Jacques Cochon de Lapparent est un géologue, pétrographe et minéralogiste français né le à Paris, où il est mort le . Membre correspondant de l'Académie des sciences en 1936, il est particulièrement connu pour ses travaux sur les bauxites et sur les argiles. Il est l'auteur d'un traité qui a fait autorité pendant .

Fils du géologue Albert de Lapparent, frère du peintre Paul de Lapparent, père de l'acteur Hubert de Lapparent et oncle du géologue et paléontologue Albert-Félix de Lapparent, il est le lointain descendant du conventionnel Charles Cochon de Lapparent, ministre de la police générale sous le DirectoireP. Boucher, Charles Cochon de Lapparent, conventionnel, ministre de la police, préfet de l'Empire, éd. A. & J. Picard, Paris, 1969, 308 p..

Biographie Les principaux éléments biographiques sont tirés de Jean Jung Jung, J., 1949 – Jacques de Lapparent, 1883-1948. Bull.Soc.géol.Fr., 5, 19, 343-354. et de Christian Montenat Montenat, C., 2008 – Une famille de géologues. Vuibert, éd. Paris, 215 p.. Le père de Jacques était Albert Auguste Cochon de Lapparent (1839-1908), polytechnicien corpsard des Mines, professeur de géologie à l'École des mines de Paris puis à l'université catholique de Paris ; membre de l'Académie des sciences dès 1897, il fut brièvement en 1907 secrétaire perpétuel pour les sciences physiques, chimiques et naturelles. Sa mère était Adèle Lucie Chenest, issue d'une famille d'industriels ardennais. Jacques de Lapparent entreprend des études en classes préparatoires en vue d'intégrer l'École polytechnique, mais préfère finalement rejoindre la Sorbonne où il suit les cours de géologie d'Ernest Munier-Chalmas. Parallèlement, il recueille les ultimes enseignements de Ferdinand Fouqué au Collège de France et s'initie aux techniques du microscope polarisant au laboratoire de minéralogie du Muséum national d'histoire naturelle alors animé par Alfred Lacroix. Titulaire d'une licence en 1902, il entre comme « préparateur » au laboratoire de minéralogie de la Sorbonne dirigé par Frédéric Wallerant qui lui propose un sujet de thèse sur les porphyroïdes françaises. Sa carrière scientifique commence alors et durera jusqu'à son décès en 1948.

En 1906, il épouse Marcelle Sainte-Claire Deville, petite fille du chimiste Henri Sainte-Claire Deville et du géologue Charles Sainte-Claire Deville ; ils auront dix enfants de 1907 à 1925, dont l'un, Claude, fera une brillante carrière de géologue pétrolier.

vignette|gauche|Jacques de Lapparent au début des années 1920, observant une lame mince de roche au microscope polarisant.

Une carrière en « zigzag » Grand amateur de Rodolphe Töpffer Töpffer, R., 1836 - Voyage en zig-zag par monts et par vaux. Genève, 112 p., inventeur suisse de la bande dessinée, auteur des Voyage en zig zag, Jacques de Lapparent eut un parcours professionnel en effet assez chaotique en raison des évènements qui ont bouleversé l'Europe au cours de la première moitié du . Docteur ès sciences en 1909, il rejoint comme chef de travaux pratiques le laboratoire de géologie et minéralogie de l'École des mines de Paris dirigé par Pierre Termier, mais il ne s'intéresse pas particulièrement aux grandes structures tectoniques tant prisées par son directeur. En , il est nommé maître de conférences (professeur de classe d'aujourd'hui) à l'université de Lille ; en , alors qu'il est en vacances avec sa famille au Pays basque, Lille est coupée du reste de la France par l'offensive allemande. Brièvement mobilisé, il est libéré de toute obligation militaire à la naissance de son enfant (Odile) en 1915. Il est alors accueilli au Collège de France par Lucien Cayeux et découvre la pétrographie sédimentaire. En 1919, le traité de Versailles rend l'Alsace à la France et l'université de Strasbourg aux Français ; il fallait désigner, en Sciences de la Terre, des personnalités qui fussent à la hauteur de leurs prédécesseurs allemands au premier rang desquels comptait Harry Rosenbusch. C'est ainsi que Maurice Gignoux accède à la chaire de géologie et Georges Friedel à celle de minéralogie ; une chaire de pétrographie est créée pour Jacques de Lapparent. Cette chaire fusionnera avec celle de minéralogie au départ de Friedel en 1930. C'est à Strasbourg que Jacques de Lapparent réalise la plus grande part de son œuvre scientifique ; cette implantation alsacienne a été durable, car ses trois derniers enfants (sur dix) sont nés dans celle ville, ainsi que 9 de ses 37 petits enfants (parmi lesquels 3 géologues sont comptés). En 1937, il tente de revenir à Paris, candidat à la création d'une chaire de pétrographie au Collège de France ; mais le projet de Paul Fallot - « Géologie méditerranéenne » - lui sera préféré. C'est de nouveau la guerre qui le contraint à quitter les locaux de la rue Blessig. Alors que la plupart de ses collègues strasbourgeois gagnent Clermont-Ferrand où l'université de Strasbourg est regroupée, il est chargé d'assurer les cours de pétrographie à la Sorbonne, en remplacement d'Albert Michel-Lévy empêché par les lois raciales de l'État Français. En 1942, Jacques de Lapparent se rend en Algérie pour y étudier certains gisements de latérites et d'argiles à foulons ; le débarquement allié en Afrique du Nord du lui interdit de revenir en métropole ; considéré comme "évadé de France", son salaire est suspendu (son épouse, restée à Paris avec ses enfants Hubert, Claude et Denise, sera alors soutenue financièrement par la Société Péchiney qui sera remboursée à la Libération). Il ne reviendra en France qu'en 1945, retrouvant son poste à Strasbourg cependant qu'Albert Michel-Lévy retrouvait le sien à la Sorbonne. Ce dernier a pris sa retraite en 1946 et Jacques de Lapparent lui succéda, échangeant la belle chaire strasbourgeoise contre un emploi de "professeur sans chaire" au laboratoire de géologie alors dirigé par Charles Jacob, assurant parallèlement un enseignement de pétrographie à l'École Centrale. Stanislas Goldsztaub lui succéda à Strasbourg. Jacques de Lapparent n'eut guère le loisir de profiter de sa nomination dans la capitale, puisqu'il disparut le .

vignette|Le laboratoire de Strasbourg, 1 rue Blessig, construit par Max Issleiber entre 1887 et 1890 (sauf le étage qui date de 1965). Titulaire de la chaire de pétrographie, Jacques de Lapparent travailla ici de 1919 à 1939 puis en 1946, avant de remplacer Albert Michel Lévy à la Sorbonne. vignette|La Sorbonne à Paris, ultime affectation de Jacques de Lapparent.

L'œuvre scientifique de Jacques de Lapparent Très éclectique sur le plan artistique (théâtre, peinture, musique, architecture), Jacques de Lapparent l'était aussi dans ses activités scientifiques. Finalement, presque tout l'intéressait en géologie ; c'est pourquoi il aborda des sujets très divers au fil des circonstances. Homme de terrain, expert du microscope polarisant, il maîtrisait aussi les techniques de l’analyse chimique des matériaux qui lui furent enseignées par Monsieur Michel à Paris ; il profita aussi largement des compétences de François Raoult, ingénieur chimiste "essayeur des monnaies", qui réalisa aussi la plupart des analyses d’Alfred Lacroix. Dès la fin des années 1920, à Strasbourg, il utilise l’analyse des poudres aux rayons X grâce à son assistant Raymond Hocard qui avait développé une chambre Debye-Scherrer au laboratoire de minéralogie. Il était également capable d'interpréter les analyses thermiques des minéraux argileux grâce aux conseils de son jeune confrère Jean Wyart. Il était donc parfaitement armé pour faire progresser les connaissances dans les domaines qu'il avait choisis. On peut retenir 4 directions principales le long desquelles il a mené des efforts prolongés.

La pétrographie des roches ignées et métamorphiques Au début de sa carrière, et notamment au cours de l'élaboration de sa thèse de doctorat (thèse d'État à l'époque), Jacques de Lapparent s'est entièrement consacré aux roches auxquelles sa formation le destinait à s'intéresser en priorité : les roches ignées. Les « porphyroïdes françaises », objet de sa thèse Lapparent, J. de, 1909 – Étude comparative de quelques porphyroïdes françaises. Bull. Soc. Fr. Minéral., 32, 175-306., roches au demeurant assez peu enthousiasmantes (ce sont in fine des microgranites affectés à des degrés divers par des déformations et des recristallisations), sont décrites avec une grande minutie des points de vue minéralogique et textural ; l’auteur tire en particulier de cette étude des arguments en faveur de la mobilité des éléments chimiques, tant au sein même de la roche éruptive qu’à travers son encaissant proche. C’est cette mobilité qu’il défendra ensuite, notamment au cours de ses études sur le gabbro de Saint-Quay-Portrieux Lapparent, J. de, 1910 – Les gabbros et diorites de Saint-Quay-Portrieux et leur liaison avec les pegmatites qui les traversent. Bull. Soc. Fr. Minéral., 33, 254-270. et sur les enclaves du granite de La Haya Lapparent, J. de, 1913 – Les enclaves du granite du Mont Haya en Pays basque. Bull. Soc. Fr. Minéral., 36, 143 -172, 3 Pl. HT. ; dans ces deux sites, il donne un rôle majeur à des « émanations » de pegmatites dans la transformation de magmas gabbroïques en diorites dans un cas, en monzonites et en syénites dans l’autre, par des apports notamment d’alcalins et de silice.

Sa vision, très moderne à l’époque, est de nos jours en bonne partie rendue obsolète par les connaissances actuelles sur l’origine et le comportement des roches éruptives ; ses interrogations sur les possibilités de mélanges magmatiques restent toutefois d’actualité. À la même époque, Jacques de Lapparent consacre un travail magistral au Pic du Midi d'Ossau, vieux volcan stéphano-permien des Pyrénées Lapparent, J. de, 1911 – Le Pic du Midi d’Ossau. Histoire d’un volcan de l’époque permienne. Bull. Soc. Fr. Minéral., 34, 270-317. ; il identifie dôme, filons couches, masses laccolithiques et coulées, ainsi que, à la suite de Bresson, puis de de Romeu, dacites et andésites à orthopyroxène et grenat. Il offre une description minéralogique très détaillée de ces roches qui appartiennent à ce qui est considéré aujourd’hui comme une série calco-alcaline ; ce travail servira de base, plus tard, à un modèle de "caldeira" calco-alcaline Bixel, F., Kornprobst, J. et Vincent, P., 1983 - Le massif du Pic du Midi d'Ossau : un "cauldron" calco-alcalin stéphano-permien dans la zone axiale des Pyrénées. Rev. Géol. dyn. géog. phys., 24, 4, 315-328. .