Bellingcat (stylisé bell¿ngcat) est une organisation non gouvernementale regroupant des enquêteurs en ligne spécialisés dans la vérification des faits et le renseignement d'origine source ouverte .., fondé par le journaliste britannique et ancien blogueur Eliot Higgins en .

Bellingcat publie les résultats des enquêtes de journalistes professionnels et citoyens sur les zones de guerre, les violations des droits de l'homme et la criminalité financière. Les contributeurs du site publient également des guides sur leurs techniques d'enquête ainsi que des études de cas..

Bellingcat commence par enquêter sur l'utilisation d'armes dans la guerre civile syrienne. Ses reportages sur la guerre dans le Donbass (y compris l'abattage du vol Malaysia Airlines 17), le raid El Junquito, la guerre civile yéménite, l'empoisonnement des Skripal, celui d'Alexeï Navalny et un massacre commis par l'armée camerounaise, attirent l'attention internationale.

Nom

Le nom dérive de l'idiome anglais , qui vient d'une fable médiévale sur les souris qui discutent de la façon de rendre un chat inoffensif. On suggère d'accrocher une cloche autour de son cou, et toutes les souris approuvent l'idée mais aucune n'est disposée à le faire. Dans la littérature française, cette fable a été racontée par Eustache Deschamps (Le Chat et les Souris) et par Jean de la Fontaine (Conseil tenu par les rats)Site Bac de français, en ligne..

Histoire En , Eliot Higgins lance un blog sous le pseudonyme de Brown Moses, sur lequel il publie ses recherches à partir de séquences vidéo de la guerre civile syrienne.. Il regarde des centaines de ces courtes vidéos accessibles sur Internet, les localise et examine les détails des armes utilisées. En conséquence, Eliot Higgins peut démontrer que le régime syrien utilise des armes à sous-munitions et des armes chimiques.. En 2013, il lie l'importante attaque chimique de la Ghouta à Bachar el-Assad.

La première grande enquête de Bellingcat, menée principalement par des bénévoles sans financement extérieur. concerne l’attaque du vol 17 de Malaysia Airlines (MH17) en 2014. Leur conclusion, selon laquelle la Russie en est responsable, est par la suite confirmée par l'équipe conjointe d'enquête (Joint Investigation Team ou JIT), qui conclut dans un rapport daté du que la destruction du MH17 a été déclenchée par l'armée russe.. Dans d'autres enquêtes notables, à l'aide de Google Earth, des enquêteurs bénévoles travaillant avec Bellingcat déclarent avoir découvert les coordonnées d'un camp d'entraînement de l'État islamique, ainsi que le site où le journaliste américain James Foley a été tué.

Kristyan Benedict, directeur de campagne d'Amnesty International, déclare au New Yorker en 2013 que de nombreuses organisations ont des analystes mais que celle d'Eliot Higgins est plus rapide que de nombreuses équipes d'enquête établies..

Higgins lance la plateforme Bellingcat en 2014 avec l'aide de dons privés reçus via la plateforme de financement participatif Kickstarter et lance un financement participatif supplémentaire en 2017. Bellingcat fonctionne longtemps sur un budget serré et avec beaucoup de volontariat. Ce sont les formations proposées en investigation qui composent l'essentiel des revenus. Ensuite, la moitié du financement provient de subventions et de dons, l'autre moitié de l'organisation d'ateliers de formation pour le grand public aux techniques d'enquêtes open source. Bellingcat reçoit par exemple des subventions de la Fondation AdessiumBellingcat: the home of online investigations, Digital News Initiative, Open Society Foundation (OSF), Pax, Porticus, National Endowment for Democracy (NED) et The Dutch Postcode Lottery. Eliot Higgins déclare qu'une grande partie de l'argent des subventions ne finance pas directement les enquêtes et est utilisée pour des services extérieurs tels que la traduction de documents et la formation. L'organisation publie des guides sur la façon d'analyser les données et de créer des rapports, tels que « Comment extraire les données géospatiales interactives » et « Comment identifier les villages brûlés par l'imagerie satellite ».

Eliot Higgins déclare à Polygraph.info que les subventions de la NED et de l'OSF payent les programmes Bellingcat pour aider les journalistes et les chercheurs dans leurs enquêtes. Il précise en outre que « la plupart de nos financements provenant de subventions NED, OSF, etc.) couvre des éléments qui ne sont pas liés à des enquêtes concernant la Russie »..Nederland is nu de uitvalsbasis van de Bellingcat-speurders.. De à fin 2020 les revenus de Bellingcat se sont élevés à 920 250 euros..

Selon le journal i, Bellingcat est remarquable pour sa transparence, car les articles de journalisme d'investigation de Bellingcat détaillent « comment ils ont découvert l'histoire et les techniques qu’ils ont utilisées »..

En 2019, l'entreprise compte seize employés à temps plein en plus d'Eliot Higgins et au moins 60 collaborateurs. Son bureau se situe à Leicester, au Royaume-Uni, mais les contributeurs vivent dans différents pays (Finlande, Allemagne, Syrie...) dont certains voyagent selon les besoins des enquêtes. L'équipe est également composée de locuteurs de différentes langues (anglais, arabe, russe, espagnol) et de personnes avec des formations professionnelles variées.

Selon les informations disponibles le dans la base de données du site du ministère russe de l'Intérieur, le directeur exécutif de Bellingcat, le journaliste Christo Grozev, a été placé en Russie sur la liste noire des personnes recherchées..

Objectifs Selon ses membres, Bellingcat vise à

étudier, archiver et stocker les contenus multimédia qui risqueraient d'être retirés d’Internet alors même qu'ils pourraient être utiles pour des services d'enquête et pour des tribunaux ; rendre accessibles et publiques les informations utiles pour découvrir la vérité sur des crimes et violations des droits de l'Homme ; mener des enquêtes et chercher à découvrir la vérité sur des évènements dans lesquels sont parfois impliqués des acteurs puissants ; compléter le travail de vérification que nombre de journalistes d'investigation n'ont pas le temps ou les moyens de mener à bien ; contribuer à permettre que la lumière puisse être faite sur des affaires criminelles et que la justice puisse être rendue.

Enquêtes notables

Guerre dans l'est de l'Ukraine

Le , Bellingcat publie un rapport qui analyse l'utilisation de l'artillerie russe à l'été 2014 contre les villages ukrainiens.

Vol Malaysia Airlines MH17

vignette| Route du vol Malaysia Airlines 17 le 17 juillet 2014 d'Amsterdam à Kuala Lumpur. |400x400px Le , le vol 17 de Malaysia Airlines, un vol passager d'Amsterdam à Kuala Lumpur, est abattu alors qu'il survole l'est de l'Ukraine. Les 283 passagers et 15 membres d'équipage sont tués après que le Boeing 777 a été touché par l'explosion d'« objets de haute énergie »..

Lors d'une conférence de presse, des responsables russes imputent la destruction du vol aux forces ukrainiennes et présentent des données radar, des témoignages d'experts et une image satellite. Les données radar montrant un autre avion à proximité du MH17 sont réfutées par des experts qui affirment qu'il s'agit de chutes de débris du MH17. Un contrôleur de la circulation aérienne espagnol à Kiev déclare dans des interviews que deux avions de chasse ukrainiens ont suivi l'avion malaisien, mais l'ambassade d'Espagne déclare plus tard qu'il n'y avait aucun contrôleur de la circulation aérienne espagnol dans les aéroports de Kiev. L'image satellite montrait un avion tirant sur l'avion de ligne, mais Bellingcat démontre que la photo est un composite d'images Google, le logo de la compagnie aérienne malaisienne étant même mal placé.

Le , l'équipe d'enquête de Bellingcat MH17 publie un rapport intitulé « MH17 : Source of the Separatists' Buk » (source du missile séparatiste Buk). Sur la base de preuves provenant de sources ouvertes, principalement des réseaux sociaux, le rapport relie un lanceur de missiles Buk qui a été filmé et photographié dans l'est de l'Ukraine le , à la chute du vol MH17. Le rapport de 35 pages, comprenant des photographies et des cartes, détaille les mouvements du Buk dans l'est de l'Ukraine le , des preuves que le Buk provenait de la anti-aérienne de roquettes à Koursk, en Russie, ainsi qu'un convoi se dirigeant vers la frontière ukrainienne, et l'activité des véhicules vus dans le même convoi après le . Ce rapport est ensuite repris par l'équipe d'enquête internationale conjointe dirigée par les Pays-Bas. Le chef de la brigade nationale de lutte contre la criminalité des Pays-Bas déclare avoir officiellement conclu que le missile qui avait abattu le MH17 « provenait de la de missiles antiaériens de Koursk en fédération de Russie ».

En , Bellingcat publie des preuves que la Russie a utilisé Adobe Photoshop pour manipuler des images satellites de la catastrophe du MH17. L'expert en criminalistique d'images, l'Allemand Jens Kriese, soutient que le rapport de Bellingcat utilise des méthodes invalides pour arriver à sa conclusion.. Dans un rapport de suivi, Bellingcat publie des images satellitaires financées par le crowdfunding et une analyse plus approfondie à l'appui de leur affirmation.

Le , Bellingcat publie un article axé sur une section du rapport du Comité de renseignement et de sécurité de 2017, qui déclare catégoriquement que la position britannique sur l'incident du MH17 est que les forces russes étaient à l'origine de l'orchestration et de la mise en œuvre d'un plan pour abattre un avion, sans préciser si la cible était l'avion de ligne MH17..

Guerre civile syrienne

vignette| Changement de territoire de l'État islamique (gris) 2014-2016. Débutée en après que les manifestations politiques pacifiques aient été réprimées violemment, la révolution puis la guerre civile syrienne se transforme en un conflit durable entre la République arabe syrienne, l'opposition syrienne, l'État islamique d'Iraq et du Levant et d' autres combattants. Les rapports de Bellingcat analysent principalement les factions en conflit, et quelles armes et forces blindées elles utilisent, ainsi que des informations qui ne sont généralement pas rapportées par les principaux médias. Bellingcat utilise un réseau de contributeurs spécialisés dans les enquêtes open source et les réseaux sociaux, et crée des guides et des études de cas pour que d'autres puissent apprendre à faire de même.

En , Bellingcat publie de nombreuses preuves de l'utilisation d'armes chimiques sur des civils syriens, y compris des enfants. Collectant et analysant des séquences vidéo de sources locales qui ont apparemment montré des parties de cylindres de chlore, Eliot Higgins déclare que bien que le contenu des cylindres ne puisse pas être vérifié « les symptômes décrits dans les vidéos semblent toutes compatibles avec une exposition à des produits chimiques ».

En , Bellingcat publie un article montrant que des armes à sous-munitions sont utilisées contre la nouvelle armée syrienne, en violation manifeste de la Convention sur les armes à sous-munitions. Bellingcat fournit des preuves photographiques provenant de sources directes que les munitions utilisées sont identiques à celles utilisées par l'armée russe..

En , Bellingcat publie un article détaillant comment des drones rudimentaires sont utilisés par l’État islamique pour larguer des explosifs sur des cibles de l'opposition. En analysant des images de Twitter et d'autres plateformes de réseaux sociaux, il a été découvert que les drones larguaient des grenades modifiées de 40 mm.

Bellingcat fait également de nombreux rapports sur les attaques qui ne sont pas ouvertement revendiquées par les combattants.