L était un projet d'avion de reconnaissance et bombardier stratégique de type « » britannique, qui était en cours de développement par pour la (RAF). Il avait été imaginé au départ en tant qu'avion à très grande vitesse pour effectuer des missions de reconnaissance aérienne; se conformant aux besoins de la du Ministère de l'Air britannique (en ). Avro décida ensuite de modifier la conception proposée du 730 afin de le rendre adapté à l'emport d'armement nucléaire. Ce changement signifia que l'avion devait alors être aussi en mesure d'assurer le rôle de vecteur nucléaire, ce qui fut détaillé dans la du Ministère de l'Air, qui faisait appel à la conception d'un avion de reconnaissance et bombardement à grande vitesse.
Si l avait été mis en service, il aurait remplacé les comme plateformes aéroportées principales prenant part à la dissuasion nucléaire britannique .. Au début de l'année 1957, le programme fut brutalement annulé en conséquence de la publication du célèbre par le Ministre de la Défense Duncan Sandys, qui porta un coup très dur à l'industrie aéronautique britannique, en déclarant vouloir remplacer les avions de combat par des missiles guidés. Les raisons de l'annulation du programme tiennent en partie sur le fait qu'au moment de sa potentielle mise en service, les officiels britanniques craignaient que l'avion ne soit déjà rendu obsolète et trop vulnérable par les avancées technologiques soviétiques en matière de systèmes de défense antiaérienneParadoxalement, le Blackbird, au cours de sa carrière exemplaire, fut la preuve éclatante que la vitesse était un bon moyen d'échapper aux missiles.. L'autre raison principale fut la préférence pour le développement de missiles plutôt que d'aéronefs pilotés. Un autre bombardier à grande vitesse dut être développé pour répondre à la du Ministère de l'Air, menant à la conception du BAC TSR-2, mais le sort de ce dernier ne fut pas très différent de celui de son prédécesseur, car il fut lui-aussi annulé avant d'entrer en service, moins de dix ans après la fin du programme de l.
Conception et développement
Origines du programme Après la fin de la Seconde Guerre mondiale et faisant face aux menaces de la Guerre froide alors sur le point de se déclarer, la (RAF) fut désireuse non seulement de préserver mais surtout de renforcer ses capacités stratégiques .. En particulier le chercha à remplacer son inventaire de bombardiers, tous issus de la guerre précédente, par des modèles aux capacités meilleures qui tireraient partie des dernières avancées technologiques, telles la propulsion par réaction et les armes nucléaires. Pendant la fin des années 1940 et le début des années 1950, une flotte entièrement nouvelle de bombardiers à réaction comprenant trois avions, le Vickers , l'Avro et le Handley Page Victor , fut développée et mise en service au sein de la RAF. Ces avions avaient été conçus spécifiquement pour être équipés de la première génération d'armes nucléaires britanniques, désignées « Blue Danube », et servirent comme vecteurs aériens de la dissuasion nucléaire britannique pendant de nombreuses années.
Même si les avaient été mis en service, la RAF avait toutefois identifié le besoin pour un avion de reconnaissance stratégique supersonique à long rayon d'action, permettant de soutenir les pendant leur mission offensive .. Par conséquent, l commença à formuler une nécessité opérationnelle (en ) et, en 1954 fut publiée la ., qui détaillait les caractéristiques d'un tel appareil .. L'avion de reconnaissance imaginé aurait été capable de pénétrer l'espace aérien soviétique sans encombre, en évitant les défenses antiaériennes sophistiquées mises en place pour contrer une telle intrusion .. Afin d'accomplir cette performance, l'avion aurait été capable de maintenir une vitesse de à une altitude de (), ainsi qu'atteindre une vitesse maximale de et opérer avec une distance franchissable maximale de . En opérant à de telles vitesses et altitudes, en conjonction avec l'utilisation de systèmes électroniques avancés, il était admis que l'avion en question aurait été capable de se soustraire aux menaces posées par les intercepteurs et nouveaux missiles sol-air soviétiques.
Lors de sa publication, la faisait effectivement appel à la conception de l'avion à hautes performances le plus ambitieux au monde. À ce moment-là, le Royaume-Uni ne possédait aucun avion de combat opérationnel capable de vol supersonique. De ce fait, pour répondre aux besoins posés par la , l'industrie aéronautique britannique devait adopter le dernier cri en matière de théories aérodynamiques, de nouveaux matériaux et de systèmes de propulsion. En réponse à ces besoins, trois propositions furent soumises de la part des constructeurs aéronautiques britanniques : les Handley Page HP.100, et Avro . Les trois étaient des appareils aux apparences futuristes à ailes delta ou en forme d'aiguille employant de nombreux moteurs : douze pour le HP.100, seize montés en position horizontale arrière pour le Vickers. Les travaux sur le HP.100 menèrent à la fabrication d'une maquette à et des essais à grande échelle en soufflerie. Ce fut toutefois Avro, au milieu de l'année 1955, qui reçut un contrat de la part du pour développer l'avion qu'il avait proposé.
Travaux de développement et réorientation du projet L était un concept de type « canard » à flèche nulle faisant appel à de l'acier inoxydable en grandes quantités et propulsé par quatre turboréacteurs Armstrong Siddeley P.176 .. Afin de participer au développement, le fut construit pour tester la formule aérodynamique à aile delta/plans canards retenue puis, plus tard, pour analyser les effets du vol supersonique prolongé sur le métal .. Jusqu'à dix prototypes de l'avion furent proposés, rendus nécessaires en partie par une décision faite à mi-développement de donner à l'appareil des capacités de bombardement . ..
La version initiale de l'avion avait été prévue uniquement pour la reconnaissance, rôle dans lequel l'avion aurait utilisé un radar à balayage latéral en pour détecter les cibles devant être attaquées par la force de qui l'auraient suivi. Le développement de l'avion avançant dans le temps, il devint clair que le radar n'aurait pas besoin d'une antenne aussi massive qu'initialement estimé, ce qui avait pour conséquence de libérer un espace important à l'intérieur de l'avion. Conséquence de ce constat, la RAF commença à se concentrer sur un rôle secondaire de bombardier pour l'avion, dans lequel il aurait dû emporter à la fois le radar et une longue soute à armement, qui aurait été chargée de bombes ou de réservoirs de carburant supplémentaires selon le profil de mission choisi. Un besoin opérationnel de bombardier à haute vitesse était également en cours d'étude au même moment, l'OR.336, et les deux projets furent alors regroupés sous un seul et même besoin opérationnel, le RB.156, en . Ce choix mena l à subir une reconception assez importante pour pouvoir répondre aux nouvelles demandes. Avro avait toutefois anticipé ce changement de cap dans sa proposition initiale.
Le programme d'essais envisagé devait être assez minutieux, celui-ci devant faire subir à des maquettes à taille réelle les températures élevées attendues lors d'un vol à grâce à une « chambre à chaleur » spécifiquement construite. Après avoir atteint la phase des essais en vol, les prototypes auraient dû réaliser un total de de vol .. Le premier prototype, une maquette à l'échelle qui avait reçu la désignation interne « », devait voler en 1959 .. Il était prévu que deux prototypes devaient être construits et testés en vol avant les prototypes à taille réelle ..
Le premier prototype était en cours de fabrication lorsque le ministre Duncan Sandys annonça la décision d'annuler son développement en 1957 .. Il avait été suspecté que lorsque l'avion entrerait en service, dix ans plus tard, il aurait été exposé aux fortes avancées des Soviétiques en matière de missiles antiaériens .. Les efforts furent reportés sur le missile balistique à moyenne portée , tandis que l'unique fuselage de tests du 730 fut découpé. Le projet du continua malgré l'annulation de celui du 730. Les aspects et influences de l encouragèrent les études au à Farnborough sur les avions de transport supersoniques, qui, à son tour, contribua à l'effort de développement ayant permis la réalisation du Concorde . ..
Caractéristiques L était un avion à très grande vitesse, initialement destiné à accomplir uniquement des missions de reconnaissance aérienne. Afin d'atteindre la vitesse élevée désirée, l'avion fut dessiné sous la forme d'un long fuselage effilé doté d'un élevé. Une petite aile tronquée presque rectangulaire était montée en position centrale sur le fuselage .. Les caractéristiques de l'aile, relativement courte et droite, permettaient à l'antenne du radar en d'être contenu à l'intérieur du fuselage, l'aile n'apportant que peu d'obstruction et donc n'interférant que très peu avec le radar. Un total de quatre turboréacteurs Armstrong Siddeley P.156, installés par paires dans deux nacelles à l'extrémité des ailes, fournissaient la poussée nécessaire à la propulsion. Ces nacelles, qui plaçaient les moteurs « un dessus/un dessous » par rapport au profil de l'aile, disposaient d'entrées d'air à géométrie variable, tandis que les moteurs eux-mêmes disposaient de tuyères de type convergent-divergent. Des dispositions alternatives à deux ou trois cônes de choc auraient pu être installées sur les nacelles ..
L'avion adoptait une configuration à gouvernes en position avant (en ) assez atypique, cette approche devant diminuer de façon importante la traînée de compensation, tout-en produisant une portance supplémentaire aux faibles vitesses .. Le contrôle en tangage était réalisé par le plan de contrôle monté dans le nez, via des élévateurs de bord de fuite, le contrôle en roulis était réalisé par des ailerons montés sur le bord de fuite des ailes, et le contrôle en lacet était réalisé par une dérive conventionnelle. La totalité des quatre surfaces de contrôle étaient actionnées par une unité de contrôle à quadruple redondance conçu par Boulton Paul Aircraft. Des commandes de vol électriques et des systèmes de contrôle automatiques devaient également être employés sur l'appareil. Le train d'atterrissage conçu par , utilisait un arrangement particulier, avec un ensemble principal à quatre roues au centre du fuselage, un ensemble de nez à deux roues et une paire de balancines installées sous les nacelles des moteurs.
Afin de disposer d'un rapport de finesse optimal, le 730 ne disposait par d'une canopée conventionnelle et son cockpit ne comportait que deux petites vitres latérales. Sur les exemplaires de développement prévus, une canopée faisant saillie sur le haut du fuselage était prévue pour procurer une vision directe au pilote, mais les appareils de production n'auraient disposé que d'un périscope déployé électriquement pour avoir une vue de l'extérieur pendant le vol, incluant par exemple les phases de décollage et d'atterrissage .Le projet d'intercepteur trisonique Américain Republic XF-103 devait également employer cet artifice pour permettre à son pilote d'avoir une vue sur l'extérieur.. Dans les plans initiaux, l'avion aurait dû embarquer un équipage de trois personnes : le pilote, le navigateur et l'opérateur radar. Les trois auraient été installés dans le même compartiment, qui était à la fois pressurisé et réfrigéré pour assurer leur confort, tandis que des sièges éjectables devaient être installés pour chacun d'eux. En raison de caractéristiques comme les contrôles de vol et la stabilisation automatiques, le pilote aurait dû être capable de superviser certaines des fonctions d'ingénierie de l'avion, tels le système de contrôle et les systèmes de carburant et de refroidissement.