Identité et Contrôle : Une théorie de l'émergence des formations sociales est un ouvrage majeur en sciences sociales contemporaines, écrit par Harrison White qui le publia pour la première fois en 1992 sous le titre original . Une seconde édition remaniée parut, en 2008, sous le titre .
Dans son livre, White propose un paradigme généralement vu comme profondément subversif, dense et écrit dans un langage aride. Il propose de partir de l'idée que d'emblée rien n'est organisé ou régulier, que les régularités (individus, sociétés, institutions sociales, etc) apparaissent au fil des interactions et qu'il faut donc s'intéresser aux histoires qui sous-tendent les relations pour comprendre le monde social.
Parution originale en 1992
L'œuvre originale reçut un accueil très favorable et l'Association américaine de sociologie réunit un symposium publié, en 1993, dans un numéro spécial de la revue ..
La vaste majorité des critiques concernant Identity and control visent la façon dont le livre est rédigé : il est dense et écrit dans un style inhabituel pour la sociologie. L'auteur emploie des termes provenant de la chimie et propose des concepts et un vocabulaire auxquels il faut se familiariser rapidement car il n'y revient pas.
Le paradigme que propose Harrison White est à l'antipode du livre de de James Coleman ; .. Dans l'individualisme méthodologique, l'action sociale est expliquée par la contingence d'actions posées par des individus qui agissent chacun selon leur propre rationalité, tandis que l'interactionnisme structural fait de l'individu une formation sociale parmi d'autres et de la rationalité un « style » parmi d'autres, ce qui paraît inacceptable pour Raymond Boudon.
Symposium de 1993 Quatre sociologues aux orientations diverses ont chacun publié un bref article réflexif sur la sociologie que propose Harrison White dans Identity and control lors d'un symposium centré sur l'œuvre, en 1993. Commentaire de Raymond Boudon. : La critique principale de Boudon à l’encontre de White concerne la volonté de White d’ancrer les sciences sociales sur de solides bases. Il se dit aussi insatisfait que lui en ce qui concerne l’état des sciences sociales, mais ne croit pas qu'il parvienne à son objectif : . Son argument principal sur ce point est qu’à son avis, les sciences sociales doivent garder un programme minimal davantage qu’une théorie générale. Boudon considère que : . Selon Boudon, l'approche proposée par White néglige de porter une attention à la raison et à l’esprit individuel. Boudon a aussi discuté dans cet article du concept d’encastrement chez White : .
Boudon s’accorde avec White au sujet de l’aspect insatisfaisant des théories du choix rationnel (TCR) mais, pour lui le problème ne réside pas dans le fait que ces théories prennent la personne en tant qu’unité d’analyse de base. Selon Boudon, la plus grande faiblesse de ces théories est de surestimer l’égoïsme et la rationalité instrumentale. Il reproche à White sa vision de la rationalité : . Boudon ajoute : .
Commentaires de Charles Tilly. : Tilly est des plus enthousiastes face à l'œuvre de White, ce qui ne l’empêche pas d'être critique : . Tilly le trouve obscur au sens qu’il fournit une image non conventionnelle du monde social ; que les définitions conceptuelles sont très abstraites et pas assez illustrées selon lui ; qu’il manque certaines définitions et qu’il y a un manque important de redondance : .
Il s’accorde avec Boudon sur les idées de grandeurs de White, mais ne se positionne pas de la même façon : .
Tilly soutient que l'approche whitienne sous-entend de nombreuses idées inhabituelles pour les chercheurs des sciences sociales : .
Tilly apporte aussi des questionnements. Notamment concernant les trois dimensions de l’incertitude chez White (contingences, ambages et ambigüité). Tilly cite White : . Tilly souligne que la création d’organisation sociale en réponse à la contingence puisse à la fois réduire la contingence et l’ambigüité, sans nécessairement augmenter l’ambage.
Commentaires de Craig Calhoun. : Craig Calhoun, pour sa part, souligne d’emblée comment le livre de White souffre de lacunes d’écriture et d’édition, malgré l’importance des propos qu’il contient. Pour ce sociologue, l’apport de White est de proposer aux chercheurs des conceptualisations qui devraient se retrouver dans le vocabulaire de tous les jours des sociologues contemporains. Mais White n’a pas réussi selon lui à écrire un livre assez cohérent pour fournit une théorie sociologique générale : . Outre l’exposition de sa compréhension de certains des concepts de White, Calhoun adresse de nombreux questionnements sur le thème de l’action. White soutient qu’une incertitude endémique pousserait notre espèce à déployer des efforts de contrôle afin de réduire cette incertitude, ce qui engendrerait au fil du temps et des interactions certaines régularités dans un monde, somme toute chaotique, bien qu’il ne cherche pas à expliquer l’existence des efforts de contrôle et qu’il s’agisse clairement d’un axiome dans sa théorie ; ce que lui reproche Calhoun.
Calhoun a du mal avec l’idée de White concernant l’inertie endémique de l’organisation sociale. À la fois White parle d’action au sens de ce que font les identités à la recherche de contrôle et à la fois il dit que l’action est bloquée ; le changement est difficile car l’ordre de l’organisation sociale tend le bloquer. Calhoun affirme : . C’est la façon dont White conçoit l’action sociale comme étant exclusivement de l'effort de contrôle qui semble le plus troubler Calhoun.
Enfin, pour Calhoun, la section la plus claire du livre d’Harrison White concerne sa critique des théories du choix rationnel : "Une des sections les plus claires est sa discussion sur les théories du choix rationnel. Il voit comment le mythe de la personne autonome est lié à la rhétorique de la rationalité, et il discute de façon utile et pertinente de la rationalité comme étant un style distinct, tant pour les interactions ordinaires que pour la théorie sociale. Dans ce contexte, il fournit une des affirmations les plus éloquente .
Le passage qui agace Raymond Boudon (), est compris différemment chez Calhoun. Pour ce dernier, le recours à la notion de style pour aborder la rationalité lui semble utile. En citant White, il met en lumière l’importance de la comparabilité entre les identités et comment le sens prend une place centrale dans la sociologie whitienne. Le « mythe de la personne », qui se retrouve aussi l’objet des critiques de Boudon, apparaît chez Calhoun un élément que White a vu avec acuité. Pour clore la critique de Calhoun, celui-ci tend à donner à White le crédit d’avoir introduit des outils puissants pour l’analyse sociologique. Il demeure cependant plein de questionnement concernant la conceptualisation de l’action chez White.
Commentaires de Marshall W. Meyer. : Pour sa part Meyer propose davantage un résumé de la théorie whitienne qu'une critique, tout en soulignant d’emblée sa position : . Il souligne aussi, comme les autres, que la lecture de ce livre est aride. Il propose notamment de donner un ordre différent à la table des matières ; ce qui sera fait dans la seconde édition. gauche|vignette|Autosimilarité Meyer s’est principalement intéressé aux nombreux niveaux d’analyses que permet la théorie whitienne ainsi qu’à l’idée d’autosimilarité du monde social : .
Il mentionne au passage comment chez White, les identités ne déploient pas seulement des efforts de contrôle par rapport aux autres personnes, mais qu’elles appliquent ce contrôle à elles-mêmes. Il souligne aussi l’idée très hétérodoxe que la dichotomie entre les niveaux d’analyses sociologique ne soit due qu’à une conceptualisation particulière du monde social : chez White, elle disparaît. Meyer souligne qu’il y a aussi de multiples niveaux de vocabulaires et qu’il faut s’y familiariser abondamment avant de tenter la lecture d’Identity and Control. Pour illustrer son point, il présente le concept de disciplines, ces trois formes, leurs ordres de valeurs et leurs processus.
L’idée de la comparabilité (issue de l’équivalence structurale) semble une des plus profondes observations de White selon Meyer. La nécessité d’être comparables afin d’entrer en compétition : .
Seconde édition, en 2008 La seconde édition est un remaniement profond de mise en forme l'édition originale, qui fut inspiré à l'auteur lors d'une démarche française de traduire l’œuvre de 1992. .
Paradigme proposé dans le livre La vision que propose White dans « Identity and control » de la réalité sociale est vue comme permettant de dépasser les dichotomies habituelles en sciences sociales; dichotomies entre microsociologique et macrosociologique, entre holisme et atomisme, entre l'agentivité et les contraintes structurelles, entre une vision statique et une vision dynamique du social :
Articles d'introduction à Identity and control
Michel Grossetti et Frédéric Godart, « Harrison White : des réseaux sociaux à une théorie structurale de l'action », SociologieS [En ligne], Découvertes / Redécouvertes, Harrison White, 2007 lire en ligne Alain Degenne. Harrison White ou un chaînon manquant de la sociologie : À propos du livre Identity and Control. 1996 Lire en ligne
Voir aussi Interactionnisme structural Analyse des réseaux sociaux Analyse de similitudes
Media francophones Le Monde, section livre (résumé) : Identité et contrôle Une théorie de l'émergence des formations sociales de Harrison C. White Sciences humaines : Identité et contrôle
Notes et références Références
Citations
Catégorie:Livre de sociologie Catégorie:Analyse des réseaux sociaux
en:Harrison White#Identity and control