Le Mouvement autonomiste jurassien (MAJ) — connu successivement sous les noms de Mouvement séparatiste jurassien (MSJ) de à , puis de Rassemblement jurassien (RJ) de à — constitue une organisation autonomiste et séparatiste regroupant plusieurs entités telles qu’Unité jurassienne (UJ), le Groupe Bélier (jusqu’en ), le Mouvement universitaire jurassien (MUJ), l’Association féminine pour la défense du Jura (AFDJ) et l’Association des Jurassiens de l’extérieur (AJE).

Le MAJ s'est affirmé, au cours de son histoire, comme l’un des principaux acteurs de la Question jurassienne. Fondé en à l’initiative de Daniel Charpilloz, le MAJ a d'abord conduit le combat pour l’indépendance du territoire jurassien historique face au canton de Berne. Par la suite, il s’est engagé en faveur de la réunification du Jura bernois avec la République et Canton du Jura, entrée en souveraineté en . Aujourd’hui, le mouvement poursuit son action en défendant les intérêts généraux du Jura historique, tout en maintenant vivante la revendication identitaire et institutionnelle jurassienne.

Objectifs À sa fondation en , le Mouvement séparatiste jurassien se donne pour objectif de détacher le peuple et le territoire jurassiens du canton de Berne afin de créer un nouveau canton au sein de la Confédération suisse. Ses statuts stipulent que l'organisation a .

À la suite du plébiscite jurassien de 1974-1975, qui aboutit à la création de la République et Canton du Jura composée uniquement de trois des sept districts historiques, le MAJ redéfinit ses objectifs. Bien qu’il conserve sa volonté de libérer le peuple jurassien de ce qu’il considère comme une domination bernoise, son action se recentre désormais exclusivement sur le Jura bernois (qu’il désigne sous l’appellation de Jura Sud). L’organisation oriente dès lors son combat vers la réunification des anciens districts bernois de Moutier, Courtelary et La Neuveville avec le canton du Jura, poursuivant ainsi son engagement en faveur de l’unité du territoire jurassien historique.

Depuis , dans le contexte marqué par la fin constitutionnelle de la Question jurassienne et l’intégration officielle de la ville de Moutier au sein de la République et Canton du Jura, le MAJ a entrepris une révision de ses statuts et de ses objectifs. Conscient que la notion traditionnelle de « réunification » ne correspond plus à la réalité institutionnelle actuelle, le MAJ adapte son action à une nouvelle phase du dialogue interjurassien. Celle-ci ne repose plus sur une logique de confrontation territoriale, mais sur la valorisation des liens culturels, linguistiques et identitaires unissant les Jurassiens des deux cantons. Désormais, l’organisation affirme .

Historique

Premier Mouvement séparatiste jurassien (1917-1930) Le , le premier Mouvement séparatiste jurassien (MSJ) est fondé sous la présidence d'Albert Eberhardt, qui, confronté à des menaces, doit démissionner. Il est alors remplacé par Louis Merlin. Alfred Ribeaud, devenant l'animateur principal du mouvement, expose la question jurassienne à l’ensemble de la Suisse et lance l’idée de la création d’un canton du Jura, affirmant : . Il publie plusieurs textes engagés, parmi lesquels Au temps des cerises, La Question jurassienne et Nous voulons l’autonomie. Le MSJ s’emploie alors à former un Comité pour la création d’un canton du Jura, structuré autour d’une commission exécutive. Le projet demeure toutefois sans suite concrète. Ce premier mouvement échoue en partie en raison de l'isolement de ses initiateurs, coupés des milieux populairesExplications à Exposition permanente au Musée jurassien d'art et d'histoire.

Parallèlement, d'autres mouvements séparatistes voient également le jour durant cette période.

Deuxième Mouvement séparatiste jurassien (1947-1951) Le , à la suite de l’affaire « Moeckli », Norbert Clémence, Roger Schaffter, Daniel Charpilloz, Georges Membrez, Victor Beuchat, Roland Béguelin, Jean Chappuis et Marc Jobin se réunissent à Porrentruy dans l’intention de créer un vaste mouvement de protestation contre le Conseil-exécutif bernois.

Le , le Mouvement séparatiste jurassien (MSJ) voit le jour à l’hôtel de la Gare de Moutier, sous l’impulsion de Daniel Charpilloz, Roland Béguelin, Roger Schaffter et . Daniel Charpilloz en devient le premier président, Roger Schaffter occupe le poste de secrétaire général, et le siège du mouvement s’établit à Delémont. Le MSJ revendique sans détour la séparation du territoire jurassien du canton de Berne et la création d’un nouveau canton au sein de la Confédération, composé des sept districts de Delémont, Porrentruy, Les Franches-Montagnes, Moutier, Courtelary, La Neuveville et Laufon.

Dans la foulée, le , Roland Béguelin, Roger Schaffter et Roger Chatelain fondent la société coopérative Le Jura Libre. Roger Schaffter en devient le premier rédacteur en chef.

Le Mouvement séparatiste jurassien cherche à diffuser largement son projet de séparation cantonale auprès de l’ensemble du peuple jurassien. Pour ce faire, il multiplie les tracts, les actions de démarchage et les manifestations. Le , il organise la première Fête du peuple jurassien, qui devient par la suite un rendez-vous annuel. Le , le MSJ tient sa première manifestation publique à Sonceboz.

Le , les autorités bernoises soumettent plusieurs propositions d’amendement à la Constitution cantonale afin de répondre aux revendications émergentes et de désamorcer le conflit jurassien. Ces propositions incluent la reconnaissance d’un « peuple jurassien », le respect de la parité linguistique dans les actes administratifs, la garantie d’une représentation du Jura au Conseil-exécutif bernois, ainsi que des mesures de protection constitutionnelle pour la région. Ces amendements sont soumis à votation le , et sont acceptés par contre .

Malgré cette approbation populaire, le MSJ juge ces réformes largement insuffisantes. Pour fédérer l’ensemble des Jurassiens autour de l’idéal indépendantiste, Roland Béguelin lance une opération de ralliement. Avec Roger Schaffter, il adapte la chanson populaire ajoulote La Rauracienne, en modifie les paroles et la rebaptise La Nouvelle Rauracienne, qui devient dès lors l’hymne des séparatistes.

À la suite du départ de Roger Schaffter, récemment nommé directeur de l’École suisse de Gênes, le Comité central du Mouvement est remanié : Pierre Billieux devient secrétaire général, Adolf Walther accède à la vice-présidence centrale, et Roland Béguelin prend la tête de la rédaction du Jura Libre.

Le , dans un souci d’affirmer son caractère apolitique et non confessionnel, le Mouvement séparatiste jurassien change de nom et devient le Rassemblement jurassien (RJ).

Rassemblement jurassien (1951-1994) Devenu Rassemblement jurassien, le mouvement poursuit son action dans les années avec fermeté mais sans agressivité, en affirmant sa volonté de créer une République et Canton du Jura dans le respect des principes du fédéralisme suisse.

Dès , le RJ évoque la possibilité de lancer une initiative, soit fédérale, soit cantonale, sur le droit à l’autodétermination des sept districts jurassiens. Un obstacle majeur se présente toutefois : le cas du district de Laufon, à majorité germanophone. Le RJ envisage alors un statut particulier pour ce district au sein d’un futur canton jurassien..

Le , le RJ annonce le lancement d’une initiative cantonale « en vue d'organiser dans le Jura une consultation populaire sur le problème de l'autonomie ». L’initiative est officiellement lancée le et recueille avant d’être déposée à la Chancellerie bernoise. Elle est soumise au vote populaire dans le canton de Berne le .vignette|Carte du résultat de la votation du .Le RJ subit alors un revers électoral : dans le Jura même, l’initiative est rejetée par contre , soit 51,9 % contre 48,1 %. À l’échelle du canton de Berne, la majorité s’y oppose également, bien que trois des sept districts jurassiens votent en faveur du texte. Le RJ attribue cet échec à l’immigration massive d’Alémaniques au cours du , qu’il accuse d’avoir modifié l’équilibre démographique et influencé le vote. Il affirme également que la votation a été menée selon le droit bernois, jugé défavorable aux intérêts du peuple jurassien. Malgré l’échec, le mouvement réaffirme sa détermination à poursuivre la lutte.

Malgré l’échec de l’initiative de , le RJ ne renonce pas. Sous l’impulsion de ses dirigeants, notamment Roland Béguelin, le mouvement entame une profonde restructuration. Il intensifie les manifestations et les actions de terrain, et mise résolument sur la jeunesse pour renouveler son engagement.

Dès , le RJ prévoit de lancer quatre nouvelles initiatives cantonales visant à améliorer les conditions de vie dans le Jura : la création d’un office de la circulation routière à Tavannes, l’établissement d’une ferme-pilote aux Franches-Montagnes, un allègement fiscal en faveur des familles, ainsi que l’abolition du système des procurations dans l’exercice du droit de vote. Ces quatre initiatives sont soumises au peuple le et toutes rejetées.

En parallèle, le RJ fonde plusieurs structures militantes destinées à mobiliser les différentes composantes de la population jurassienne : les jeunes rejoignent le Groupe Bélier, les universitaires s’engagent dans le Mouvement universitaire jurassien (MUJ), les femmes dans l’Association féminine pour la défense du Jura (AFDJ), et les expatriés dans l’Association des Jurassiens de l’extérieur (AJE).

Depuis le début des années , la Députation jurassienne du Grand Conseil bernois défend l’idée d’organiser un plébiscite sur l’autonomie jurassienne. Cependant, en , le Rassemblement jurassien se prononce contre cette démarche, estimant que l’organisateur d’un tel plébiscite ne doit pas être le canton de Berne, contre lequel les séparatistes luttent, mais la Confédération suisse. De plus, le RJ revendique le droit de vote pour tous les Jurassiens vivant à l’extérieur. Il souligne que l’organisation d’un plébiscite par le canton de Berne ne serait qu’une simple répétition de la votation populaire du et, en conséquence, annonce qu’il appellera les Jurassiens à boycotter ce scrutin et à ignorer son résultat.

Dès , commence la période des « années de braises », marquée par une intensification des tensions entre les séparatistes jurassiens et les partisans de l'intégration au canton de Berne, atteignant ainsi leur paroxysme. Cette époque se caractérise par des échauffourées, des menaces envers des élus politiques, des boycotts de commerces et restaurants appartenant aux adversaires, des actes de vandalisme, des dégradations de drapeaux, ainsi que des protestations et des attentats visant des infrastructures.

Le , le Conseil-exécutif bernois présente un plan visant à résoudre la Question jurassienne. Ce plan prévoit que si les négociations sur un statut d’autonomie échouent, un plébiscite pourrait être organisé pour permettre au peuple jurassien de se prononcer sur son avenir : rester dans le canton de Berne ou former un nouveau canton. Les milieux séparatistes estiment toutefois qu’un tel plébiscite ne saurait résoudre le problème jurassien et insistent sur la nécessité d’une médiation fédérale. Face à cette éventualité, les habitants du district germanophone de Laufon décident de saisir l’opportunité. Ainsi, un mouvement séparatiste, Laufen zu Basel, est créé, prônant le rattachement de ce district au canton voisin de Bâle-Campagne. Le Rassemblement jurassien, de son côté, réajuste ses objectifs et accepte l’idée d’un canton du Jura composé uniquement des six districts francophones, abandonnant ainsi l’intégration du district de Laufon. Il reconnaît le droit de libre-disposition des habitants de Laufon et soutient leur droit à se prononcer sur leur avenir.