Les Echeneidae, échénéidés en français, sont des poissons commensaux marins qui vivent en général dans les eaux chaudes.
Rémora est le nom français de 8 espèces d'échénéidés dont seulement 4 sont du genre Remora (remarquez l'italique et le e sans accent pour le nom scientifique du genre).
Description et caractéristiques Ces poissons au corps allongé sont dépourvus de nageoire dorsale sur la moitié antérieure du corps, celle-ci étant transformée en une ventouse formée de plusieurs lamelles transversales. Leur bouche est inversée : c'est la mâchoire supérieure qui est la plus courte et la plus mobile.
Les rémoras mesurent environ , mais certaines espèces, comme le rémora fuselé, peuvent atteindre un mètre de long.
Mutualisme Mauvais nageur, le rémora utilise d'autres poissons plus gros — son partenaire préféré est le requin — des cétacés, des tortues marines ou même des bateaux en se liant à eux par le disque d'accroche puissant placé sur sa tête, qui remplace sa nageoire dorsaleLe transport d'un individu par un autre s'appelle la phorésie.. Il débarrasse les poissons auxquels il s'attache de leurs parasites puisqu'il se nourrit de ce qu'il trouve sur son hôte et se faufile jusque dans les ouïes ; il se repaît également parfois des restes du repas des requins. Cependant, on a constaté que son système d'attache détériore la peau de certains hôtes.. La fixation est tellement forte que des pêcheurs attachent une corde à la queue des rémoras pour pêcher des tortues. Un rémora a déjà été observé fixé au palais d'une raie manta, neutralisant pratiquement la fonction nutritive..
Toutefois cette interaction ne peut pas être réellement considérée comme du parasitisme et on préfèrera parler d'association phorétique de type mutualiste.
Interactions avec les pêcheurs et légendes thumb|Illustration historique du début du siècle. thumb|Rémora caractéristique. Les rémoras servent aux pêcheurs de l'océan Indien, des Australiens ou des Caribéens : ils attachent une corde à la queue du poisson et attendent qu'il se fixe solidement à la carapace d'une tortue. Les pêcheurs parviendraient de cette façon à capturer de grandes tortues.
Le rémora a été l'objet, au cours de l'Antiquité et jusqu'au , d'une légende merveilleuse puisqu'on le croyait capable d'immobiliser des navires dès lors qu'il s'y attachait. Cette légende a fait l'objet d'une synthèse au par le savant allemand Gaspar SchottGaspar Schott, La physique curieuse, Livre X, "Merveilles des animaux aquatiques", Dissertation physiologique sur l'Echénéis ou Rémora, éd. Isabelle Jouteur et Mathilde Gazeau, Chemins de Tr@verse, Collection Chartae Neolatinae, 2020..
L'étymologie du terme grec echenéis (de echein : tenir, retenir et naos : bateau) donne lieu à deux interprétations, l'une rationnelle, l'autre fabuleuse : « celui qui s'accroche au bateau » ou « celui qui retient le bateau ». Aristote dans son Histoire des animaux (L. II) et Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle décrivent ce poisson. Ovide le mentionne également. La légende du rémora s'amplifie principalement à partir du ap. J.-C., et traverse le Moyen Âge.
Aristote en parle ainsi (Histoire des animaux, II, 14, 505 b) : (traduction Pierre Louis)
Pline l'Ancien ( IX, 41 ; XXXII, 1) parle d'une galère d’Antoine arrêtée par un rémora, lors de la Bataille d'Actium, puis d'une anecdote empruntée à Hérodote, Périandre aurait été arrêtée par un rémora, qui aurait ainsi empêché le massacre des jeunes garçons de l'ile de Cnide (Hérodote III, 2). (Pline, Histoire naturelle, l. XXXII, 2, Paris : Belles Lettres, E de Saint Denis, 1966, )
Voir aussi Oppien de Corycos, Halieutiques, 1, 212-242;
Élien, Nature des animaux, 1, 36 ; 2, 17.
Ovide, Halieutiques, v.99,
Lucain la voit comme un châtiment divin et le « produit d’un sinistre enfantement / « fetu genuit natura sinistro micetur» qui viendra peupler les eaux du Styx : « puppim retinens Euro tendente rudentes In mediis echenis aquis »/ « la rémora, qui retient au milieu des eaux la poupe quand l'eurus tend les câbles. » Pharsale La guerre Civile, VI, 674 (trad. À Bourgery et M. Ponchony, Paris: Belles Lettres,1929)
Albert le Grand De Animalibus; l. XXIV, le confond avec echineidem echino (oursin de mer)
À la Renaissance, il devient un symbole alchimique (un des symboles alchimiques du froid, et il est convoqué pour ses pouvoirs d'immobilisation), et on le confond aussi beaucoup avec le dauphin (Conrad Gesner, Pierre Belon et Ulysse Aldrovandi).
On retrouve de nombreux emblèmes au faisant figurer ce poisson et Guillaume Rondelet dans son Histoire des poissons, souligne lui aussi la diversité de ses formes et de ses appellations. Cyrano de Bergerac, dans ses États et Empires du soleil, met en scène la bataille entre le rémora (l'animal-glaçon) et la salamandre (l'animal de feu)Voir Cyrano de Bergerac, États et Empire du Soleil, « l'animal glaçon » l. 3275 Paris, éd. Honoré Champion, 2004. C'est avec Linné que le rémora perd définitivement son caractère légendaire et ses propriétés alchimiques.
Genres et espèces genre Echeneis Linnaeus, 1758 Echeneis naucrates Linnaeus, 1758 - Rémora fuselé, Rémora rayé ou Rémora commun Echeneis neucratoides Zuiew, 1786 - Rémora blanc genre Phtheirichthys Gill, 1862 Phtheirichthys lineatus (Menzies, 1791) - Rémora grêle genre Remora Gill, 1862 Remora albescens (Temminck & Schlegel, 1850) - Rémora blanchâtre Remora australis (Bennett, 1840) - Rémora des baleines Remora brachyptera (Lowe, 1839) - Rémora des espadons Remora osteochir (Cuvier, 1829) - Rémora des marlins Remora remora (Linnaeus, 1758) - Rémora commun
Références taxinomiques
Notes et références
Catégorie:Echeneidae Catégorie:Famille d'actinoptérygiens (nom scientifique)