ETA politico-militaire, ETA (pm) ou ETA-pm ( ; « ETA » étant l'acronyme d'Euskadi ta Askatasuna) est une organisation indépendantiste basque active entre 1974 et 1986, qui faisait usage du terrorisme. Elle existe sous différents noms et a une importance notable durant ses années d'existence.
Au cours de l'été 1970 a lieu la de la première ETA qui marque un tournant vers des positions clairement marxistes-léninistes. Un secteur minoritaire décide de ne pas participer et, peu après, crée la nouvelle ETA-V Asemblea (« ETA Cinquième assemblée »). Progressivement, la nouvelle organisation prit de l'importance et remplace l'ancienne ETA dans le rôle dirigeant du secteur du nationalisme basque partisan de l'action violente. À la fin de l'année 1974, un secteur minoritaire de ETA Cinquième assemblée abandonne l'organisation en raison de différences tactiques et crée ETA militaire. À partir de ce moment et pour distinguer les deux branches, ETA Cinquième assemblée est connue sous le nom de « ETA politico-militaire »..
Les différences entre les deux groupes armés concernaient, au départ, le type d'organisation mais terminent en devenant des différences stratégiques face à la Transition démocratique espagnole après la mort du dictateur Francisco Franco en . ETA-pm, alors la principale organisation armée basque, approuve, lors de sa Septième Assemblée, la priorité donnée à la voie politique face à la voie militaire durant ce processus. ETA-pm ne renonce pas à la lutte armée mais la considère complémentaire de la stratégie politique et devait, en tous cas, être soumise à cette dernière. Cette décision stratégique provoque des dissensions internes qui occasionneront le départ d'une bonne partie de son appareil militaire, les (« Commandos spéciaux » ; ou ), qui rejoindra ETA militaire en 1977 ou les Commandos autonomes anticapitalistes. Plusieurs membres venant de ces d'ETA-pm rejoindront, plus tard, la direction d'ETA-m comme « Antxon » Etxebeste et « Pakito » Mujika Garmendia.
En 1976, à l'initiative d'ETA-pm se crée l'Alternative KAS en tant que programme politique minimal commun aux organisations indépendantistes basques et, en 1977, ETA-pm appuie la création d'un parti indépendantiste de gauche appelé Euskal Iraultzarako Alderdia (EIA). Ce dernier se présente aux élections générales de 1977 au sein de la coalition Euskadiko Ezkerra (EE). La coalition entra de plain-pied dans le jeu politique à partir de cette année en participant au processus constitutif du statut d'autonomie du Pays basque. Durant cette période, ETA-pm réduisit son activité en ne réalisant pas d'assassinat ou d'autres actions armées qui auraient pu créer de l'impopularité au sein de sa base et interférer dans l'activité d'Euskadiko Ezkerra.
Pour autant, à partir de 1979, ETA-pm change de stratégie à la suite de la constatation que ce statut d'autonomie est insuffisant selon ses aspirations politiques. Ainsi, l'organisation commence à commettre des actions sélectives à grande répercussion afin de renforcer la position basque dans les négociations avec le gouvernement espagnol. Parmi ces actions, des attentats contre des intérêts touristiques espagnols, des séquestrations ou des attaques directes contre des responsables du parti au pouvoir à Madrid, l'Union du centre démocratique. Ces actions conduisent Euskadiko Ezkerra à une position difficile et des dirigeants de cette formation comme Mario Onaindia ou prennent position pour que ETA-pm disparaisse afin de laisser le champ libre pour une voie exclusivement politique.
Commence ainsi une période pendant laquelle Euskadiko Ezkerra se distancie et refuse la stratégie armée, tandis que des négociations débutaient afin que les militants d'ETA-pm accèdent à des mesures de grâce. Paradoxalement, ETA-pm augmente son activité armée afin de renforcer sa position lors d'éventuelles négociations avec le gouvernement espagnol. En 1981, sous à la tentative de coup d'État du , ETA-pm déclare une trêve qui dure environ un an. Début 1982, alors que la trêve touche à sa fin, ETA-pm organise sa Huitième assemblée, au cours de laquelle les partisans de la poursuite de l'activité armée gagnent la majorité. Pour autant, les thèses d'Euskadiko Ezkerra s'étaient installées au sein d'ETA-pm. Le secteur minoritaire mais très significatif de l'organisation armée, qui avait perdu au cours de la Huitième Assemblée, décide de la quitter sous le nom dETA-pm (Septième assemblée) et ses membres renoncent, la même année, à la lutte armée, accédant en bloc aux mesures de grâce négociées entre Euskadiko Ezkerra et le gouvernement espagnol. L'auto-dissolution prononcée par cette scission pourtant minoritaire, le , marqua, pour certains, la disparition d'ETA politico-militaire. Cette même année, Euskadiko Ezkerra, dirigée par Mario Onaindia, converge avec le secteur majoritaire du Parti communiste d'Euskadi, de . Des années après, en 1993, EE fusionnera avec le Parti socialiste d'Euskadi (PSE-PSOE) pour former le Parti socialiste d'Euskadi-Gauche basque (PSE-EE).
Ce qui reste de l'organisation, connue à partir de 1982 comme ETA-pm (Huitième assemblée) continue d'exister plusieurs années. Pour autant, privée de l'appui d'Euskadiko Ezkerra et de son entourage, qui tournent le dos à l'organisation, et soumise à la collaboration policière entre l'Espagne et la France, elle a du mal à exister. Des dissensions internes conduiront, en 1984, à une division en trois groupes : les partisans de continuer sur le chemin de la réinsertion initiée en 1982 qui renoncent, de manière individuelle, à la lutte armée ; les partisans de poursuivre la lutte armée en rejoignant ETA militaire, connus comme , et qui sont admis dans cette organisation en ; et un petit groupe qui continue d'exister sous le nom d'ETA-pm (Huitième assemblée) au moins jusqu'en 1986, en ne pratiquant que très peu d'actions. Ce dernier groupe disparut sans déclaration formelle de dissolution après l'arrestation de ses derniers dirigeants en liberté.
Histoire Division d'ETA En , lors d'une assemblée organisée à Hasparren, Euskadi Ta Askatasuna (ETA), un affrontement a lieu entre deux secteurs spécialisés existant au sein de l'organisation, le Front militaire et le Front ouvrier. Le Front militaire regroupait les militants pratiquant la lutte armée contre le régime franquiste tandis que la Front ouvrier regroupe les militants effectuant un travail politique ou syndical clandestin. Ce dernier accuse le premier de dominer tout l'appareil. Ces deux secteurs connaissent d'importantes dissensions en 1973 et 1974.
Certaines actions réalisées par le Front militaire, qui n'avaient pas été organisées avec l'accord du Front ouvrier, comme l'assassinat de l'amiral et président du Gouvernement Luis Carrero Blanco en , provoquent une forte répression du régime franquiste contre les membres du Front ouvrier. À l'été 1974, une partie importante du Front ouvrier, notamment située en Guipuscoa, abandonnent l'organisation pour fonder le parti Langile Abertzale Iraultzaileen Alderdia (LAIA). Un autre événement éloignant le Front militaire du reste de l'organisation est l'attentat de la cafétéria Rolando, à Madrid, le . Une bombe tue une douzaine de clients. Il est à signaler qu'ETA ne revendiquera jamais cette action.
Par la suite, une nouvelle assemblée est organisée au cours de laquelle la direction d'ETA propose une réorganisation afin d'établir une nouvelle relation entre ses fronts. Au sein de la direction, devrait exister une structure unique politico-militaire à laquelle seraient soumis les fronts, ceux-ci ayant un fonctionnement autonome dans leur champs respectif. La majorité du Front militaire s'oppose à cette structure organisationnelle et défend le fait que la lutte armée doit être complètement séparée de la lutte de masses. Ainsi, en , la séparation entre les deux courants d'ETA est consommée : d'un côté, une branche politico-militaire, formée par la majeure partie de la direction, les militants du Front ouvrier et la majorité des militants (les « polimilis ») ; d'un autre côté, une branche militaire, formée par la majorité des membres du Front militaire (les « milis ») et dirigée par Argala.
ETA militaire adopte, à partir de ce moment, une stratégie d'affrontement armée contre l'État, en agissant contre l'armée, les Forces de Sécurité, les collaborateurs alors qu'ETA politico-militaire ne souhaite plus s'impliquer dans les activités politiques (grèves, formation de partis et syndicats), sans renoncer à la lutte armée. Pour cette dernière, ETA-pm forme les (« Commandos spéciaux »), chargés d'exécuter les actions violentes. La lutte armée devant être subordonnée à la direction politique.
ETA-pm jusqu'à la mort de Franco (1974–1975) Durant l'année passée entre la scission d'ETA () et la mort de Francisco Franco (), ETA politico-militaire (ETA-pm) est l'organisation armée majoritaire au sein de l'indépendantisme basque.
La première victime mortelle d'ETA-pm et la première mort d'un militant au combat ont lieu le même jour, le . La veille, la Garde civile arrête un membre d'ETA et obtient de lui l'information selon laquelle une rencontre était prévue le entre ce militant et un autre, Ignacio Iparraguirre, dans un bar de Pasaia. Un sergent et un garde civil se rendent au bar pour vérifier la véracité de l'information obtenue. Ils y trouvent un individu suspect qu'ils tentent d'interpeller. Une fusillade éclate où le militant d'ETA, Ignacio Iparraguirre, ainsi que le sergent, Jerónimo Vera García, trouvent la mort..
À la fin de cette année 1974, les (membres des « Commandos spéciaux ») tuent deux gardes civils à Arrasate, le second lieutenant Luis Santos Hernández et l'agent Argimiro García Estévez. La police accusera Francisco Mujika Garmendia de cette action. Au cours de l'année 1975, les attentats revendiqués par ETA-pm augmentent. Le , ETA-pm tua José Díaz Linares, sous-inspecteur de la Brigada Político-Social de Saint-Sébastien et, le , l'organisation tue le policier José Ramón Morán, auteur des tirs ayant abattu l'historique chef d'ETA Eustakio Mendizabal, Txikia.
État d'exception Le , au cours d'un affrontement avec les forces de l'ordre dans le quartier Ergobia d'Astigarraga (faisant alors partie de Saint-Sébastien), le militant d'ETA-pm Mikel Gardoki trouve la mort. Au même moment, le dirigeant de l'organisation, Juan Miguel Goiburu, « Goiherri », est arrêté. Les deux militants sortaient d'un bar où ils avaient eu une réunion. À la suite de ces événements, le gouvernement décréta, le , l'instauration de l'état d'exception en Bizkaia et Gipuzkoa.
Lutte antiterroriste, « El Lobo », et arrestations massives Parallèlement à la déclaration de l'état d'exception en , des actions contre les biens et les personnes liés à ETA ou son entourage ont lieu de la part de groupes anonymes, notamment dans le Pays basque français mais aussi sur le territoire espagnol. Ce sont les premières attaques du terrorisme post-franquiste qui se présente, en , sous un premier nom : « Anti Terrorismo ETA » (Anti-terrorisme ETA, ATE). À ce moment, ces groupes ne mènent pas d'action mortelle mais franchiront ce pas quelques années après. Plus tard, des sources comme le général José Antonio Sáenz de Santa María confirmeront le fait que ces groupes étaient contrôlés par le Service central de documentation (SECED), les services secrets espagnols.