150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau sud-africain. Le cinéma sud-africain désigne les films et l'industrie cinématographique de l'Afrique du Sud. Le cinéma apparait en Afrique du Sud dans les années 1897-1898 mais c'est surtout après la fondation de l’Union Sud Africaine en 1910 que l'industrie cinématographique sud-africaine se développe.

Les premiers films parlants sont réalisés en anglais et en afrikaans et traitent de sujets historiques (De Voortrekkers, Paul Kruger ou Majuba) ou sont des adaptations d'œuvres littéraires (Les Mines du roi Salomon, Allan Quatermain). La majorité des films tournés en Afrique du Sud et diffusés à l'étranger sont d'abord des productions américaines ou des co-productions (Tant que soufflera la tempête, Zoulou, Gold , Les Oies sauvages, Le Putsch des mercenaires, L'Ultime Attaque). Ce sont aussi ces productions étrangères qui seront les premières à traiter des relations interraciales et à critiquer frontalement l'apartheid dans des films tournés dans les pays limitrophes (Une saison blanche et sèche, Cry Freedom).

Durant l’apartheid (1948-1991), la culture afrikaner est privilégiée dans la production nationale et la distribution des films se limite souvent à l'Afrique australe. Ce sont souvent des comédies comme Daar doer in die bosveld, Rip van Wyk, Hans en die Rooinek, Lord Oom Piet ou King Hendrik, ces deux derniers se risquant à la satire politique. Les populations de couleurs y sont souvent assignés à des rôles subalternes, du moins avant Dingaka qui met en scène au premier plan des acteurs tant noirs que blancs.

Durant les années 1960, une culture cinématographique sud-africaine indépendante et contestataire connait toutefois un succès confidentiel, notamment auprès de la critique comme Die Kandidaat (1968) ou Katrina (1969) mais le premier film sud-africain à acquérir une véritable renommée internationale est le film « Les Dieux sont tombés sur la tête » (1980), écrit, produit et réalisé par Jamie Uys qui avait déjà également connu le succès à l'étranger durant les années 1970 (Lost in the Desert, Kalahari).

Depuis la fin de l’apartheid (1991), le cinéma en Afrique du Sud est devenu une référence en matière de production et de réalisation de films sur le continent africain par sa diversification et la qualité des contenus. Le film de science fiction District 9 (2009), de Neill Blomkamp, est emblématique de ce succès et a été nommé à la cérémonie des Oscars.

Histoire Pendant plus de , la production nationale sud-africaine s’est essentiellement limitée à de grandes fresques historiques consacrées aux Afrikaners. Le film symbole de cette période est De Voortrekkers (1916), retraçant l’histoire du Grand Trek.

En 1895, le premier kinétoscope apparait en Afrique du Sud et le cinéma fait alors progressivement son apparition.

En 1913, les différents distributeurs sont regroupés sous le contrôle de la société "African Films" qui fixera les règles de l’industrie cinématographique nationale pendant de longues années. Des épopées historiques sont alors produites comme De Voortrekkers, sorti en 1916, et consacré au Grand Trek, Les Mines du roi Salomon et Allan Quatermain. Dans les années 1910-1920, l'homme d'affaires Américain (1871-1949) fonde la Schlesinger African Film Productions Ltd. qui va très vite avoir le monopole de la production de films et du système d’exploitation de salles en Afrique du Sud. Les Afrikaners produisent leurs propres films, via des sociétés cinématographiques allemandes comme l’UFA ou Kinemas, mais la Schlesinger African Film Productions Ltd rachète Kinemas et reste dominante jusqu’en 1948.

Le premier film parlant sud-africain est réalisé en 1930 sur la vie traditionnelle des noires dans les terres Zouloues : Black Traditional Life. L'année suivante parait le premier film parlant en langue afrikaans : Sarie Marais réalisé par Joseph Albrecht et racontant l’histoire d’une internée dans un camp de concentration britannique durant la seconde guerre des Boers. D'autres films suivent centrés sur l'histoire des Afrikaners et de ses héros, notamment Paul Kruger en 1956, De Voortrekkers en 1973 ou encore Danie Theron en 1983.

En 1935, l'organisation missionnaire protestante œcuménique lance en Afrique du Sud une Expérience de cinéma éducatif bantou ( (BEKE))..., visant à éduquer à l'occidentale, de manière contrôlée, la population noire sud-africaine. L'expérience s'étend en 1936-1937 en Ouganda, Rhodésie et au Tanganyika.

Plus particulièrement, durant l’apartheid (1948-1991), les nationalistes au pouvoir vont privilégier la culture et la représentation afrikaner dans la production et la distribution des films destinés principalement à un public blanc. Si le réalisateur afrikaner Jamie Uys produit et réalise Daar doer in die bosveld, un film indépendant, grâce à l’obtention de subventions accordées par des entreprises privées, l’État sud-africain subventionnera, à partir de 1956, par des moyens de subventions préférentiel, les productions en afrikaans et/ou celles censées refléter la société sud-africaine sous le gouvernement d’Hendrik Verwoerd. Ainsi, sur les 60 films réalisés entre 1956 et 1962, 43 étaient en langue afrikaans, 4 en version bilingue et les 13 restants en anglais. À partir de 1962, les capitaux afrikaners prennent de l’importance dans l’industrie cinématographique locale, d’autant plus que le public afrikaner est relativement large et très stable, garantissant presque automatiquement à chaque film de langue afrikaans une carrière assez longue dès lors qu’il apporte un divertissement léger et qu'il traite de manière idéaliste la réalité afrikaner et ses préjugés. Ainsi, durant cette période, Jamie Uys, avec sa société de production, mais aussi d'autres réalisateurs comme Emil Nofal, sur un ton plus décalé, réaliseront des comédies, centrés sur des personnages afrikaners sympathiques (Rip van Wyk) ou sur l'antagonisme entre les communautés linguistiques anglophones et afrikaans (Hans en die Rooinek, Lord Oom Piet, King Hendrik). Certains de ces auteurs afrikaans, bien installés dans le paysage cinématographique, se permettent de prendre des risques face aux de censures pouvant survenir en abordant des thématiques plus sensibles comme les valeurs calvinistes confrontées au monde moderne (Debbie d'Elmo de Witt, produit par Jamie Uys)

La majorité des films tournés en Afrique du Sud qui sont diffusés à l'étranger sont alors des productions américaines ou des co-productions internationales (Tant que soufflera la tempête, Zoulou). Le premier film sud-africain à être entièrement réalisé à l'étranger en 1965 et à faire l'objet d'une distribution à l'internationale, est encore une comédie de Uys (All the Way to Paris) .

En 1969, le financement, la production et la distribution de films dans le pays se retrouvent aux mains d’une seule grande société, le Suid Afrikaanse Teaterbelange Beperk. Les films en afrikaans se conformant aux valeurs conservatrices bénéficient d’une exploitation suffisante pour être rentables et d’un public fidèle. Martin Botha et Samuel Lelièvre, Promised Land ou des Afrikaners face à eux-mêmes, Études africaines, 2004, . Ces films, à l'exception de quelques-uns, n’ont aucune vocation à intéresser un public étranger et l’éventualité de leur exploitation internationale n’est que rarement envisagée. Toute analyse critique de la culture afrikaner est d’ailleurs soigneusement évitée au profit de la présentation d’un stéréotype populaire univoque de l’Afrikaner (voir les films de Jamie Uys). Outre le film Majuba (1968) de David Millin, l'un des premiers films sud-africains à connaitre un certain succès populaire à l'international est (encore) un film de Jamie Uys, intitulé Lost in the Desert (1969), réalisé en deux versions linguistiques.

Une culture cinématographique indépendante, socialement et politiquement contestataire persiste comme le témoignent Civilization on Trial, un documentaire de l'homme d'église Michael Scott (1948), Jim Comes to Joburg (1949) de Donald Swanson avec Dolly Rathebe, Song of Africa (1952) d'Emil Nofal, Cry, the Beloved Country de Zoltan Korda (1952) ou Come Back, Africa (1960) de Lionel Rogosin. Ce sont surtout les films de Jans Rautenbach et d'Emil Nofal qui sont les premiers à traiter du monde afrikaner dans le contexte d’une Afrique du Sud multiculturelle à l'instar de Die Kandidaat (1968)Présentation du film Die Kandidaat, Katrina (1969)Présentation de Katrina qui décrit la vie d'une famille de Coloured dont la fille apparait blanche et se fait passer comme blanche aux yeux des tiers, et Jannie totsiensAfrique du Sud, une mosaïque d'identités, Pierre Audebert, La Nouvelle Dimension, 2019(1970). Mais ce sont aussi des productions étrangères qui témoignent surtout de cette opposition à l'apartheid, à l'instar d'Une saison blanche et sèche, film américain d'Euzhan Palcy (1987) tourné au Zimbabwe.

Dans la plupart des films sud-africains produits dans les années 1960, les noirs sont peu présents dans les films pour grand public ou assignés à faire de la figuration dans des rôles subalternes (domestiques, employés, policiers, vagabonds). Néanmoins, Dingaka (1965) de Jamie Uys est l'un des premiers films grands publics où des acteurs noirs (Ken Gampu) bénéficient de rôles de premier plan et interagissent avec les acteurs blancs (Stanley Baker, Juliet Prowse, Bob Courtney) bien que leurs personnages correspondent encore à des stéréotypes afrikaners sur les populations de couleurs.

La première moitié des années 1970 est marquée par des films de genre assez virulents et stéréotypés sur les rituels et coutumes africaines comme le film d'horreur Le Souffle de la mort (1975) de l’Allemand Jürgen Goslar alors que dans l'ensemble, la qualité du cinéma afrikaner est médiocre (The Demon) ou très orienté politiquement à des fins de propagande pour signifier que l'Afrique du Sud est un pays assiégé : Ainsi Kaptein Caprivi (1972) d’Albie Venter, dont le narrateur est l'ancien Président sud-africain, Charles Swart, est un film d'action de type hollywoodien, traitant d'une prise d'otages de fermiers sud-africains dans la bande de Caprivi, et qui vise à encourager les spectateurs blancs sud-africains à rejoindre l'armée pour défendre l'Afrique du Sud contre ses ennemis communistes. Sa suite directe est Aanslag op Kariba (1973) d’Ivan Hall qui traite de la prise d’otage de touristes par des terroristes à la frontière entre la Rhodésie et la ZambieGallaye-Joachim Landau, Les impacts de la démocratisation sur un secteur culturel : le cinéma sud-africain post-apartheid Thèse de doctorat dirigé par Denis-Constant Martin, Université Montesquieu, juillet 2012, .

En 1973, destiné au public non blanc, le film Joe Bullet de Louis de Wit est intégralement joué en langue anglaise par des acteurs noirs. En 1975, des films en langue xhosa commencent à être diffusés comme Maxhosa de Lynton Stephenson, une transposition de Macbeth en pays zoulou alors qu'émerge plusieurs acteurs noirs sud-africains (Simon Mabunu Sabela, John Kani).

À partir de 1976 et de l’avènement de la télévision, des cinéastes de langue afrikaans comme Manie van Rensburg réalisent des fictions et séries de bonne facture pour la télévision nationale et le cinéma, notamment centrées sur la psychologie afrikaner comme Verspeelde Lente (1983), Die Perdesmous (1982) et The Native Who Caused All the Trouble (1989), sur les Afrikaners urbains comme Die Bankrower (1973), Die Vuurtoring (1984), Taxi to Soweto (1991), et sur les racines du nationalisme afrikaner, comme Heroes (1985), et The Fourth Reich (1990)Présentation du film "The Fourth Reich". 200px|thumb|L'actrice Charlize Theron, une Afrikaner, née en Afrique du Sud, naturalisée américaine en 2007.