Les élections législatives tunisiennes de 2019 ont lieu le . afin d'élire l'Assemblée des représentants du peuple pour un mandat de cinq ans. Il s'agit des seizièmes élections législatives en Tunisie et des deuxièmes depuis l'adoption de la Constitution entrée en vigueur le .
Du fait de l'avancement de la présidentielle à la suite du décès du président Béji Caïd Essebsi, le scrutin législatif a lieu entre le premier et le second tour de la présidentielle.
Les élections donnent lieu à un parlement extrêmement fragmenté. Le parti islamo-conservateur Ennahdha arrive en tête mais en recul avec moins d'un quart des sièges, devançant le parti laïc populiste Au cœur de la Tunisie de Nabil Karoui, candidat qualifié pour le second tour de la présidentielle. Arrivent ensuite le Parti destourien libre, axé sur la nostalgie de l'ère Ben Ali, celui de centre gauche Courant démocrate et celui islamiste de la Coalition de la dignité. La fragmentation du parlement en mouvements fortement opposés entre eux entraine une longue et difficile formation d'un gouvernement jusqu'en . Elyes Fakhfakh, du parti Ettakatol, devient chef du gouvernement à la tête d'une coalition menée par Ennahdha et le Courant démocrate. Contexte Le corps électoral est convoqué le . Un total de sont inscrits sur les listes électorales grâce à une importante campagne, qui permet l'inscription d'un million et demi de nouveaux électeurs sur les trois millions et demi de non inscrits, la population en âge de voter étant estimée à un peu moins de neuf millions. Lors des élections municipales de 2018, ils n'étaient ainsi que . Le nouveau corps électoral se voit rajeuni et féminisé, la tranche d'âge la plus représentée parmi les nouveaux inscrits étant celle des , tandis que les femmes représentent 54 % des nouveaux inscrits. Le porte-parole de l'Isie, Hasna Ben Slimane, juge ainsi le nouveau corps électoral relativement représentatif de la population. Le total des inscrits est légèrement plus faible que celui arrêté pour la présidentielle, dont les listes ont été closes un peu plus tard, totalisant . L'organisation du scrutin présidentiel était en effet prévue après les législatives, avant que le décès du président Béji Caïd Essebsi le ne l'avance au mois de septembre...
Le dépôt des candidatures a lieu du 22 au , et la campagne du au , suivi d'un jour de silence électoral le 5. Les Tunisiens vivant à l'étranger peuvent voter du 3 au , tandis que le vote sur le territoire national a lieu le 6. Les résultats préliminaires devraient être divulgués au plus tard quatre jours plus tard, et ceux définitifs avant le .. Modalités Système électoral
L'Assemblée des représentants du peuple est définie par l'article 50 de la Constitution comme l'institution qui représente le peuple et qui lui permet d'exercer le pouvoir législatif. D'après l'article 53, peut être candidat aux législatives tout électeur détenant la nationalité tunisienne depuis dix ans au moins, âgé d'au moins lors de la présentation de sa candidature et qui ne se trouve dans aucun des cas d'interdiction prévus par la loi. Les articles 55 et 56 précisent que les membres de l'Assemblée des représentants du peuple sont élus au suffrage universel, libre, direct et secret pour un mandat de cinq ans, au cours des soixante derniers jours du mandat parlementaire, tout en garantissant le droit de vote et de représentativité des Tunisiens de l'étranger en son sein.
Le scrutin est proportionnel : les sont ainsi pourvus pour cinq ans au scrutin proportionnel plurinominal à listes bloquées dans 27 circonscriptions électorales de quatre à dix sièges en Tunisie même, totalisant , et six circonscriptions pour les Tunisiens de l'étranger. Ces dernières se décomposent en deux circonscriptions de cinq sièges en France, une circonscription de trois sièges en Italie, une d'un siège en Allemagne, une de deux sièges pour le reste de l'Europe et le continent américain et une autre de deux sièges également pour les pays arabes et le reste du monde, pour un total de . Une fois le décompte des suffrages effectué, la répartition des sièges se fait dans un premier temps sur la base du quotient électoral, puis sur la base du plus fort reste..
Les partis ont l'obligation de présenter des listes avec une parité homme-femmes, mise en œuvre via l'alternance de noms de candidats masculins et féminins.. Les listes doivent également comporter dans les circonscriptions de plus de quatre sièges au moins un homme et une femme de moins de parmi leurs quatre premiers candidats.
Tentative de changement
En novembre 2018, une commission parlementaire vote un amendement de la loi électorale en vue de l'instauration d'un seuil électoral de 5 %, en dessous duquel les partis seraient exclus de la répartition des sièges.. Un vif débat s'ensuit à l'Assemblée des représentants du peuple sur le vote de cette mesure., qui a lieu le , un seuil de 3 % étant finalement retenu.. Le jour même, l'assemblée adopte des amendements controversés, accusés de barrer la route à Nabil Karoui et Olfa Terras dans la course à la présidentielle.. Karoui et son parti Au cœur de la Tunisie. figure alors en tête des sondages pour la présidentielle et les législatives.. Le , de Nidaa Tounes et du Front populaire déposent un recours pour inconstitutionnalité..
Malgré le rejet du recours, le président Caïd Essebsi, amoindri par l'âge et la maladie, refuse de promulguer le texte mais ne le renvoie pas à l'assemblée pour une seconde lecture, ni le soumet au référendum., ce qui est, selon des juristes, contraire à la Constitution, qui ne prévoit pas une telle décision.. Cette décision pousse la coalition au pouvoir à envisager de prononcer son incapacité, arguant qu'il aurait été forcé à ne pas signer le texte.. Caïd Essebsi meurt le , au lendemain d'une nouvelle hospitalisation... La Constitution dispose que dans ce cas le président de l'Assemblée des représentants du peuple est chargé de l'intérim. ; il s'agit en l'espèce de Mohamed Ennaceur.
Forces en présence PartispolitiquesIdéologiesDirigeantsRésultats en 2014Nidaa TounesCentre gauche à centre droitBourguibisme, social-libéralisme, sécularisme Hafedh Caïd Essebsi37,56 % des voixEnnahdhaDroiteDémocratie islamique, conservatisme, libéralisme économiqueRached Ghannouchi27,79 % des voixFront populaireGaucheSocialisme, laïcité, nationalisme arabe, panarabismeMongi Rahoui3,66 % des voixAfek TounesCentre à centre droit Libéralisme, progressisme, francophilieYassine Brahim3,02 % des voix Courant démocrateCentre à centre gaucheSocial-démocratie, social-libéralisme, progressisme, nationalismeMohamed Abbou1,93 % des voixMouvement du peupleGaucheSocialisme,nationalisme arabe,panarabismeZouhair Maghzaoui1,34 % des voixParti destourien libreCentre à Extrême droiteBourguibisme, anti-islamisme, étatisme, sécularismeAbir Moussi0,33 % des voixExtra-parlementaireTahya TounesCentre gauche à centre droitBourguibisme, social-libéralisme, sécularisme Youssef ChahedNouveauAu cœur de la TunisieCentre à centre gauchePopulisme, sécularismeNabil KarouiNouveau Coalition de la dignitéAl KaramaExtrême droitePopulisme, islamisme, conservatisme, francophobieSeifeddine MakhloufNouveauAl Badil EttounsiCentreLibéralisme, sécularisme Mehdi JomaaNouveau
Sondages
2016-2018 Institut Date Taille de l'échantillon Nidaa Tounes Ennahdha Al Joumhouri Machrouu Tounes Front populaire Afek Tounes Ettakatol Harak UPL Al Badil Courant démocrate Parti destourien libre Mouvement du peuple Courant de l'amour Mouvement national Union démocratique Al Massar Hizb ut-Tahrir Al Moubadara Alliance démocratiqueIndépendantsAutres Partis IndécisAbstentionRefus Emrhod 30,6 %23,4 % -11,7 %6,8 % - - 5,7 % - 4,5 % - 4,5 % 3,4 % - -3,0 %1,9 %1,5 %1,1 %1,1 % - Emrhod 28,6 %17,1 %9,7 %8,9 %6,3 %3,7 %3,3 %2,6 %1,9 %1,1 % -1,5 %2,2 %1,9 %1,9 %1,1 %1,1 %2,2 %2,2 %2,2 % - Emrhod. 29,6 %19,9 %7,1 %12,4 %5,9 % -4,1 %3,2 % -4,0 % - - - - - - - - - - -17,0 % Emrhod. 33,6 %22,4 %9,5 %12,4 %7,9 % -2,8 %5,0 % - - - - - - - - - - - - -9,1 % Emrhod 26,6 %21,8 %7,7 %11,9 %4,2 % -8,7 %4,1 % - - - - - - - - - - - - -14,9 % Emrhod. 28,4 %23,6 %7,8 %11,7 %5,7 % -7,5 % - - - - - - - - - - - -2,5 % - Emrhod 26,6 %24,2 %3,9 %9,8 %4,7 % -1,3 % - - - - - - - - - - - -1,3 % - Sigma Conseil. 9,3 %7,4 %0,3 %3,8 %0,3 %0,5 %0,8 %1,8 %0,3 %0,4 % -0,8 %0,5 % - - - - -0,3 % -0,2 %5,8 %38,9 %18,9 %9,9 %Emrhod. 26,6 %24,2 %3,9 %9,8 %4,7 % -1,3 %1,2 % - - - - - - - - - - - - - Emrhod. 20,0 % 3,4 %9,4 %5,6 % -3,8 %1,5 % -1,4 % - - - - - - - - - - - Emrhod 20,3 %18,8 %2,2 %9,1 %2,1 % -3,8 %2,4 % -4,6 % - - - - - - - - - - - Emrhod.927 17,9 %15,2 % -4,2 % - - - - - - - - - - - - - - - - - Sigma Conseil. 36,7 %27,7 %2,0 %8,0 %3,6 %0,7 %1,8 %3,0 % -5,6 %1,3 %0,9 %1,4 % - - -1,2 % - - -1,2 %4,5 %30,8 %23,3 %3,0 %Emrhod. 17,7 %11,2 %2,8 %4,5 %2,2 % -2,0 %3,2 % -3,4 % - -1,6 % - -1,8 % - - - - - Sigma Conseil. 37,4 %27,4 % -8,2 %2,7 % - - - -5,1 % - - - - - - - - - - - Emrhod 12,8 %8,4 %1,0 %5,6 %1,2 % -3,4 %0,6 %0,6 %5,4 % - -0,8 % - -0,8 %1,2 % - - - - Emrhod 15,7 %8,8 %1,0 %4,6 %1,2 % -3,3 %1,0 %0,6 %3,8 % - -0,6 % - -1,0 %1,0 % - - - - Emrhod. 15,7 %8,8 % -5,0 %2,2 % - - - -7,8 % - - - - - - - - - - - 58 % Emrhod920 16,6 %14,9 % -2,6 %1,0 % - - - -3,4 % - - - - - - - - - - - 60,4 % Emrhod 920 15,3 %12,7 % -2,2 %1,0 % - - - -3,3 % - - - - - - - - - - - 64,4 % Emrhod.965 11,5 %11,3 % -3,2 %1,6 % - - - -3,5 % - - - - - - - - - - - Sigma Conseil. 29,8 % -6,7 % - - - - -5,6 %4,0 % - - - - - - - - - -
2019 Institut Date Taille de l'échantillon Ennahdha Nidaa Tounes Au cœur de la Tunisie Tahya Tounes Parti destourien libre Courant démocrate Aïch Tounsi Front populaire Al Badil Harak Machrouu Tounes Afek Tounes Liste de Kais Saïed Al Joumhouri Courant de l'amour Mouvement du peuple Ettakatol Bani Watani Watad Mouvement Amal IndépendantsAutres Partis IndécisAbstentionRefus Sigma Conseil. 22,0 % - - 3,1 %7,6 % -9,3 % -2,2 % - - -1 % -2 % - - - - -16,7 % Sigma Conseil.802 15,5 % - -6,5 %10,5 % -8,9 % - - - - -2,2 % - - - - - - - Emrhod. 9,8 % -3,9 %2,8 %3,1 % -3,0 % - -0,12,0 % -2,3 %1,8 %1,2 % - - - - -50,5 % Al Chourouk. 19,2 %13,1 % - 9,8 %15,0 % - - - - - - - - - - - - - - - Sigma Conseil. 20,0 % -11,9 %9,2 % - -9,9 % - - - - - - - - - - - - - Emrhod 6,5 % -7,1 %4,4 %1,9 % -0,5 % - -0,3 %0,4 % -0,5 %0,2 %0,3 % - - - - -41,6 % Sigma Conseil.988 16,3 % -16,8 %9,9 %5,6 % -6,7 %0,8 %1,4 %2,6 %3,0 % -0,4 %2,6 %3,8 % - - - - - Sigma Conseil.787 11,1 % -16,5 %14,7 %10,1 % -5,5 %1,3 %1,1 %1,7 %4,5 % -1,0 %2,4 %1,9 %1,1 % - - - -3,6 % Sigma Conseil.16,8 %5,0 % 8,6 %11,3 %5,8 %5,4 %3,4 %2,2 %1,4 %0,9 %1,6 %2,1 % -1,2 %1,2 % -0,7 %0,2 %0,2 %0,8 %1,6 % Alpha Consulting 19,7 % - 8,7 %14,4 %10,5 % -3,1 %7,6 %4,9 % - - - - - - - - - - - Sigma Conseil.15 %6 % 8 %12 %6 %7 %3 % - - - - - - - - - - - - -
Campagne Fragmentation et dégagisme
La campagne débute officiellement le , en même temps que s'achève celle de la présidentielle.. Les préoccupations d'ordre économiques et sociales prennent nettement le pas sur la campagne, la pauvreté se mêlant à une volonté de changement du personnel politique existant, jugé sur son incapacité à y mettre fin... Ce de la part des électeurs se reflète dans les sondages d'opinions dès , avec l'apparition d'outsiders indépendants détrônant les principales personnalités politiques dans les prévisions de la présidentielle organisée en quasi concomitance.. Cette dynamique se vérifie également dans les intentions de vote aux législatives, un éventuel parti du candidat Nabil Karoui recueillant alors plus de 30 % dans les sondages, avant même d'obtenir une existence légale... L'expression du renvoie au slogan asséné au président Zine el-Abidine Ben Ali lors de la révolution de 2011.