Finette ou l'Adroite Princesse est un conte écrit par Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon et publié dans ses Œuvres mêlées en 1695.
Il s'inscrit dans la lignée des contes classiques français du en grande partie écrits par des femmes, comme Madame d'Aulnoy (Les Contes des fées) ou Mademoiselle de Lubert (La Princesse Camion, La Princesse Coque‑d’Œuf et le Prince Bonbon…), et développe plusieurs éléments de la pensée morale précieuse qui avait cours dans les salons intellectuels de la fin du .
Il met en scène l'histoire de la princesse Finette, exemple-même de la vertu, et de ses sœurs Nonchalante et Babillarde, enfermées dans un château par leur père afin de les éloigner de leurs vices naturels et de les éduquer à être prudentes et avisées ; l'introduction d'un prince malveillant et rusé dans le château va permettre de révéler les conséquences négatives de leurs vices et les avantages du comportement exemplaire de Finette.
Forme Le conte s'adresse à la comtesse de Murat, amie de L'Héritier participant comme elle aux salons précieux, et également autrice de contes. Mademoiselle de L'Héritier déclare en préambule vouloir offrir à son amie une « historiette » dont le but est uniquement d'en déduire un enseignement moral. Elle adopte volontairement un « tour naïf » et « comme on parle » en rejetant un style formel brillant et recherché auquel Murat aurait semblé s'attendre, puisque L'héritier fait référence au talent de celle-ci pour les nouvelles en vers ; en cela elle s'éloigne de l’esthétique précieuse qui entend valoriser le langage en adoptant un style élevé, et privilégie le fond de la pensée (ici une pensée morale) à l'esthétique formelle dont le but serait de « divertir » ou de plaire.
Le conte s'ouvre sur deux proverbes qui montrent la veine populaire dans laquelle L'Héritier entend inscrire son conte, et dont l'histoire qui suit est une illustration : « oisiveté est la mère de tous les vices » et « défiance est la mère de sûreté ». La conteuse insère à la suite une mise en garde morale en vers, en s'excusant ironiquement de cet écart dans sa démarche de simplicité. Elle inscrit ainsi dans la préciosité une dimension populaire, naïve et spontanée, en mêlant deux registres.
Le même schéma se répète en clôture du conte, avec l'insertion d'une morale en vers donnant au conte une dimension cyclique et ludique, sous la forme d'une « conversation », puisque les adresses enjouées à Murat jalonnent le conte, dans la veine des salons littéraires du qui proposent une réflexion dont la gravité et la profondeur serait allégée par une recherche d'« agrément » et d'amusement. L'héritier insiste sur la légèreté du conte en le qualifiant elle-même d'« histoire badine » dont le prétexte sert à l'établissement d'une « bonne morale », liée à une forme de sagesse et de bon sens populaire. Pour Jean-Paul-Sermain dans Le conte de fées, du classicisme aux Lumières, cette légèreté est caractéristique des contes classiques qui dénotent une désinvolture accentuée au avec le développement des contes libertins et parodiques comme Le Sopha de Crébillon fils.
Résumé Un roi vivait avec ses trois filles à marier, Nonchalante, surnommée ainsi à cause de sa paresse, Babillarde à cause de son bavardage incessant, et Finette à cause de son intelligence et de la subtilité de son esprit. Le roi, qui se reposait sur Finette pour la gestion de son royaume et de sa maison mais s’inquiétait de l'avenir de ses sœurs pétries de défauts, demanda à une fée de leur fabriquer trois quenouilles de verre qui se casseraient sitôt que leurs propriétaires agiraient à l'encontre de leur vertu. Il offrit à ses filles les quenouilles et les enferma sans domestiques en haut d'une tour en leur défendant d'y recevoir quiconque. Alors que Finette trouvait à s'occuper, ses sœurs s'ennuyaient et s'apitoyaient sur leur sort. Riche-Cautèle, un prince fourbe venant d'un royaume voisin, décida de piéger les jeunes filles. Il se fit ouvrir les portes du château sous une fausse apparence, mais lorsque la supercherie fut révélée, les sœurs épouvantées se cloîtrèrent dans leurs chambres.
À force de belles paroles, déclarées tour à tour aux deux aînées qui ne pouvaient communiquer entre elles, il les amena à lui ouvrir leur porte et à lui céder leur vertu avec la promesse d'un mariage prochain. Les quenouilles des jeunes filles se brisèrent aussitôt. Le prince les enferma ensuite dans leurs chambres, avant de partir à la recherche de Finette. Celle-ci réagit à l'inverse de ses sœurs aux tentatives de séduction de Riche-Cautèle : consciente du caractère manipulateur de ses paroles doucereuses, elle le menaça à l'aide d'un marteau après que le prince eut enfoncé sa porte, puis feint d'être dupe afin de l'inciter à se rendre dans une chambre où elle prétendit que l'attendait un lit pour la nuit. Elle y avait en fait construit un lit de fortune au-dessus d'un égout. Le prince y tomba, et ne réussit à s'en extraire que le lendemain avant de rentrer dépité dans son royaume. Finette délivra ses sœurs.
Cependant, Riche-Cautèle fomenta un nouveau plan contre les sœurs, et Finette fut capturée, supportant avec héroïsme sa captivité. Riche-Cautèle lui montra dans sa cellule le tonneau hérissé de piques qu'il lui réservait, mais la princesse en profita pour l'y faire basculer et prendre la fuite. Riche-Cautèle était presque mourant, et son frère Bel-à-voir, qui était aussi bon et doux que son frère était mauvais, prit soin de lui.
De retour auprès de ses sœurs, Finette constata qu'elles avaient mis au monde deux enfants. Catastrophée, la jeune fille décida de s'en débarrasser. Elle enferma donc les nourrissons dans des boites, se rendit déguisée en homme dans la ville de Riche-Cautèle, et parvint à l'aide d'un subterfuge à pénétrer avec les enfants à la cour, où elle déposa les boites. Informé de l'histoire, Riche-Cautèle comprit que c'était un tour de Finette et profita de l'affection aveugle que son frère lui portait pour le prier d'épouser Finette afin de mieux la tuer une fois qu'elle serait à sa merci. Il expira peu de temps après.
Pendant ce temps, le père des trois sœurs revint dans son royaume et leur rendit visite en les priant de lui montrer leurs quenouilles. Extrêmement déçu par ses aînées, le roi les envoya auprès de la fée qui avait fabriqué pour lui les quenouilles de verre, comme punition pour leur comportement. La fée les mena dans une galerie où elles pouvaient admirer des tableaux représentant des femmes vertueuses en les y comparant. Elle les obligea à effectuer toute la journée des travaux grossiers et éreintants, dont elles finirent par mourir.
Finette épousa Bel-à-voir, bien qu'elle pressentait que celui-ci tenterait de venger la mort de son frère. Elle fabriqua une poupée de paille qu'elle plaça dans le lit réservé aux mariés pour leur nuit de noces et que Bel-à-voir poignarda, comme le lui avait demandé son aîné. Il en éprouva un tel remords qu'il décida de mettre fin à ses jours à l'aide du même poignard afin de se punir de ce meurtre, mais Finette, cachée dans un coin de la chambre, l'en empêcha en lui contant son stratagème. Soulagé, le prince réalisa qu'il n'aurait pas du agréer à la demande de son frère, et les deux époux « passèrent une longue suite de beaux jours dans une gloire et une félicité qu'on aurait peine à bien décrire ».
Analyse de L'Héritier adopte les topoi du conte merveilleux tels qu'ils sont déjà présents dans les récits de tradition orale (c'est-à-dire non seulement les codes propres au conte classique français du ) : présence d'une fratrie de 3 (chiffre symboliquement fort.) dont les membres sont du même sexe, de façon à mettre en valeur leurs ressemblances et leurs différences. Comme dans de nombreux autres contes (Le Petit Poucet, Cendrillon, de Grimm), la cadette est le personnage principal du conte sur lequel la sympathie du lecteur est attirée, et présente de nombreuses qualités ; le statut de cadet, dévalorisé dans la société traditionnelle obéissant au droit d’aînesse, est ainsi dans les contes réhabilité.. L'hyperbolisation des défauts de Babillarde et Nonchalante sert, par un effet de faire-valoir, à mettre en exergue les qualités de Finette, mais l'exagération de ces qualités permet aussi de montrer les défauts des deux sœurs ; l'attention est autant portée sur les vices que sur les qualités de manière à renforcer les avantages de la bonne conduite de Finette que la conteuse entend conseiller.
Vertu féminine Les deux préceptes moraux qui forment les pierres angulaires du conte sont la défiance et le travail (ici domestique), et sont fortement associés par L'Héritier à la condition féminine, puisqu'elle s'adresse dans ses vers liminaires aux « Beautés » qui succomberaient à des « blondins doucereux ». Le conte est donc un avertissement aux jeunes filles et est marqué par une défiance envers le genre masculin incarné par le prince Riche-Cautèle, puis par son frère qui tempère la négativité du masculin et sa différence avec le féminin puisque Bel-à-voir est par certains points l'alter ego de Finette (abnégation, rectitude morale, parfois complaisance). Riche-Cautèle est l'archétype du séducteur roué, figure répandue au avec le personnage de Don Juan et la naissance du libertinage intellectuel qui deviendra de mœurs au (incarné par le vicomte de Valmont). L'Héritier s'inscrit dans le mouvement précieux qui, porté en majorité par des femmes, défend la valeur du féminin en proposant un idéal accompli de femme cultivée, avisée et vertueuse, incarné ici par Finette.
Importance de l'intelligence pour les femmes Néanmoins, la conteuse focalise premièrement la valeur de la femme sur son esprit puisque c'est lui qui garantit l'intégrité de la vertu de cette dernière, en lui permettant de se défier des séducteurs, mais est aussi un moyen de lutter contre l'ennui et l'oisiveté. Ainsi l'intelligence de Finette lui permet de déceler le danger que représente Riche-Cautèle, de le contrer (puisqu'elle s'en délivre par la ruse), de s'occuper en lisant lorsqu'elle est enfermée dans la tour et de conseiller son père dans les affaires du royaume, ce qui fait de son intelligence un moyen d'accès au pouvoir et à la responsabilité. Si L'Héritier obéit aux conventions du conte en essentialisant les caractères de ses personnages qui semblent être naturellement bons, paresseux, ou intelligents, elle montre cependant que Finette entretient et fait grandir ses capacités en se cultivant ; elle enjoint ainsi les femmes à cultiver leur esprit par des lectures et des réflexions (« il faut que votre esprit s'occupe », de manière à s'élever au-dessus de leur condition féminine, ou plutôt à élever cette condition. La sagesse de Finette vient aussi de sa capacité à suivre la voie morale et son intérêt en refusant par exemple qu'un inconnu pénètre dans le château, en préservant sa « quenouille de verre », c'est-à-dire sa vertu, ou en se méfiant de la demande en mariage de Bel-à-voir sur les conseils de la fée — elle le fait à la fois par obéissance et respect des figures d'autorité, et par adéquation avec la voie morale qui lui est proposée. Par un effet de mise en abyme, L'Héritier enjoint ses lectrices à écouter ses conseils de prudence en montrant son personnage faire de même, notamment auprès d'une femme plus âgée qui représente dans le conte la sagesse.
Ambivalence du personnage de Finette