Les relations diplomatiques entre la France et l'Oman désignent les relations bilatérales entre la République française, membre de l'Union européenne et le sultanat d'Oman ou les pouvoirs les précédant. Les deux pays ont eu des relations actives à partir du , et ont rythmé les rivalités coloniales entre Français et Britanniques au sujet de Mascate.
Histoire (1498-1920)
Jusqu'à la Révolution française : premiers contacts (XVIe siècle-1794)
Premiers contacts européens avec Mascate (1498-1649) alt=Empire colonial portugais durant le XVIe siècle par rapport à l'Imamat de Mascate|gauche|vignette|258x258px|Empire colonial portugais durant le XVIe siècle par rapport à l'Imamat de Mascate Les premiers contacts d'Européens avec Mascate remontent à la fin du , avec l'arrivée des Portugais, qui ont alors conquis une partie des côtes de l'Afrique Orientale où ils établissent des comptoirs, comme à Mombasa (visitée en 1498 par Vasco de Gama) ou à Zanzibar.
Constatant l'efficacité du port de Mascate, comme le dit Ahmad bin Majid : "à la croisée de différentes routes, sûr quel que soit le vent, possédant de l'eau douce et un peuple sociable qui aime les étrangers", les Portugais s'en emparent en 1507 afin de renforcer leur mainmise sur le commerce avec les Indes.
Dans le même temps, les Français tentent eux aussi de s'implanter par delà le cap de Bonne-Espérance, mais leurs tentatives n'ont pas fructifié : le Portugal conserve son hégémonie commerciale en Afrique Orientale. La plupart des expéditions rencontrent des difficultés à commercer avec les Indes, ce qui dissuade les armateurs d'y organiser des expéditions. L'exemple du navigateur Pirard est un exemple : parti en 1601, il ne regagne la France qu'en 1611.
L'imamat ne retrouve l'indépendance qu'en 1649, lorsque les Portugais sont chassés par une révolte locale à Mascate.
Sous le règne de Louis XIV (1649-1715) alt=Armoiries de la Compagnie royale des Indes orientales|vignette|213x213px|Armoiries de la Compagnie royale des Indes orientales Si les Portugais puis les Anglais et Hollandais ont entamé des liaisons précoces avec Mascate, c'est parce qu'ils possédaient un certain nombre de comptoirs dans la région, que la France n'avait pas. En effet, la France ne s'implante dans les Mascareignes qu'à partir de 1665 à l'île Bourbon, puis en 1715 à l'Île de France, et en Inde qu'à partir de 1673, et n'entame alors qu'à partir de cette période des relations diplomatiques avec les États arabes et indiens, à travers la Compagnie françaises des Indes orientales. Avant ces dates, la France n'avait qu'envoyé quelques corsaires en mer Rouge.
Possible intervention à Mascate alt=Shah Sultan Husayn, par Cornelis de Bruijn|vignette|261x261px|Shah Sultan Husayn La France, financièrement exsangue, envisage dans le même temps une intervention face aux pirates de Mascate aux côtés de la Perse safavide, dans l'optique de s'implanter dans le marché persan tout en empêchant à la Perse de devoir se fier aux compagnies anglaises et hollandaises. Soltan Hossein, Shah séfévide, propose en ce sens un port sur la côte perse sur la route entre Bandar Abbas et Kong, ainsi que deux citadelles de Mascate : El Jelali et El Mirani, vers la mer. Jérôme de Pontchartrain, partisan de l'intervention, arrive à convaincre Louis XIV d'envoyer un négociant, Jean-Baptiste Fabre, ayant grandi en partie au sein de l'Empire ottoman, puis Pierre Victor Michel (le premier étant décédé), d'aller étudier le marché persan. Ce dernier signe en 1708 une convention commerciale avec le shah, dénoncé comme étant finalement peu avantageuse, d'autant plus que les marchands français étaient peu intéressés par la Perse. Cette convention ne parle cependant pas d'une possible intervention à Mascate, quand bien même Pierre Michel avait verbalement promis des vaisseaux, tandis que la deuxième convention signée en 1715 n'en parle pas non plus, bien que non ratifiée cette fois-ci par le Shah. Le projet capote définitivement après la prise d'Ispahan par les Afghans et la capture des ambassadeurs français, Ange de Gardanne et Étienne Padéry.
De bonnes relations entachées par la capture de vaisseaux omanais (1715-1790) Les relations franco-omanaises ne débutent réellement qu'à partir de l'établissement de routes commerciales entre l'Île de France (colonie établie en 1715) et Mascate, les premiers important du poisson séché, du café et des dattes, les seconds important du sucre. Les deux pays entretiennent alors de bonnes relations, les marins omanais jouissant d'un bon accueil dans les Mascareignes, les Français profitant des faveurs de l'imam de Mascate.
Première attaque sur le port de Mascate (1759) alt=Prise du vaisseau le Mery dans le port de Mascatte en octobre 1759|vignette|251x251px|Prise du vaisseau le Mery dans le port de Mascate en octobre 1759 Le premier contact direct entre les deux puissance intervient en 1759, durant la guerre de Sept Ans, quand deux navires français, Le Condé et l'Expédition commandés par Charles Henri d'Estaing, investi d'une mission de corsaire, attaquent les bateaux battant pavillon de la Grande-Bretagne. Les Français détruisent alors le comptoir britannique, tout en s'emparant du Mery, navire d'un commerçant sujet de Sa Majesté, mais aussi le Mahmoudi, dont le propriétaire était omanais.
Cet évènement déclenche des protestations de la part d'Ahmed bin Sa'id, imam de Mascate, qui exige la restitution du Mahmoudi, mais fait face à l'intransigeance de d'Estaing. L'imam demande alors la restitution par l'intermédiaire du consulat de Bagdad, et la France restitua un navire, mais pas le Mahmoudi. C'est dans le même temps que le consul français de Bagdad fait part au gouvernement français des invitations de l'imam afin d'établir une représentation française à Mascate. La France, ayant identifié les avantages commerciaux à s'établir à Mascate nomme le vice-consul de Bagdad, Deval, pour être représentant consulaire auprès d'Ahmed bin Sa'id.
Conséquences de la défaite française lors de la guerre de Sept Ans (1763) Néanmoins, selon Robert Oddos, ce n'est pas l'attaque du Merry et du Mahmoudi qui affecte les relations franco-omanaises, mais les conséquences territoriales de la guerre de Sept Ans. En effet, la France perd pratiquement tous ses comptoirs lors du traité de Paris, et n'en garde que cinq, donnant ainsi une primauté britannique sur le golfe Persique.
Deuxième attaque sur le port de Mascate : affaire du Salihi (1781-1790) Alors que sévissait une guerre entre Français et Anglais dans le cadre de la guerre d'indépendance américaine, les Français débarquent en 1781 dans le port de Mascate, et, malgré le refus de l'imam, attaquent le Beglerbeg, navire anglais, tout en laissant les marins omanais de décharger sa cargaison. Ils rencontrent un peu après avoir quitté le port le Salihi, bateau appartenant à l'imam et chargé d'une cargaison importante d'un million et deux cent mille roupies, l'attaquent et revendent sa cargaison en Inde. Les Français estimaient que l'imamat d'Oman ne pouvait pas transporter d'aussi importantes cargaisons, et pensaient ainsi que c'était un bateau anglais camouflé.
Il faudra attendre 1790 pour voir l'affaire réglée par le don de l'Escurial en compensation à l'attaque, bien que le navire soit plus petit que l'était le Salihi. Cependant, cette affaire n'a pas trop atteint la confiance de l'imam Hamad envers la France, notamment grâce au comte de Souillac, gouverneur de l'ïle de France, et Jean-François Xavier Rousseau, consul à Bagdad, ayant réussi à préserver la faveur dont jouissait les Français.
Tentative d'établissement d'une représentation française à Mascate (1783-1794) alt=Comte de Rosily|vignette|Comte de Rosily Après le traité de Versailles de 1783 mettant fin à la révolution américaine, la France envoie le comte de Rosily dans l'optique, entre autres, de renouer le contact avec les pays qu'il rencontrait. Il arrive en ce sens le à Mascate, et négocie avec l'imam Hamad l'établissement d'un comptoir ainsi que d'un représentant français.
Néanmoins, malgré les demandes répétées à la fois du comte de Souillac et de Jean-François Rousseau, la France attend 1788 afin de donner une réponse à priori positive mais sans approbation du roi, ce qui empêche la mise en place effective de la représentation, d'autant plus qu'à cette époque l'affaire du Salihi n'était pas encore traitée.
La Révolution française va cependant empêcher Paris de consacrer plus de temps à l'affaire omanaise, empêtrée dans ses affaires intérieures, malgré le don d'une maison où établir un consulat. Les guerres révolutionnaires éclatant en 1793, les corsaires français reprennent du service dans l'océan Indien, attaquant dans le même temps certains bateaux omanais, forçant Sultan ibn Ahmed, ayant pourtant accédé au trône grâce à des marins français en 1792, à stopper les exportations de blé vers l'ïle de France.
De la Révolution française au partage de l'Empire omanais (1794-1856)
Échec de la mise en place d'un consulat sous la Révolution (1794-1798) La France ayant retrouvé une certaine stabilité en 1794 (bien que toute relative), Desroches, délégué français à Constantinople, et Rousseau cherchent à convaincre le pouvoir central de créer un consulat à Mascate. Le gouvernement approuve en 1795 la création d'un consulat et y nomme Joseph de Beauchamp, séduit par les perspectives commerciales de l'imamat, souhaitant d'une part commercer avec la Perse et l'Arabie, mais aussi assurer suffisamment de céréales pour les Mascareignes, tout en réfléchissant à s'implanter à Madagascar.
Les Français jouissent toujours de la faveur de l'imam, qui les accueillent avec joie et bienveillance, là où les Britanniques sont reçus avec dédain et mépris. Cependant, ces derniers apprennent la mission de Beauchamp. Se sentant menacés, parce que la France pouvait ainsi directement menacer les Indes britanniques mais pouvaient aussi contrôler une partie du commerce du golfe Persique, les Anglais font pression sur Sultan ibn Ahmed afin qu'il livre Beauchamp aussitôt qu'il aura posé un pied sur Mascate. Ils lui menacent notamment de couper les ports indiens aux bâtiments omanais.
Chargé d'une mission scientifique, Beauchamp cartographie avec succès les côtes de la mer Noire jusqu'à Trébizonde, mais apprend grâce à Rousseau qu'il ne pouvait se rendre en Oman, sous peine d'être aussitôt arrêté par l'imam. Notons également que l'éphémère consul faisait face à une pénurie d'interprète, les cadeaux destinés à l'imam ont été offerts par erreur au roi de Prusse, tandis que ses compagnons, dont son frère, Charles, sont morts de la peste à Alep en 1798. Il ne vient donc jamais à Mascate.
Des conventions anglo-omanaises, mais une préférence du sultan envers les Français (1798-1800)
Le Sultanat dans le projet des Indes de Bonaparte (1798) Jusque là, l'Empire britannique s'était contenté de commercer avec l'Oman en n'ingérant que peu dans ses affaires intérieures. Cependant, les Britanniques réagissent assez violemment à une lettre amicale de Napoléon Bonaparte destinée à l'imam. Le général français, venant de débarquer en Égypte, établit alors des contacts avec les Qadjar et l'Oman dans l'optique de marcher à terme sur les Indes.
Réaction britannique : expulsion progressive des Français de Mascate (1798-1800) Le Royaume-Uni dépêche, en septembre 1798, Mehdi Ali Khan afin qu'il force le sultan à expulser à la fois les Français mais aussi les Européens en général. Le sultan et l'envoyé anglais signent une convention le , établissant un traité d'amitié entre le sultanat d'Oman et le "gouvernement de Bombay", autorisant les Britanniques à établir un comptoir à Bandar Abbas tout en empêchant les Français et les Hollandais de faire de même, ainsi qu'une aide militaire en cas de guerre franco-britannique.