thumb|Louis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. 1807

La marine a employé des bateaux qui étaient en bois, jusque dans les années 1855-1870. On désigne sous le nom de bois de construction ou de bois de marine, les arbres et les bois que leur configuration et leurs qualités rendent propres à la construction des navires, de même que les mâts et vergues.

Bois droits, bois longs, bois tors vignette|Genoux et courbes thumb|Jacques-Joseph Baudrillart. 1825. Bois-de-marine.-Planche-XI

Lorsque la charpenterie des bâtiments de terre choisit des bois droits de fil pour des éléments de poutre et des poteaux bien droits, la charpenterie navale choisissait des bois dont le fil n'était jamais strictement droit, et aussi des arbres tordus pour des éléments de charpente, mâture exceptée, qui jamais n'étaient parfaitement droits. Matériau anisotrope, la résistance du bois varie considérablement selon la direction de la force appliquée, c'est-à-dire parallèle, radiale ou tangentielle au fil du bois. Le bois est le plus résistant lorsque sollicité dans la direction du fil, en traction ou en compression. Cette propriété est mise à profit dans des poteaux en bois placés « bois debout » et dans la construction de marine, où la forme tout en courbe de la coque conditionne l'orientation des lignes de force, on a recherché les bois dans lesquels le fil du bois est naturellement courbe, comme plus aptes à reprendre les efforts. Il n'y a que les arbres en pleine futaie, les arbres de futaie régulière., qui fournissent de belles et longues pièces de bois bien droites ; les arbres isolés fournissent des bois tors. On pouvait distinguer suivant leur port : les arbres isolés, les arbres de pleine lumière – ils sont sujets à être tranchés, chevillés et roulés, parce qu'ils s'étendent beaucoup en branches dont l'insertion est quelquefois très-avant dans le tronc ; ces arbres sont surtout frappés par le vent de tous côtés ; leur bois est néanmoins ferme, de bonne qualité, excellent surtout pour résister au frottement dans les machines où il était employé, et pour quantité d'ouvrages qui exigeaient de la force ; ces arbres fournissaient à la marine les bois tors, « qui résistent longtemps aux injures de l'airCharles Henri Frédéric Dumont de Sainte-Croix Dictionnaire forestier, Garnery, Paris 1803. Lire en ligne)». les arbres de lisière et du bord des forêts – ils se rapprochent plus de la situation des arbres isolés que de ceux de l'intérieur; les arbres de lisière ont souvent un tronc incliné et un houppier dissymétrique, leurs bois sont ordinairement plus durs que ceux des futaies et ne fournissent pas ordinairement de grandes pièces droites, mais ils donnaient de bonnes pièces courbes; les arbres sur les fossés qui entourent les terres cultivées, partout où l'habitude n'est pas d'émonder les chênesAnnales forestières et métallurgiques, Volume 1. Bureau des Annales forestières. 1842. Lire en Ligne; en Angleterre, la préférence allait aux chênes rudes poussant dans les haies vives et qui ont suffisamment de place pour développer leurs branchesRobert G. Albion. "Trees and Ships Timber", cité dans : ce bois y est finalement devenu très rare à cause de la démolition généralisée des haies vives lorsque le maïs a commencé à être cultivé de manière extensive fin ; on a alors recommandé l'usage du mélèze comme arbre de substitution, afin de produire un approvisionnement suffisant en bois en un minimum de temps, et des millions de mélèzes sont ainsi plantés. les bois fortement anémomorphosés, qui ont grandi sur des sols exposés à un vent dominant, sur les terres littorales ou sur des crêtes – caractérisés par leur port en drapeau ils sont appelés à l'international selon l'expression allemande « krummholz » (bois coudé), expression qui découle de l'usage en marine pour la fabrication des courbes, ils prennent aussi en allemand le nom de « knieholz » (bois de genou) qui est vu comme un synonyme de « krummholz », les courbes sont d'autre part appelée en anglais « knee » (genou)Johann Gottfried Flügel. A Practical Dictionary of the English and German Languages, Volume 1. Julius E. Richter. Hamburg: John Augustus Meissner, 1847. Lire en ligne; les bois de compression qui se forment typiquement dans les portions de tiges penchées ou courbées et dans les branches des conifères : le végétal s'efforce de reprendre une position normale et réagit (bois de réaction). Le mot russe (kren') pour bois de compression désigne aussi l'abattage en carène d'un navire ( ou , krengovanie, voir aussi le lexique de la marine en russe). Preobrazhensky dans son Dictionnaire étymologique de la langue russe note par ailleurs la similitude du mot avec le français carèneВакин А. Т., Полубояринов О. И., Соловьёв В. А. Альбом пороков древесины : [текст, изоматериал]. — М. : Лесн. пром-сть, 1969. Dans le dialecte de la province d'Arkhangelsk la signification supplémentaire suivantes du mot « крень » est donnée, sorte de contre-quille en bois de conifère, un patin permettant à un bateau de glisser sur la glace. les racines – on en tirait aussi des bois courbes.

On établissait donc pour les bois de chêne qui servent à la construction des vaisseaux, une distinction entre « bois droits » – ou plus exactement en « bois longs », parce qu’une partie des bois que l’on comprenait dans cette classe, étaient un peu courbes – et en bois tors: la classe des bois longs comprend les pièces dont on fait les quilles, les baux ou barrots, les étambots, les serre-banquières, les hiloires, les bordages, les vaigres; Henri Louis Duhamel du Monceau appelle les bois tors, « courbants », « bois courbes », ou « bois tord », ou « bois de gabarit », « ces termes sont tous synonymes ». Antoine Joseph de Fréminville distingue « droits » (de « haute futaie » ou simplement « de futaie »), « tors » et « courbe » ; les tors et les courbes prennent la dénomination générale de bois courbants ; chacune de ces classes se subdivise en cinq catégories, selon les constructions auxquelles on peut les destiner ; la première est celle qui est propre aux plus forts vaisseaux ; la cinquième sert aux embarcations (Les bois de gabarit sont toutes les pièces propres à faire les étraves, les contre-étraves, les porques, les courbes d'étambot, d'arcasses et autres, les varangues de fond, et acculées, celles de porques, les guirlandes, les membres comme genoux de fond, première, seconde et troisième allonge, les allonges de revers, celles d’écubier, les pièces de tour, pointes de préceintes). On trouve aussi le terme de « vissageRevue forestière française, Volume 8. L'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts., 1956.» Parmi les bois tors employé dans la construction des vaisseaux, les courbes forment une catégorie à part, très rare et recherchéesJacques-Joseph Baudrillart. Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches. Volume 1. . Huzard, 1821. Lire en ligne. Les courbes servent le plus ordinairement à lier les baux avec les membres du navire ; ils font ensemble une liaison solide, lorsqu'ils sont exactement joints aux baux et aux côtes du vaisseau, sur lesquelles on les cheville, de manière que l'angle de chaque courbe soit parfaitement emboîté dans l'angle formé par le bord et les baux; les baux non-seulement des ponts, mais aussi du faux-pont et des gaillards, des chambres et du tillac. Ils prennent les noms de « courbes des baux » ou « gousset de barrotMarine industries ltée, 1968. OQLF Gousset de barrot » ; les noms peuvent être suivis du nom de la membrure à laquelle les courbes se raccordent « courbes de tillac », « courbes de chambre », « courbes de pont », « courbes de gaillard ». Suivant leur position, ces courbes sont aussi nommées « verticales », « horizontales », ou obliques. On tire traditionnellement les courbes de la tête des arbres : la plus forte branche, et d'autre part le corps de l'arbre forment courbe, leur jonction s'appelle « collet »Jacques-Joseph Baudrillart. Recueil chronologique des règlements forestiers: contenant les ordonnances, édits et déclarations des rois de France, etc Lire en ligne.

Le bois sans branches, et qui n'est garni que de son écorce, est dit être en grume ; celui qui n'a reçu aucune espèce de travail et qui est seulement dépouillé de son écorce, s'appelle « bois brut » ; le bois de brin est l'arbre sans écorce et sans branches employé dans sa grosseur naturelle (le bois de charpente est équarri, mais non encore refendu par la scie) ; le bois de tin sert à faire des tins; le bois de démolition provient de navires condamnés ; le bois de rebut est celui qui est refusé aux recettes.

Gabariage thumb|Louis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. 1807

La construction d'un navire commençait par le choix des bois en forêt, l'agent forestier se faisait accompagner par un agent de la marine. Le martelage – marque de réservation qu'habituellement les agents des Eaux et Forêts font avec leur marteau sur les arbres à exploiter – était dans ce cas effectué par les agents de marine, les seuls à avoir travaillé à la construction des navires et à posséder la connaissance des bois nécessaires, pour apprécier toutes les qualités que devaient avoir les arbres destinés à la construction navale. Lorsqu'un arbre était frappé de cette manière, sa destination ne pouvait être changéeLouis Joseph Marie Achille Goujon. Des bois propres aux constructions navales, manuel à l'usage des agents forestiers et maritimes. 1807. Lire en ligne.

Suivait le gabariage, qui pouvait s'effectuer en forêt, pratique que l'on réservait à des constructions bien ordonnées. On donnait ainsi une destination précise à la pièce qui était dégrossie. Mais cette pratique était rare. Toutes les pièces de gabarit devaient être droites (dressées) sur deux faces opposées ; il n’y avait que leurs différentes courbures qui fassent connaître les usages auxquels elles pouvaient être employées: on pouvait grossièrement déterminer le nom, la destination et le prix des pièces en estimant leur flèche rapportée à leur section et leur longueur, au moyen d'un simple cordeau tendu bien raide d'un bout à l'autre de la pièce, ce qui formait une corde, la courbe étant signifiée par la pièce de boisM. Segondat. Traité général de la mesure des bois. Tome second, Volume 2. Lire en ligne. Les bois longs qu’on livrait dans les ports, étaient à deux ou trois pouces près équarris à vive-arête.

Lorsque les arbres n'étaient pas équarris en forêt, le gabariage se faisait à l'arsenal, une salle des gabarits était prévue à cet effetMazaudier. Cours complet et guide pratique d'architecture navale. Robiquet, 1848. Lire en ligne.

La présence d'un peu d'aubier sur les arêtes d'une pièce finie n'était pas considérée comme un défaut absolu ; au contraire si l'aubier s'y trouvait réparti également sur toute la longueur et sous la forme de petits prismes de section constante, c'était la preuve qu'une courbure avait été construite avec une pièce brute de la dimension strictement nécessaire, et que de plus, sa forme primitive avait été soigneusement conservée. Pour une pièce courbe parfaitement à vive arête et exempte d'aubier, il était à peu près certain au contraire qu'elle provenait d'une pièce d'un très fort échantillon dont la plus grande partie avait été enlevée en pure perte, et dans laquelle le fil du bois avait été profondément tranché pour forcer sa courbure naturelle.

Sciage