Léglise Saint-François-Majeur (en ) est une ancienne église de Milan construite au et démolie en 1806. Elle s'appelle initialement du nom du saint dont elle abrite la dépouille, puis, à partir du , le monastère franciscain attenant prenant possession du monument, son nom est alors changé pour celui du fondateur de l'ordre, saint François d'Assise.

L'église adopte avant la fin du un plan rectangulaire. Elle déploie d'abord, dans la partie correspondant à la basilique de San Nabore, une architecture mêlant art roman lombard et style gothique à laquelle s'ajoute une partie plus vaste construite par les franciscains. Par la suite, l'église continue de s'agrandir par la création de nombreuses chapelles dues à de riches donateurs qui obtiennent en échange le droit de s'y faire inhumer au sein de sépulcres créés par des artistes de renom. Après une première destruction à la fin du et une réédification une dizaine d'années plus tard, en 1697, le style architectural de l'église devient baroque mais son plan demeure très proche de celui du bâtiment initial, quoique perdant de l'emprise au sol.

L'église Saint-François-Majeur est connue pour avoir abrité de nombreuses œuvres d'artistes de renom comme Bernardino Zenale ou Bramante. L'œuvre la plus célèbre est La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci, qui constitue le panneau central d'un retable au sein d'une chapelle dédiée à l'Immaculée Conception.

Bâtiment désaffecté par décision de la République cisalpine en 1798, elle est définitivement détruite pour cause de vétusté en 1806. Il s'agissait jusqu'alors de la deuxième église de la ville quant à la taille, après la cathédrale de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge .

Localisation Au moment de sa destruction de 1806, l'église Saint-François-Majeur se trouvait dans les murs de la ville de Milan sur la place Saint Ambroise nommée ainsi d'après la basilique qui la borde.

Les actuelles rues Nirone et Santa Valeria la longeaient. À sa place, se dresse désormais la caserne de police Garibaldi.

Histoire de l'église L'histoire de l'église Saint-François-Majeur peut être décrite selon trois grandes phases de sa création dans les premiers siècles de l'ère chrétienne à sa destruction en 1806. Cette histoire bénéficie des recherches archéologiques conduites lors de plusieurs campagnes de fouilles : une première en 1939-1940 sous la direction d'Aristide Calderini puis une seconde en deux phases conduites en 2006-2008 puis une troisième en 2011-2012 à l'occasion de la création d'un parking sur la place Saint-Ambroise.

Les premiers siècles du christianisme À l'époque antique, le lieu qui sera occupé par l'église Saint-François-Majeur est situé en dehors des murs de la ville, à très courte distance d'une porte donnant sur le quartier du cirque et du palais impérial.

À partir du premier siècle de l'ère chrétienne, ce lieu se trouve au sein d'un vaste espace qui s'élabore comme une nécropole composée de plusieurs noyaux funéraires encore couramment utilisés jusqu’au troisième siècle de l'ère commune puis de façon plus sporadique après. Ces noyaux s'organisent autour d'habitations servant d'églises et comportant chacune son cimetière. L'ensemble abrite ainsi les restes de martyrs chrétiens antiques, constituant ainsi le premier cimetière chrétien de Milan. Saint Ambroise lui donne les noms de « cimetière des saints » (en ) ou « cimetière des martyrs » (en ) dans ses souvenirs. Les fouilles montrent que malgré la construction d'églises, la zone est tardivement utilisée comme espace funéraire puisque s'y trouvent des tombes datables du .

Parmi ces maisons, figure en particulier celle de Filippo de 'Oldani, un consul romain de l'époque de Néron secrètement converti au christianisme, qui y enterre les restes des saint Gervais et saint Protais. C'est ici que sera bâtie l'église. Durant tout ce temps, ce qui constitue l'église primitive porte, selon les écrits hagiographiques, le nom de « polyandrion Caius et Filippo » (en ) des noms de Filippo et de saint Caius, troisième évêque de Milan.

Au , elle est consacrée basilique par l'évêque de Milan Saint Castriziano. Puis, au cours du siècle suivant, les restes de saint Nabor et saint Félix, morts sous le règne du co-empereur Maximien Hercule, y sont transférés de Lodi par l'évêque Materne de Milan (épiscopat après 314 et avant 342). De fait, elle se nomme « basilique naborienne » ou « basilique de saint Nabor » (« » en italien). Le transfert est l'occasion de festivités qui se déroulent en présence d'un des co-empereurs régnants de la Tétrarchie.

Tous ces saints y demeurent inhumés avant d'être transférés en par saint Ambroise dans la basilique qu'il fonde sur les lieux où avait été enterré saint Victor, dans la « maison de Fausta », du nom de la fille de Filippo.

L'édification de la première véritable église en place de la est difficilement datable mais une inscription portée sur ses murs plusieurs siècles plus tard assurait qu'elle avait eu lieu au début du « La basilique remonte à l'an 900 de l'ère chrétienne […]. » () .. Le prêtre et historien italien Paolo Rota (1832 - 1911) la fait, quant à lui, remonter un peu plus tôt, au .

vignette|droite|redresse=1|alt=Dessin en noir et blanc d'une vue de plusieurs bâtiments légendés.|Gravure du quartier de la ville de Milan abritant l'église San Francesco Grande par Giovanni Battista Bonacina (1640).

De l'arrivée des frères franciscains à la première destruction Au , les Franciscains s'installent à Milan. C'est ainsi qu'en 1222, ils obtiennent un terrain situé derrière la basilique San Nabore sur lequel ils bâtissent un couvent puis, en 1233, une chapelle qu'ils adossent à l'abside. En 1256, par bulle papale d'Alexandre IV, ils reçoivent l'autorisation d'y construire une église dédiée au fondateur de l'ordre, saint François d'Assise. Le , le pape leur permet de prendre possession de l'église San Nabore. Ils restructurent alors les deux bâtiments pour n'en former qu'un seul et le nomment « église Saint-François ». La première occurrence de ce nom remonte à 1387 dans un calendrier de l'ordre entérinant ainsi la fusion entre la basilique et la chapelle. Rapidement, les promoteurs de la construction bénéficient de riches dons de fidèles qui, en échange, obtiennent d'en faire le lieu de leur sépulture.

En 1272, un campanile est érigé ; mais en 1551, il est abaissé du tiers de sa hauteur par le gouverneur de la ville dans le but d'empêcher d'offrir un point d'observation sur les remparts nouvellement créés. Cette réduction correspond à « » soit , ce qui laisse penser qu'il mesurait originellement plus de de haut. Enfin l'église subit un agrandissement et des modifications entre 1570 et 1571.

La chapelle et la confrérie de l'Immaculée Conception

Les panneaux des Anges musiciens encadrant La Vierge aux rocherssur le retable dans la chapelle (proportions non respectées).

En 1475, le père maître Stefano da Oleggio, propose la création au sein de l'église d'une chapelle consacrée à la Vierge Marie et en particulier à l'Immaculée Conception. Celle-ci est prise sur une parcelle de terrain appelée « le jardin de Filippo » (en ), située tout près de l'atrium, contre la chapelle Saint-Jean-L'Évangéliste en allant vers la rue Santa Valeria et vers la rue San Ambrogio. Le travail de maçonnerie est achevé en . La chapelle est la dernière à être bâtie au sein de l'église. Pour s'en faire une représentation, les chercheurs proposent de s'appuyer sur l'aspect de chapelles contemporaines construites au sein d'autres églises, telle, notamment, la chapelle Brivio construite en 1484 dans la Basilique Sant'Eustorgio : elle adopte une forme circulaire, en forme de kiosque. À l'occasion de cette création, une confrérie laïque est fondée : la confrérie de l’Immaculée Conception. Il s'agit d'une assemblée composée de membres de l'aristocratie locale : les familles Terzago, Pietrasanta, Orrigoni, Mantegazza, Scanzi et Legnani y sont représentées mais aussi les Cotio, les Casati ou les Pozzobonelli. De fait, la confrérie est richement dotée. gauche|vignette|La chapelle Brivio dans la basilique Sant'Eustorgio (1484) : un élément de comparaison pour savoir à quoi pouvait ressembler la chapelle de l'Immaculée Conception. L'objet de cette confrérie est nouveau : promouvoir et défendre le dogme de l'Immaculée Conception, encore très discuté puisqu'il n'est admis que depuis 1470 par la papauté qui ne le proclamera officiellement qu'en 1854 ; la nouveauté et la précarité de ce dogme expliquent ainsi pour partie la prudence de ses membres lors de la réception de La Vierge aux rochers. Une convention est signée le devant Maître Antonio di Capitani définissant les liens entre la confrérie nouvellement créée et le monastère responsable de l'église. À cette occasion, plusieurs prescriptions sont émises par les responsables de l'église, dont une à caractère absolu, qui interdit de créer une quelconque ouverture sur l'extérieur du bâtiment.

En , le travail de décoration de la chapelle touche à son terme et en particulier le plafond, décoré par deux artistes des noms de Francesco Zavatari et Giorgio della Chiesa : la description contractuelle de cette décoration indique une représentation de Dieu entouré d'une gloire de séraphins et quatre autres panneaux comportant des animaux. Quelques semaines avant la fin de ces travaux, en , commande est passée auprès du sculpteur sur bois Giacomo del Maino (avant 1469 - 1503 ou 1505) de la structure en bois d'un retable de grandes dimensions, le Retable de la chapelle de l'Immaculée Conception. Celui-ci est livré le ; reste à le décorer. Cette année-là, un nouveau prieur de la confraternité est désigné, Giannantonio da Sant'Angelo. Commande est faite auprès de peintres d'effectuer le travail d'ornementation de la structure, les frères Evangelis et Giovanni Ambrogio de Predis et Léonard de Vinci. Ce dernier crée ainsi le tableau de La Vierge aux rochers que la chapelle abritera jusqu’à la fin du , Ambrogio peint des Anges musiciens sur les panneaux latéraux et Evangelis procède au travail de dorure et d'ornementation de ses parties sculptées. À l'occasion de la création de ce retable, la confraternité montre, malgré sa relative richesse, beaucoup de pingrerie, comme en témoignent les mesures dilatoires et promesses vagues et non tenues pour la rétribution des artistes participants.

La chapelle est détruite en 1576, p.60.. Toutefois, la confrérie continue ses activités : la chapelle Saint Jean-Baptiste, située à droite du chœur, lui est attribuée. Celle-ci prend le nom de chapelle de l'Immaculée Conception et le retable y est déplacé. Vers 1635, un témoignage indique que le retable est entouré d'autres qui seraient elles aussi de la main de Léonard de Vinci.

Trois siècles après sa création, en 1781, la confrérie est dissoute : ses biens sont alors pris en charge par la confrérie de Sainte-Catherine de la Roue et vendus entre la fin du et le début du en commençant par La Vierge aux rochers, en 1785.

Dernière période : de la reconstruction de 1697 à la seconde destruction vignette|gauche|redresse=1|alt=Photographie de la façade d'un bâtiment de couleur ocre.|La caserne Garibaldi qui a remplacé l'église.