Le collège de l'Esquile ou Esquille est un ancien collège de l'université de Toulouse. Ses bâtiments se trouvent entre les rues du Taur, des Lois et de l'Esquile, à laquelle il a donné son nom, dans le quartier Arnaud-Bernard (secteur 1) de Toulouse, en France.
Fondé probablement au ou au début du siècle suivant, au cœur du quartier universitaire de la ville, c'est à l'origine un petit collège qui accueille des boursiers. Il doit son nom à la clochette (esquila en occitan) qui rythmait les heures de la journée des étudiants. En 1551, sous l'autorité des capitouls, le collège est profondément transformé et complètement reconstruit. Le collège se développe, particulièrement sous l'autorité des doctrinaires, à partir de 1654, pour devenir un des deux principaux collèges toulousains, avec le collège des jésuites. Les bâtiments sont successivement agrandis du au début du , lui donnant sa physionomie actuelle. Fermé à la Révolution française, le collège est transformé en Petit séminaire et continue à accueillir des élèves jusqu'en 1905. À partir de cette date, les bâtiments sont occupés, à l'ouest, par l'administration des impôts. À l'est, l'ancienne chapelle du Petit séminaire, transformée en salle de spectacle et en cinéma, a été un des hauts lieux de l'histoire sociale et culturelle de la ville, mais aussi de l'exil républicain espagnol. Depuis 1997, elle accueille la cinémathèque de Toulouse.
Avec d'autres anciens collèges voisins – le collège de Périgord, le collège de Foix et le collège Saint-Raymond –, les bâtiments de l'ancien collège de l'Esquile sont un des derniers témoignages de l'architecture universitaire à Toulouse. Ils sont protégés au titre des monuments historiques. La porte principale du collège, sur la rue du Taur, a été classée en 1910, tandis que les bâtiments qui bordent la cour principale, le long des rues des Lois et de l'Esquile, ont été inscrits en 1992 et en 1993.
Histoire
Petit collège (1417-1551) Les origines du collège de l'Esquile restent obscures, à cause de la disparition de la plupart des archives de cette période. Le collège est fondé, probablement au – au plus tard avant 1417Corraze, 1936, .. Il se trouve au carrefour de la rue de l'Esquile et de la rue des Lois, au cœur du quartier universitaire, à proximité des couvents des Jacobins et des Cordeliers, des salles où les professeurs donnent leurs cours, ainsi que des autres collèges de la ville. Il est à cette époque simplement désigné comme le « collège de l'Étude » (collegium Studii en latin) : cette appellation indique peut-être une relation étroite entre le collège et l'université elle-même. Il prend le surnom de l'Esquile à cause de la clochette (squila en latin médiéval, esquila en occitan) qu'on fait sonner pour régler les différents exercices de la journéeCorraze, 1936, ..
Le collège s'organise autour d'une cour centrale, qui sert de cloître, autour de laquelle s'organisent les différents bâtiments, particulièrement les logements pour les étudiants, les salles de classe, la chapelle et une grangeCorraze, 1936, .. Ce n'est cependant qu'un petit collège, dont les faibles revenus ne permettent de recevoir qu'un nombre limité d'étudiants, seulement six. Ils sont nommés par l'archevêque de Toulouse ou, plus généralement, par ses vicaires générauxCorraze, 1936, ., normalement pour cinq ansCorraze, 1936, .. Parmi eux sont choisis un prieur et deux prêtres, dont un doit assurer le service religieux du collège. Le prieur est élu chaque année, au mois de novembre – probablement le 25, jour de la sainte Catherine –, par les étudiants rassemblés dans la chapelle du collège. Il est chargé d'administrer le collège et de défendre ses intérêts. Il est aidé dans sa tâche par un sindic et un procureur, qui représentent le collège devant la cour du sénéchal et le ParlementCorraze, 1936, .. Le prieur doit aussi administrer les biens que possède le collège, terres et immeubles, qui sont mis en location et dont il tire ses revenus, ainsi que des droits seigneuriaux dans plusieurs villages de la campagne toulousaine, particulièrement à Labastide-Constance et à SalvagnacCorraze, 1936, ..
La pauvreté relative du collège n'empêche pas les étudiants de vivre dans une certaine aisance. Avant même la fin de leurs études, ils obtiennent et cumulent souvent plusieurs bénéfices ecclésiastiques. On connaît un François Chambon, étudiant au collège avant 1514, jusqu'en 1532 au moins, prêtre perpétuel du collège, prieur à plusieurs reprises, propriétaire d'immeubles et de maisons à Toulouse, rue des Lois et rue du Sénéchal, de terres à Riguepel, Montgaillard et Saint-Yors, recteur de plusieurs églises dont Saint-Martin de Linards, Notre-Dame de Marquestal et Notre-Dame de Roquette, vicaire perpétuel de Saint-Pierre-des-Cuisines, et encore chanoine de la cathédrale d'AuchCorraze, 1936, ..
Grand collège (1551-1792) Collège municipal (1551-1654) Dès les années 1540, les capitouls souhaitent la création d'un établissement capable de donner aux enfants une instruction complète qui les prépare à fréquenter l'université. Ils protestent de plus contre les abus des étudiants toulousains et se plaignent de la faiblesse des revenus propres à chaque collègeCorraze, 1937, .. Ils reçoivent dans leur projet le soutien de l'archevêque de Toulouse, Odet de ColignyCorraze, 1937, ., du philosophe Jean Bodin, ancien élève de l'universitéCorraze, 1937, ., et particulièrement de Jacques Du Faur, humaniste fervent, abbé de la Chaise-Dieu et du Faget, vicaire général de l'archevêque, conseiller au Parlement de Toulouse, puis au grand conseil du roi, et président à la chambre des enquêtes du Parlement de ParisCorraze, 1937, ..
Le roi Henri II ordonne par l'édit de Nantes, de , la suppression des collèges de Boulbonne, de Saint-Girons, de Verdalle, de Montlezun, de Saint-Exupéry, des Pauvrets, du Temple et de l'Esquile. Les biens de tous ces collèges doivent être réunis et affectés à la fondation d'un grand collègeCorraze, 1937, ., sur le modèle des grands collèges parisiens : l'éducation doit mettre l'accent sur l'étude des langues anciennes, particulièrement le latin et le grec. L'édit royal rencontre l'opposition des prieurs et des étudiants des collèges supprimés, qui portent l'affaire devant le Parlement, qui ne cède qu'après que le roi envoie une lettre patente signée à Châlons-en-Champagne le : l'édit est enregistré au Parlement le Corraze, 1937, ..
Les travaux du nouveau collège commencent au mois de . On commence par abattre les vieux bâtiments du collège de l'Esquile et du collège voisin de Saint-Exupéry, sous la direction des maîtres-maçons Guillaume Cazeneuve et Michel BoyerCorraze, 1937, .. On confie à Nicolas Bachelier la construction du nouveau portail d'entrée, à l'emplacement de celui de l'ancien collège de Saint-Exupéry, sur la rue du Taur, tandis que l'autre entrée, sur la rue des Lois, est ferméeCorraze, 1937, .. Les travaux se poursuivent en 1558, avec la réfection de la chapelleCorraze, 1937, .. En 1560-1561, le maître-maçon Guillaume Norman est chargé d'élever une galerie contre la nouvelle façade, de carreler et de crépir les pièces ; le maître-verrier Bertrand Bertier de garnir de vitres toutes les fenêtres ; le maître-serrurier Elias Laguerrie de fabriquer les grilles et les serrures. Lorsque les travaux sont à peu près achevés en 1561, la construction du nouveau collège a coûté livres, 5 sous et 8 deniers tournoisCorraze, 1937, ..
Il revient au capitouls de choisir le principal qui dirigera le collège. Il semble que le choix en est confié à Jacques Du Faur : le poste est d'abord offert à l'humaniste Adrien Turnèbe, qui refuse, puis à Bertrand de Lapointe, docteur en droit venu de Paris, pour un bail de trois ansCorraze, 1937, .. Le collège ouvre solennellement ses portes fin septembre ou début , avec comme premiers « régents » ou professeurs six ParisiensCorraze, 1937, .. Bertrand de Lapointe s'attache à apaiser les controverses religieuses entre les élèves et les protestants sont même autorisés à faire leur prêche dans les salles d'étude. Mais en , le collège est secoué par les troubles religieux que connaît la ville : Bertrand de Lapointe est suspecté de protestantisme et accusé de meurtre, le collège ferme ses portes pour une annéeCorraze, 1937, .. Dans un contexte de raidissement religieux, les protestants sont exclus, la messes est rendue obligatoireCorraze, 1937, ., les principaux suivants sont tous catholiques et majoritairement des clercs. En 1595, pendant les troubles de la Ligue, le collège est à nouveau désertéCorraze, 1937, ..
Le collège entretient des rapports contradictoires avec l'université. D'un côté, les professeurs de l'université sont invités à donner des cours aux élèves du collègeCorraze, 1937, .. À partir de 1564, la faculté des Arts est même logée dans le collège de l'Esquile. On voit également des principaux et des régents du collège devenir professeurs à l'université, recteurs de la faculté des Arts et de l'université. De plus, les élèves de l'Esquile obtiennent les grades universitaires de la faculté des Arts sans examenCorraze, 1938, .. D'un autre côté, il est interdit aux élèves d'assister aux cours de l'universitéCorraze, 1937, .. En 1595, un ancien principal du collège, Thomas Martin, est roué de coups par trois étudiants toulousains qui avaient pénétré par effractionCorraze, 1937, .. Surtout, le collège entre en rivalité avec le collège des jésuites, ouvert en 1567, et dont les élèves doivent passer leur examen de maîtrise ès Arts au collège de l'Esquile. En 1590, François Sanchez, médecin et philosophe devenu régent ès Arts, favorable aux jésuites, refuse de donner ses cours au collège de l'Esquile, mais il est désapprouvé par le Parlement. En 1592, les jésuites obtiennent finalement la permission de délivrer le diplôme de maître ès ArtsCorraze, 1938, .. Malgré tout, le collège se développe, particulièrement sous la direction de (1596-1608)Corraze, 1937, ., puis de Jean d'Avela (1630-1646)Corraze, 1937, . et de Guillaume Mulatier (1646-1654)Corraze, 1937, ..
Collège des doctrinaires (1654-1792) Les prêtres et les filles de la Doctrine chrétienne – doctrinaires et ursulines – se consacraient à la catéchèse et à l'enseignement religieux. Ils avaient été appelés à Toulouse par l'archevêque et cardinal François de Joyeuse, et étaient arrivés en . Les doctrinaires avaient obtenu l'église et le couvent Saint-Romain (emplacement des actuels rue Saint-Rome et rue Jules-Chalande)Corraze, 1938, .. Par un bref du pape Grégoire XV, enregistré au Parlement de Toulouse le , ils avaient l'autorisation d'enseigner les arts libérauxCorraze, 1938, .. Toulouse devient le siège d'une des trois provinces françaises des doctrinaires, qui ouvrent rapidement des maisons d'éducation dans la région, à Saint-Girons, Miremont, Saint-Félix-Lauragais, Revel, Gimont, Lavaur, Lectoure, Condom, Moissac, Gaillac, Lauzerte, Montcuq, Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne... Ils créent d'importants collèges à Pézenas, Villefranche-de-Rouergue et Brive-la-GaillardeCorraze, 1938, ..