L'Entreprise Huard, est une entreprise française de construction de matériel agricole, notamment de la charrue brabant, située à Châteaubriant en Loire-Atlantique.

En difficulté en 1987, elle est rachetée par l'entreprise Kuhn qui poursuit l'activité à Châteaubriant sous le nom de « Kuhn-Huard sa » jusqu'en 2000. Depuis cette entreprise (Kuhn-Huard SAS) commercialise ses machines sous la marque Kuhn.

Histoire

Atelier Huard (1863-1871) En 1862, Jean-François Huard, originaire de Fercé où il a appris le métier d'amoulageur avec son père et son oncle, a lorsqu'il épouse Victorine Lefeuvre, le à Châteaubriant. L'année suivante, en 1863, il s'installe à son compte dans l'atelier et la maison que le couple a fait construire rue Puebla à proximité de la mairie. Il y pratique les activités liées à son métier, qui consiste à construire, entretenir et réparer les éléments de la mécanique en bois du fonctionnement des moulins à vent. Il y a rapidement trop de travail pour un homme seul, en 1866 trois ouvriers l'ont rejoint.

L'activité ayant progressé, au point de saturer l'espace disponible dans l'atelier, Jean-François, avec son frère Ferdinand qui est menuisier, achètent , le , un vaste terrain dit en bordure de la voie menant à Fercé. Les deux frères ne vont pas profiter longtemps de leur association car Ferdinand meurt, en lui ayant légué tous ses biens, le . Jean-François et Victorine, y font construire une nouvelle maison d'habitation avec un atelier nettement plus grand qu'il équipe d'une machine à vapeur fixe et autres outils nécessaires à ses nouvelles fabrications qui sont notamment .

Société Huard et Dupré (1872-1886) En 1872, Jean-François Huard, confronté au problème d'avoir des travaux à faire en atelier et en extérieur pour les moulins, s'associe avec Joseph Dupré, de Nantes, pour constituer en janvier une société de . Le couple Huard partage la maison d'habitation avec leur associé et son épouse. La société propose en complément des activités d'origine : la construction et la réparation de machines à vapeur fixes ou locomobiles et pour tout outillage concernant l'industrie et l'agriculture. Les associés organisent l'atelier avec deux secteurs d'activités, menuiserie et forge. Les clients sont principalement trouvés dans un rayon d'environ autour de Châteaubriant, distance qui est celle pouvant être parcourue régulièrement par des tournées à cheval. Néanmoins quelques clients sont situés dans des zones plus éloignées, autour de Bain ou de Saint-Gildas.

alt=Gravure représentant une faucheuse attelée, à deux chevaux, avec son conducteur elle fauche un champ avec un village et un clocher en arrière-plan|vignette|Faucheuse Wood, TH. Pilter 1878. Également disponible pour un cheval. Le travail dans l'atelier comporte deux activités liées, la menuiserie et la forge, la plus grande masse d'opérations concerne la fabrication, l'entretien et la réparation de tout ce qu'utilisent régulièrement les cultivateurs de la région pour leurs travaux, c'est-à-dire, principalement de modestes outils et petites machines. La fabrication de machines plus importantes est rare. Pour son activité, l'atelier fournitt de l'emploi à sept ou dix ouvriers. L'entreprise cherche également à être concessionnaire du matériel moderne proposé par de grands fabricants, en 1878-79, Jean-François Huard réussit à vendre à ses clients une trentaine de faucheuses tractées « Wood-Pilter », outillage à la pointe de l'innovation. Mais en 1880 il n'en vend plus qu'une car les cultivateurs qui en avaient acheté l'année précédente n'ont pas su les utiliser et les ont abandonnées. La mécanisation n'est pas encore entrée dans les habitudes du monde agricole de la région.

En 1886, l'entreprise est mise en péril par un évènement imprévu. Le , Joseph Dupré meurt et l'inventaire après décès, réalisé en décembre, fait ressortir que le couple Huard doit, à la veuve, , l'équivalent financier de l'ensemble .

Société Huard (1886-1899) Désespérés Jean-François et Victorine sont prêts à arrêter et partir travailler à Paris. Mais leurs proches les encouragent à persévérer et à faire revenir leur fils ainé Jules parti travailler à Paris dans la société Thirion et Bonnet, fabricant de pompes, après avoir fait son apprentissage dans l'entreprise de ses parents. Le couple prend finalement la décision de poursuivre son activité et d'envoyer François leur fils cadet en apprentissage de menuiserie. En 1889, après deux années difficiles financièrement, Jean-François réussit à convaincre son fils Jules de revenir à Châteaubriant, en acceptant de lui confier la .

Les difficultés financières s'estompent petit à petit. Jean-François présente, en 1891, une charrue brabant de l'entreprise Bajac lors du comice agricole de l'arrondissement, il reçoit la médaille d'argent mais cette innovation, déjà entrée dans la pratique dans d'autres régions françaises, est présentée encore un peu trop tôt pour le pays de Châteaubriant. Pourtant cela commence à changer, car au même moment l'entreprise se remet à vendre des faucheuses. En 1892, Jules Huard épouse Victorine Camus le , ses parents, qui possèdent un établissement hôtelier dans la ville sont des gens aisés, ce qui financièrement lui rend la vie un peu plus facile.

Puis les ventes de faucheuses augmentent fortement en 1894-95 et l'entreprise se met à faire des bénéfices. Cette tendance d'ouverture au machinisme est renforcée par l'affirmation du rôle de la ville comme un centre important des échanges dans le domaine agricole. Jules Huard accompagne et réagit à ce mouvement en augmentant son offre par la création de produits nouveaux comme les tarares et les hache-paille, et par le biais de concessions auprès des grands fabricants, entre autres : . Il fait connaître cela en utilisant une publicité, basée sur une , et diffusée par Le Journal de Châteaubriant et le Courrier de Châteaubriant, les deux publications de la presse locale. À partir de 1897 il voit arriver en renfort son frère François qui entre dans la société après avoir suivi une formation de bon niveau en menuiserie à Nantes et à Rennes. Les bénéfices passent, de 6 % en 1895, à 21 % en 1898, et pendant cette période de quatre années le capital de la société augmente de 54%.

Société Huard Frères (1899-1920)

De l'atelier à l'usine vignette|upright|alt=Gravure d'une faucheuse Mc Cormick à l'arrêt|Faucheuse-moissonneuse Mac Cormick de 1889. Le , Jean-François Huard transfère son fonds à ses garçons Jules et François, qui fondent le la société « Huard Frères ». Dans ses statuts il est notamment spécifié : . Le fondateur décède le , puis Jules et François font des travaux pour agrandir l'atelier. À cette époque les membres de la famille ont des tâches précises : Jules gère les activités fonderie et forge ainsi que les moteurs et les combustibles ; son épouse Victorine est responsable du secteur commercial ; François gère tout ce qui concerne la menuiserie ; sa femme s'occupe de la comptabilité. Les produits « maison » sont toujours proposés, mais l'activité de concessionnaire a progressé de manière importante, le matériel proposé s'enrichit des nouveaux modèles et des innovations. On y trouve entre autres : faucheuse-moissonneuse, faneuse, rouleau, baratte, des marques Mac Cormick, Puzenat et Simon. L'atelier est équipé de nouvelles machines-outils.

À l'avènement du , François se spécialise dans les semoirs et c'est Jules qui donne l'orientation générale, . Pour assumer son objectif tout en développant la vente de machines innovantes, Jules Huard va en 1900, par deux fois à Paris pour visiter les stands à l'Exposition universelle. Pour renforcer son observation sur la charrue brabant. Il se rend dans les ateliers des principaux fabricants , car si cette charrue n'est pas une nouveauté il prévoit une fabrication en grand. Notamment du fait qu'il n'a pas réellement de concurrence à Châteaubriant et que la tendance est à une demande forte car les cultivateurs locaux doivent rattraper le retard pris dans le domaine du machinisme.

Un outil industriel du vignette|upright|alt=Gravure d'un semoir avec trois roues et sa trémie à l'arrêt|Semoir Huart Le Pratique. vignette|upright|alt=Dessin noir et blanc d'un semoir avec le nom de l'entreprise et des slogans|Publicité dans Ouest-Éclair en 1904. Toujours en 1900 sont construites les premières charrues à brabant, simple et double, et le semoir « Le Pratique ». Le premier catalogue des produits de l'entreprise sort l'année suivante (1901). Les particularités innovantes de ces outils sont notamment l'utilisation de l' et un système de réglage de la profondeur du labour breveté par l'entreprise ; pour le reste Jules Huard, en comparant sa production avec la concurrence, dit . En 1904, d'autres nouveaux produits sortent, le semoir « Simplex », et de nouvelles batteuses-vanneuses. Cette même année Jules Huard est élu maire de Châteaubriant.

vignette|upright|gauche|alt=Photo noir et blanc de l'usine en travaux avec de nombreux ouvriers au travail sous la charpente métallique qui n'a pas encore sa toiture|L'usine en construction,le . Six ans après le lancement des nouvelles productions, en 1906, l'entreprise emploie environ dans son atelier et le nombre de machines produites est de . Mais ce développement rapide sature déjà les espaces disponibles dans l'atelier et sur le terrain attenant qui par ailleurs n'est pas idéalement situé. Jules Huard a déjà anticipé le problème, en 1905, en s'étant porté acquéreur de plusieurs terrains, proches de la ligne de chemin de fer desservant la gare, qui présentent l'intérêt de pouvoir être reliés à la voie ferrée, par un embranchement particulier. Le chantier de construction débute après la pose de la première pierre le . Construite en charpente métallique, l'usine dite « du Rollard », est constituée de sept travées. Les forges sont installées dans la partie centrale plus haute. L'investissement ne se limite pas au bâtiment il est également : l'occasion de s'équiper de nouveaux outils de production, notamment ; et d'y installer un bureau d'études. Elle est mise en service le . Dès l'ouverture et les années suivantes, l'usine est organisée rationnellement, pour abaisser les coûts tout en améliorant la qualité, pour permettre une pratique de prix concurrentiels. Un dessinateur ingénieur est embauché, des pièces sont fabriquées en série et stockées, cela permet pour les charrues de proposer des socs et des versoirs de formes et poids différents adaptés à tous les modèles. De nouveaux aciers sont élaborés pour rendre encore plus fiables les pièces les plus exposées à un risque de casse.

Après avoir assuré une bonne implantation de sa marque dans l'Ouest, Jules veut conquérir le marché français. En 1909, il fait entrer Louis Désormeaux, qui a un lointain lien familial avec Huard, comme associé chargé du secteur commercial. L'entreprise va faire un important effort financier en faisant réaliser ses affiches et catalogues, distribués sur toute la France, par des artistes et des imprimeurs reconnus. L'entreprise assure également une présence dans nombre de foires et salons éloignés de ses bases. Le style est celui de slogans chocs répétés comme notamment pour les charrues où est utilisé que Jules Huard traduit, à sa manière, en français par . En 1910, de nouveaux semoirs sont ajoutés au catalogue à côté des charrues qui prennent de plus en plus d'importance au fil des années. Un nouvel agrandissement important de l'usine, débuté en 1908, s'achève en 1911. Il comprend une dizaine de travées supplémentaires et d'autres petits bâtiments.

En 1913, la société, qui dispose d'environ sur son site de Châteaubriant, a une production annuelle de et pour la traction animale. Huard est à la première place des producteurs de charrues sur le marché français. Au début de l'année 1914, la durée de vie de la société Huard Frères est renouvelée.

Huard pendant la « Grande Guerre »