Les élections législatives israéliennes de 2006 se sont déroulées de manière anticipée le pour désigner les membres de la Knesset, à la suite de l'accord trouvé entre le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, et le nouveau dirigeant du Parti travailliste, Amir Peretz. Ce scrutin intervient alors que le Premier ministre, Ariel Sharon, qui était considéré comme le grand favori, est dans le coma.

Contexte Élections anticipées

La décision de provoquer des élections anticipées suit l'élection de Amir Peretz à la tête des travaillistes puis sa décision immédiate de retirer son parti de la coalition soutenant le gouvernement. Cette coalition, menée par le Likoud d'Ariel Sharon et le précédent dirigeant travailliste Shimon Peres avait permis au gouvernement de poursuivre l'application du plan de désengagement des territoires occupés et de réaliser ainsi le retrait israélien de la Bande de Gaza et de certaines colonies israéliennes isolées du nord de la Cisjordanie, malgré l'opposition d'une partie du Likoud et des partis religieux. La dissolution de la coalition a également précipité le départ de Ariel Sharon du Likoud et la création de son propre parti à vocation centriste, Kadima.

Peretz avait demandé à Sharon de choisir une date pour ces élections anticipées, « entre fin février et fin mars, le plus tôt possible. » Sharon a également estimé qu'il s'agissait de la « meilleure chose pour le pays » de tenir des élections le plus tôt possible, « étant donné l'effondrement de la coalition politique. »

Contexte géopolitique

Les élections se sont déroulées dans un contexte géopolitique marqué par plusieurs éléments: Les résultats des Élections générales palestiniennes du change profondément les paramètres du processus de paix israélo-palestinien. Le mouvement islamiste Hamas est le grand vainqueur de ces élections et désigne Ismaël Haniyeh pour former un nouveau cabinet palestinien en mars 2006 alors que la campagne bat son plein en Israël. L'état de santé de Ariel Sharon après ses hospitalisations en décembre 2005 et janvier 2006 implique une nouvelle secousse dans le paysage politique israélien et le rôle de la nouvelle formation Kadima au moment des élections. Les nouvelles sur l'état de santé de Sharon sont relayées régulièrement, tandis qu'il semble certain que celui-ci ne reprendra plus de responsabilités politiques à l'avenir. Les menaces que font peser le programme nucléaire et les violentes attaques verbales du président iranien Mahmoud Ahmadinejad participent à la tension au moment de l'élection. Pendant ce temps, la coalition menée par les États-Unis semble s'embourber dans sa guerre en Irak. Cette tension est déjà grandement liée au terrorisme palestinien et à l'annonce de la fin de la « trêve » en décembre 2005 par les mouvements islamistes comme le Hamas et le Jihad islamique palestinien ainsi que par des mouvements armés issus du Fatah comme les brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Situation sociale des Israéliens. Les indicateurs de pauvreté de la population israélienne sont au rouge et le fossé entre les revenus s'est agrandi. Situation sanitaire: plusieurs centaines de volailles sont retrouvées mortes dans le kibboutz Ein Hashlosha, près de la bande de Gaza, dans le désert du Néguev. Le ministère de l'Agriculture confirme le 17 mars la présence du virus H5N1. Plusieurs personnes sont hospitalisées et font craindre des risques de contamination de la population. D'autres domaines agricoles, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, sont touchées dans les jours suivants.

Situation des partis en lice

Likoud Depuis les élections législatives israéliennes de 2003, le Likoud dirigé par Ariel Sharon possède une majorité de 38 sièges sur les 120 parlementaires de la Knesset. Le parti a souffert de divisions internes à la suite de la décision de Sharon d'évacuer les populations juives implantées dans la Bande de Gaza. Cette division a entrainé le départ de Ariel Sharon en novembre 2005 pour former Kadima.

Le , Benyamin Netanyahou a été élu candidat officiel à l'issue d'élections primaires du parti. Son numéro 2 est Silvan Shalom. Netanyahou s'oppose à tout nouveau retrait unilatéral des Israéliens, comme les partis religieux. Toutefois, la politique libérale qu'il a menée au sein du gouvernement Sharon lui est reprochée par les religieux du parti Shas traditionnellement favorables à des mesures sociales et cela pourrait empêcher une coalition avec ce parti.

Avoda Depuis les Élections législatives israéliennes de 2003, le parti travailliste qui était alors dirigé par Amram Mitzna possède 19 sièges. En janvier 2005, Shimon Peres a fait participer le parti à la coalition de Sharon pour permettre le retrait de Gaza. L'élection de Amir Peretz change la donne au sein du parti. Aussi, la personnalité de Peretz, originaire du Maroc, crée des tensions internes avec l'élite traditionnelle ashkénaze du parti. L'ancien dirigeant, Shimon Peres, a fini par quitter la formation pour rejoindre les centristes de Kadima.

Kadima Les premiers sondages donnent ce nouveau parti gagnant aux élections de . Toutefois, l'état de santé et l'âge d'Ariel Sharon font peser des craintes au sein de l'opinion publique qui s'interroge, d'après les journaux israéliens, sur la fiabilité d'un parti construit autour d'une personnalité. Tzipi Livni, ministre et membre de Kadima, rejette l'idée que le parti ne serait qu'un groupe hétérogène autour de Sharon. Dans le courant du mois de février 2006, Ehud Olmert s'impose progressivement comme l'héritier de Ariel Sharon et réussit à rassembler le soutien des autres ténors du parti autour de son nom en tête de liste. Shimon Peres est second sur la liste. Tzipi Livni, en troisième position, occuperait le poste de vice-premier ministre en cas de gouvernement Kadima.

Autres partis

L'élection est généralement perçue par les observateurs comme une lutte entre 3 partis principaux, grand changement en politique israélienne qui se résume traditionnellement, depuis les années 1970, à une opposition Likoud-Avoda.

Le parti religieux séfarade Shas de Eli Yishaï présente une liste indépendante.

Les primaires du parti Shinouï ( du pays avec 15 parlementaires) ont désigné Ron Leventhal comme numéro 2 du parti à la place d'Avraham Poraz. Celui-ci quitte la formation et crée un nouveau parti, HeTS, entrainant avec lui la plupart des parlementaires Shinouï. Le leader du parti, Tomy Lapid, démissionne du parti le pour rejoindre HeTS, et laisse la direction du Shinouï libre pour Leventhal.

Le , la coalition de droite appelée « Halhud HaLeumi » (et rassemblant 3 partis de droite: Moledet, Tkuma et Tzionut HaDatit) soumet une liste conjointe avec le Parti National Religieux « Mafdal » et Binyamin Elon en tête de liste. Ils appellent à refuser tout nouveau retrait de territoires supplémentaires contrairement à ce qui est proposé par Ehoud Olmert et Kadima. Le parti Israel Beytenou soutenu majoritairement par les immigrants russes a préféré sortir de la coalition de Halhud HaLeumi pour proposer une liste séparée.

Le reste des autres listes se présentent sous les labels: Liste arabe unie, Meretz-Yachad, Ale Yarok, Judaïsme unifié de la Torah, coalition entre Agoudat Israel et Degel HaTorah, Gil (Israël).

Mode de scrutin

Les élections ont renouvelé les du Parlement israélien (la Knesset) suivant une représentation proportionnelle à partir des listes proposées par les partis politiques. Un seuil de 2 % des votes est nécessaire pour allouer des sièges à une liste (ce seuil a été relevé car il était de 1,5 % lors des précédentes élections)ISRAEL Knesset (Parlement) Union Interparlementaire.

À la parution des résultats, le président de l'État d'Israël donne la charge de former le nouveau gouvernement au membre du parlement qui a le plus de chances de pouvoir le faire (normalement le leader de la liste ayant reçu le plus grand nombre de suffrages). Celui-ci a alors jusqu'à pour négocier une coalition avec d'autres partis et présenter le nouveau gouvernement à la Knesset à l'occasion d'un vote de confiance qui demande un minimum de 61 soutiens sur 120 parlementaires. Le cabinet une fois confirmé par ce vote, il devient le nouveau Premier ministre d'Israël.

Campagne Le conflit israélo-palestinien

La précédente élection législative israélienne s'est jouée, selon les commentateurs politiques, sur le thème de la sécurité contre le soulèvement palestinien de la seconde intifada. Cette période a été marquée par plus d'un millier de morts du côté israélien. La politique sécuritaire du gouvernement Sharon a consisté principalement en des incursions fréquentes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et en l'arrestation de nombreux militants palestiniens ou leur élimination par des attaques ciblées. Malgré les protestations soutenues de certains groupes de la gauche israélienne et des Arabes israéliens, cette politique a rassemblé un large soutien dans la population juive qui craint toujours les attentats-suicides et les attaques par tirs de roquettes, bien que ces attaques aient diminué en 2005 puis 2006. La même division s'est observée tout au long de la construction de la « Barrière de sécurité » qui empiète dans le territoire revendiqué par la majorité des Palestiniens.

Par contre, le retrait israélien de la bande de Gaza a suscité une autre fracture entre un courant pragmatique incarné par Ariel Sharon, soutenu à cette occasion par la gauche, et une certaine droite qui ne veut pas « récompenser le terrorisme » et qui s'appuie sur les courants religieux qui aspirent toujours à disposer de la totalité de l'historique Terre d'Israël.

Dans cette élection, les partis de droite et du centre mettent en avant des programmes pour continuer à lutter « contre le terrorisme palestinien ». Le parti travailliste a également placé cette lutte comme sa priorité absolue. Les oppositions à la politique sécuritaire sont représentées par les partis arabes et des partis de gauche comme Meretz.

Les solutions proposées au conflit sont différentes selon les partis: Meretz soutient des négociations bilatérales comme seul chemin vers la paix. Le Parti travailliste et Kadima expriment le souhait de négocier mais l'absence selon eux d'un partenaire palestinien pour négocier la paix (particulièrement après la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes de 2006) les amènent à considérer des nouveaux retraits unilatéraux pour dessiner les frontières définitives d'Israël en y incluant les grands blocs de population juive à l'est de Jérusalem. . Union nationale (Israël)-Parti national religieux s'opposent à tout retrait unilatéral et souhaitent encourager plus intensément le peuplement juif de la Cisjordanie. Hérout et d'autres petits groupes nationalistes soutiennent le transfert massif de la population arabe israélienne et palestinienne vers les pays arabes voisins afin de résoudre définitivement le conflit. Certaines différences existent entre le Herout qui soutient un « départ volontaire » des Arabes contre des compensations financières et les autres mouvements qui n'excluent pas des expulsions forcées. Israel Beytenou propose de maintenir du contrôle israélien sur la plupart des colonies de peuplement juif et de céder en échange certaines villes arabes et certaines zones inhabitées du territoire israélien à l'Autorité palestinienne.

La situation économique et sociale

Depuis la création d'Israël, la scène politique a essentiellement été dominée par les questions de paix et de sécurité. Les partis se sont principalement définis selon leur approche vis-à-vis du conflit israélo-arabe et du conflit israélo-palestinien.