Le château de Hauteville se situe à Charchigné, canton du Horps, aux environs de Javron-les-Chapelles, dans le département de la Mayenne. Ses ruines se dressent à de Charchigné, sur une terre seigneuriale qui relève de Lassay. Elles laissent imaginer la richesse et l'élégance de la demeure au temps de sa splendeur et qui s'élevait en ce lieu avant l'incendie accidentel qui l'anéantit en 1922. Hauteville appartenait à Chevaigné-du-Maine jusqu'en 1838.

Historique Féodalité Les premiers seigneurs du lieu portaient le nom de Livet. Avant , le chevalier Jean de Livet, seigneur d'Hauteville, donne une rente aux moines de Beaulieu pour être inhumé dans leur abbaye à Languédias..

En , Jean d'Hauteville est seigneur du domaine. En , meurt Gilles de Hauteville seigneur de Charchigné. En , meurt son fils Jean II de Hauteville.. En , son fils Jean III d'Hauteville fonde, de trois messes par semaine, la chapelle du château qu'il dédie à la Vierge. Avant , son frère Samson épouse Marguerite de Loré, parente d'Ambroise de Loré. Ils ont trois filles dont Isabelle de Hauteville qui sera au cœur d'un scandale en épousant le cardinal de Châtillon..

En , Lancelotte d'Hauteville, unique héritière de Jean III, apporte le domaine d'Hauteville aux d'Arquenay, en épousant Antoine d'Arquenay. Leur fils Claude d'Arquenay n'a lui aussi qu'une unique héritière, Julienne d'Arquenay.

Vers , le capitaine François de Moré, seigneur de la Blanchardière, commandant d'une garnison à Lassay lors de sa prise par les huguenots, demeure à Hauteville sans en être propriétaire, mais au titre de fermier ou d'homme de guerre.

En , Julienne d'Arquenay, épouse Nicolas d'Angennes, seigneur de Rambouillet. Hauteville devient alors la propriété de cet homme qui, quoique catholique, reste attaché à Henri IV.

Famille du Hardas Vers , Thomas du Hardas (Hardaz), membre d'une famille angevine., originaire de la terre du Hardas de Louvaines, achète le domaine de Hauteville à Nicolas d'Angennes.. En , Thomas du Hardas époux de Louise de Couterne est seigneur de Hauteville. En il donne le domaine pour le mariage de leur fils Claude du Hardas (-) avec Julienne de Vaux, mais il meurt sans enfant.

En , le frère de Thomas, Jacques du Hardas (-) époux de Louise Henriette du Liscouët (-). devient seigneur de Hauteville. Son fils aîné, Charles du Hardas, est marquis d'Hauteville, colonel d'infanterie et chevalier de Saint-Louis. Il se marie avec Françoise de Catay en 1761 et meurt en 1763, sans postérité. La succession revient à son neveu, Charles du Hardas (1743-1819), fils du comte Pierre du Hardas, lieutenant-colonel d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, et de Marie Louise Bonne de Houllières.

Charles du Hardas épouse Françoise Perrine Madeleine de la Corbière, marquise de Juvigné, le en l'église d'Angers. Charles du Hardas, marquis d'Hauteville, est seigneur de Charchigné, Chevaigné, les Chapelles, La Roche, la Maleindrière, Guchaignier, Lelaisy, Courgady, Landres et d'autres lieux.. Le , il est représentant de la noblesse au bureau du district de Lassay.

Son petit-fils, Charles Alexis du Hardas, est garde du corps personnel du roi Charles X. Il repose debout dans la crypte de la chapelle située dans le cimetière de Charchigné, une chapelle bâtie au , ornée de magnifiques vitraux, dus à un maître verrier de Tours et dont le toit est recouvert de cuivre..

Construction du château Le marquis Charles du Hardas (1743-1819)Charles du Hardas est mort au Mans, le . Source : État civil du Mans : Acte de décès , de Charles du Hardas (Hardaz), marquis de Hauteville, cote du document : 5Mi 191/191-192 (MD 1819), vue 191 sur 354 aux Archives départementales de la Sarthe. commande la construction du château d'Hauteville dépendant de la paroisse de Charchigné, à Pierre Pommeyrol, vers la fin du . Pommeyrol est l'architecte du château de Craon, celui de Bel-Air et l'ancien Hôtel Piquois à Laval. Les sculptures sont confiées à l'artiste Lemeunier qui a également travaillé à Craon.

Charles du Hardas prévoit de faire construire une résidence somptueuse à Hauteville et les travaux commencent à partir de 1783.. Mais ce projet d'une se heurte aux réalités de son époque. Pommeyrol ne peut achever le château car des troubles fréquents agitent déjà la Mayenne, appauvrie par la rareté des grains, l'hiver très rigoureux et la misère générale. Le gros œuvre du bâtiment est pourtant bien avancé aux premières lueurs de la Révolution française, en 1789.

Cette demeure est précédée d'une avenue de , due à André Le Nôtre, d'un perron de cinq marches et elle présente un vaste corps de logis de trois étages percés de multiples fenêtres. Au milieu de la façade de de long, se dresse un fronton triangulaire, orné des blasons et des chiffres de la famille du Hardas et surmonté d'un belvédère. De chaque côté du château, des pavillons irréguliers complètent tout un ensemble . Sa somptueuse avenue bordée d'une double haie de hêtres est la troisième de France.

L'intérieur comporte un grand vestibule central avec des colonnes terminées par des chapiteaux au décor de feuillage torsadé. Ce vestibule donne accès à un vaste salon habillé de boiseries sculptées puis à des salles de réception de grande hauteur sous plafond. À l'étage, ce sont les appartements où l'intimité d'un style de vie est privilégiée par rapport au siècle précédent.

Période révolutionnaire vignette|droite|Le château de Hauteville en 1914, propriété de Mathilde de Montesquiou-Fézensac depuis 1902 au décès de son père, le contre-amiral Bertrand de Montesquiou-Fézensac.

Le , des émeutiers pillèrent et brûlèrent le château de la Motte de Madré et le château de Vaugeois. Un habitant de Neuilly-le-Vendin, François Desgnetais, qui disait avoir assisté au sac de ces deux châteaux, disait à qui voulait bien l'entendre . Le jeudi matin , ils furent 1500 à se rassembler sur la place du petit bourg de Chevaigné et malgré l'intervention des curés de Chevaigné et des Chapelles, venus leur faire entendre raison, , sous les ordres de Desgenetais et de Lucien Loison, ils marchèrent sur Hauteville où ils arrivèrent à midi. L'intendant leur ayant échappé, les émeutiers décidèrent de fouiller eux-mêmes le château pour y découvrir le fameux chartrier qui fut livré aux flammes d'un feu de fagots et de genêts, . Les responsables de ces actes de vandalisme furent d'abord arrêtés, puis, dans un second temps, condamnés à mort et enfin relâchés.

Le château échappa de justesse à l'incendie du mais il fut pillé par les révolutionnaires, son mobilier, ses portes, ses fenêtres qui n’étaient pas encore toutes placées, furent vendues à un prix dérisoire. Il fut à nouveau menacé le . Le , deux détachements de gardes nationaux, sous les ordres de Beauvais et Durand, vinrent à leur tour enfoncer les portes des armoires qui restaient et casser les bouteilles dans les caves sans oublier d'emporter avec eux sept fusils de chasse. II subit encore une perquisition le et finit par devenir une salpêtrière où l'on fabriquait du salin. Le , les Chouans enlevèrent, de sur le château, une charretée de plomb ; le reste (7 à 8 charretées) fut transporté à Lassay.

vignette|droite|redresse|Mélanie Prudhomme de la Boussinière (1805-1882), marquise de Hauteville, vers 1860. Elle est la seconde fille de René Jean François Prudhomme de la Boussinière (1766-1837) et de Rebecca Élisabeth Burrows (1770-1863). Ses parents se sont mariés en la paroisse de Saint-Martin à Birmingham, canton de Warwick en Angleterre, le 3 décembre 1801.

Françoise de la Corbière de Juvigné, veuve depuis 1819, transmet de son vivant le château de Hauteville et ses terres à son petit-fils Charles Alexis du Hardas et son épouse, Mélanie Françoise Prudhomme de la Boussinière. En 1847, Hauteville reçoit une visite policière à l'occasion des prétendus complots légitimistes. À la suite de l'arrestation de Mme d'Hauteville et aux perquisitions faites à son château de Hauteville en , Paul Boudet monta à la tribune de l'Assemblée nationale pour dénoncer les menées légitimistes dans les arrondissements de Laval et de MayennePressé par Théodore de Quatrebarbes de citer un fait, il répondit en disant qu'il n'était pas pourvoyeur des tribunaux. Cette accusation fut l'occasion d'une polémique violente menée contre lui par Charles-François-Xavier Müller dans le journal l'Indépendant. Il s'ensuivit un procès, terminé par la condamnation de Charles-François-Xavier Müller à trois mois de prison, 1 500 francs d'amende et 5 000 francs de dommages et intérêts au profit de Paul Boudet, qui donna cette somme pour la fondation de l'école des sœurs de Louverné, où il avait sa maison de campagne..

Le marquis Charles Alexis du Hardas meurt le en son château de Hauteville. Sans descendance directe, Mélanie Prudhomme de la Boussinière lègue en 1882, le château à sa petite-nièce, Émilie de Pérusse des Cars et son époux, le comte Bertrand de Montesquiou-Fézensac dont l'ascension dans la marine, lui permet d’accéder au grade de contre-amiral. Ils se sont mariés le dans le de ParisArchives de Paris : État civil - Acte de mariage du de Paris. Cote du document : V4E 3287. Archives de Paris, boulevard Sérurier 75019 Paris.. De cette union est née une fille unique, Mathilde de Montesquiou-Fézensac, le , rue de Brest à Lorient, lieu dit Nouvelleville en Meurville dans le département du MorbihanArchives départementales du Morbihan : État civil de Lorient - Acte de naissance . Cote du document : commune de Lorient, naissances 1881-1883. Archives départementales du Morbihan, rue des Vénètes, CS 52405, 56010 Vannes Cedex..

Émilie de Pérusse des Cars meurt de maladie à l'âge de 57 ans, en son château de Hauteville, le Archives départementales de la Mayenne : État civil de Charchigné - Acte de décès . Cote du document : 4 E 63/16 1893-1902. Archives départementales du Morbihan, place des Archives 53000 Laval. et Bertrand de Montesquiou-Fézensac, l'année suivante, le à Paris dans son hôtel particulier du à l'âge de 65 ansArchives de Paris : État civil - Acte de décès du de Paris. Cote du document : V4E 8687. Archives de Paris, boulevard Sérurier 75019 Paris.. Il est inhumé aux côtés de son épouse à la chapelle de Hauteville dans le cimetière de Charchigné. Mathilde au jour du décès de ses parents, est alors mineure et elle est confiée sous la responsabilité de sa tante Hélène Standish, née de Pérusse des Cars, suivant les dispositions testamentaires légales. Hélène est l'épouse de Lord Henry Noailles Widdrington Standish of Standish, une très ancienne famille aristocratique britannique. Le couple s'occupe également de la gestion du domaine de Hauteville.

Mathilde de Montesquiou-Fézensac à sa majorité devient la propriétaire de Hauteville et se marie à Charchigné le Archives municipales de Charchigné : État civil - acte de mariage . mairie de Charchigné, rue de la Bruyère 53250 Charchigné. avec le célèbre organiste et compositeur, Charles-Marie Widor, de quarante ans son aîné..

La splendeur Le château à l'époque de sa splendeur employait une cinquantaine de domestiques. Il comprenait 99 chambres. L'entretien de l'aile principale occupait une personne l'année durant. Il permettait à plusieurs familles de vivre sur les terres. Les fermiers étaient en métayage. Ils n'étaient pas riches, mais ne manquaient cependant pas du nécessaire. Tout devait être partagé de moitié avec le château. Des règles étaient à respecter de façon draconienne : les fermiers n'étaient pas assurés de rester d'une année sur l'autre sur la même exploitation. L'intendant régnait en maître. Un certain Galereau, un novateur dans l'agriculture, qui introduisit le chou cavalier dans la région, et fit le premier coucher les vaches dehors, était particulièrement craint.

L'incendie vignette|droite|Le château de Hauteville en 1922, juste après le sinistre. vignette|droite|redresse|La chapelle de Hauteville située au cimetière de Charchigné.