La place des femmes en ingénierie traite de la présence des femmes dans les métiers technologiques. Selon une enquête de la National Academies Press, les femmes sont souvent sous-représentées dans les domaines du génie, tant dans le monde universitaire que dans la profession d'ingénieur. Un certain nombre d’organisations et de programmes ont été créés pour combattre cette disparité entre les sexes, et lutter contre le manque de représentation des femmes dans les domaines scientifiques..
Sur l'échelle historique, les femmes en ingénierie sont passées d'un nombre anecdotique à une minorité très activeObservatoire des femmes ingénieures « données sont essentiellement issues de l’enquête IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France) menée en 2016 auprès des diplômé.e.s des écoles habilitées à délivrer un titre d’ingénieur en France ainsi que d’une enquête sociologique sur la place des filles dans les écoles d’ingénieurs, propre à Femmes Ingénieur ». Consulté le 25 janvier 2021.
vignette|Femme ingénieure travaillant sur un système optique.
Histoire et début du siècle vignette|352x352px|Portrait d'Ada Lovelace (1815-1862), pionnière de la science informatique, par Edward Alfred Chalon, vers 1840.
L'histoire des femmes en tant que conceptrices et constructrices de machines et de structures est antérieure à l'évolution de l'ingénierie en tant que métier. Avant la création du terme « ingénieur » au , les femmes ont contribué aux progrès techniques des sociétés du monde entier. Au , les femmes qui participent à des travaux d'ingénierie ont souvent une formation académique en mathématiques ou en science. Ada Lovelace étudie les mathématiques à titre privé avant de commencer sa collaboration avec Charles Babbage. Ensemble, ils sont à l'origine de la conception du premier programmeur informatique. Au début du , de plus en plus de femmes sont admises dans les programmes d’ingénierie, mais elles restent généralement considérées comme des exceptions par les hommes de leurs départements.
On constate un important décalage temporel : les États-Unis recensent déjà ingénieur en 1898, avant une ouverture significative de ces métiers en Europe.
L'université de Californie à Berkeley est la première université à décerner un baccalauréat en génie pour les femmes. En 1876, Elizabeth Bragg obtient son baccalauréat en génie civil ; elle devient ainsi la première femme ingénieure aux États-Unis. En 1906, Alice Perry est la première femme à obtenir un diplôme d'ingénieur en Irlande et en Europe. En France, Pauline Liebermann obtient en 1910 son diplôme d'ingénieur à l'Institut chimique de Nancy. En 1917, la première promotion mixte de l'École centrale de Paris s'ouvre aux femmes et, en 1925, Marie-Louise Paris fonde l'École polytechnique féminine.
Effort de guerre et Seconde Guerre mondiale vignette|269x269px|Femme enseignant la géométrie, illustration en introduction d'une traduction médiévale des Éléments d'Euclide (c. 1310 AD). Au Moyen Âge, la représentation d'une femme dans un rôle d'enseignant est inhabituelle. La femme représentée ici serait donc plutôt une personnification de la géométrie.
L'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale entraîne une importante pénurie d'ingénieurs alors que les hommes sont enrôlés dans les forces armées. Pour remédier à ce manque, des initiatives sont mises en place, telles que la formation en génie des femmes diplômées en mathématiques et en physique de la General Electric (GE). La Curtiss-Wright Corporation collabore avec l’université du Minnesota, l’université du Texas, le Institut polytechnique Rensselaer ou l’université d'État de l'Iowa pour créer un programme d’ingénierie de dix mois axé principalement sur la conception et la production d’aéronefs. Le rôle des femmes sur le marché du travail, en particulier dans le domaine de l'ingénierie, a beaucoup évolué après la Seconde Guerre mondiale. Alors qu'elles accèdent au divorce et à une forme d'autonomie économique, leur nombre augmente dans le secteur de l’ingénierie. Cependant, leurs salaires restent inférieurs à ceux de leurs homologues masculins.
vignette|309x309px|Alice Perry (1885-1969), ingénieure et poétesse irlandaise. Première femme à obtenir un diplôme d'ingénieur en Irlande et en Europe.
Les femmes ingénieures ont également joué un rôle crucial dans la programmation d’ENIAC, premier ordinateur entièrement électronique et élaborer pour résoudre en principe, tous les problèmes calculatoires. Recrutées par l'armée en 1943, les programmeuses d'ENIAC ont permis des avancées considérables dans les techniques de programmation informatique, telles que l'invention des points d'arrêt, devenu un outil standard de débogage..
Au début des années 1950, Grace Hopper conçoit le premier compilateur, permettant de vulgariser à destination du grand public le langage et la programmation informatique sous le titre ..
Si dans les années 1970 l'informatique est surtout considéré comme relevant de la gestion de l'information (secteur tertiaire) et, de ce fait, était davantage féminisée que le secteur industriel, le développement du micro-ordinateur dans les années 1980, en particulier chez les garçons, les mêmes qui, la décennie suivante, arriveront sur le marché du travail, participent à la masculinisation de ce secteur dans la plupart des pays.
Ouverture des universités aux femmes Outre la pénurie d'ingénieurs en temps de guerre, le nombre de femmes progresse dans les domaines de l'ingénierie en raison de l'augmentation progressive du nombre d'universités publiques accueillant des étudiantes. En 1952, le Georgia Institute of Technology ouvre ses portes aux étudiantes en ingénierie, tandis que l’École polytechnique de Paris, première institution française d’ingénierie, commence à admettre des étudiantes à partir de 1972..
Facteurs de la faible représentation des femmes dans l'ingénierie Stéréotypes de genre L'ingénierie est un domaine traditionnellement dominé par les hommes. Les stéréotypes sexistes existants dès l'enfance peuvent expliquer que les jeunes filles ne manifestent pas le même intérêt que les garçons pour les différents domaines de l'ingénierie lors de leurs choix universitaires. Il existe également des preuves significatives de la persistance de préjugés implicites à l'encontre des femmes ingénieures, en raison de la conviction que les hommes sont mathématiquement supérieurs et mieux adaptés aux emplois du génie. Deux exemples de stéréotypes prédominants concernant le genre et les STIM sont – « les garçons sont meilleurs en maths et en sciences que les filles » et « les carrières des sciences et de l’ingénierie sont des domaines masculins ».
L'auto-efficacité des femmes contribue également au stéréotype de genre qui joue un rôle dans la sous-représentation des femmes en génie. La capacité des femmes à penser de manière critique qu'elles peuvent réussir et accomplir des réalisations est en corrélation avec les carrières universitaires qu'elles entreprennent. Les femmes qui affichent une personnalité dite auto-efficace ont tendance à choisir le domaine des sciences et de l'ingénierie. L'auto-efficacité est également corrélée aux rôles de genre puisque les hommes présentent souvent une auto-efficacité plus élevée que les femmes, ce qui peut également expliquer pourquoi, elles exercent majoritairement des emplois dans la pratique et non la décision.
L’étude ICILS 2013 a conclu qu’en année d’études, les filles étaient plus performantes que les garçons en maîtrise des outils informatiques et culture de l’information dans tous les pays participants, avec un écart moyen de . Cependant, leur auto-efficacité perçue en compétences de TIC avancées était sensiblement plus basse.. Par exemple, en République de Corée, où était observé le plus grand écart de scores () en faveur des filles, l’auto- efficacité de celles-ci était inférieure de à celle des garçons.
Les ingénieures en chiffres Au cours des dernières années, 40% des femmes inscrites dans des programmes liés au génie ont quitté le domaine de l'ingénierie. Selon la Society of Women Engineers, une femme sur quatre quitte le terrain après un certain âge. Les taux d'inscription et d'obtention de diplôme des femmes dans les programmes d'ingénierie post-secondaires sont des indicateurs importants du nombre de femmes à entreprendre une carrière d'ingénieure. La sous-représentation des femmes dans les programmes de premier cycle contribue directement à leur sous-représentation dans les domaines scientifiques.. En 2018, selon l'Observatoire des inégalités, si les filles restent majoritaires dans l’enseignement supérieur, elles demeurent sous-représentées dans les formations scientifiques et technologiques. Dans l'ouvrage Brotopia, la journaliste américaine témoigne de la culture misogyne dans la Silicon Valley et dresse le constat d’un problème endémique lié au sexisme..
Cette disparité varie selon les disciplines du génie. Le nombre d'ingénieures est plus important dans les disciplines liées au développement sociétal et humain, telles que l'ingénierie agricole, biomédical et environnementale. Les femmes sont moins représentées dans les domaines de la mécanique, le génie électrique et le génie informatique. vignette|325x325px|Jeri Ellsworth, entrepreneure américaine, conceptrice et inventrice de puces informatiques autodidactes, lors de la "Maker Faire" de la région de la Baie à San Francisco, en 2009. Une étude réalisée par le Harvard Business Review a examiné les raisons pour lesquelles les taux de représentation des femmes dans le domaine de l'ingénierie restent inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. L'enquête révèle que les taux d'étudiantes dans les programmes d'ingénierie sont continus en raison des aspects de collaboration sur le terrain. Les résultats de l'étude ont principalement déterminé la manière dont les femmes sont traitées différemment dans les travaux de groupe, au sein desquels les hommes sont majoritaires. L'enquête témoigne de la manière dont les hommes "ont exclu les femmes du véritable travail d'ingénieur". En outre, les femmes dans cette étude mettent en lumière la façon dont les professeurs se comportent différemment avec les étudiantes « juste parce qu'elles sont des femmes ».
Malgré ce constat, la représentation des femmes dans les carrières STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) augmente lorsque les administrateurs des collèges et universités travaillent à la mise en œuvre de programmes de mentorat et de politiques d'intégration professionnelle pour les femmes.
Culture de l'ingénierie Une autre raison possible de la faible participation des femmes dans les domaines du génie est la prévalence de valeurs "associées au rôle de genre masculin" dans la culture du lieu de travail. Par exemple, certaines femmes ingénieures ont du mal à réintégrer le marché du travail après une période d'absence, liée notamment à un congé maternité.
Les hommes sont également associés à assumer des rôles de leadership sur le lieu de travail. En exerçant un pouvoir sur les femmes, ils peuvent créer un environnement de travail inconfortable pour elles, tel un salaire moins élevé à compétences égales. La communication est également un facteur contribuant à la division entre hommes et femmes. On dit qu'une communication d'homme à homme est plus directe, mais lorsqu'un homme explique une tâche à une femme, elle a tendance à parler avec des mots bas ou «à voix basse». Cela vient du stéréotype selon lequel les hommes sont plus qualifiés que les femmes pour l'ingénierie, ce qui les oblige à traiter les femmes comme des inférieurs et non des égaux.
Une partie de la domination masculine dans le domaine de l’ingénierie s’explique par leur perception de l’ingénierie elle-même. Une étude réalisée en 1964 a révélé que les hommes et les femmes croyaient que l’ingénierie était en réalité une activité masculine.