La préhistoire de la musique est l'histoire de la musique dans les cultures préhistoriques. La musique préhistorique commence avec la Préhistoire quelque part à la fin de l'échelle des temps géologiques et se termine avec l'apparition des musiques de l'Antiquité dans différentes parties du monde.
La première forme de musique est probablement le chant.
En ce qui concerne les instruments de musique, sous réserve de la difficulté à identifier divers objets utilisables comme instrument de percussion, le plus ancien instrument de musique attesté par l'archéologie est une flûte en os d'oiseau trouvée à Geissenklösterle en Souabe dans des niveaux aurignaciens et datée de .
Les composantes rythme, mélodie et harmonie sont vraisemblablement présentes dès l'origine.
Recherches Origines La musique peut chercher à imiter les bruits de la nature avec une fonction liée à des croyances et des pratiques chamanistes, ou comme divertissement (jeu), ou encore avec une fonction pratique (par exemple, leurrer des animaux avec des appeaux).
Dans les sociétés actuelles de chasseurs-cueilleurs, la musique et la danse sont souvent associées au cérémonial et aux activités sociales. L'analogie ethnologique suggère que la musique préhistorique, comme celle des chasseurs-cueilleurs actuels, est associée à une perception rituelle et surnaturelle du monde, qu'elle cherche à influencer les êtres humains et leur environnement et qu'elle est plus particulièrement employée dans des moments critiques pour la subsistance du groupe. Il y a aussi des traditions (par exemple chez les Yupiks) où le chant sert à transmettre l'histoire collective et les légendes, la structure des chants et poèmes facilitant la mémorisation ; le chant s'apparente dans ce cas à un moyen mnémotechnique.
Une autre origine possible de la musique est la communication vocale et gestuelle entre adultes et nourrissons. Cette forme de communication implique mélodies, rythmes et mouvements aussi bien que la communication de l'intention et du sens, et en ce sens est semblable à la musique.
En se fondant sur les idées du signal honnête et sur la théorie du handicap, G. Miller suggère que la musique et la danse, qui sont des activités énergétiquement coûteuses, ont pour but de prouver aux partenaires potentiels la bonne forme physique et psychologique des chanteurs et danseurs.
Musique et chant Le premier instrument de musique est probablement la voix humaine elle-même. La voix couvre une vaste gamme de sons allant de chanter, fredonner et siffler jusqu'aux clics, à la toux et aux bâillementsVoir Darwin, L'Origine des espèces sur la musique et la parole.. Le plus ancien homme de Néandertal connu présentant la forme moderne de l'os hyoïde a été daté de , donc antérieur à la plus ancienne flûte paléolithique de quelque mais la véritable chronologie peut remonter beaucoup plus loin.
Il faut se dégager de l'influence du contexte musical actuel pour envisager ce qu'a pu être la musique de la préhistoire. Le fait que l'instrumentation prédomine dans la musique occidentale, aussi bien dans ses formes savantes que populaires, a pu contribuer à focaliser la recherche sur les instruments de musique alors que ceux-ci ne jouent sans doute qu'un rôle mineur dans l'émergence initiale de la musique. La musique des chasseurs-cueilleurs actuels est largement non-instrumentale, la mélodie étant portée principalement par la voix accompagnée de battements de mains comme percussion ou par exemple de la frappe des pieds dans la danse. Quand il y a des instruments de musique, ce sont des objets produits facilement à partir de peaux, de bois, de roseaux, de gourdes séchées et d'autres végétaux, l'os est peu employé.
L'anthropologie suggère en fait que la musique est apparue très tôt chez les humains. Peut-être dès que des hominidés ont commencé à utiliser des outils de pierre : le bruit produit par des travaux tels que le martèlement des graines et des racines est déjà une forme de rythme.
Les humains ont donc certainement pu percevoir la musique dans les sons de la nature tels que le sifflement du vent, le chant des oiseaux, le crépitement de la pluie, le tonnerre, le ruissellement des cascades ou l'écho d'une falaise, et produire des rythmes et des mélodies bien avant les premiers instruments de musique : ils pouvaient utiliser leur voix (chant, bourdonnements, clics...) ; leur corps (frapper des mains, taper des pieds, utiliser les mains ou les joues comme résonateur) ; des bâtons (frapper un rocher, un arbre creux ou une surface d'eau avec un morceau de bois épais, avec une branche ou avec un os donne différentes sonorités ; un mouvement rapide fait siffler une branche dans l'air) ; toutes sortes de pierres.
Archéoacoustique L'archéoacoustique utilise les techniques acoustiques pour explorer la préhistoire des sons. Ses recherches portent sur les ambiances sonores et les instruments, y compris l'étude de la résonance des roches et des anciens lithophones, sur l'étude acoustique des lieux de culte tels que tombes et cercles de pierre, sur l'exploration d'instruments préhistoriques à l'aide d'essais acoustiques et sur la reconstitution de paysages sonores par l'archéologie expérimentale.
On peut citer dans ce domaine notamment les recherches du réseau universitaire britannique Acoustics and music of British Prehistory, l'étude acoustique de trois grottes ariégeoises (grotte du Portel, grotte de Niaux, grotte de Fontanet) par le musicologue Iégor Reznikoff et le préhistorien Michel Dauvois en 1988.
Pour Michel Dauvois, les qualités acoustiques d'une grotte se caractérisent le mieux par les spectres de réponse à des sollicitations sonores dans chaque galerie, niche ou salle de la grotte. Les singularités acoustiques relevées dans différents passages, espaces, belvédères des grottes ornées étudiées, comparées aux lieux des figures pariétales et aux signes tels que les ponctuations, montrent une corrélation nette entre les singularités acoustiques et les signes alors que la sonorité n'est sans doute qu'un facteur de choix parmi d'autres pour l'emplacement des figures pariétales.
De plus, certaines draperies et colonnes de calcite sonnent quand on les frappe (percussion). Ces formations de calcite ont une qualité sonore et un son cristallin qui les rapprochent des lithophones. Comme le son varie d'un endroit à l'autre sur les voiles de calcite, on peut produire des accords en frappant plusieurs endroits. C'est cependant la rythmique qui domine le jeu de ces « lithophones naturels ». Des traces de percussions allant jusqu'à entailler ou casser la calcite subsistent dans plusieurs grottes (grotte du Portel en Ariège, grottes de Cougnac dans le Lot, grotte Cosquer dans les Bouches-du-Rhône) mais il suffit de légères percussions du bout des doigts pour jouer sur les draperies les plus fines, par exemple dans le réseau Clastres de la grotte de Niaux.
Archéologie Les résultats archéologiques montrent que les hommes du Paléolithique créent des instruments de musique. Des sifflets et flûtes paléolithiques en os, des rhombes et des racleurs en bois de renne, des conques attribués pour les plus anciens au Moustérien et au Paléolithique supérieur (Aurignacien, Gravettien, Solutréen et Magdalénien), sont connus depuis longtemps. Ils sont acceptés par la plupart des chercheurs comme des instruments de musique. La discussion se poursuit toutefois ; la fonction des sifflets n'est pas complètement élucidée : ce sont peut-être (aussi) des appeaux ou des instruments d'appel entre chasseurs ; la nature musicale des rhombes et des racleurs reste contestable également. Un instrument tel que le rhombe pourrait en effet servir de lasso lesté donc d'arme de chasse à la façon des bolas.
Identifier des instruments de musique parmi les vestiges archéologiques n'est pas toujours aisé. À part les flûtes qui nous semblent familières, les objets sonores préhistoriques peuvent beaucoup s'éloigner des instruments de musique classiques occidentaux. C'est le cas par exemple des rhombes et des sistres : seule l'analogie avec des objets sonores similaires utilisés par des sociétés traditionnelles contemporaines permet d'en comprendre le maniement. Les lithophones néolithiques sahariens du MNHN ont quant à eux longtemps été confondus avec des pilons à moudre le grain.
Enfin, malgré les apports certains de l'archéologie à l'histoire de la musique, il importe de souligner les limites dues à la conservation différentielle des matériaux : les matériaux dégradables comme les végétaux, le bois, l'écorce, le cuir et même la corne disparaissent tandis que les bois de cervidés se conservent assez bien ; l'os et l'ivoire se conservent mieux et ce sont bien sûr les pierres dures qui se conservent le plus longtemps. Il est certain que ces limites introduisent un biais dans notre perception des premiers instruments de musique. Par exemple les plus anciens tambours de bois et de peau ainsi que des appeaux ou trompettes en écorce de bouleau n'ont pas laissé de vestiges archéologiques et nous ignorons à quand ils pourraient remonter.
On peut souligner que c'est probablement en raison de la mauvaise conservation des végétaux que les premiers instruments de musique paléolithiques conservés sont en os ; on ne peut pas en déduire une préférence des chasseurs-cueilleurs paléolithiques pour le travail de l'os.
Déceptions vignette|redresse=0.5|La « flûte de Divje Babe ». L'interprétation de certains objets est problématique. La « flûte de Divje Babe » par exemple est un fémur d'ours des cavernes conservé au Musée national de Slovénie à Ljubljana et daté d'au moins dont l'interprétation en tant qu'instrument de musique créé intentionnellement par l'homme est controversée. L'enjeu du débat rejoint celui sur la perception que nous avons des Néandertaliens qui vivaient à Divje Babe à la fin du Paléolithique moyenSur cette controverse, voir l'article Flûte de Divje Babe et la section « Naissance de l'art » dans l'article Homme de Néandertal. Une partie seulement des chercheurs accepte l'hypothèse d'une flûte néandertalienne à Divje Babe, certains avancent des dates jusqu'à avant le présent. Les archéologues et les musicologues discutent en particulier la régularité et l'alignement des perforations du fémur et s'interrogent sur sa capacité à produire une gamme de notes mais la majorité des chercheurs considère qu'il s'agit simplement d'un os mâché par un carnivore :
Un autre exemple connu de « déception » en préhistoire de la musique, est la ré-interprétation d'une figure de la grotte des Trois-Frères qu'Henri Begouën et Henri Breuil avaient nommé en 1958 « le petit sorcier à l'arc musical ». Cette figure a parfois été interprétée comme un danseur tournant sur lui-même en jouant une sorte de flûte nasale, ou comme un chaman partiellement transformé en animal. Elle est maintenant plutôt considérée comme un chasseur équipé d'un petit arc de chasse qui se dissimule sous une peau de bison pour approcher le gibier. Les peintures de la grotte des Trois-Frères sont datées d'il y a environ .
Inversement, bien que le bas-relief gravettien de la Vénus de Laussel soit considéré depuis longtemps comme représentant une corne d'abondance, certains chercheurs voient dans la corne de Laussel un tout autre objet. Ce pourrait être par exemple une corne à boire, un gobelet contenant une boisson fermentée qui préfigurerait le rhyton des banquets et rituels de l'Antiquité. Dans le domaine musical, les stries régulières de la corne suggèrent avec vraisemblance un racleur en corne de bison. Toutefois la plupart des historiens de l'art et des préhistoriens maintiennent l'interprétation comme corne d'abondance, en cohérence avec la symbolique de fécondité associée aux Vénus paléolithiques.
La musique avant les premiers instruments Percussions