Les techniques de torture par l'eau sont des techniques de torture qui sont en général centrées sur l'idée de faire suffoquer la victime. Il s'agit de la « cure par l'eau », de la « baignoire » et du « simulacre de noyade ».
La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants reconnaît le simulacre de noyade comme une méthode de torture ; toutefois la ratification de cette convention étant soumise à un droit de réserves, les États-Unis n'ont reconnu cette technique comme une torture qu'en 2009.
Aspects techniques thumb|Cure par l'eau. Une pratique du Moyen Âge, connue sous le nom de , consiste à ligoter la victime et à l'obliger à avaler une grande quantité d'eau.
consiste à ligoter la victime et à la suspendre par les pieds au-dessus d'une baignoire remplie d'eau de telle sorte que la tête soit sous l'eau.
Une variante, nommée ( en anglais), consiste à la ligoter sur une planche inclinée de façon que sa tête soit plus basse que ses pieds. On recouvre alors la tête de la victime d'un tissu et de l'eau est versée dessus de manière à entraver la respiration de la victime, qui est plongée dans les affres d'une mort prochaine par asphyxie. Toutefois, aux mains de bourreaux compétents, la noyade est improbable car les poumons sont placés plus hauts que la bouche.
Pratiques modernes Colonisation américaine des Philippines Soldats américains administrant la cure par l'eau en 1902 aux Philippines|vignette|droite À la suite de la défaite cuisante infligée par le commodore George Dewey à la marine espagnole à la bataille de la baie de Manille le , Emilio Aguinaldo déclare l'indépendance des Philippines le . Cependant, les Américains, en dépit des assurances qu’ils lui avaient données, ne reconnaissent pas l’indépendance de la jeune république et contraignent l’Espagne à leur céder les Philippines contre de dollars par le traité de Paris du Histoire des États-Unis, Denise Artaud et André Kaspi, éd. Armand Colin, collection U, 1971, p. 140.. Les forces américaines occupent l’archipel, provoquant une violente insurrection. Lors de la répression qui s’ensuit, les forces d’occupation utilisent fréquemment la torture par l’eau lors d’interrogatoires.
Dans une lettre publiée en dans le Omaha World-Herald, A. F. Miller, commandant du d'infanterie volontaire, explique ainsi la méthode The NewYorker -25/02/2008 https://www.newyorker.com/magazine/2008/02/25/the-water-cure :
Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Gestapo a employé le supplice de la baignoire en France occupée, dans à peu près toutes les villes où elle avait ses locaux de torture. Afin de renforcer l'impact de cette pratique sur les interrogés, l'eau contenue dans ladite baignoire n'était pas changée, pour augmenter la suffocation dans de l'eau souillée par les précédentes victimes.
Après le coup de force du 9 mars 1945 en Indochine française, l'armée japonaise, en particulier les services de la police secrète japonaise (la Kempetaï), a souvent eu recours à la torture par l'eauG.H.P. [publication anonyme], La « Kempétaï » : Saïgon, Hanoï, Haïphong, Nhatrang, Huê, Vinh, Phnom-Penh, Vientiane, mars-septembre 1945 [livret de caricatures sur la condition des détenus dans les prisons japonaises en Indochine française après le coup de force du 9 mars 1945], Imprimerie Française d'Outre-Mer, Saïgon, 1945 (G.H.P. = Capitaine Gustave, Henri PAUWELS)..
Guerre d'Algérie Pendant la guerre d'Algérie, une version de cette technique de l'armée Française s'appelait « la baignoire ». Elle était enseignée au Centre d'enseignement à la guerre subversive de Jeanne-d'Arc, dans le Constantinois, dirigé par Marcel Bigeard et inauguré officiellement le en présence du ministre de la Défense Jacques Chaban-Delmas, 2008, chap. IX, 133-134.. Celle-ci fut utilisée notamment par Jean-Marie Le Pen sur Ahmed Moulay..
Guerre du Viêt Nam Lors de la guerre du Viêt Nam, le waterboarding, ou simulacre de noyade, a été utilisé par les soldats américains sur les combattants Việt Cộng.
Guerre contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 (Afghanistan…) Le , le directeur de la CIA, Michael Hayden, admet l'utilisation par l'agence de cette technique de simulacre de noyade sur trois détenus (Khalid Cheikh Mohammed, Abou Zoubaydah et Abd Rahim Al-Nashiri).. afin d'obtenir des informations sur d'éventuels attentats. Il ajoute que cette technique n'a plus été utilisée depuis par l'agenceArticles du quotidien le Monde, La CIA admet avoir utilisé la simulation de noyade sur trois détenus daté du 5 février 2008, Washington se réserve le droit d'utiliser la torture daté du 7 février 2008, et « Waterboarding » : les démocrates exigent une enquête daté du 8 février 2008..
Pourtant, le samedi , George W. Bush met son veto à un texte de loi, voté par le Congrès américain, interdisant aux agents des services de renseignement américains de recourir au simulacre de noyade, argumentant qu'« il faut nous assurer que les responsables des services de renseignement puissent disposer de tous les instruments nécessaires pour arrêter les terroristes »Articles du quotidien le Monde, George W. Bush met son veto à un projet de loi interdisant d'utiliser le « waterboarding » daté du samedi 8 mars 2008, et Le président Bush refuse d'interdire la torture du « waterboarding » daté du lundi 10/03/2008. Article du quotidien le Figaro « Bush met son veto à un texte contre la torture » daté du samedi 8 mars 2008..
En , l'ancien président américain George W. Bush reconnait avoir personnellement autorisé l'utilisation du waterboarding, qu'il qualifie de « technique coercitive », alors que selon les Nations unies et la plupart des juristes, il s'agit d'une torture In new memoir, Bush makes clear he approved use of waterboarding. Le Washington Post cite quatre professeurs de droit de plusieurs universités américaines. Washington Post - 3 novembre 2010 In new memoir, Bush makes clear he approved use of waterboarding. Nations Unies -30 janvier 2017 Torture is torture, and waterboarding is not an exception – UN expert urges the US not to reinstate it.
Polémique à propos de la localisation de Ben Laden En , à l'annonce de la mort d'Oussama ben Laden, tué par des militaires américains, certains anciens responsables politiques sous l'administration Bush et certains quotidiens américains ont considéré que des informations cruciales pour ce succès avaient été obtenues par cette méthode de torture. Par exemple le républicain Peter T. King, membre de la commission pour la sécurité intérieure, affirmera : « Nous avons obtenu les informations grâce à la simulation de noyade (waterboarding)Une réhabilitation de la torture, article sur le site Big Browser lié au quotidien le Monde, daté du 3 mai 2011.Peter King, sur Fox News le 2 mai 2011.. »
Selon le New York Times, ces révélations n'ont pas été obtenues sous la torture mais bien après, lors d'interrogatoires normaux., ce que confirmeraient certains responsables de l’administration Obama, « mais pour les défenseurs de la torture, peu importe : que Khalid Cheikh Mohammed ait parlé sous la pression ou parce qu’il avait été brisé quelques années plus tôt, leurs théories sont validées ». Des informations détaillées semblent indiquer que les renseignements nécessaires à cette localisation ont été obtenus par de multiples biais et ont été le fruit de recoupages minutieux de données, et « rien de tout cela ne vient de techniques d'interrogatoire renforcées » d'après la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, membre de la commission pour les renseignements Bin Laden Raid Revives Debate on Value of Torture, article du quotidien The New York Times, daté du 3 mai 2011..
Leon Panetta, nommé par Barack Obama, directeur de la CIA, puis secrétaire à la Défense des États-Unis, trois jours avant l'élimination de Ben Laden.Le Monde.fr, 28-4-2011, a admis, en , que le simulacre de noyade autorisé par George W. Bush et appliqué en particulier à Khalid Cheikh Mohammed, à pendant le mois de , a permis de récupérer certaines des informations qui ont conduit à la cachette de Ben Laden Osama bin Laden killed : CIA admits waterboarding yielded vital information - The Telegraph du 7 mai 2011., tout en précisant que la question de savoir si les mêmes informations auraient pu être obtenues par d'autres moyens restait ouverte Osama bin Laden killed : CIA admits waterboarding yielded vital information - The Telegraph du 7 mai 2011..
D'après le New York Times, un rapport confidentiel du Sénat américain aurait conclu, en 2012, après trois ans et demi d'enquête sur les techniques d'interrogatoire controversées, comme la simulation de noyade, que ces techniques d'interrogatoire ont été volontairement surévaluées auprès du public et du Congrès américain, et qu'elles n'ont pas permis d'obtenir des renseignements qui auraient conduit à la localisation d'Oussama Ben LadenLa CIA espionnait des travaux parlementaires confidentiels, article du quotidien Le Monde, daté du 6 mars 2014., dans Employees Face New Inquiry Amid Clashes on Detention Program, article du quotidien The New-York Times, daté du 4 mars 2014..
Autres victimes de la torture par l'eau Abdelhakim Belhaj, l'un des hommes forts de la Libye d'après-Kadhafi, devenu, à la suite de la prise de Tripoli par les révolutionnaires, chargé de la sécurité dans la capitaleLe Monde du 03/09/2011 - interview de A. Belhadj https://lemonde.fr/libye/article/2011/09/03/m-belhaj-nous-voulons-un-etat-civil-en-libye-nous-ne-sommes-pas-d-al-qaida_1567347_1496980.htmlNew York Times - 03/09/2011 - https://www.nytimes.com/2011/09/02/world/africa/02islamist.html a raconté dans des interviews, comment il a été soumis à la torture par la CIA, à Bangkok en 2004, ayant été notamment plongé dans de l'eau glacéeLe Monde du 03/09/2011 - https://lemonde.fr/libye/article/2011/09/03/m-belhaj-nous-voulons-un-etat-civil-en-libye-nous-ne-sommes-pas-d-al-qaida_1567347_1496980.html. Il affirme avoir perdu connaissance à plusieurs reprises. Quelques jours après, il était mis dans un avion pour Tripoli, en application du pacte secret que les États-Unis avaient passé avec le régime libyen de l'époque. Ce lourd passé n'empêche pas de se montrer reconnaissant de l'intervention militaire des États-Unis et de l'OTAN en Libye, en 2011 New York Times -03/09/2011 https://www.nytimes.com/2011/09/02/world/africa/02islamist.html.
Torture ou non ?
Le , et Richard Esposito font état de l'utilisation du simulacre de noyade par la CIA dans un article posté sur le site web de ABC News :
D'après une enquête américaine sur le moral de leurs militaires, début , 53 % des officiers supérieurs estiment que la torture n'est « jamais acceptable », alors que 44 % ne sont pas d'accord avec ce jugement, et 46 % pensent que le simulacre de noyade relève de la torture, 42 % sont d'un avis contraire.
Le docteur Allen Keller, directeur du programme pour les survivants de la torture de Bellevue NYU, a soigné « un certain nombre de personnes » qui avaient été soumises à des formes de quasi-asphyxie, y compris le simulacre de noyade. À la suite d'une interview au New Yorker, la journaliste (Jane Mayer) écrit :
En , Christopher Hitchens a accepté de se soumettre à la technique de la torture par l'eau afin de pouvoir s'exprimer en connaissance de cause sur le sujet. Il publia ensuite l'article : « Believe Me, It’s Torture » dans le magazine Vanity Fair.
En , le directeur de la CIA désigné par le président américain Barack Obama, Leon Panetta, a qualifié de torture le simulacre de noyade. « Je pense que le simulacre de noyade est une torture et que c'est une mauvaise pratique » .. En , le nouveau ministre américain de la Justice, Eric Holder, déclare : « le waterboarding, c'est de la torture […] Mon département de la Justice ne le justifiera, ni ne le rationalisera, ni ne le tolérera »..
Aspects juridiques