Alfred John Shout est un officier australien d'origine néo-zélandaise, né le à Wellington et mort le à Gallipoli.

À l'adolescence, Shout sert dans l'armée néo-zélandaise et participe à la seconde guerre des Boers, durant laquelle il est promu sergent et obtient une citation militaire pour avoir sauvé un soldat blessé. À partir de l'année 1903, il occupe le poste d'artilleur dans les forces coloniales du Cap et reste en Afrique du Sud jusqu'en 1907. La même année, il décide de vivre à Sydney avec sa femme et sa fille. Sa famille s'installe dans la ville de Darlington, où Shout travaille dans la brasserie Resch comme charpentier et menuisier. Il s'engage à mi-temps dans l'armée de réserve australienne, d'où il est promu officier juste avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. En , il est nommé lieutenant du d'infanterie de la Première force impériale australienne. Après avoir effectué un stage en Égypte, il participe au débarquement de la baie ANZAC à Gallipoli, le . Pour récompenser sa capacité de meneur d'hommes durant l'invasion, Shout reçoit la croix militaire ainsi qu'une citation militaire. Les trois distinctions qu'il reçoit à la suite de ses actions à Gallipoli font de lui le membre le plus décoré de la Première force impériale australienne durant cette campagne.

Pour ses efforts de guerre durant la bataille des Dardanelles en , il est décoré à titre posthume de la Croix de Victoria, plus haute distinction décernée aux membres des forces armées britanniques et du Commonwealth pour « bravoure face à l'ennemi ». Après une contre-attaque des troupes de l'armée ottomane, qui parviennent à prendre une grande partie de la ligne de front des Australiens, Shout rassemble un petit groupe d'hommes et charge une tranchée en lançant des grenades à main. Huit soldats turcs sont tués et les autres battent en retraite. Plus tard dans la journée, lors d'une action similaire et avec l'aide d'un autre officier, il réussit à faire reculer la ligne ennemie après un combat acharné. Lors de la poursuite des soldats turcs, Shout dégoupille trois grenades. Il réussit à en lancer deux, mais la troisième explose juste au moment où il s'apprête à la lancer. Il est grièvement blessé et meurt deux jours plus tard.

Jeunesse et début de carrière alt=Vue aérienne d'une ville.|droite|vignette|Wellington, ville de naissance d'Alfred Shout.

Né le , Alfred John Shout est l'aîné des neuf enfants de John Richard Shout, né en Angleterre, et d'Agnes Mary (née Kelly), d'origine irlandaise... Les informations concernant son enfance et sa jeunesse sont plutôt maigres et les détails diffèrent d'une source à l'autre. Néanmoins, il mentionne dans son formulaire d'attestation de la Première Guerre mondiale avoir effectué des études à domicile.. Au début des années 1900, Shout se rend en Afrique du Sud avec son demi-frère aîné William McGovern. Les deux jeunes hommes ont pour but de rejoindre l'un des contingents coloniaux alors engagés dans la seconde guerre des Boers. Alfred s'enrôle dans le Border Horse le , tandis que William trouve une place dans l'infanterie de Bethune. Le Border Horse était une force coloniale irrégulière formée dans l'est de la Colonie du Cap ; Shout est affecté à la compagnie de l'unité avec le numéro matricule 9216...

Durant ses services à Wittebergen, au Transvaal et dans la colonie du Cap avec le Border Horse, Alfred Shout est blessé à deux reprises, dont une fois à la poitrine.. Lors d'une action à Thabaksberg le , il participe activement au maintien de la position de ses hommes. Durant l'engagement, il sauve la vie d'un soldat blessé, malgré les salves de fusil. Le courage de Shout durant cet exploit lui vaut une citation militaire. Promu sergent le ., il est libéré du Border Horse plus tard. Il sert par la suite avec la troupe du district de Stellenbosch jusqu'en 1902. Pour sa conduite valeureuse au combat, il reçoit la médaille avec les agrafes Wittebergen, Transvaal et Cape Colony, ainsi que la médaille avec les agrafes South Africa 1901 et South Africa 1902..

Immigration en Australie Après sa démobilisation, Shout décide de rester en Afrique du Sud et, en 1903, s'engage dans les Forces coloniales du Cap. Il est promu sergent dans le Prince Alfred's Own Cape Field Artillery, où il sert jusqu'en 1907. En 1905, alors qu'il réside au Cap, Shout épouse Rose Alice Howe, jeune Australienne originaire de Sydney. De cette union naît une petite fille prenommée Florence, en juin de la même année. En 1907, les Shout émigrent en Australie et s'installent à Darlington, une petite ville située dans la banlieue de Sydney. Shout y trouve un travail de menuisier afin de subvenir aux besoins de sa petite famille. Entre-temps, il s'est joint au de l'Armée de réserve australienne à temps partiel. Il fait partie des membres fondateurs de ce régiment et fréquente régulièrement le stand de tir de Randwick, où il acquiert une réputation d'excellent tireur. Le , il est promu sous-lieutenant dans l'armée de réserve.

Première Guerre mondiale Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Shout demande à s'enrôler dans la Première force impériale australienne ( AIF). Créée le , l'AIF est le principal corps expéditionnaire australien à s'engager dans la guerre, l'Armée de réserve étant limitée à la défense intérieure du pays, en vertu de la Loi sur la Défense de 1903. La demande de Shout est acceptée le et il est affecté au comme sous-lieutenant de la compagnie F, commandée par le lieutenant Cecil Sasse. D'après sa fiche médicale de l'époque, Shout mesure et pèse , en plus d'avoir une « bonne vue ».. Le , le s'embarque pour le Moyen-Orient ; Shout voyage alors à bord du HMAT Afric.. Naviguant via Albany, en Australie occidentale, le navire arrive en Égypte le .. Peu de temps après, le bataillon est réorganisé en quatre compagnies et Shout est affecté à la compagnie D en tant que commandant de peloton. Durant les quatre mois suivants, les hommes du bataillon s'entraînent dans le désert égyptien., période durant laquelle Shout est promu lieutenant, le .

Gallipoli

Débarquement de la baie ANZAC

alt=Portrait en noir et blanc de trois hommes en uniforme militaire, assis par terre.|vignette|Shout (à droite) avec le capitaine Albert Mcguire (à gauche) et le major Blair Swannell (au centre) lors d'un entraînement dans le désert égyptien, en mars 1915. Les trois seront tués à Gallipoli.

Dans le cadre d'une tentative visant à battre les troupes de l'Empire ottoman et à forcer une voie d'approvisionnement vers la Russie via le Bosphore et la mer Noire, l'Armée britannique établit un plan pour envahir la péninsule de Gallipoli... Le , les hommes de la atterrissent dans la baie ANZAC entre et du matin. Le devait être gardé en réserve, mais en raison de lourdes pertes subies par la brigade, l'unité prend rapidement part aux hostilités.. À la suite d'une demande de renforts, Shout se rend, avec l'une des compagnies du , dans une colline où a lieu la bataille de Baby 700. Arrivé sur la position vers , il dirige quelques hommes sur place afin de tenir le flanc arrière gauche de la colline. Vers le début de l'après-midi, les Australiens peinent à contenir les assauts des forces ottomanes, une situation aggravée par l'infanterie insuffisante dans la région et le manque total de soutien d'artillerie. À ce stade de la bataille, Shout et le lieutenant Leslie Morshead du sont les deux seuls officiers encore en vie de leur secteur de la ligne de front. À , les Turcs franchissent la ligne de défense et les Australiens sont contraints d'abandonner leur position sur la colline. Shout est parmi les derniers à évacuer. Au cours de sa fuite vers la plage, il rencontre sur la crête de Walker's Ridge le lieutenant-colonel George Braund, commandant du . Ce dernier l'ordonne alors de rejoindre la plage pour demander du renfort. Après avoir relayé le message, Shout est immédiatement chargé de diriger les quelque qui se sont repliés afin de renforcer la ligne de défense près de la position de Braund. Au crépuscule, il établit un poste de commandement à la base de la crête.

Shout participe activement aux combats, depuis le jour du débarquement jusqu'au . Ce jour-là, il est envoyé à Walker's Ridge pour remplacer un officier blessé dans un secteur vulnérable de la ligne. Durant toute la journée, Shout et ses hommes sont soumis aux tirs de fusil des Turcs qui occupent des positions dans le maquis, juste en face de la tranchée des Australiens. C'est alors que Shout réorganise ses hommes et, s'exposant aux tirs des Turcs, se met à découvert afin de déterminer la position exacte de l'ennemi. Après le succès de cette manœuvre, il est désormais en mesure de diriger avec précision les tirs de ses hommes. Au cours de l'échange, il est touché par un projectile mais refuse de quitter le front. À mesure que le combat avance, les Turcs commencent à s'approcher de la tranchée australienne, ce qui oblige Shout à mener une charge à la baïonnette afin de les maintenir à distance.. C'est alors qu'il reçoit une deuxième balle qui lui paralyse un bras mais, loin de se décourager, il insiste pour continuer à faire face aux Ottomans. Peu de temps après, il est blessé une troisième fois et se résigne cette-fois à cesser le combat afin de recevoir un soin médical d'urgence. Au cours de l'engagement, Shout a réussi à mettre à l'abri des tirs ennemis plusieurs soldats blessés. Cité pour son à Walker's Ridge, il est décoré de la croix militaire., devenant ainsi le premier membre de son bataillon à être honoré de cette distinction. La citation militaire est publiée dans un supplément de la London Gazette du .

Les blessures de Shout s'avèrent relativement légères et il rejoint très vite le . Le , il reçoit une deuxième balle dans le bras. Il est évacué sur le navire-hopital HMHS Gascon et rejoint son unité quinze jours plus tard.. Le , Shout reçoit une nouvelle citation militaire du général Ian Standish Monteith Hamilton, General Officer Commanding de la Force expéditionnaire méditerranéenne, en reconnaissance de sa capacité de meneur d'hommes depuis le débarquement du jusqu'au .. Le , il est promu au grade de capitaine.

Lone Pine alt=Portrait de trois officiers militaires assis sur le pont d'un navire.|vignette|Shout (au centre) avec deux autres officiers à bord du navire-hôpital Gascon, en mai 1915. Il se remettait d'une blessure par balle au bras.

Le , la australienne lance un assaut contre une position ottomane réputée imprenable à Lone Pine.. Menée par les , et (le étant resté en réserve), l'attaque a été organisée pour détourner l'attention des Turcs et leurs soutiens d'artillerie de la première opération, qui se déroule au nord de la ligne, et où les troupes britanniques ont quant à elles pour objectif de prendre Sari Bair Ridge. L'assaut australien à Lone Pine commence en fin d'après-midi, juste avant le coucher du soleil. L'attaque est précédée par un barrage d'artillerie qui, selon l'historien Robert Prior, n'est pas assez puissant pour favoriser l'avancée des troupes. Néanmoins, en une demi-heure, les Australiens franchissent les tranchées turques et atteignent leurs objectifs. Malgré ce premier succès, les pertes australiennes sont lourdes et les hommes du sont appelés en renfort pour faire face à la contre-attaque turque. Au cours des trois jours suivants, la bataille fait rage sous la forme de ce que Bryan Perrett décrit comme des .

alt=Photographie d'un homme souriant, vêtu d'un costume militaire claire.|gauche|vignette|Alfred Shout, photographie prise en 1915.