vignette|Béluga adulte Les bélugas du fleuve Saint-Laurent sont une population de bélugas endémique à la province de Québec, isolée géographiquement des autres populations fréquentant les eaux de l'océan Arctique.
Cette population a vécu une pression de chasse importante jusqu'à l'adoption d'un moratoire en rapport à cette activité en 1979. Depuis le début du suivi de la population en 1980, le nombre d'individus rapporté annuellement stagne autour de 1500 à 2000 individus. Les raisons pour la situation précaire actuelle incluent la pollution anthropique telle l'utilisation passée de polluants organiques persistants (POP) avant leur bannissement comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les dichlorodiphényltrichloroéthanes (DDT), les pathogènes présents dans les eaux qu'ils fréquentent, la prolifération d'algues toxiques et autres dérangements causés par l'humain comme les perturbations sonores causées par les bateaux.
Historique et démographie Les données historiques en lien avec le début de la chasse au béluga proviennent de lettres écrites à la main décrivant cette pêche. Les lettres les plus anciennes ont été datées à l'aube des années 1750, où la popularité de la chasse a explosé. Le taux de capture à ce temps a été estimé à environ une centaine de bélugas par piège installé et pouvait atteindre jusqu'à près de par saison de chasse. De plus, la chasse sportive de cet animal était encouragée en offrant une compensation monétaire pour chaque queue de béluga rapportée. Cette pression de pêche était renforcée par la pensée populaire que les bélugas étaient une espèce nuisible puisqu'ils se nourrissaient de poissons convoités par la pêche commerciale. Considérant que cet animal est une espèce à reproduction lente, les abattages reliées à cette croyance ont contribué à engendrer un impact énorme sur leur démographie. Le premier rapport constatant le déclin inévitable fut publié en 1978, un an avant l'interdiction officielle de leur pêcheBeluga protection regulations under the Fisheries Act, PC 1980-2939, Canada Gazette II, 114 (21), SDR/80-835, 12 November. Ce rapport stipulait que le nombre de bélugas vivant dans l'estuaire du fleuve Saint-Laurent durant ses années oscillait entre 300 et 350 seulementL. Pippard, H. Malcolm, White Whales (Delphinapterus Leucas): Observations on Their Distribution, Population and Critical Habitats in the St. Lawrence and Saguenay Rivers, Department of Indian and Northern Affairs, Parks Canada, 1978. Ce déclin sera confirmé par une deuxième étude réalisée en 1982J. Laurin, La chasse au béluga, Delphinapterus leucas, du Saint-Laurent et le statut actuel de la population, Carnet de zoologie (Société de zoologie de Québec), , 1982, .. En réponse aux résultats du premier rapport, en 1979, le Gouvernement du Canada agrandit l'aire protégée du béluga afin d'inclure la population de l'estuaire du Saint-LaurentR. R. Campbell, Rare and endangered fishes and marine mammals of Canada: Cosewic Fish and Marine Mammal Subcommittee status reports 11, Canadian Field-Naturalist , 1985, ., puis, à la suite du deuxième rapport, en 1983, lui donna officiellement le titre d'espèce menacéeL. Pippard, Status of the St. Lawrence River population of Beluga, Delphinapterus leucas, Canadian field-naturalist. Ottawa ON, 99(3), 1985, .. En 1988, un troisième rapport subséquent confirma la stagnation du nombre d'individus au cours des dix années suivant le premier rapport. vignette|Photo aérienne servant à dénombrer les individus d'une population Suivant le changement de statut, de nombreux efforts de recensementP. Béland, R. Michaud, D. Martineau, Recensements de la population de bélugas Delphinapterus leucas du Saint-Laurent par embarcations en 1985? Ministère des pêches et des océans, Direction de la recherche sur les pêches? 1986M.C.S. Kingsley, M.O. Hammill, Photographic census surveys of the St. Lawrence beluga population, 1988 and 1990, Canadian Technical Report on Fisheries and Aquatic Sciences 1776, 1991, 19 pp.M. C. Kingsley, Census, trend and status of the St. Lawrence beluga population in 1992, 1993, , iological Sciences Branch, Québec Region, Department of Fisheries and Oceans, Maurice Lamontagne Institute.M. C. Kingsley, Population index estimate for the belugas of the St Lawrence in 1995, 1996, , Fish and Marine Mammals Division, Department of Fisheries and Oceans, Maurice Lamontagne Institute. furent déployés afin de surveiller la fluctuation démographique subséquente aux mesures de protection contre la chasse mises en place par le Gouvernement du Canada. Malgré ceux-ci, le nombre de bélugas a continué de stagner entre 1980 et 1995, signifiant que la chasse intensive n'était pas le seul facteur contribuant au déclin de cette espèce. Dans les années 1980, les polluants organiques persistants (POPs), en particulier le DDT et les biphényles polychlorés (BPCs), furent rapidement soupçonnés après avoir été découvert en quantités énormes dans les carcasses des bélugas, surtout chez les juvénilesD.E. Sergeant, Levels of Mercury and Organochlorine Residues in Tissues of Sea Mammals from the St Lawrence Estuary, Int. Council Explor. Sea, Marine Env. Quality Committee, CM 1980/E55, 1980. De nombreuses étudesR. Massé, D. Martineau, L. Tremblay, P. Béland, Concentrations and chromatographic profile of DDT metabolites and polychlorobiphenyl (PCB) residues in stranded beluga whales (Delphinapterus leucas) from the St. Lawrence Estuary, Canada, Archives of environmental contamination and toxicology, 15(5), 1986, .D.C.G. Muir, C. A. Ford, B. Rosenberg, R. J. Norstrom, M. Simon, P. Beland, Persistent organochlorines in beluga whales (Delphinapterus leucas) from the St Lawrence River estuary-I. Concentrations and patterns of specific PCBs, chlorinated pesticides and polychlorinated dibenzo-p-dioxins and dibenzofurans, Environmental Pollution, 93(2), 1996, .D.C.G. Muir, Organochlorine contaminants in belugas, Delphinapterus leucas, from Canadian waters, Can. Bull. Fish Aquat. Sci., 224, 1990, . confirmèrent la relation entre le déclin de la population et ces polluants par la suite. Malgré ces découvertes alarmantes, les POPs ne seront bannis qu'en à la suite de l'adoption de la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistantsUnited Nations Environment Programme, The Stockholm Convention on Persistent Organic Pollutants (UNEP, Nairobi, 2001).
En date de 2012, on estime le nombre d'individus à 889, ce qui est une légère augmentation en contraste aux analyses entre 1973-1995, dans lesquelles on mentionnait entre 300-. Cependant, le taux de croissance normal pour une population de béluga en santé devrait se situer entre 2.5% et 4%Department of Fisheries and Oceans. Recovery Assessment Report on Cumberland Sound, Ungava Bay, Eastern Hudson Bay, and St Lawrence Beluga Populations (Delphinapterus leucas). Ottawa, Canada: Fisheries and Oceans Canada, 2005., alors que les valeurs mentionnées précédemment constituent un taux de croissance de moins de 1%Department of Fisheries and Oceans. Recovery Strategy for the Beluga Whale (Delphinapterus leucas) St Lawrence Estuary Population in Canada: Species at Risk Act Recovery Strategy Series. Ottawa, Canada: Fisheries and Oceans Canada, 2012.. De plus, la démographie de la population actuelle n'est pas soutenable et risque de provoquer une chute de population encore plus importante dans les prochaines années si aucune action n'est entreprise, puisque le taux de juvéniles est trop faible pour assurer un renouvellement de la population.
Entre les années 1940 et 1980, le nombre de bélugas du Saint-Laurent a drastiquement diminué, passant d'environ MO. Hammill, LN. Measures, J-F. Gosselin et al, Lack of Recovery in St Lawrence Estuary Beluga, Ottawa, Canada: Fisheries and Oceans Canada, 2007.R.R. Reeves, E. Mitchell, Catch history and initial population of white whales (Delphinapterus leucas) in the river and Gulf of St. Lawrence, eastern Canada, Naturaliste canadien, 111(1), 1984, . à moins de . Malgré les efforts de conservation et le moratoire sur la pêche de cet animal adopté par le Gouvernement du Canada en 1979, le groupe de baleine blanche stagne aux alentours de 700- depuis. L'objectif à long terme, visant un rétablissement d'au moins 70 % de la quantité de bélugas pré-pêcheriesDepartment of Fisheries and Oceans. Recovery Strategy for the Beluga Whale (Delphinapterus leucas) St Lawrence Estuary Population in Canada: Species at Risk Act Recovery Strategy Series. Ottawa, Canada: Fisheries and Oceans Canada, 2012, demeure bien loin d'être atteint. Les causes expliquant le déclin si important sont nombreuses.
Polluants organiques persistants La présence de polluants organiques persistants (POPs) en quantités anormalement élevées dans les tissus adipeux des bélugas habitant dans l'estuaire du Saint-Laurent est sans doute l'une des causes les plus importantes du déclinD. Martineau, A. Lagace, P. Beland, R. Higgins, D. Armstrong, LR. Shugart, Pathology of stranded beluga whales (Delphinapterus leucas) from the St. Lawrence estuary, Quebec, Canada, J Comp Pathol , 1988, . Leurs niveaux de mercure, biphényles polychlorés (BPCs) et DDT, tous considérés POPs, ont tous été établis à largement supérieurs à ceux que l'on retrouve dans les tissus des autres bélugas vivant dans l'océan ArctiqueR. R. E. A. Wagemann, R. E. A. Stewart, P. Beland, C. Desjardins, Heavy metals and selenium in tissues of beluga whales, Delphinapterus leucas, from the Canadian Arctic and the St. Lawrence estuary, ''Canadian bulletin of fisheries and aquatic sciences/Bulletin canadien des sciences halieutiques et aquatiques, 1990..
Les POPs, avant leur interdiction d'utilisation en 2004, se sont accumulés dans l'environnement à la suite de la combustion de certains composés nécessaires à la synthèse de produits chimiques, à l'utilisation de produits chimiques considérés POPs dans l'industrie agroalimentaire (par exemple, le DDT, un pesticide efficace mais néfaste pour l'environnement) et à la suite de leur synthèse dans la production industrielle en tant que sous-produit. Ils appartiennent à la catégorie de molécules hydrophobes et lipophiles. Or, une molécule hydrophobe lipophile en milieu marin se stockera préférentiellement dans le corps des organismes, plus spécifiquement dans leurs tissus adipeux, ce qui explique leur accumulation dans le corps des mammifères marins. De plus, le métabolisme des bélugas est très lent, ce qui signifie que le taux d'élimination métabolique des substances nocives comme les POPs s'en retrouve également réduit, ce qui les prédispose à accumuler de plus en plus de substances toxiques dans leurs tissus. Couplé au fait que les bélugas sont au sommet d'un réseau trophique où les proies absorbent également des POPs, il est facile pour eux d'accumuler rapidement des niveaux de POPs hautement toxiques dans leurs tissus.
Tel qu'attendu, les carcasses de bélugas qui ont été examinées démontraient une valeur atypiquement élevée de POPs reliés aux zones industrialisées et fortement peuplées du bord du fleuve Saint-Laurent. Largement documentés comme des composés chimiques toxiques ayant des conséquences néfastes sur les organismes, les POPs pourraient affecter la longévité et la survie des bélugas de plusieurs façons.
Effets sur le système reproductif