est minime, se limitant à une dizaine de missionnaires, une dizaine de commerçants et le résident de France. On compte également plusieurs centaines de Polynésiens des îles alentour, comptant en 1900 pour 10% de la population de Uvea et bien intégrés dans la société wallisienne.

Organisation sociale et politique Les îles Wallis et Futuna sont structurées autour de chefferies villageoises avec à leur tête un « roi » coutumier ( en wallisien, en futunien), choisi parmi les familles nobles (). La coutume joue un rôle très important dans la vie des insulaires. À l'arrivée des occidentaux au , Futuna est divisée en deux royaumes : Alo et Sigave, tandis que le royaume d'Uvea englobe toute l'île de Wallis. Les rois coutumiers ont autorité sur le foncier : aucun étranger ne peut acheter de terres, seul un droit d'usage peut être concédé.

En 1837, des missionnaires maristes français arrivent sur les deux îles et convertissent en quelques années les populations au catholicisme. Ils regroupent les habitats sur la côte et encadrent le pouvoir royal. À Wallis, les règles établies par les missionnaires modifient l'ordre social en figeant l'organisation coutumière, affaiblissant l'aristocratie à travers la mixité des mariagesMariages mixtes entre roturiers () et nobles () tout en créant un clergé local pour asseoir leur autorité spirituelle et temporelle. La mission a ainsi réussi à prendre une place dans l'organisation coutumière traditionnelle, en conservant ou en adaptant les coutumes wallisiennes.

Comme le note l'historien Frédéric Angleviel, . Des liens traditionnels existent entre ces îles et les autres archipels de Polynésie, mais les voyages () sont interdits par les missionnaires dans un souci de protéger Wallis et Futuna des influences extérieures.

Chronologie

Origines

vignette|L'évêque Pierre Bataillon installe une véritable théocratie sur l'île de Wallis, convertie au christianisme en 1842. Il convainc la reine Amelia Tokagahahau de demander un protectorat à la France.|alt= Dès l'arrivée des pères maristes en 1837 à Wallis et à Futuna, les missionnaires comprennent l'intérêt d'une protection officielle de la France sur les îles qu'ils ont converti au catholicisme. En effet, à a fin du , les rivalités entre catholiques et protestants sont fortes. Comme le résume Jean-Claude Roux, . Il s'agit de contrer l'influence des Tonga, récemment convertis au méthodisme, et qui font plusieurs tentatives pour étendre leur religion à Wallis.

Sous l'influence des pères maristes, le souverain wallisien (Lavelua) fait une première demande de protectorat à la France en , puis en octobre de la même année, en s'adressant aux différents capitaines de navires qui accostent à Wallis. Pour Jean-Claude Roux, . La Marine française cherchait à l'époque à augmenter les ports où ses navires pouvaient faire escale.

Cependant, la France refuse initialement cette demande de protectorat, car une crise diplomatique a éclaté avec le Royaume-Uni, dite « affaire Pritchard », autour du protectorat établi à Tahiti : les annexions françaises dans le Pacifique s'arrêtent alors pour quelque temps pour apaiser les Britanniques.

Débuts du protectorat (1887-1905) vignette|Des Wallisiens présents à l', photographiés à San Francisco par Isaiah West Taber. Dans les années 1880, la situation diplomatique et stratégique change. Après l'annexion anglaise des Fidji en 1874 qui brise l'équilibre précaire entre les deux nations, les Français souhaitent eux aussi affirmer leur position dans l'Océanie lointaine. Wallis-et-Futuna jouissent d'un regain d'intérêt auprès du ministère des colonies, et les visées tongiennes sur 'Uvea inquiètent de plus en plus les Wallisiens. D'autre part, les missionnaires craignent une annexion par les Britanniques installés aux Fidji. En 1881 et 1884, la reine de Wallis, Amelia Tokagahahau (fille du Lavelua Soane Patita Vaimu'a) réitère sa demande de protectorat aux officiers français qui font escale à Wallis. Ce n'est qu'en 1886 que la demande de protectorat auprès de la France aboutit enfin, cinquante ans après l'installation des pères maristes.

La reine Amelia Tokagahahau signe un traité de protectorat ratifié par la France le par décret. Le de la même année, les rois Anise Tamole pour Sigave et Malia Soane Musulamu pour Alo demandent eux aussi leur rattachement à la France. Le , un protectorat unifiant Wallis et Futuna est signé. Les débuts du protectorat sont imprécis : le décret du ne concerne que Wallis, et l'île est rattachée administrativement et financièrement à la Nouvelle-Calédonie par un second décret le - sans pour autant que les modalités précises soient indiquées. Finalement, Futuna est incluse dans le protectorat le . Ce n'est qu'en 1909 (décret du ) que Wallis et Futuna sont officiellement détachées de la Nouvelle-Calédonie et rassemblées dans une seule entité distincte.

Les souverains de Futuna et Wallis gardent toute leur autorité coutumière sur leurs sujets : ce n'est donc pas à proprement parler une conquête ou une colonisation. Le premier résident de France arrive à Wallis en 1888. Mais pour Jean-Claude Roux, en 1900 . Ce n'est qu'à la fin des années 1890 que les deux îles présentent un petit intérêt économique avec la production de coprah. Pour Filihau Asi Talatini, . Frédéric Angleviel parle d'un protectorat : .

Les médecins-résidents (1906-1942) Pierre Élie Viala arrive en 1905 et est suivi de Jean-Victor Brochard (fils de Victor Brochard), qui s'oppose fortement à la mission catholique. Arrivé en , Brochard doit quitter Wallis en mais grâce à des soutiens à Nouméa, il peut revenir en 1912 sur l'île.

Projets d'annexion (1913) alt=|vignette|Cet article du Honolulu Star-Advertiser s'inquiète du projet d'annexion de Wallis-et-Futuna par la France en 1913 : « la France étend son bras jusque dans les îles ». alt=Photo en noir et blanc montrant une foule assise, hommes habillés en blanc, devant un grand bâtiment à un étage (le palais royal). Au fond à gauche se tiennent des marins français et un groupe d'officiers. Enfin, contre le mur du palais, les dignitaires wallisiens (Lavelua, chefs), l'évêque et le résident de France.|gauche|vignette|Le , les officiers du croiseur français Kersaint organisent une cérémonie d'« annexion » des îles Wallis, levant le drapeau français devant le palais royal d'Uvea (photo) à Mata-Utu. Mais cette annexion est rejetée par la France en 1924. Un nouveau traité de protectorat est signé avec la France le . Le texte, valide jusqu'en 1961, limite les pouvoirs du roi de Wallis, mis en situation de sujétion par rapport au résident, et ceux des missionnaires. Ce nouveau traité de 1910 est censé préparer à l'annexion, demandée officiellement par le roi en 1913, sous l'influence du résident Brochard, Le , le croiseur Kersaint accoste à Wallis et organise une cérémonie où le drapeau français est levé devant le palais royal. Cela ne manque pas d'inquiéter les pays voisins anglophones. L'annexion devient en France un projet de loi en 1917, voté par la Chambre des Députés en 1920, mais elle est finalement refusée par le Sénat en 1924.