J'accuse est un film de procès dramatique historique franco-italien coécrit et réalisé par Roman Polanski, sorti en 2019. Il s'agit de l'adaptation du roman D. (2013) de Robert Harris, portant sur l'affaire Dreyfus. Son titre est une référence à , article publié le par Émile Zola dans L'Aurore pour défendre le capitaine Dreyfus.

En raison des accusations qui sont par ailleurs portées contre son réalisateur, et des thèmes qu'il met en scène , ce nouveau volet de l’œuvre de Polanski fait tout particulièrement l’objet d'une controverse. Il suscite la gêne dans certains festivals, dont la Mostra de Venise 2019 où il obtient le grand prix du jury et le prix FIPRESCI, mais aussi lors de sa sortie en France où il donne lieu à des débats et des réactions politiques à l’échelle nationale.

Le film obtient douze nominations à la cérémonie des César lors de laquelle il est récompensé trois fois : César des meilleurs costumes, César de la meilleure adaptation et César du meilleur réalisateur.

Synopsis vignette|Alfred Dreyfus (1859-1935), capitaine français, d'origine alsacienne et de confession juive, un enjeu pour lutter contre l'antisémitisme, dans la société militaire et politique, à la fin du XIXe siècle. En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier français de confession juive, est condamné à la déportation à vie pour avoir fourni des documents secrets à l'Allemagne. Le commandant Marie-Georges Picquart, promu lieutenant-colonel et chef du Deuxième Bureau, découvre que le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy est le véritable espion pour l'Allemagne et que son propre adjoint, Hubert Henry, sait que le véritable traître n'est pas Dreyfus mais Esterhazy. Par devoir et sens de l'honneur, Picquart refuse d'obéir à ses chefs qui lui ordonnent d'étouffer l'affaire. Il est menacé, arrêté, emprisonné, mais persiste jusqu'à ce que la vérité éclate et que Dreyfus soit libéré et réhabilité. Pendant douze ans, cette « affaire » déchire la France de la Troisième République et fait scandale dans le monde entier.

Fiche technique

Titre français : J'accuse Titre italien : Titre international : Réalisation : Roman Polanski Scénario : Robert Harris et Roman Polanski, d'après le roman D. de Robert Harris Premier assistant réalisateur : Hubert Engammare Direction artistique : Jean Rabasse Costumes : Pascaline Chavanne Photographie : Paweł Edelman Son : Lucien Balibar Montage : Hervé de Luze Musique : Alexandre Desplat Production : Ilan Goldman (Alain Goldman) Sociétés de production : Légende Films et RP Productions ; Gaumont, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, Rai Cinema et Eliseo Cinema (coproductions ); SOFICA Palatine Etoile 16 (en association) Sociétés de distribution : Gaumont (France), 01 Distribution (Italie) Pays de production : , Langue originale : français Budget : Format : couleur Genre : biopic, drame et historique Durée : 132 minutes Dates de sortie : Italie : (Mostra de Venise 2019) ; (sortie nationale) France :

Distribution vignette|200px|droite|Marie-Georges Picquart, ici au moment de l'affaire Dreyfus et des procès Zola, est incarné par Jean Dujardin. vignette|200px|droite|Alfred Dreyfus, ici en 1894, est interprété par Louis Garrel.

Jean Dujardin : commandant puis lieutenant-colonel Marie-Georges Picquart Louis Garrel : capitaine Alfred Dreyfus Emmanuelle Seigner : Pauline Monnier Grégory Gadebois : commandant puis lieutenant-colonel Hubert Henry Hervé Pierre : général Charles-Arthur Gonse Wladimir Yordanoff : général Auguste Mercier Didier Sandre : général Raoul Le Mouton de Boisdeffre Melvil Poupaud : Fernand Labori, avocat d'Émile Zola au civil, puis du capitaine Dreyfus devant le de guerre Éric Ruf : colonel Jean Sandherr Mathieu Amalric : Alphonse Bertillon, expert graphologue Laurent Stocker : général Georges-Gabriel de Pellieux Paulo Henrique : capitaine d'état-major Vincent Perez : , ami de jeunesse du lieutenant-colonel Picquart Michel Vuillermoz : lieutenant-colonel Armand du Paty de Clam Vincent Grass : général Jean-Baptiste Billot Denis Podalydès : Edgar Demange, avocat du capitaine Dreyfus devant les et de guerre Damien Bonnard : commissaire spécial adjoint Jean-Alfred Desvernine, de la Sûreté générale Laurent Natrella : commandant Ferdinand Walsin Esterhazy Kevin Garnichat : capitaine Jules Lauth Bruno Raffaelli : juge Delegorgue Vincent de Bouard : Gribelin Stefan Godin : général Darras (crédité Stéfan Godin) Pierre Poirot : greffier Vallecalle Luca Barbareschi : Philippe Monnier Mohammed Lakhdar-Hamina : Bachir Philippe Magnan : procureur Brisset, président du Pierre Forest : le colonel Morel Jeanne Rosa : Martha Leblois Benoît Allemane : Georges Charpentier, éditeur d'Émile Zola Gérard Chaillou : Georges Clemenceau, éditorialiste à L'Aurore André Marcon : Émile Zola Nicolas Bridet : Mathieu Dreyfus Ludovic Paris : sénateur Arthur Ranc Swan Starosta : Lucie Dreyfus Luce Mouchel : Madame Sandherr Nicolas Wanczycki : Foucault Pierre Aussedat : colonel arrêtant Picquart Jean-Marie Frin : président du jury Jean-Marie Lecoq : médecin duel Thierry Gimenez : colonel Jouaust Frédéric Épaud : officier artillerie Clément Jacqmin : journaliste santé Fabrice Firmin : Alexandre Perrenx Roman Polanski. : un académicien (non crédité)

Production Genèse et développement Roman Polanski collabore ici à nouveau avec l'auteur britannique Robert Harris. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble sur The Ghost Writer (2010). Le scénario s'inspire du roman D. () de Robert Harris, publié en 2013. Roman Polanski voulait depuis des années faire un film sur l'affaire Dreyfus, le projet est évoqué dès 2012. : , dit-il au Hollywood Reporter en 2012..

Durant des années, le réalisateur tente de mener à bien le projet, mais peine à le financer, comme il le déclare en 2017 :

Tournage vignette|Première chambre de la Cour d'appel de Paris.

Le tournage commence le . et devait finir le . Le film est tourné à Paris et en région parisienne comme au Palais de justice, à l’église Saint-Germain-l'Auxerrois ou à l'École militaire de Paris. Les scènes du bagne de Guyane sur l'île du Diable sont tournées à Plougasnou dans le Finistère.. Toutefois, l'équipe tourne encore après cette date, notamment en à Moret-sur-Loing en Seine-et-Marne..

Musique

La musique du film est composée par Alexandre Desplat qui a déjà travaillé avec Polanski sur d'autres films : The Ghost Writer en 2010, Carnage en 2011, La Vénus à la fourrure en 2013 et D'après une histoire vraie en 2017..

Le quatuor pour piano et cordes n° 2 de Gabriel Fauré intervient à deux reprises dans le film, sa première partie allegro molto moderato et son Finale, allegro molto. Dans une scène dans l'appartement du lieutenant-colonel, au piano, le début du Cygne extrait du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns est joué.

Accueil Sortie controversée Naissance de la controverse à la Mostra Le film fait l'objet d'une controverse lors de sa présentation à la Mostra de Venise.

Le , le film est sélectionné et présenté en compétition officielle à la édition du festival de la Mostra de Venise. Publié à l'occasion du festival, le dossier de presse présente un entretien accordé à l'écrivain Pascal Bruckner. À sa question (qui elle-même a suscité l'indignation pour son anti-féminisme) : , Roman Polanski répond que l'histoire du capitaine Dreyfus fait écho à sa propre histoire.

Toujours dans le dossier de presse, il indique s'être inspiré de sa propre vie pour ce film, faisant allusion aux accusations de violences sexuelles le visant : Il évoque notamment Lors d'une interview, Vincent Perez, l'un des acteurs du film, affirme également que le film fait

Le film est d'abord très bien accueilli par la critique comme un des meilleurs films de la compétition.. mais sa sélection suscite des critiques de la part de professionnelles du cinéma, comme la présidente du jury, la réalisatrice argentine Lucrecia Martel. Cette dernière a affirmé être par ce choix et qu'elle « n'assisterait pas » à la projection du film... La fondatrice du groupe féministe Women and Hollywood, Melissa Silverstein, soutient quant à elle que le festival Alberto Barbera, directeur du festival, estime cependant qu'il . Il maintient sa position lors de la Mostra 2022, en se défendant de ne juger que la qualité des films et que le festival n'est pas un tribunal. Barbera fit une comparaison avec le traitement que subirait Le Caravage, un meurtrier..

Le film reçoit le grand prix du jury. C'est Emmanuelle Seigner qui réceptionne le prix, son mari ne s'étant pas déplacé par crainte d'être arrêté et extradé.. Lucrecia Martel a indiqué que l'ensemble du palmarès n'avait pas fait l'unanimité au sein du jury, sans plus de précision..

Poursuite de la controverse en France En , lors du festival international du film de La Roche-sur-Yon, l'actrice Adèle Haenel demande à Paolo Moretti, délégué général du festival, d'organiser un avant la projection du film.. Elle estime nécessaire de revenir tout particulièrement sur la notion de , utilisée par la défense du réalisateur franco-polonais...

Lors de sa sortie en France, la poursuite de cette controverse donne lieu à une nouvelle évolution du traitement médiatique de l'affaire Roman Polanski et plus généralement de la critique de films réalisés par des cinéastes accusés ou condamnés pour des violences sexuelles.. Le , Valentine Monnier déclare au Parisien que Polanski l'aurait violée en 1975 après l'avoir « rouée de coups », alors qu'elle était âgée de 18 ans.. Elle explique que c'est la sortie en salles du film le , qui lui ., jugeant indécente la prise de parole publique de Roman Polanski. Préalablement, elle avait écrit à l'épouse du président de la République Brigitte Macron, au ministre de la Culture Franck Riester et à la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa pour faire part de ses allégations et dénoncer le soutien financier accordé au film par le ministère de la Culture.. Roman Polanski conteste les faits et envisage des poursuites judiciaires.

Jean Dujardin annule alors son interview prévue lors du journal télévisé de TF1 du ..

À la suite des réactions médiatiques suscitées par les allégations de Valentine Monnier, Florian Silnicki, expert en stratégie de communication de crise, déclare que « de nombreux observateurs reprochent à Roman Polanski d’avoir instrumentalisé l’objet de son film, l’affaire Dreyfus, pour opérer un parallèle, au moins subliminal, avec sa propre situation face aux nombreuses accusations de viol ».. Le , le cinéaste nie avoir réalisé une comparaison avec Dreyfus.

La presse relève dès les jours suivants un changement de stratégie de communication de Roman Polanski. D’après Le Figaro, « la comparaison que dressait initialement le cinéaste entre son cas et celui de Dreyfus a été modifiée et une nouvelle version du dossier de presse du film a été fournie aux journalistes ». Le quotidien constate notamment que la question sur le « maccarthysme néoféministe » et la réponse du cinéaste ont disparu.. Mediapart indique que « des consignes ont été données par les attachés de presse du film, à plusieurs médias, pour qu’aucune question ne soit posée lors des interviews de promo, en lien avec ces accusations visant Roman Polanski ».. Une nouvelle version du dossier de presse est publiée et plusieurs émissions sont déprogrammées à l'occasion de la promotion du film..

Des militants féministes perturbent plusieurs projections, notamment au cinéma parisien Le Champo, au TNB à Rennes. et au Cinéville de Saint-Nazaire.. Télérama souligne à cette occasion l’effet de génération dans la compréhension de la polémique qui est associée au film., écart par ailleurs illustré quand le fils et le petit-fils de Nadine Trintignant se désolidarisent publiquement de cette dernière, qui soutenait Roman Polanski...