La Conjuration des imbéciles (titre original : ) est un roman humoristique de John Kennedy Toole, non publié de son vivant. Le titre est une référence à une citation de Jonathan Swift, mise en épigraphe :

C'est précisément la déprime et l'épuisement provoqués par l'impossibilité de faire publier son livre, rejeté par plusieurs éditeurs américains, qui poussent Toole à se suicider en 1969, à l'âge de . Grâce aux efforts inlassables de Thelma, la mère de Toole, et de l’écrivain Walker Percy., à qui elle avait fait lire une copie du manuscrit, le livre a été finalement publié en 1980 par les Presses de l'université d'État de Louisiane.

Le roman est aujourd'hui salué comme un des plus grands classiques de la littérature humoristique américaine, et comme un des romans importants de ce qu'on appelle la « littérature du Sud », c'est-à-dire portant sur les États du sud des États-Unis ou écrits par des auteurs originaires de ceux-ci.

La Conjuration des imbéciles a été vendue à plus de 1,5 million d'exemplaires et traduite en dix-huit langues. De nombreuses tentatives d'adaptation au théâtre ou au cinéma ont avorté ou connu un succès limité.

John Kennedy Toole

vignette|Statue représentant le personnage principal, Ignatius Reilly sous l'horloge où le roman commence, à La Nouvelle-Orléans. Né à La Nouvelle-Orléans le , John Kennedy Toole exerce quelque temps le métier d'enseignant dans divers établissements universitaires des États de New York et de la Louisiane. Appelé sous les drapeaux en 1961, il séjourne deux années à Porto Rico pendant lesquelles il enseigne l'anglais aux recrues de langue hispanique et écrit son deuxième et principal roman, La Conjuration des imbéciles.

À la fin de son service militaire, il retourne à La Nouvelle-Orléans pour vivre chez ses parents et enseigner au Collège dominicain. Il tente également, mais en vain, de faire publier son ouvrage qu'il considérait comme un chef-d'œuvre. Sa santé et son moral se détériorent alors rapidement et, après avoir perdu tout espoir, il se suicide le , à l'âge de trente et un ans., en reliant l'habitacle au pot d'échappement de son automobile.

Après sa mort, sa mère poursuit ses efforts et réussit à faire lire son roman à l'écrivain Walker Percy, qui fut séduit par cette œuvre originale en 1976. Il insiste à son tour auprès d'un éditeur et le livre est finalement publié en 1980. Très bien reçu par la critique et par le public, il se vend à plus de 1,5 million d'exemplaires et est traduit en dix-huit langues. John Kennedy Toole reçoit le prix Pulitzer de la fiction à titre posthume en 1981.

À la suite du succès de La Conjuration des imbéciles, son autre roman, La Bible de néon, qu'il avait écrit à l'âge de seize ans et qui à l'époque avait été considéré comme trop immature, est également publié en 1989 (Éditions 10/18).

Résumé L’histoire. se situe à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, au début de l'année 1963. Le personnage principal est Ignatius J. Reilly, un étudiant en littérature médiévale, remarquablement érudit et d'une intelligence qui confine au génie paranoïaque, mais vivant en vrai pacha chez sa mère arthritique et alcoolique. Ignatius, qui s'exprime pour son créateur, abhorre son époque. Il semble obstinément mais passionnément en décalage constant avec ses contemporains qu'il méprise férocement. Et tous les archétypes de l'Amérique contemporaine y passent : les marlous, les beatniks, les rockers, le flic, les vieux chrétiens fondamentalistes, la voisine acariâtre, l'activiste anarcho-névrosée, les vendeurs de hot-dogs, etc.

Hypocondriaque et sans cesse tourmenté par son anneau pylorique qui se ferme à la moindre contrariété, Ignatius J. Reilly est un personnage littéralement odieux et égocentré dont les convictions misonéistes et réactionnaires s'expriment de différentes manières. Marchant, ou plutôt tanguant dans les pas des auteurs anciens (Platon, Diogène, Boèce) et des grands théologiens du (la philosophie scolastique), Ignatius rêve d'un monde libéré des qui le peuplent. En auteur martyr de la décadence d'une humanité , Ignatius se consacre, en autobiographe, à couvrir des cahiers « » de sa vision du monde. Alors que sa mère est contrainte de rembourser les dégâts qu'elle a causés au volant de sa voiture, alors qu'elle était distraite par ses reproches sempiternels, Ignatius se trouve forcé de chercher un emploi pour la première fois de sa vie. Il devient alors employé dans une fabrique de pantalons, puis vendeur ambulant de hotdogs. Il tâchera lors de cette inévitable confrontation avec la réalité de rendre la société conforme à sa , sa « conception du monde », mais ses efforts dans cette mission entraîneront une suite de mésaventures plus loufoques les unes que les autres.

La Conjuration des imbéciles est une des plus vivantes descriptions du folklore de la ville de La Nouvelle-Orléans et de ses habitants.

La structure du roman est calquée sur celle du livre favori d'Ignatius Reilly, Consolation de Philosophie (Consolatio Philosophiae) du philosophe chrétien du Boèce..

Personnages principaux Ignatius J. Reilly

Ignatius J. Reilly est une sorte de Don Quichotte moderne – excentrique, idéaliste et créatif, quelquefois jusqu'au délire. Dans l'avant-propos du livre, Walker Percy décrit Ignatius comme (). Il dédaigne la modernité et particulièrement la culture pop. Le dédain deviendra son obsession.

L'écrivain et universitaire turc Elif Shafak parle d'Ignatius en ces termes : .

Myrna Minkoff, l'étudiante contestataire Affublée du surnom de Minx par Ignatius, Myrna Minkoff est une jeune militante baba cool d'origine juive. Ignatius et elle se sont rencontrés lors de leurs études à l'université de La Nouvelle-OrléansPodgorski, Daniel (August 23, 2016). "Peopling Picaresque: On the Well-drawn Characters of John Kennedy Toole's A Confederacy of Dunces". The Gemsbok. Retrieved November 29, 2016.. Leur proximité est étonnante au regard de leurs fortes divergences à la fois politiques, sociales, philosophiques et religieuses, ils maintiennent cependant une correspondance assez régulière.

Elle apparait essentiellement à travers les lettres que les deux personnages s’échangent depuis le retour de Myrna à New York – des lettres fortement marquées par les analyses sexuelles de Myrna, et le mépris d’Ignatius pour ses prétendues actions de profanation. Officiellement, les deux personnages condamnent tout ce que l’autre représente. Mais même si aucun des deux ne l’admettra, leur correspondance régulière démontre que, bien que séparés par un continent, la plupart de leurs actions sont vouées à impressionner l’autre.

Irene Reilly

Irène Reilly est la mère d’Ignatius. Elle est veuve depuis et a un problème d’alcool, se laissant fréquemment tenter par un petit moscatel - problème qu’Ignatius se plaît à exagérer en la qualifiant de soularde abusive. Au départ, elle le laisse vivre sa vie en le conduisant où il veut mais à mesure que le roman avance, elle apprend à se défendre.

Elle tombe amoureuse de Claude Robichaux, un homme plutôt riche, touchant une retraite des chemins de fer et des loyers. À la fin du roman, elle décide de l’épouser. Mais avant cela, écoutant Santa Battaglia (qui est récemment devenue la meilleure amie de Reilly et nourrit un profond dégoût pour Ignatius), elle reconnaît qu’Ignatius est fou et s’arrange pour l’envoyer dans un hôpital psychiatrique.

La relation entre la mère et le fils est très tendue. Cette tension est palpable à travers leur difficulté à communiquer, ils ne se comprennent pas et ne savent pas se parler. Irène s’adresse à son fils comme s’il avait quatre ans, et Ignatius ne cache pas son dégoût lorsqu’il doit lui parler.

Autres personnages Santa Battaglia, une amie d’Irène Reilly qui nourrit un vrai dégoût pour Ignatius Claude Robichaux, vieil homme constamment à l’affût de communistes susceptibles de pénétrer sur le sol américain ; futur mari d’Irene Angelo Mancuso, policier incompétent ; neveu de Santa Battaglia Lana Lee, mannequin pour photos pornographiques ; dirige Les Folles Nuits, un club de strip-tease miteux George, organise un trafic de photos pornographiques de Lana dans des lycées de la ville Darlene, strip-teaseuse incompétente aux Nuits Folles possédant un cacatoès Burma Jones, un afro-américain qui s'accroche à son job le portier mal payé aux Nuits Folles, pour ne pas se faire arrêter pour vagabondage Mr. Clyde, le propriétaire frustré de Paradise Vendors SA, un stand de hot-dogs Gus Levy, le propriétaire de Pantalons Levy, une entreprise familiale dans laquelle travaille Ignatius Mrs. Levy, la femme de Gus, qui fait des analyses psychologiques de son mari et de Miss Trixie, bien qu’elle n’ait pas les qualifications Miss Trixie, l'aide-comptable octogénaire de Pantalons Levy, qui souffre de démence sénile et de troubles obsessionnels compulsifs Mr. Gonzalez, le chef de bureau de Pantalons Levy Dorian Greene, un homosexuel du Quartier français, qui organise de grandes fêtes Frieda Club, Betty Bumpe et Liz Steele, un trio de lesbiennes acérées qui passe son temps à provoquer Ignatius Talc, un professeur médiocre de l’université Tulane qui a eu la malchance d’enseigner à Myrna et Ignatius Miss Annie, la voisine toujours mécontente des Reilly, victime de migraines chroniques

La Conjuration des imbéciles et La Nouvelle-Orléans

Le roman est célèbre pour ses riches descriptions de La Nouvelle-Orléans et de ses dialectes, comme le ... De nombreux habitants de la ville et d'écrivains estiment que ce sont les descriptions les plus précises que l'on puisse trouver de la ville dans un travail de fiction..

La ville décrite dans le roman diffère à certains égards de La Nouvelle-Orléans telle qu'elle est réellement. Dans le premier chapitre, il est mentionné que le soleil se couche sur le Mississippi, au pied de Canal Street, mais c'est impossible car cette direction montre le sud-est. Il est possible que John Kennedy Toole ait voulu plaisanter sur le fait que le quartier au-delà du fleuve se nomme "West bank", bien qu'il soit en fait au sud ou à l'ouest du centre de la Nouvelle-Orléans, à cause des méandres. Seuls les familiers de la ville peuvent remarquer de tels détails.

Une statue en bronze d'Ignatius Reilly se trouve en dessous de la pendule du Canal Street, l'ancien site du magasin maintenant remplacé par l'hôtel French Quarter. La sculpture rejoue la première scène du roman : Ignatius attendant sa mère sous la pendule du grand magasin D.H. Holmes, s'agrippant à son sac de course de chez Werlein et portant une casquette de chasse verte, une chemise de flanelle, un volumineux pantalon de tweed et une écharpe, « scrutant la foule à la recherche des signes de son mauvais goût vestimentaire ». La statue se base sur l'acteur John McConnell, qui avait incarné Ignatius dans une adaptation théâtrale du roman.

De nombreuses entreprises locales sont citées en plus du magasin D.H. Holmes, notamment le magasin de musique Werlein et des cinémas tels le Prytania. Les lecteurs venant d'ailleurs peuvent penser que le soda préféré d'Ignatius, le Dr. Nut, est fictionnel, mais il s'agit en fait d'une boisson produite à la Nouvelle-Orléans. Les roulottes à hot-dogs Paradise Hot Dogs sont facilement identifiables comme une satire des roulottes Lucky Dogs.

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