Le déterminisme historique est un concept de la philosophie de l'histoire reposant sur le déterminisme qui place le principe de causalité d'un évènement avant celui-ci, contrairement au finalisme qui le place après, ou au volontarisme qui le place dans l'action volontaire consciente.

Le déterminisme s'applique dans de nombreux domaines : déterminisme biologique, géographique, linguistique, social, psychologique, technologique, etc. Le concept de déterminisme est apparu au fil du en même temps que celui d'individualisme dont il constitue en quelque sorte le pendant. Dès cette époque, la question qu'il pose en effet est celle de la liberté : par delà leur hétérogénéité, les différentes approches du déterminisme ont en commun de formuler l'idée que certains facteurs viennent formater, conditionner, déterminer l'existence des humains et, par conséquent, limiter la portée de leur libre arbitre. Elles sont au cœur des sciences sociales qui ont émergé à la fin du siècle et singulièrement de l'historiographie, quand les historiens, estimant que les événements ne se déroulent pas par hasard, entendent dépasser leur simple description en vue d'en comprendre le sens et la portée.

Il faut toutefois distinguer deux postures :

celle des historiens, qui est scientifique, distanciée, et qui vise à répertorier et analyser les facteurs pouvant provoquer (non intentionnellement) tel ou tel événement ; celle des idéologues, qui participe de la philosophie de l'histoire et qui consiste à penser que l'histoire est intrinsèquement porteuse d'un sens.

L'expression « déterminisme historique » renvoie à ce deuxième type d'approche. Mais là encore, il faut distinguer deux tendances, selon qu'elles sont antérieures ou postérieures à l'émergence de l'idéal humaniste :

l'idée que les événements résultent d'un processus qui les transcende (par exemple la « nature », le « destin » ou la « providence divine »), l'idée que le sens est immanent et contingent aux événements (par exemple le progrès scientifique ou technique).

Au milieu du , Marx et Engels développent cette deuxième acception, à travers leur concept de matérialisme historique. Qui plus est, ils estiment que les humains sont capables d'écrire collectivement leur histoire, la « déterminer » intentionnellement (concept de révolution). À la fin du siècle, sous l'influence notamment d'Auguste Comte, apparaissent les sciences humaines (sociologie, psychologie, histoire...) qui tendent à supplanter la philosophie en tant que vectrice des conceptions du monde : toutes s'efforcent d'analyser les comportements humains (dans le présent comme par le passé) de façon distanciée, scientifique, sur le modèle des sciences exactes, mais chacune d'elles traite le concept de déterminisme selon ses propres critères.

À la fin du , l'esprit positiviste qui insufflait les sciences humaines tend à s'estomper au profit d'un certain relativisme (on parle alors parfois de passage de la modernité à la post-modernité). Les chercheurs en sciences humaines s'efforcent cette fois de pratiquer l'interdisciplinarité. Le concept de déterminisme tend alors à disparaître au profit de nouveaux modèles de pensée qui oscillent entre deux directions opposées : le sens et le non-sens.- certains, réhabilitent les concepts d'individu et de libre arbitre ;- d'autres, au contraire, font valoir les concepts d'indéterminisme, d'incertitude, de hasard, de désordre, voire de chaos...Intermédiaires entre ces deux pôles s'inscrivent les analyses qui défendent l'idée qu'un événement peut être interprété de différentes façons à la fois et que l'on peut donc lui attribuer plusieurs sens. Les différents types de déterminisme sont alors considérés comme interdépendants si bien, par exemple, que les frontières entre « déterminisme historique » et « déterminisme psychologique » deviennent poreuses.

Évolution du concept Comme tout concept, celui de déterminisme historique a une origine ancienne et son sens évolue au fil des époques. La question de l’écoulement du temps, en effet, ne prend pas le même sens selon que les activités humaines sont toutes organisées en fonction du rythme des saisons ou quand ce n’est pas le cas ; ou bien quand les moments que constituent la naissance et la mort sont vécus ou non comme des limites, le début et la fin de l’existence.

Si le rapport de cause à effet entre les événements est vécu comme un élément « déterminant » durant toute l‘histoire de l’humanité, le sens de ce rapport n’est aucunement vécu et formulé de la même manière au fil du temps. On peut ainsi distinguer grossièrement quatre phases :

celle des origines, quand le facteur déterminant est vécu par les humains comme transcendant leur volonté ; celle de l’émergence, à la charnière du et du , quand ce rapport est cette fois considéré comme immanent et pouvant être régulé ; celle du développement, au fil du , quand, tout en étant considéré comme immanent, ce rapport est vécu comme difficilement contrôlable ; celle enfin de la remise en cause, où ce rapport est vécu comme d’égale importance à d’autres facteurs, voire sans importance.

Origines Préhistoire : l'animisme Avant qu'ils n'inventent l'écriture, et alors qu'ils résident encore dans des cavernes, les humains laissent des messages à la postérité sous la forme d'images, peintes ou sculptées, lesquelles se réfèrent au monde animal. Un grand nombre d'anthropologues s'accordent à les interpréter comme l'expression de croyances plus ou moins conscientisées.

En l'occurrence, nos plus anciens ancêtres seraient convaincus que la nature est animée par des forces (« esprits ») conditionnant, déterminant leur existence : on parle alors d'animisme.

Haute Antiquité : les mythes et les religions

Par la suite, au fur et à mesure que les humains maîtrisent leur environnement, naissent les religions, systèmes de croyances plus élaborés : les esprits cèdent la place à des divinités ; à chacune d'elles les humains attribuent un nom et une compétence directement liée à leurs préoccupations matérielles (déesse de la fertilité, dieu du feu...). Au moyen des sacrifices, ils s'efforcent d'établir un dialogue avec ces divinités : ils les implorent pour qu'elles améliorent leur condition.

Partout où évoluent les humains, les religions reposent sur l'idée que l'histoire des humains est régie, façonnée, par des entités qui transcendent leur existence.

Au , en Palestine, émerge le monothéisme : Yahvé est considéré comme le seul dieu. Se répand alors l'idée que l'histoire des hommes est certes régie par « la volonté de Dieu », mais que ce dieu est un être avec lequel il est possible de dialoguer au point d'infléchir sa volonté. Le Livre de Job exprime explicitement cette idée d'alliance.

La volonté divine est associée à l'idée de providence, elle a la valeur d'une main tendue par Dieu. Celui-ci décide du sort des humains, certes, mais il ne le fait pas de façon aveugle mais dans un esprit de bienveillance : il offre aux humains l'opportunité d'évoluer. La volonté divine est alors associée à l'idée de providence.

Autre élément important, l'apparition des premiers instruments de mesure du temps avec les premières civilisations : le temps va peu à peu cesser d'être associé à des divinités, il va être objectivé, si bien qu'émerge le concept même d'histoire.

Basse Antiquité : les débuts de la philosophie

Au milieu du en Grèce apparait avec les présocratiques un nouveau type de conception du monde, qui ne se substitue pas aux mythes, à la poésie et à la religion mais vient peu à peu les compléter : la philosophie. Le paradigme de l'autorité de la tradition est remplacé par celui des arguments et preuves présentés avec une certaine cohérence logique (logos). Les questionnements concernent la nature et la matière (physis) mais aussi le temps, notamment chez Héraclite, selon qui « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » : tout est changement, mouvement. Les présocratiques établissent le principe d'une cosmogonie, en réponse à la question de la genèse du monde (cosmologie) : de façon encore confuse, ils pensent l'existence des hommes par rapport au système de la formation de l'Univers, résultant de cette formation . Contrairement aux Hébreux, ils sont totalement étrangers à l’idée de création divine : selon eux, le cosmos a toujours existé et le temps est inséparable des cycles astronomiques. Selon Empédocle (), les relations entre les quatre éléments façonnent, déterminent, l'existence des êtres vivants.

Au se renforce ce nouveau rapport au temps, toujours plus rationnel. Dans ses Histoires, Hérodote rapporte un certain nombre d'événements relatifs au développement de l'empire perse ainsi qu'aux guerres médiques qui, quelques années plus tôt, ont opposé les Perses aux Grecs. Bien qu'il n'établisse pas systématiquement de rapports de causes à effets, il respecte un certain sens de la chronologie, si bien que l'écrivain latin Cicéron le surnommera plus tard « le père des historiens ».

Au , Aristote pose les fondements du raisonnement logique, lesquels permettront par la suite d'établir le principe de causalité en histoire.

Au , les premiers stoïciens, notamment Zénon de Kition, introduisent le concept de destin. Selon eux, la succession des causes régit l'intégralité du cosmos selon un ordre inéluctable, prédéterminé. Dès cette époque, toutefois, Chrysippe de Soles (que l'on connait grâce au Traité du destin de Cicéron, au ) souligne qu'il ne faut pas confondre « destin » et « fatalité ». Il affirme que le destin n'empêche nullement l'intervention des hommes mais au contraire l'intègre dans la chaîne des causalités : les évènements résultent de l'enchaînement (ou l'interaction) des causes et des effets. Le destin n'empêche donc pas l'exercice de la liberté : les humains sont certes régis, déterminés par lui mais leurs réactions, elles, ne le sont pas : grâce à leur capacité de raisonnement, et plus généralement leur libre-arbitre, ils ont la capacité de réagir aux événements de sorte à améliorer leur condition.

L'approche philosophique du destin, chez les Grecs, se différencie radicalement de l'approche religieuse de la providence, chez les Hébreux car elle s'appuie sur le raisonnement logique. Ainsi au , Polybe profite d'une étude sur les guerres puniques pour élaborer une théorie des causes. Selon lui, les événements résultent de trois types de cause : les intentions et les dispositions morales des hommes constituent la première ; les deux autres sont les causes structurelles (les prétextes) et les causes « commencements », c’est-à-dire les actes marquant le début d’un événement.

Premiers siècles et haut Moyen Âge : la chrétienté Le christianisme reprend directement du judaisme l'idée d'articulation de la volonté divine et du libre arbitre.

Rédigés au , les textes de Paul de Tarse et l'Apocalypse constituent les fondements de la théologie chrétienne. Selon celle-ci, la totalité des événements s'inscrivent dans le cadre d'un plan divin dont le dénouement doit être le salut de l'humanitéJacques Maritain, Pour une philosophie de l'histoire, Seuil, 1959Henri-Irénée Marrou, Théologie de l'histoire, Le Seuil, 1968; réédition, Le Cerf, 2006.. D'où la défiance des premiers chrétiens à l'égard de la politique, c'est-à-dire l'histoire dès lors que les hommes prétendent l'ériger sans l'assistance de Dieu : « ne vous conformez pas au siècle présent » recommande Paul avec insistance dans son Épître aux RomainsExégèse in etude-biblique.fr.

Le fait même que les chrétiens adhèrent au mystère de l'incarnation repose sur l'idée que « la volonté de Dieu » est d'entrer dans l'histoire des hommes. Celle-ci n'est donc pas complètement dévaluée : la volonté des hommes est même considérée comme précieuse et vivifiante dès lors qu'elle se calque sur celle de Dieu, mais uniquement à cette condition.