Les Chaouis (en chaoui : Icawiyen/ⵉⵛⴰⵡⵉⵢⵏ, en arabe : ) sont un groupe ethnique Berbère d'Algérie. Ils habitent principalement le massif de l'Aurès en Algérie, d'où ils sont originaires, ainsi que les régions attenantes, comme le Constantinois, et la région des Chotts, au total une grande partie de l'Est algérien.
Par la population et par le nombre de locuteurs, les Chaouis représentent le deuxième groupe berbérophone algérien, après les Kabyles.
Géographie et territoire vignette|Danse chaouie dans les Aurès en 1935. En dehors de l'Aurès, les Chaouis se trouvent dans les régions situées au nord de ce massif : les monts et plaines de Belezma, du Boutaleb, la région des chotts et les hautes plaines constantinoises.
Du point de vue du découpage administratif, les populations chaouies se trouvent principalement dans les wilayas de Batna, de Khenchela, d'Oum El Bouaghi, de Tébessa, de Souk Ahras, de Guelma, de Constantine, de Biskra, de Sétif, de Bordj Bou Arreridj, de M'Sila, d'Annaba, de Skikda, et à Mila. Les Chaouis se trouvent donc aussi en Petite Kabylie.
Étymologie D'après Slane, traducteur des livres d'Ibn Khaldoun, le mot Chaoui signifie « Berger » et désigne directement les ZénètesHistoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique… et ajoute que ce sont ces pasteurs, qui ont fondé des dynasties musulmanes au Maghreb et en Andalousie (Ifrenides, Maghraouides, Zianides, Mérinides) et c'est par eux que les dynasties arabes se sont effondrées (en partie au Maghreb et en Andalousie).
Les Zénètes de l'Aurès alimentaient les dynasties Berbères zénètes ou autres durant toute la période de règne des grandes dynasties musulmanes au Maghreb. À force de rivalités, ils se sont affaiblis au fil du temps. La dégradation des conditions de vie et les vacuités du pouvoir provoquent l'effondrement et le désordre dans la région.
Le terme Chaoui se serait appliqué seulement à toute la population des Aurès ; il existe cependant une population au Maroc qui porte ce nom Chaouia-Ouardigha, mais elle n'a pas les mêmes caractéristiques que la population des Aurès.
Kateb Yacine considère le terme Chaoui comme péjoratif, tout comme kabyle, et . Il opte pour le mot Imazighen pour désigner toute la population algérienneHommage à Kateb Yacine, L'Harmattan, 2006, , cf. Version en ligne de l'ouvrage.. Par ailleurs, les Chaouis de l'Aurès occidental se définissaient sous le nom de Imazighen et dénomaient leur langue Tamezight.
Une autre façon de désigner les habitants originaires des Aurès est « Aurésiens ».
Avant la conquête française, les autochtones n'employaient pas le mot Chaoui pour désigner l'ensemble de leur population, car ils utilisaient les noms de tribus. Le mot Chaoui désignait seulement un berger au sein des Chaouis.
Actuellement, la population chaouie se désigne comme telle, pour se reconnaître avec d'autres résidents en Algérie.
Problématique des noms Les historiens en langue arabe ont nommé la majorité des tribus mères sans ajouter le terme Banou. Par exemple Sanhadja, Zénètes, Lemtouna, Zwawas, etc. Le terme Chaouis étant un qualifiant, il ne constitue pas une tribu-mère. Les termes Abou (Père de) et ibn (Fils de) ont été introduits par les historiens en langue arabe pour désigner quelqu'un de spécifique. Le terme Banou (les fils de, au pluriel) a été introduit par les historiens en langue arabe pour décrire l'appartenance généalogique des tribus célèbres.
À l'instar des autres régions amazighes, on trouve les mêmes vocables dans la région des Aurès, le radical Aït ou Ayth ou At (fils au singulier) est très fréquemment utilisé chez les tribus d'origine Zénète : Ayth Busliman, Ayth Abdi, Ayt Daoud, etc. Ce sont des noms de tribus.
Si certains noms ont une signification berbère, surtout en référence aux tribus matrices anciennes, d'autres noms désignent des lieux ou sont des emprunts à l'arabe. Cependant, plusieurs noms de tribus et de personnes n'ont pas de signification apparenteHistoire des berbères et des dynasties musulmanes, le baron de Slane.
Lors de la colonisation française, vers le , les Français ont fixé les noms des individus pour établir les dossiers de l'état civil et l'identification personnelle.
Origine des tribus chaouis La population des Aurès (djebel al-ʾAwrâs en arabe) se compose de peuplades diverses en plus de ses habitants originels (berbères) : à une époque reculée, ils furent rejoints par les descendants de conquérants romains et byzantins ainsi que des vandales. La tribu des zenata (awarba et jarawa) habitait le territoire au moment de la conquête islamique, puis vinrent les tribus Huwara et Luwata, particulièrement au plus fort de la guerre entre Hassan Ibn Numan et les armées de Kahina. gauche|vignette|Relief du Nord de l'Afrique. Enfin, l'arrivée des tribus arabes hilaliennes entre la fin du et le bouleversa la situation démographique dans cette montagne, les Durayd, branche des Athbaj, en habitent les plaines du Nord (Ibn Khaldun mentionne les Athbaj comme étant alors la branche hilalienne la plus peuplée et celle qui possède le plus de clans). Puis ils se déplacèrent vers le sud et s'installèrent dans les majestueuses falaises de l'Aurès, en arpentèrent les collines et les plateaux environnants. Aujourd'hui le mélange de ces deux éléments (Hilaliens et Huwwara) est comparable à une fusion entre deux gouttes d'eau. Les arabes s'y sont berberisés de même que les berbères se sont arabisés, l'un déteignant sur l'autre. On les désigne aujourd'hui par Shawiya/Chaouia - pluriel de Shawi/Chaoui (ou berger en arabe).. Ce qualificatif est devenu le nom d'autres peuplades du Maghreb arabe faisant référence aux Chaouis de l'Aurès dans le contexte Algérien. (À ne pas confondre avec les Chaouis de Tamesna)..
Les Chaouis font partie des Zénètes (Ifren, Maghraouas, Djerawa, Abdalwadides), des Houaras et des AwarbasHistoire de l'Afrique septentrionale depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française 1830, , Enest Mercier, tome 1. Il faut ajouter à cette liste les Wassin des Aurès (Mérinides) qui sont ZénètesLes civilisations de l'Afrique du nord Berbères-Arabes Turcs De Victor Piquet.
Plusieurs tribus comme les Ouled Soltane, les Bou Aoun, les Oucines vivent en Tunisie et l'auteur les classe parmi les OudernaTunisie, habiter sa différence : le bâti traditionnel du Sud-Est tunisien. De Mohamed-Habib Daghari-Ounissi. Publié par L'Harmattan, 2002. version du livre en ligne.
Histoire vignette|273x273px|Le mausolée du Medracen, sépulture des rois NumideSouvenirs d'une exploration scientifique dans le Nord de l'Afrique, Jules-René Bourguignat.
Le Medracen (en berbère : ⵎeⴷⵖⴰⵙⵏ,medɣasen) est un mausolée numide datant du siècle , situé dans les Aurès, sur le territoire de la commune de Boumia, dans la wilaya de Batna. medghassen est l’ancêtre des chaouis (et des zénètes plus en général). Ibn Khaldoun rapporte au siècle que, selon les références d'historiens berbères, Madghis serait l'ancêtre des Numides. Il cite Madghis comme l’ancêtre des Berbères de la branche Botr (botr est le surnom de Madghis) : Zénètes, Ifren, Maghraouas (Aimgharen), Djerawa, Zianides, Mérinides, etc. Medracen serait aussi l'ancêtre de tous les berbères en général..
Pendant l'Antiquité, la MaurétanieByzantion, revue internationale des études byzantines De Paul Graindor, Henri Grégoire, Société belge d'études byzantines , la NumidieGenèse de l'Occident chrétien De Roland Tournaire avaient le siège de la région de Cirta ( Constantine), Mila, Jijel, Skikda, Timgad, Lambèse, Tobna, Baghaï, Tebessa, Zama (actuellement connue sous le nom de Seliana en Tunisie centrale)Histoire des Romains De Victor Duruy, etc., elles étaient des capitales et des villes de la population locale berbère anciennement appelée LibyensLe passé de l'Afrique du Nord Les siècles obscurs. Avec 25 illustrations hors De Émile Félix Gautier , GétulesRecueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province… De Société archéologique , , Maures, etc.
Le pays chaouia, dans l’antiquité, c'est le pays des Numides soit, aux yeux des Romains, le pays des nomades par excellence. Il semble probable, au demeurant, que les Chaouia aient eu alors un genre de vie surtout pastoral et que leur nomadisme, n'étant pas surclassé par celui des Sahariens (Gétules), qui ne disposaient pas encore du chameau, soit apparu le type même de ce mode d'existence.
C'est avec Carthage que les Chaouia entrent dans l'histoire. Elle ne tarde pas à exercer sur eux une double attraction, économique et politique. Elle les associe insidieusement aux complications de son jeu impérialiste, et bientôt ces fédérations de tribus, font place à des organisations cohérentes et pourvues d'une forte autorité, tel le royaume des Massyles ou Numidie orientale (de l’est) sous le roi Gaïa, entre le royaume des Massæsyle et le territoire Carthaginois. Mais les exigences, les maladresses de Carthage irritent ces princes berbères, qui entendaient seulement se servir de son alliance. Loin de la secourir dans sa lutte contre les Grecs de Sicile, ils lui créent toutes sortes d'embarras qui la mettent à deux doigts de sa perte, puis, dès que s'ouvre le conflit entre Rome et Carthage, vont de l'une à l'autre au mépris de tout engagement et finalement portent à la puissance punique le coup de grâce.
C'est ainsi que Massinissa, fils du roi des Massyles, après une feinte soumission à ses anciens alliés, se sépare de l'armée carthaginoise en plein combat, prend parti pour Scipion et triomphe avec lui dans les deux victoires des Grandes Plaines et de Zama. C'est encore Massinissa qui, enrichi des dépouilles de Syphax et devenu roi des deux Numidies, force Carthage, par des attaques répétées, à rompre l'inaction qui lui avait été imposée et provoque par là la troisième guerre punique, d'où il sortira plus fort et plus avide que jamais. Après lui, ce sera Jugurtha qui, contre le gré du Sénat romain » confisque à son profit toute la Numidie, soutient contre Rome une guerre farouche, joint à ses talents de guerrier une aptitude à corrompre ses adversaires et ne succombe qu'à la trahison. vignette|287x287px|Les ruines de Timgad Intimidée, Rome s'interdit d'annexer un pays qui se révèle si foncièrement rebelle à la domination : elle se contente d'un protectorat, avec des princes de son choix qu'elle s'efforce de tenir en tutelle. Mais les troubles civils qui vont l'agiter les vaincus ou les ambitieux à chercher des complicités en Afrique, et la Numidie redeviendra tout d'un coup un foyer d'incendie. Juba Ier, roi de la Numidie orientale, prend le parti de Pompée contre César : il est vaincu à Thapsus et se suicide, le royaume de Numidie disparaît, la Province d'Afrique proconsulaire prend sa place. Allons-nous donc assister à une romanisation de la citadelle berbère ? Nulle part l'occupation romaine n'a été plus réduite à l'état de simple fiction. L'Aurès et ses abords continuent de former un îlot réfractaire, où l’autorité de Rome ne parvient pas à se faire reconnaître. Pendant longtemps, le limes ne dépasse pas la limite septentrionale de l'Aurès : c'est seulement avec Antonin et grâce à des renforts empruntés aux armées de Syrie, du Danube et d'Espagne, qu'une route stratégique traversera le massif, et c'est au temps de Commode, de Septime-Sévère et de Caracalla que le limes le contournera par le Sud. Théveste, Mascula, Timgad, Lambèse, Tobna, — longent le pied de la montagne ; la Légion, rempart mouvant de l'Afrique soumise, y tient garnison et passe le plus clair de son temps à refouler les montagnards dans leur repaire à peu près inviolé.
Plusieurs révoltes sont signalées dans la région des Aurès notamment celle de Tacfarinas de la première moitié du , contre l'Empire romain sous le règne de l'empereur Tibère.