vignette|L'étude de la bande dessinée L'étude de la bande dessinée (aussi appelée étude de l'art en bande dessinée, étude de l'art séquentielInternational Journal of Comic Art, volume 7, 2005, p. 574. ou étude de la narration graphiquePramod K. Nayar, The Indian Graphic Novel: Nation, History and Critique, Routledge, 2016, p. 13.) est une discipline universitaire portant sur la bande dessinée et l'art séquentiel. Si la bande dessinée et les romans graphiques ont en général été considérés comme des sujets d'intérêt mineur, désormais des spécialistes de la sémiotique, des et des études culturelles voient dans ces œuvres des récits complexes se prêtant à l'analyse méthodique des enseignants-chercheurs.
Cette discipline est distincte des aspects techniques de la création. En effet, l'étude de la bande dessinée se fonde sur l'élaboration d'un corpus théorique (la bande dessinée en tant que mode d'expression artistique), ainsi que sur l'approche historiographique du sujet (analyse de l'histoire de la bande dessinéeBenoît Crucifix, "Redrawing Comics into the Graphic Novel: Comics Historiography, Canonization, and Authors' Histories of the Medium", "Whither comics studies?" panel, International conference of the French Association for American Studies, Toulouse (France), May 24–27, 2016.). Ce corpus théorique se recoupe largement avec la philosophie de la bande dessinée, à savoir l'étude de l'ontologieAaron Meskin, "The Philosophy of Comics", Philosophy Compass 6(12), December 2011, p. 854–864.Iain Thomson, in his "Deconstructing the Hero" (in Jeff McLaughlin, ed., Comics as Philosophy (Jackson: University Press of Mississippi, 2005), p. 100–129), develops the concept of comics as philosophy., de l'épistémologieMeskin, Aaron and Roy T. Cook (eds.), The Art of Comics: A Philosophical Approach, Wiley-Blackwell, 2012, p. xxxi. et de l'esthétiqueDavid Carrier, The Aesthetics of Comics, Penn State University Press, 2000, Part 1: "The Nature of Comics." de ce domaine, le rapport qu'il construit avec d'autres formes d'art et le rapport entre le texte et l'image.
L'étude de la bande dessinée se recoupe avec l'examen méthodique de la bande dessinée, c'est-à-dire l'analyse et l'évolution de la bande dessinée en tant que médiaBramlett, Frank, Roy Cook and Aaron Meskin (eds.), The Routledge Companion to Comics, Routledge, 2016, p. 330..
Élaboration d'un corpus théorique La bande dessinée en tant que mode d'expression artistique à part entière a déjà fait l'objet d'analyses, notamment dans les ouvrages suivants : de Gilbert Seldes en 1924 ; de Martin Sheridan en 1942 ; de David Kunzle en 1973. Deux ouvrages théoriques ont attiré l'attention des universitaires anglophones en Amérique du Nord : de Will Eisner en 1985 et L'Art invisible de Scott McCloud en 1993. Dans la philosophie continentale, les études sur la bande dessinée dérivent des travaux de sémioticiens comme Roland Barthes (notamment son article "Rhétorique de l'image", publié en 1964Roland Barthes, "Rhétorique de l'image", Communications 4(1), 1964, p. 40–51) et Umberto Eco (surtout en 1964)Umberto Eco, Apocalittici e integrati: comunicazioni di massa e teorie della cultura di massa, Bompiani, 1964. Cf. also: Umberto Eco (1972). "Epilogue", in: Walter Herdeg and David Pascal (eds.): The Art of the Comic Strip, Zurich: The Graphis Press..
Par la suite, des spécialistes en sciences cognitives ont examiné la bande dessinée. Le scientifique le plus notable est , qui a exploité les méthodes de la linguistique pour analyser en détail le langage visuel de la bande dessinée. Il a par ailleurs mené des expériences de psychologie à partir des neurosciences afin de vérifier l'application de ces théories quant à l'interprétation correcte des messagesNeil Cohn, The Visual Language of Comics: Introduction to the Structure and Cognition of Sequential Images, London: Bloomsbury, 2013, p. 1ff.. Ses travaux dénotent des similarités dans la manière dont le cerveau assimile d'une part le langage et d'autre part les narrations séquentielles. Certains experts, comme Thierry Groensteen, Hannah Miodrag et Barbara Postema, ont proposé des conclusions différentes.
Définition d'une bande dessinée À l'instar de la littérature et du cinéma, il n'existe pas de consensus sur la définition d'une bande dessinée. Les tentatives pour circonscrire et décrire le sujet butent sur de nombreuses exceptions. Les théoriciens comme Rodolphe Töpffer, R. C. Harvey, Will Eisner, , Alain Rey et Lawrence Grove mettent l'accent sur l'intrication entre texte et image ; néanmoins, il existe des exemples célèbres de bandes dessinées muettes. D'autres critiques professionnels, comme Thierry Groensteen et Scott McCloud, insistent sur la primauté des images organisées en séquences. Vers la fin du , cet effort de définition se heurte à de nouvelles problématiques face à des traditions variées en matière de bande dessinée, la redécouverte de formes anciennes et oubliées de narrations séquentielles et l'expérimentation de formules inédites.
Historiographie de la bande dessinée L'historiographie de la bande dessinée (l'étude de l'histoire de la bande dessinée) porte sur les étapes chronologiques par lesquelles ce média devient un mode d'expression artistique à part entièreWilliams, Paul and James Lyons (eds.), The Rise of the American Comics Artist: Creators and Contexts, University Press of Mississippi, 2010, p. 106. et fait partie intégrante de la cultureCoulton Waugh, The Comics, University Press of Mississippi, 1991, p. xiii.. Cette discipline englobe les narrations séquentielles antérieures au . Certains spécialistes, comme Scott McCloud, estiment que les premiers témoignages d'art séquentiel sont les hiéroglyphes et peintures en Égypte ancienne ainsi que les manuscrits en images de l'Amérique précolombienneScott McCloud, Understanding Comics, Harper Perennial, 1993, p. 10–15.. D'autres universitaires examinent l'émergence, au , de la sous-culture des lecteurs de bande dessinée ainsi que l'apparition de la bédéphilieAlexandre Linck Vargas, A invenção dos quadrinhos: teoria e crítica da sarjeta (The invention of Comics: Theory and Criticism of Gutters), Ph.D. thesis, Federal University of Santa Catarina, 2015, Abstract: "we stumble upon the inventions of a comics artistry, from the 1960's on, through conflicts with the art world (Pop Art, Lowbrow Art and exhibitions), through the emergence of an authorial disposal and of an institutionalized comicphilia..." (l'intérêt prononcé envers les ouvrages de bande dessinée).
Centres d'enseignement L'étude de la bande dessinée devient de plus en plus courante auprès d'instituts de recherche dans le monde. Quelques exemples notables : aux États-Unis, l'Université de Floride, l'université de Toronto à MississaugaVisual Culture Studies - University of Toronto Mississauga. et l'université de Californie à Santa CruzSpiegelman, Art. "Comix 101." Lecture. Porter College, University of California, Santa Cruz, April 1992.. est le seul établissement proposant un cursus littéraire (en quatre ans) spécialisé dans l'étude de la bande dessinéeGraphic Narrative Major. En Grande-Bretagne, l'intérêt croissant envers ce média favorise l'ouverture d'un centre d'étude de la bande dessinée : le Scottish Centre for Comics Studies (SCCS) à l'université de Dundee en Écosse. De nombreuses institutions d'enseignement supérieur proposent, en sus des cursus et diplômes traditionnels, des parcours portant spécifiquement sur la bande dessinée et le roman graphique.
En 1959, Sol M. Davidson soutient à New York University sa thèse intitulée Sol M. Culture and the Comic Strips. Ph.D. diss., New York University, 1959.Sol & Penny Davison Collection - George A. Smathers Libraries. (La culture et la bande dessinée), qui lui vaut le premier doctorat en bande dessinée ; en France, Thierry Groensteen soutient sa thèse en Lettres modernes en 1996 à L'Université Toulouse-Le Mirail intitulée Système de la bande dessinée, devant Mireille Dottin-Orsini, Pierre Fresnault-Deruelle, Bernard Magné et Pascal Ory. Elle obtient la mention « très honorable » avec les félicitations du jury. Elle est publiée aux Presses universitaires de France en 1999, sous le même titre. Jean-Christophe Menu obtient en 2011 un doctorat ès Lettres à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne après avoir soutenu la thèse : La Bande dessinée et son double : langage et marges de la bande dessinée : perspectives pratiques, théoriques et éditorialesArticle about Jean-Christophe Menu presenting his thesis at the Sorbonne.Theses.fr: La bande dessinée et son double : langage et marges de la bande dessinée : perspectives pratiques, théoriques et éditoriales..
À partir de 2014, propose une licence ès lettres en bande dessinée et roman graphique, puis en 2018 ouvre un Master en étude de la bande dessinée. L'université recrute une équipe de professionnels de la bande dessinée, comme Fionnuala Doran, , , et Tara McInerney.
Depuis 2015, l'université de Lancaster propose un doctorat en étude de la bande dessinée. La même année, Benoît Peeters (ancien étudiant de Roland Barthes), universitaire spécialisé en bande dessinée, y est recruté comme enseignant-chercheur en étude de la bande dessinée, le premier dans l'histoire du Royaume-Uni.
En Europe
Le catalogue de l'Onisep indique les formations pour devenir dessinateur de bande dessinée. En 2015, Télérama cite les centres d'enseignements suivants en France : Haute École des arts du Rhin (ex-Arts-Déco de Strasbourg, publique), École européenne supérieure de l'image (Angoulême, publique), École Émile-Cohl (Lyon - privée), École Pivaut (Nantes, privée). L'université de Poitiers (publique) propose un master recherche de bande dessinée. Lors des Rencontres nationales de la bande dessinée en 2016, Thierry Groensteen cite également : en Belgique, l'Institut Saint-Luc de Bruxelles ; à Angoulême, L’Atelier ; l'école en ligne « L’Atelier BD », devenue L'Iconograf et l’Académie Brassart-Delcourt devenue depuis 2022 l'Académie de Bande Dessinée DELCOURT. D'autres formations existent, comme CESAN, Centre d’enseignement spécialisé des arts narratifs (Paris, privé), l’École Jean Trubert (Paris, privée) ; Eurasiam (Paris, privé), l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens, publique), la Human Academy (Angoulême, privée), l’École supérieure des métiers de l’image (Bordeaux, privée), l’École Axes Sud (Marseille et Toulouse, privée). La formation dispensée par des organismes publics diminue au profit d'institut privés.
Au Québec En 1999, Sylvain Lemay (docteur ès littérature à l'université du Québec à Montréal) fonde l'École multidisciplinaire de l'image (EMI) de Gatineau, affiliée à l'université du Québec en Outaouais ; le cursus inclut un baccalauréat universitaire en arts et design avec une spécialité en bande dessinée.. Cette filière compte, chaque année, entre 15 et 20 diplômés.
Sociétés savantes
Outre sa présence dans les institutions académiques, la bande dessinée a également été étudiée dans les sociétés savantes interdisciplinaires. La première association américaine dédiée à soutenir l'étude de la narration graphique et de l'art séquentiel a été la Comics Studies Society (CSS), lancée en 2014 à l'International Comic Arts Forum (ICAF). Ses principaux objectifs sont ......
CSS publie également la revue INKS (depuis 2017), organise la conférence annuelle de la Comics Studies Society (depuis 2018) et récompense des études, des livres et des articles sur la bande dessinée avec cinq prix annuels : le CSS Article Prize, le Hillary Chute Award for Best Graduate Student Paper, le Gilbert Seldes Prize for Public Scholarship, le Charles Hatfield Book Prize et le CSS Prize for Edited Book Collections...