Abraham Peyrenc de Moras est un financier français, né dans les années 1680 et décédé le , en son hôtel à Paris.

Baptisé dans la religion protestante, au temple d'Aulas, à quelques kilomètres du Vigan, il est issu d'une famille roturière et souvent qualifié de fils de perruquier.

En réalité, sa famille a commencé, dès le , son ascension sociale puisque son grand-père est marchand chapelier et son père chirurgien juré, collecteur des tailles et bourgeois du Vigan. Abraham les a surpassés et a connu une ascension sociale fulgurante dans le Paris du , consacrée par son anoblissement en 1720.

Ses débuts à Paris Des rencontres décisives L'édit de Nantes a été révoqué en 1685. Abraham est le quatrième enfant de la famille Peyrenc. Son père est chirurgien juré. En province, le chirurgien dont le métier touche au corps peut aussi faire office de barbier.. Il a réussi à acheter une charge de secrétaire du roi et la terre de Saint-Cyr. Certains de ses enfants ont quitté le royaume pour s'installer en Angleterre et continuer à exercer leur foi.. Abraham, quant à lui, quitte le Vigan vers 1703. Selon les uns, il s'enfuit à Genève. où il rencontre les Bégon, viganais comme lui, et comme lui, partis pour cause de religion. Les Bégon sont dans les finances et auprès d'eux, il prend le goût des affaires. Selon les autres, il passe par Lyon où il commence sa carrière comme commis puis associé de Simon Le Clerc, marchand drapier. Dans les deux cas, il poursuit sa route pour Paris où il s'enrichit et se convertit au catholicisme.

Son biographe, le marquis de Lordat, écrit :

D'autres préfèrent s'en amuser et livrer un récit plaisant. :

Avec cet homme parti de rien et devenu munitionnaire général des armées du roi, Abraham va être à bonne école. Il exerce la fonction de secrétaire puis d'homme de confiance et devient son gendre. Il épouse Anne-Marie-Josèphe de Fargès qui va lui donner trois enfants, dont François Marie Peyrenc de Moras, qui sera contrôleur général des finances de Louis XV. Il suit en cela l'exemple de son beau-père qui fut dans sa jeunesse remarqué par le sieur Lagrange, entrepreneur des fourrages et des fortifications, employé par lui et finalement associé à son entreprise. Le mariage avec la fille de son employeur fut le tremplin de sa réussite, d'autant qu'il devint munitionnaire, un des moyens les plus rapides pour s'enrichir alors.

L'entreprise de Fargès comme tremplin dans le monde des Finances Sous le règne de Louis XIV, les guerres se succèdent et le Secrétariat d'Etat à la guerre conclut chaque année des contrats avec des associations de plusieurs entrepreneurs appelés les munitionnaires qui s'engagent à fournir à un prix convenu les rations de pains de munition, à savoir le fourrage, les chevaux, la nourriture et les habits nécessaires aux garnisons ou aux troupes en opération pendant la durée de chaque campagneThèse intitulée : de la dentelle à la finance: Parcours d'une femme d'affaires au début du (Université de Louvain).. Ces contrats peuvent atteindre des millions de livres. Les munitionnaires ne perçoivent en numéraire qu' un acompte du quart de la somme. Le solde est réglé par la remise de billets financiers gagés sur les caisses de l'Extraordinaire des guerres. Le munitionnaire qui a intérêt à garder les acomptes en numéraire règle le prix des marchandises aux entrepreneurs en vivres, au moyen de lettres de change, payables à une échéance déterminée auprès du banquier sur qui elles sont tirées.

Si la compagnie autour de Fargès est fondée en 1710, celui-ci a commencé son activité lucrative bien avant. Son rôle ne se cantonne pas aux achats. Il intervient comme financier en avançant des sommes considérables. En 1707, il réclame au Contrôleur général des Finances son dû, à savoir quatre millions de livres. La réussite de Fargès est liée à sa collaboration avec un réseau international de sous-traitants et de banquiers maniant le change et le crédit. Du fait du retard des paiements d'avances promis par le secrétaire d'Etat, Daniel Voysin de la Noiraye, Fargès est en proie à des problèmes de trésorerie en 1712 et en 1715, il doit suspendre ses paiements. Il s'est cependant considérablement enrichi en trafiquant sur les billets de l'extraordinaire des guerres, tout comme Abraham. Ce dernier est inquiété en 1715, après la mort de Louis XIV, lorsque le Régent décide de poursuivre les banquiers coupables de malversations. Taxé à plus de 2 millions de livres, il préfère s'exiler pour quelques mois en Angleterre. Revenu dans le royaume, il se lance avec Fargès dans une nouvelle spéculation.

Comme la relance des affaires est indispensable au rétablissement du Trésor Royal, le Régent donne son accord au projet de l'écossais John Law, qui fonde à Paris, dans la rue Quicampoix, une banque privée sous la forme d'une société par actions. Le système de finances inclut en 1717 la fondation de la Compagnie des Indes qui repose sur la mise en valeur de la Louisiane. Les actions s'échangent contre de l'or mais elles peuvent être aussi payées par le biais des billets d'Etat. Leur prix monte, des actions de 150 livres s'achètent jusqu'à . La banque devenue royale reçoit le monopole de la frappe des monnaies.

L'enrichissement grâce au Système de Law gauche|vignette Fargès souscrit pour un million de livres dans la Société et compte parmi les gros Mississipiens. Il vend au plus haut avant que le Système ne s'effondre en 1720. Il présente au Visa pour de billets et lettres de change contre lesquels il reçoit de nouveaux billets d'Etat. Devenu très riche, il achète deux charges de secrétaire du roi, une pour lui et une autre pour son père, notaire royal dans les Monts du Lyonnais. La savonnette à vilain fonctionne à plein régime.

Avec un aussi bon maître, Abraham Peyrenc a fait lui aussi son chemin. Il devient un des banquiers les plus courus de la capitale. Dès 1719, sa fortune est assurée et il peut se retirer des affaires et entrer dans l'administration. En 1720, il achète la charge de secrétaire du roi et est anobli. Il achète des terres. Mais la noblesse de terre ne lui suffit pas, il lui faut la noblesse de robe. Pour passer ses degrés, il doit apprendre le latin et le droit. Il s'entoure de maîtres qui les lui apprennent et se fait recevoir avocat, la condition nécessaire pour acheter la charge de maître des Requêtes qui coûte une fortune, plus de 200.000 livres. De 1720 à 1722, il est conseiller au Parlement de Metz puis maître des requêtes. S'étant fait le confident de Louise Françoise de Bourbon (1673-1743), fille naturelle légitimée de Louis XIV, duchesse de Bourbon, il est nommé chef de son conseil en 1723. En mars de la même année, il devient membre du bureau du Premier Conseil des Indes et en août, il passe inspecteur de la Compagnie.. Le sacre a lieu en 1731 quand il devient commissaire du roi auprès de la Compagnie. Un commissaire relève du seul Contrôleur général des Finances, il est le véritable maître de la Compagnie.

Ce portrait est la preuve de son ascension sociale par l'entrée dans l'ordre de la noblesse. Il exprime le désir de consécration d'une nouvelle noblesse qui s'essaie au modèle aristocratique. L'esthétique du portrait attribué tantôt à Nicolas de Largillière, tantôt à Hyacinthe Rigaud hésite entre l'image officielle, pompeuse et guindée et le portait psychologique. Abraham Peyrenc qui a acquis le marquisat de Moras est éternisé dans un léger trois-quarts, sourire aimable, regard sans insolence, perruque bouclée sans aucune raideur, habit de velours de soie rehaussé d'un savant négligé de dentelles. Les qualités humaines du personnage sont mises en avant, bien plus que l'importance de ses charges ou de sa fortune. Les armoiries qu'il s'est choisies reflètent le chemin parcouru depuis le Vigan: de gueules, semé de cailloux d'or, à la bande d'argent brochante.

L'achat de terres et d'immeubles En cévenol prudent, M. de Peyrenc se retire des affaires, sa fortune faite, et place son argent dans l'achat de diverses seigneuries. Entre 1719 et 1720, il acquiert pour d'immeubles, et dans la décennie suivante pour . Il semble acquérir ses domaines lorsque l'occasion se présente.. alt=Façade du château de Cherperine bâti par P.Alexis Delamair ( Bayerische StaatsBibliothek)|vignette|Façade du château de Cherperine bâti par l'architecte P. Alexis Delamair ( BSB:Bayerische StaatsBibliothek). alt=Plan général du château, jardins et parc de Cherperine|vignette|Plan général du château, jardins et parc de Cherperine (BSB). Le , il achète à la duchesse de Brancas la seigneurie de Moras (près de la Ferté-sous-Jouarre, dans la Brie) moyennant . Ce marquisat va lui donner ses titres de noblesse et son patronyme « Peyrenc de Moras ». Le de la même année, il achète aux créanciers du vicomte de Polignac les terres, seigneurie et dépendances d'Ozon, Rioux, Saint-Amant, Roche-Savine, Boutonargues, Saint-Pal et Châteauneuf-de-Randon, moyennant . Le , il achète une grande maison à Montfermeil, à quatre lieues de Paris, le de la même année, la baronnie de Peyrat et le , deux emplacements à bâtir, place Louis-le-Grand, à Paris. Il devient seigneur de la ville de Saint-Etienne en Forez, une des plus grandes villes manufacturières du royaume, en achetant le la seigneurie de Saint-Priest-en-Jarez, à la famille d'Urgel de Saint-Priest, moyennant . C'est son deuxième marquisat. En 1725, il rachète les dettes de jeu de Léonard Hélie de Pompadour, grand sénéchal du Périgord et marquis de Laurière, en échange de sa seigneurieArchives nationales, MC/ET/XCV/83 ().. C'est son troisième marquisat. En , il acquiert le comté de Clinchamp dans le Perche (Province du Maine) moyennant 450.000 livres, puis en juin, les terres de Champrose, Menillet et Villemigeon près de Tournan-en-Brie. Cette liste déjà impressionnante n'est pas exhaustive et passe sous silence quelques fiefs et quelques maisons parisiennes destinées à la location ou à la vente.

Ayant acquis auprès de Law deux emplacements à bâtir sur la place Louis-le-Grand, M.de Moras demande à l'architecte Jacques Gabriel, acheteur du troisième lot, d'édifier à son effet deux belles maisons. La plus grande est vendue à Jean de Boullongne, alors premier commis des Finances, l'autre est cédée au marquis des Alleurs pour en jouir de son vivant ainsi qu'à son frère, le chevalier des Alleurs, pour partie du prix sur la terre de Clinchamp. alt=Plan du rez-de-chaussée, du premier étage et du galetas du château de Cherperine|gauche|vignette|Plan du rez-de-chaussée, du premier étage et du galetas du château de Cherperine (BSB). A la campagne, la famille Moras possède un certain nombre de belles demeures dont la maison de Montfermeil à quatre lieues de Paris, le château de Champrose à neuf lieues de Paris, celui de Moras en Brie et celui de Cherperine (orthographe actuel : Chèreperrine) dans le Perche, paroisse d'Origny-le-Roux. Le château de Moras semble avoir été inhabité. L'inventaire après décès décrit un château dont l'intérieur est sans lustre, les tapisseries vieilles, la marqueterie des meubles usée et les miroirs des trumeaux décollés. Les tableaux sont les portraits de feu Louis XIV et autres rois ou seigneurs. M. de Moras, dans les demeures qu'il habite, affectionne les tableaux inspirés des métamorphoses d'Ovide ou bien des motifs de fleurs, de fruits et de chasse. Les dessus-de-porte de Montfermeil et ceux de l'hôtel de Varennes en sont l'exemple. Les lustres sont de cristal d'Allemagne, les marbres d'Italie, les commodes de palissandre. Le château de Cherperine sert de maison de plaisance à la belle saison.