La bataille de Neerwinden a lieu le près du village de Neerwinden (en Belgique actuelle), entre l’armée impériale de la Monarchie de Habsbourg sous les ordres du prince de Cobourg et l’armée de la République française commandée par le général Dumouriez. Elle s'achève sur la défaite et la retraite des Français, mettant fin à la première occupation française de la Belgique. L'archiduc Charles d'Autriche-Teschen, qui s'est distingué dans la bataille, est nommé gouverneur des Pays-Bas autrichiens tandis que Dumouriez, menacé d'un jugement par la Convention nationale, tente un coup d'État avant de s'exiler.
Contexte
Au cours de l'automne 1792, l'armée révolutionnaire française, réunissant les vieux régiments d'Ancien Régime et la masse des volontaires nationaux, envahit les Pays-Bas autrichiens. Le , l'armée du Nord, commandée par Dumouriez, affronte les Autrichiens à la bataille de Jemappes avec une massive supériorité numérique : , et 100 canons contre , et 56 canons impériaux. Les Autrichiens, commandés par Albert de Saxe-Teschen, se replient. L'armée du Nord, commandée par le républicain hispano-américain Francisco de Miranda, marche vers Anvers qui se rend le après un court siège. L'armée de Belgique, commandée par Dumouriez, entre à Liège tandis que l'armée des Ardennes commandée par Jean-Baptiste Cyrus de Valence, prend Namur.
vignette|gauche|Pays-Bas autrichiens (orange) et principauté de Liège (violet) en 1789 Les Belges, qui s'étaient révoltés contre les Autrichiens deux ans plus tôt, accueillent d'abord avec joie l'entrée des Français. Dumouriez songe à réunir en une seule république les Pays-Bas du Sud (Belgique) et la principauté épiscopale de Liège en s'appuyant sur la bourgeoisie locale contre les excès des Jacobins et à y établir son pouvoir personnel. Mais les clubs révolutionnaires appuyés par les militaires français, bien qu'ils ne représentent qu'une infime minorité, ont pris le pouvoir à Bruxelles, Mons et Gand et réclament une politique plus radicale. Le ministère de la Guerre, dirigé par Jean-Nicolas Pache, ne fournit pas à Dumouriez les moyens financiers nécessaires et l'oblige à vivre sur le pays. Le , contre la volonté des habitants, la Convention nationale proclame la réunion de la Belgique à la France. Les commissaires français envoyés par la Convention se rendent rapidement très impopulaires par leurs réquisitions et en imposant le cours forcé des assignats. En l'absence de Dumouriez, parti à Paris pour justifier sa politique, les républicains profrançais sont discrédités.
Dumouriez cherche à restaurer une situation politique et financière très compromise en poussant à l'invasion des Provinces-Unies (Pays-Bas du Nord). Mais la Convention le prend de court, le , en déclarant la guerre au Royaume de Grande-Bretagne en même temps qu'au stathouder de Hollande. Dumouriez, avec un commandement élargi à l'armée du Nord, franchit la frontière des Provinces-Unies le et s'empare de Breda le tandis que son lieutenant Miranda, avec une armée insuffisante et en grande partie composée de volontaires sans expérience, met le siège devant Maastricht.
vignette|gauche|Pillage d'une église pendant la Révolution, toile de Jacques François Joseph Swebach-Desfontaines, v. 1793.
Pendant que Dumouriez est en campagne aux Provinces-Unies, les commissaires de la Convention ordonnent la confiscation de l'argenterie des églises pour la transporter à Lille. L'ordre initial prescrivait de respecter les églises paroissiales et les objets directement utiles au culte mais il est vite dépassé. Du 6 au , la basilique Sainte-Gudule de Bruxelles est mise au pillage. Les soldats et les clubistes extrémistes enlèvent et saccagent tout au milieu de parades bouffonnes sans que les commissaires arrivent à s'y opposer. Les habitants résistent et commencent à prendre les armes à Alost, Tournai, Soignies, Mons, Grammont. Les paysans tirent sur les volontaires qui marchent pour rejoindre l'armée. Les commissaires en viennent à craindre des « Vêpres siciliennes ».
Entre-temps, l'Autriche a rassemblé ses forces. Une armée commandée par Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld, avec Karl Mack comme chef d'état-major, franchit le Rhin le , remporte la bataille d'Aldenhoven, ce qui oblige Miranda à abandonner le siège de Maastricht le . Débordés par la cavalerie et l'infanterie légère autrichiennes, et parfois par les habitants qui, à Aix-la-Chapelle, font le coup de feu contre eux, les Français refluent en désordre. Miranda tente sans succès de rassembler une défense autour de Tongres ; la panique s'étend jusqu'à Bruxelles et Liège. Une petite armée prussienne, commandée par le duc de Brunswick-Œls, se tient en observation à Ruremonde. Poursuivis assez lentement par les Autrichiens, les Français se replient vers Louvain, Diest et Lierre où Miranda et le chef d'état-major Pierre Thouvenot parviennent à redonner un peu de cohésion aux troupes. Cobourg entre dans Liège où il rétablit les anciens magistrats, s'empare de magasins considérables, de canon, , mais ne cherche pas à exploiter son avantage : ses instructions lui prescrivent d'attendre un accord avec le roi de Prusse.
Les commissaires Lacroix et Danton reviennent précipitamment à Paris pour donner l'alarme. La Convention et la Commune de Paris décident d'accélérer la levée en masse, votée le mais pas encore appliquée.. Les Conventionnels, sur proposition de Robespierre, réclament la mise en accusation des généraux Lanoue et Stengel : ils sont déférés au Tribunal révolutionnaire, créé pour la circonstance le ; le dit tribunal les acquittera.
vignette|Le général Carel van Boetzelaer, commandant de Willemstad, refuse l'ordre de reddition porté par un trompette français. Gravure de Dominicus Anthonius Peduzzi, v. 1793.
Dumouriez, fortement engagé dans la conquête des Provinces-Unies, ne comprend pas d'abord la gravité de la situation . Il pense qu'il lui suffira de quinze jours pour achever la prise de Willemstad et Geertruidenberg, renverser le régime du stathouder et rallier à la France la masse du peuple « batave » : il aura alors l'argent, les vivres et le matériel qui lui manquent, plus prêts à rallier le camp français. Il minimise les rapports alarmistes de Valence et compte sur Miranda, qu'il apprécie hautement, pour défendre Liège et empêcher la retraite de l'armée. La reddition de Geertruidenberg, le , semble lui donner raison. Mais un ordre formel des ministres, le , l'oblige à quitter le siège de Willemstad qu'il confie à de Flers et rejoindre l'armée de Belgique. Après son départ, le siège de Willemstad, énergiquement défendue par le vieux général , périclite, les troupes du stathouder reçoivent des renforts britanniques et prussiens, et l'expédition de Hollande s'achève par une retraite vers l'Escaut.
De retour en Belgique, Dumouriez désavoue les mesures impopulaires des commissaires, les démet de leurs fonctions et, par ordre du , fait arrêter les deux plus extrémistes, Publicola Chaussard et Pierre Chépy, renvoyés à Paris sous escorte. Comme Chaussard s'indigne de cette atteinte à un représentant de la Convention, Dumouriez lui répond que comme commandant en chef, il est le premier responsable de l'ordre dans le pays et que s'il le faut, il prendra la « dictature » de la Belgique. Il lance trois proclamations pour mettre fin aux pillages et provocations sacrilèges, interdire aux clubs de se mêler des affaires publiques et, tout en assurant les Belges de sa protection, déclarer qu'il sévira contre tout rassemblement hostile aux troupes françaises. Il écrit à la Convention en dénonçant à peu près toutes les mesures ordonnées depuis plusieurs mois : le cours forcé des assignats, l'annexion après un simulacre de vote, la politique anticléricale menée dans un pays très catholique. Le , la Convention, ayant reçu les plaintes des commissaires renvoyés, regrette que Dumouriez ait agi par des voies peu légales mais l'approuve d'avoir rétabli l'ordre et permis la mise en défense du pays. Cependant, si les proclamations de Dumouriez et l'arrestation des commissaires ont suffi à apaiser le début d'insurrection de la Belgique, elles échouent totalement à convaincre les Belges de combattre aux côtés des Français. vignette|Troupes françaises traversant une rivière gelée. Aquarelle de Charles Rochussen, 1888. À Louvain, Dumouriez prend le commandement général, jusque-là partagé entre Miranda, Valence et Lanoue. Il est acclamé par les soldats. Il rassure les troupes et les autorités civiles, rallie les fuyards, fait ramener à Louvain la garnison de Bruxelles et l'artillerie qui avait été évacuée à Anderlecht. Il fait renvoyer venus des départements, mal armés et sans discipline, qui ne faisaient qu'ajouter à la confusion.
Dumouriez croit qu'en passant à l'offensive, il peut redresser le moral vacillant de son armée. Il sait qu'il doit agir vite avant l'arrivée de plusieurs armées adverses : les Prussiens de Brunswick-Oels, les Impériaux de Beaulieu et de Hohenlohe-Kirchberg, les Hanovriens, plus un corps expéditionnaire britannique qui viendrait renforcer l'armée des Provinces-Unies. Sa situation est critique : son armée manque de souliers, d'habits, de fourrages, de chevaux de trait pour l'artillerie ; en outre, il redoute une insurrection des Belges sur ses arrières. Il prend l'initiative le à Tirlemont en contre-attaquant avec succès l'avant-garde autrichienne commandée par le jeune archiduc Charles d'Autriche-Teschen qui se replie, derrière la Gette. Les deux armées de Dumouriez et Cobourg vont se rencontrer sur le terrain de la première bataille de Neerwinden un siècle plus tôt.
Forces en présence vignette|gauche|Fantassins français affrontant les hussards de Hesse-Darmstadt vers 1793-1794, dessin de Richard Knötel, 1890. Les auteurs s'accordent sur le fait que les Français, contrairement à la bataille de Jemappes quelques mois plus tôt, ne disposent pas d'une forte supériorité numérique. Ils diffèrent sur les effectifs précis. D'après Jomini, les Français ont et , et les Impériaux, et . Selon Arthur Chuquet, Dumouriez a et . Pour Digby Smith, les Français rassemblent à contre Austro-Hollandais. Ramsay Weston Phipps estime que les Français ont et contre et coalisés. Theodore Ayrault Dodge parle de et pour Dumouriez contre et pour Cobourg. Gunther E. Rothenberg donne les chiffres de pour Dumouriez contre pour CobourgGunther E. Rothenberg, The Art of War in the Age of Napoleon, Bloomington, Indiana University, 1980, .. John Lynn note que compte tenu du désordre administratif français de cette période, particulièrement pour les unités de volontaires, il est impossible d'avoir un état précis des effectifs. Jomini reproche à Dumouriez d'avoir laissé à Namur une réserve de , commandée par D'Harville, qui ne sera pas employée.
Selon la doctrine militaire de l'époque, les Français comptent surtout sur l'attaque rapide, en tirailleurs, à la baïonnette, exaltée par les orateurs révolutionnaires et considérée depuis Voltaire comme convenant mieux au tempérament du soldat français. Les volontaires novices ne sont pas entraînés au combat en ligne et seuls quelques bataillons, sous les ordres personnels de Dumouriez, arriveront à se former en ligne au début de la bataille.