Claude Duneton, né le à Lagleygeolle (Corrèze) et mort le à Lille (à 76 ans), est un écrivain, romancier et traducteur du catalogue général de la BNF. français, historien du langage, chroniqueur à la radio et dans la presse et comédien. Il milite en faveur des langues régionales, notamment l'occitanParler Croquant, Éditions Stock, 1973., et d'une langue française puisant sa source dans le peuple.
Biographie
Enfance et débuts dans la vie professionnelle Fils de paysans, Claude Duneton vit une enfance rude sous l'Occupation., quitte l'école par manque d'argent et devient apprenti ajusteur à Brive. Il est à nouveau scolarisé en classe de cinquième à l'âge de et, sautant des classes, il entame une scolarité brillante. Il termine major de sa promotion de l’École normale de Tulle et intègre même le prestigieux lycée Henri-IV à Paris.
d'culture occitane, il devient cependant enseignant d'anglais, durant une quinzaine d'annéesEntretien avec Claude Duneton, par Jacques Dufresne, revue Critère 20, thème « L'école », hiver 1978, Montréal, Canada, retranscrite sur le site agora.qc.ca, site de L'Encyclopédie de L'Agora., puis abandonne la carrière. Il souhaite une langue française ouverte aux apports populaires et dialectaux, comme l'est, à ses yeux, la langue anglaise ; il l'évoque en 1973 dans son ouvrage Parler croquant, qui rencontre un .
Il se fait également connaître par ses livres sur l'institution scolaire et sur la difficulté à faire aimer les lettres en raison du conformisme de l'enseignement de la langue française et des préjugés de classe, comme il le développe dès 1976 dans son ouvrage Je suis comme une truie qui doute, puis dans Anti-manuel de français (1978), avec Jean-Pierre Pagliano, et dans À hurler le soir au fond des collèges : l'enseignement de la langue française en 1984. Il est également préfacier de l'ouvrage collectif Chère école de notre enfance (2010).
Travaux sur le langage et dans l'édition À la suite du succès de son ouvrage Parler croquant, le magazine Elle lui propose de tenir une rubrique de langage., au milieu des années 1970. Il y travaille durant presque quatre ans ; rediffusée le 10 août 2016 dans Les Nuits de France Culture.. À la suite de ces chroniques, il s'attèle à la rédaction de La Puce à l'oreille, publié en 1978, une anthologie des expressions populaires avec leur origine, comme l'indique son sous-titre, un de ses livres les plus populaires — dont deux nouvelles éditions revues et augmentées sont publiées, en 1984 et en 2001. Depuis cet ouvrage, il écrit de nombreux autres livres autour des expressions et du langage populaire, et est surtout connu comme un dénicheur d'expressions dont il cherche à retrouver les significations originelles et leurs dérivés ou, comme il les nomme lui-même, leurs .
À partir de 1981, aux côtés de Nicole Vimard, il devient directeur de collection de la nouvelle collection « Points Virgule ». des éditions du Seuil. Dès sa création, les deux directeurs acceptent de publier la version française de l'ouvrage d'Howard Buten Quand j'avais cinq ans je m'ai tué, qui avait fait « Howard Buten le clown désenchanté », article du magazine Lire du , . dans sa langue originale. Howard Buten déclare vingt ans plus tard : . L'ouvrage connaît alors le succès grâce à sa version française, et pour cela,
Il retrouve les manuscrits de l'œuvre d'Alain Cahen qu'il fait également publier à titre posthume chez Seuil en 1983, et dont il signe les préface ou postface.
La Chienne de ma vie, publié initialement en 1991, est un récit de son enfance corrézienne, durant l'Occupation. L'ouvrage, qui connaît plusieurs rééditions, est couronné du Prix 30 millions d'amis et du Prix Terre de France / La Montagne. en 2007.
À partir du milieu des années 1990, il est chroniqueur au Figaro littéraire, dans la rubrique « Au plaisir des mots » ; en 2004 sont publiées certaines de ces chroniques, dans l'ouvrage du même titre Au plaisir des mots. Il écrit également des dizaines de tribunes pour L'Humanité..
Membre de l'association Défense de la langue française depuis 1996, page 22., il est nommé membre du Conseil supérieur de la langue française en 2003, JORF 213 du 14 septembre 2003, 15810, texte 14, NOR MCCB0300571D..
Ses ouvrages autour de la langue française sont nombreux. Depuis La Puce à l'oreille en 1978, il écrit, entre autres, Le Bouquet des expressions imagées en 1990 — qui lui demande onze années de travail, et qui est récompensé par le Prix Roland de Jouvenel 1991, décerné par l'Académie Française. — Le Guide du français familier en 1998, La Mort du français l'année suivante, Au plaisir des mots en 2004, Pierrette qui roule. Les terminaisons dangereuses en 2007, et son dernier ouvrage, Petit dictionnaire du français familier, paru l'année de sa mort, en 2012.
Il contribue également à plusieurs ouvrages sur ce thème, en tant que préfacier, pour Pierre Merle Le Dico de l'argot fin de siècle (1996) et Nouveau dictionnaire de la langue verte (2007), pour Lorédan Larchey, Dictionnaire de l'argot parisien (1996), ou pour Albert Doillon Dictionnaire de l'argot (2007). De façon plus anecdotique, il fait partie du jury de l'académie de la Carpette anglaise..
Il propose en 1985, sous le titre Le Chevalier à la charrette, une adaptation depuis l'ancien français de l'ouvrage du Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, et traduit quelques ouvrages depuis l'anglais – par exemple, en 1991, La Duchesse de Malfi, pièce de théâtre de John Webster ().
Au début des années 1990, il présente sur l'émission le magazine de l’imprévisible.
Autour de la chanson française
Il s'intéresse également à la chanson française et préface dans les années 1980 et 1990 plusieurs ouvrages sur le sujet, dont un de Renaud et deux de Gilles Vigneault. En 1984, il écrit La Goguette et la gloire autour du personnage du bossu Mayeux, personnage emblématique du Paris du milieu du , créé par le dessinateur TravièsEn 2015, Nicolas d'Estienne d'Orves, à l'entrée « Bossu Mayeux » de son Dictionnaire amoureux de Paris (Plon, 2015), relate l'histoire de ce bossu en s'appuyant et en citant l'ouvrage de Claude Duneton.. En 1832, Douze aventures érotiques du bossu Mayeux, publiées de façon anonyme, sont censurées. À la suite de ses propres travaux, Claude Duneton attribue l'ouvrage au poète et chansonnier Émile Debraux (1796-1831). Il préface une nouvelle édition de ces Douze aventures érotiques du bossu Mayeux, publiée en 1995 aux éditions Les mille et une nuits, ouvrage dont la paternité est donc attribuée au chansonnier..
Ces travaux autour d'Émile Debraux le mènent vers un énorme nouveau projet qui lui prend quinze ans de travail : une Histoire de la chanson française, de publié en 1998 aux éditions du Seuil en deux volumes : 1.– Des origines à 1780 et 2.– De 1780 à 1860. Comme il l'explique lui-même avec humour :
Il préface en 2003 l'ouvrage collectif Un siècle de chansons françaises (partitions avec paroles et musiques de de 1879 à 1999, en neuf volumes de 301 œuvres chacun) édité par la Chambre syndicale de l'édition musicaleUn siècle de chansons françaises sur le site de la Chambre syndicale de l'édition musicale : https://csdem.org/un-siecle-de-chansons-francaises/., puis, en tant que chanteur, enregistre également des reprises de chansons de goguettes du , d'Émile Debraux — évoqué supra — ou de Charles Colmance, dans l'album La Goguette d'enfer, CD publié à titre posthume en 2014..
Romans et œuvres historiques Il écrit plusieurs romans, dont Le Diable sans porte en 1981, L'Ouilla en 1987, Rires d'homme entre deux pluies qui obtient en 1990 le Prix des libraires, ou Marguerite devant les pourceaux sélectionné pour le Prix Goncourt 1991.
Il fait aussi œuvre d'historien dans plusieurs ouvrages : Petit Louis, dit XIV, l'enfance du roi-soleil en 1985, et dans Le Monument, publié en 2004, qui narre la vie et la mort des jeunes gens dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts de son village, micro-contribution à l'histoire de la guerre de 1914-1918. L'ouvrage est sélectionné pour le Prix Renaudot, et récompensé du Prix Maurice-GenevoixLes lauréats du Prix, jusqu'en 2007, sur le site officiel.. la même année. À la même époque, il redécouvre un recueil de poèmes d'Albert-Paul Granier, Les Coqs et les Vautours, témoignage de la Première Guerre mondiale publié à compte d'auteur en 1917, et le fait rééditer en 2008. En 2007 est publié son roman historique, La Dame de l'Argonaute, autour de la naturaliste française Jeanne Villepreux-Power (1794-1871).
L'histoire des jouets le passionne également. En 2005 paraît son ouvrage Au plaisir des jouets : de catalogues, un essai illustré , depuis le .
Cinéma et théâtre Claude Duneton est aussi comédien. Il joue dans quelques téléfilms et dans une quinzaine de longs-métrages, dont deux sous la direction de Krzysztof Kieślowski. Également acteur de théâtre, il interprète entre autres la pièce radiophonique Probablement les Bahamas, du dramaturge britannique Martin Crimp, jouée en 2006 au Théâtre Ouvert pour Radio France dans une mise en scène de Louis-Do de Lencquesaing.
Vie personnelle Il reçoit en 2006 un Prix d'Académie pour l'ensemble de son œuvre.
Partageant sa vie entre la maison familiale de ses parents à Lagleygeolle, village corrézien de son enfance, et Paris, il est père de quatre enfants, dont l'artiste Louise Duneton, et grand-père de l'acteur Louis Duneton..
Claude Duneton meurt à , le à Lille. Il est inhumé trois jours plus tard à Lagleygeolle..
Hommage Un volumineux ouvrage collectif lui rend hommage en 2023 Claude Duneton façon puzzle. (éditions Unicité).
Publications Auteur Jusqu'en 1999
Depuis 2000
Préfaces Préfacier, sauf autre mention.
Participations Entretien sur la langue française dans La langue française fait signe(s) : lettres, accents, ponctuation, de Rolande Causse, Seuil, 1998 « Mon ami Alphonse Karr ». dans Balade dans le Var, , éditions Alexandrines, Paris, 2010
Traductions De l'anglais vers le français Philip Martin, La Fille du canonnier, R. Desroches, 1970 Colin MacKenzie, Ronald Biggs : l'homme du train postal (traduction de Ronald Biggs : the most wanted man), Stock, 1976 Groucho Marx, Plumards, de cheval (adaptation française de Beds, 1930), , éd. du Seuil, 1983 John Webster, La Duchesse de Malfi : théâtre (adaptation française de The Duchess of Malfi, 1614), Grasset, 1991
De l'italien vers le français Carlo Gozzi, Le Roi-cerf (adaptation française de Il re cervo, 1762), éd. du Laquais, 1997
De l'ancien français vers le français Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette (1176-1181), adaptation en français moderne de Claude Duneton et Monique Baile intitulée Le Chevalier à la charrette, Albin Michel, 1985
Filmographie Cinéma
Télévision 1986 : L'Été 36, d'Yves Robert 1988 : Les Enquêtes du commissaire Maigret, épisode Le Chien jaune, de Pierre Bureau 1990 : L'Ami Giono, épisode Le Déserteur, de Gérard Mordillat 1995 : L'Instit, épisode 3-06, D'une rive à l'autre, d'Édouard Niermans : Armand Ledoux 2011 : E-Love, d'Anne Villacèque
Émissions Début des années 1990 : présentation de l'émission Aléas : le magazine de l’imprévisible sur France 3 Appelez-moi Ferdinand, film documentaire de Gérard Follin, France, Antenne 2, 1980 ; sur Louis-Ferdinand Céline ; scénariste
Théâtre 1974 : Le Coït interrompu, de Daniel Laloux et Jean-Pierre Sentier, Théâtre de la Tempête 1996 : L'Île du salut – Rapport 55 sur la colonie pénitentiaire, de Franz Kafka, mise en scène Matthias Langhoff, Théâtre de la Ville, TNP Villeurbanne, théâtre des Treize Vents 1999 : Fantômas, de Patrice Gauthier et Edith Scob d'après Marcel Allain et Pierre Souvestre, Café de la Maroquinerie 2006 : Probablement les Bahamas, de Martin Crimp, mise en scène Louis-Do de Lencquesaing, Théâtre Ouvert 2007 : Le Banquet francophone, de Jacques Bonnaffé et Claude Duneton, La Comète, Châlons-en-Champagne