La guerre psychologique est l'utilisation de techniques psychologiques pour amener l'adversaire à penser qu'il est en position de faiblesse ou qu'il a intérêt à se rendre. C'est la guerre par les idées plutôt que par les armes matérielles.

Introduction Si l'on utilise une métaphore, la guerre psychologique peut être assimilée à une partie de poker où chaque joueur cherche à se présenter aux autres comme celui ayant la meilleure main, en bluffant. C’est, comme l'a dit Sun Tzu, L'Art de la guerre qui consiste à jouer des faiblesses de l'adversaire pour le subjuguer (de l’anglais « to subdue », issu de l’ancien français « soduire », lui-même issu du bas latin « subdere »).

Dans l’économie politique de la « théorie des contextes » chez Anthony Wilden, la guerre psychologique est un enveloppement stratégique d’attaque au niveau supérieur de la commande politique. Le niveau politique est visé, car supposé décider de l’attribution des ressources (entre la paix ou la guerre dans ce cas) ; il oriente et délimite les stratégies militaires et diplomatiques possibles. Le niveau stratégique choisi oriente et délimite les « batailles » possibles dans lesquelles se trouvent les combats tactiques orientés et délimités par la stratégie de la Bataille. Sans cette orientation et délimitation, le Maréchal Erwin Rommel volait de victoire tactique en victoire tactique vers la défaite finale de la Bataille d'Afrique du Nord.

En pratique, la guerre psychologique combine souvent l’effet de surprise psychique et un effet de choc physique ; préparés, répercutés et amplifiés par la propagande. Ainsi, la stratégie militaire de la bataille de Diên Biên Phu a amené le gouvernement français à négocier les accords de Genève. Cette stratégie militaire soutenue par la stratégie diplomatique, environ un mois après la chute de la garnison dans l’organisation par disponibilité à l’événement, dans l’enchevêtrement de Devoir, Pouvoir, Savoir et Vouloir. De la même façon, l’offensive du Tết a conduit le gouvernement des États-Unis aux Accords de paix de Paris.

Toute guerre est en partie psychologique, car faite par des êtres humains utilisant des atouts physiques et de démonstration et de communication. Selon les cas, la guerre est menée dans les règles du jeu d'un état de droit, ou hors de ces règles : la force du droit prime sur le droit de la force, ou au contraire les règles disparaissent dans une « mêlée générale » ou dans la « barbarie ».

De nombreux témoignages issus de l'histoire de l'Antiquité, du Moyen Âge et d'autres époques, ou d'anthropologues, montrent que les guerres et certains combats rituels étaient cadrés par des règles, parfois débordées. À partir de la Première Guerre mondiale, les armes chimiques, les armes de destruction massive et les moyens modernes de communication et d'influence, le « pouvoir économique » ont changé la donne,

Guerre révolutionnaire, guérilla et guerre psychologique Primitivement, la guerre psychologique s’entend souvent par propagande en vue de démoraliser l’adversaire et soutenir le moral de ses propres troupes et de sa population, sous forme de tracts et d’affiches. La propagande s’oriente en trois directions : La dissuasion, ou promesse du pire, pour casser toute volonté de résistance ou d’agression, comme la marche du général Sherman à travers la Géorgie en détruisant tout sur son passage durant la guerre de Sécession et comme les Mongols de Gengis Khan précédés de leur réputation de férocité à chaque fois qu’ils se présentent devant une cité qui se rend pour éviter la destruction ou comme la stratégie de la destruction mutuelle assurée qui a fait l’économie d’une Troisième Guerre mondiale nucléaire. En effet, même si l'un des deux camps lançait une attaque nucléaire surprise, l'autre camp avait encore la possibilité de riposter, surtout avec l'apparition des sous-marin nucléaire lanceur d'engins, qui donnent une capacité de seconde frappe, et d'anéantir le camp attaquant ; La persuasion, ou promesse du mieux, suivant la prescription de Sun Tzu de laisser s’enfuir l’adversaire pour éviter le combat ; La séduction, ou promesse du meilleur, pour s’implanter de façon durable, comme Alexandre de Macédoine qui a essaimé des colonies hellénistiques sur les territoires conquis.

Cependant, pour le général Võ Nguyên Giáp, une guerre est à la fois diplomatique, militaire, politique et psychologique. La bataille de Diên Biên Phu, dont il a été le maître d’œuvre, en est l’exemple illustratif. Cette bataille fut militaire sur le théâtre des opérations, diplomatique en tant qu’argument pour les négociations des accords de Genève de , négociés par Phạm Văn Đồng, après la capitulation inconditionnelle de la garnison en mai de 1954 et politique pour la consécration et la consolidation de l’indépendance du Viêt Nam déclarée le . Elle fut psychologique par le renversement des perceptions de la situation, de glorification en misérabilisme auprès du CEFEO (Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient).

L’offensive du Tết en février de 1968 a été une défaite militaire pour ce qui est du terrain pris et gardé, mais elle a été une victoire psychologique en amplifiant l’opposition aux États-Unis à la guerre du Viêt Nam et une victoire diplomatique en conduisant les États-Unis à négocier les accords de paix de Paris qui aboutissaient au retrait total des troupes terrestres en 1973, laissant le champ libre à l’offensive finale de la chute de Saïgon en .

Pour Sun Tzu, la guerre est l’art de la tromperie et la dimension psychologique est une partie intégrante, voire fondamentale, dans la conduite d’une guerre.

Pour Clausewiz, la guerre est l’utilisation illimitée de la force brute et la dimension psychologique n’est qu’accessoire dans la propagande.

À la suite des guerres de décolonisations, la notion de guerre psychologique a pris de l’ampleur avec la volonté de "conquête des cœurs et des esprits" par rapport à la conquête du terrain.

Pour Richard Taber, la guerre révolutionnaire par des tactiques de guérilla a pour but le remplacement d’un ordre établi par un ordre nouveau, ce qui privilégie la conquête des cœurs et des esprits, orientant et délimitant les opérations militaires possibles.

Physique, psychique, éthique et logique de la puissance Comprendre la guerre, c’est avant tout comprendre ceux qui la font. Pourquoi les hommes arrivent-ils à se battre ? Comment s’exercent la violence, la coercition et la contrainte ? Quels sont les véritables rapports de force dans les conflits contemporains ?

Voilà les questions auxquelles le modèle développé au fil de cet article tente de répondre. Les déconvenues des armées dans les conflits de basse intensité ou guérilla ont pour cause principale leur incapacité à cerner les conditions de leur engagement, et notamment à s’écarter des schémas hérités de la guerre totale de Clausewitz. La tendance des militaires à privilégier les facteurs matériels au détriment des facteurs immatériels, encore renforcée par la mécanisation et l’informatisation, réduit leur aptitude à maîtriser la violence par l’exercice d’une coercition mesurée.

À l’inverse, le terrorisme contemporain exploite la couverture médiatique en continu pour obtenir des effets psychologiques totalement disproportionnés, alors que les organisations non gouvernementales utilisent leur posture éthique pour mieux influer sur les opérations militaires et les armes qu’elles emploient.

De toute évidence, les rapports de force ne peuvent plus être réduits à la taille ou le nombre de la réalité physique matérielle.

Une conception détaillée des sources et résultats des effets matériels, émotionnels, moraux et cognitifs permet de surmonter la subjectivité des perceptions et de cerner la gamme des actions possibles.

L’évolution de la situation internationale souligne l’urgence que revêt aujourd’hui un tel changement de perspective. Comment expliquer que la guérilla irakienne n’ait pas réussi à retourner l’opinion publique américaine malgré la mort au combat de plus de soldats, alors qu’il a suffi 10 ans plus tôt de 18 morts pour précipiter le retrait de Somalie ? Pourquoi les Palestiniens n’ont-ils pas réussi à diviser la société israélienne depuis , au contraire de la première Intifada ? Pour quelles raisons les attentats du ont-ils uni la population américaine autour de leur gouvernement, alors que ceux du n’ont pas eu le même effet en Espagne ?

Toutes ces questions mettent en jeu des forces et des règles qui sont celles de l’homme dans son activité belligérante, réelle ou potentielle. C’est donc celle-ci qu’il s’agit d’étudier. L’anthropologue Margaret Mead s’est aventurée à étudier le caractère national. Pour elle et avec la culture des fermiers et des pionniers, à chaque attaque reçue, l’Américain répond avec rage et par l’union sacrée. Du jour au lendemain, l’attaque aéronavale japonaise sur Pearl Harbor a transformé l’isolationnisme en interventionnisme et les industries en arsenal de la démocratie.

Pouvoir, vouloir, devoir et savoir Prenons l’histoire militaire vietnamienne récente du , de la décolonisation française (1945-1955) à la réunification (1955-1975), du bombardement de Haïphong en 1946 au sabotage des Accords de Genève rendant impossible la réunification des parties séparées temporairement pour la technicité des regroupements militaires avant l’évacuation du CEFEO jusqu’à la chute de Saigon en 1975.

En 1945, la toute jeune République démocratique du Viêt Nam formée par des paysans attachés à leur indépendance après environ 80 ans de colonisation française et revendiquant leur liberté et leur identité nationales voyait son existence menacée par la reconquête coloniale après 5 ans de « solitude indochinoise » où la puissance protectrice française n’a pas pu protéger l’Indochine française de l’occupation japonaise.

Parti d’une opération de police avec des troupes de l'empire colonial français et la Légion étrangère équipées à l’anglaise au début de 45-49 et à l’américaine dans la phase finale de 49-54, le CEFEO (Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient) est tombé dans le bourbier de l’enlisement jusqu’à la bataille de Diên Biên Phu qui a été à la décolonisation ce que furent la prise de la Bastille et les soldats de l’an II à l’Europe libérale.

Cette première grande victoire en Asie des paysans contre des militaires professionnels en armes va cependant au-delà de l’affrontement factuel, et pose plusieurs questions d’importance. Pourquoi les Vietnamiens de l'Armée populaire vietnamienne (APVN) étaient-ils prêts à se battre contre la France et sa troupe, qui formait une armée moderne avec tout son armement ?

Essentiellement pour défendre leur société rurale et leur conception de la liberté contre l’impérialisme de la France, mais également parce qu’ils avaient le goût du combat et que se battre était le devoir de chaque homme valide.

À l’inverse, les soldats du corps expéditionnaire français étaient mus par l’intérêt d’une solde, aussi maigre soit-elle à la sortie des privations de l’occupation nazie, par l’aventure pour certains et par le patriotisme de la défense et conservation de la puissance française pour d’autres, principalement pour ses dirigeants. Les enjeux étaient donc différents.

Henry Kissinger a déclaré que la victoire d’un peuple de paysans sur les États-Unis était une catastrophe.

Cet exemple résumé reprend la distinction établie par Carl von Clausewitz entre les fins, les moyens et les voies, qui facilite l’appréhension de chaque belligérant. Les enjeux de la guerre expliquent ainsi son caractère déterminé des uns et hésitant des autres : les Vietnamiens sont allés jusqu’au bout des difficultés parce que la survie de la toute jeune République démocratique du Viêt Nam exigeait la défaite d’une configuration coloniale majoritairement antagoniste.