vignette|Le Bouquet des Maires, caricature de Charles Léandre montrant l'attachement de la République aux élus municipaux.|alt=Dessin en couleurs montrant Marianne entourée d'une assemblée hétéroclite de notables.
La nomination des maires sous la Troisième République française est un processus de désignation des maires par le pouvoir exécutif en France, dans les premières années de cette république. Ses modalités et son champ d'application sont régis par plusieurs lois successives : la loi du sur les élections municipales, dite loi PicardTexte de la loi publié au Bulletin officiel du ministère de l'Intérieur. ; la loi du relative aux maires et aux attributions de police municipale, dite loi des mairesTexte publié le au Journal officiel de la République française. ; la loi du relative à la nomination des maires et des adjointsTexte publié le au Journal officiel de la République française..
Le choix des maires par le pouvoir central est mis en place pour la première fois sous le Premier Empire ; ses contours sont ensuite modifiés par les régimes qui lui succèdent. Sous la Troisième République, la nomination des maires est votée en par une Assemblée nationale initialement favorable aux libertés locales mais dont l'assentiment est obtenu par Adolphe Thiers dans un contexte d'insurrections communales ; la majorité conservatrice l'étend en 1874 pour juguler les foyers de résistance à la politique d'Ordre moral et enrayer la montée électorale des républicains ; en 1876 s'opère en dernier lieu un retour au consensus de 1871. Finalement, les lois du et du reviennent sur le principe de la nomination mayorale au profit de l'élection par le conseil municipal, mais la méfiance des républicains de gouvernement vis-à-vis d'une décentralisation qu'ils estiment excessive se traduit par un maintien du contrôle étatique sur les élus municipaux.
De l'Empire au gouvernement de la Défense nationale vignette|Maires des dix premiers arrondissements de Paris, élus en novembre 1870.|alt=Gravures de dix portraits d'homme, disposés en trois colonnes. Le précédent de la nomination est ancien : après la création des communes et l'instauration de l'élection des officiers municipaux par les décrets de pris sous la Révolution française, la nomination des maires par le pouvoir central est mise en place par la loi du , sous le Premier Empire ; ses contours varient ensuite au gré des régimes successifs de la Restauration, de la monarchie de Juillet et de la Deuxième République..
Après le coup d'État du , la nomination de tous les maires est mise en place par décret à partir de , dans la continuité d'un projet de loi préparé par le Conseil d'État de la Deuxième République en 1850. La loi municipale du confirme la politique de nominations tout en reconnaissant que le maire doit gouverner en consultant le conseil municipal. Revenant timidement sur la législation de l'Empire autoritaire, la loi électorale locale de souligne que les maires doivent être nommés préférentiellement dans le conseil municipal élu.. Finalement, la loi du dispose que les maires et leurs adjoints doivent être choisis au sein des conseils municipaux, disposition effective pour les élections municipales d'.
Après le désastre de Sedan, le rétablissement de la République le voit l'avènement d'un gouvernement de parlementaires républicains menés par Jules Favre et ayant la ; aussi, dès les premiers jours du gouvernement de la Défense nationale, ils s'attellent à l'organisation d'élections , convaincus d'avoir trouvé la meilleure voie pour ramener la concorde civile à l'intérieur et la paix à l'extérieur. Le , un décret fixe la date de l’élection des conseillers municipaux au ; deux jours plus tard, le gouvernement décrète qu'une élection municipale aura également lieu à Paris, et ce dans les mêmes conditions que le reste des communes françaises. Néanmoins, les responsables de la Défense nationale déchantent quand il devient clair que Bismarck n'est pas en guerre contre l'Empire mais contre la France ; les élections sont alors reportées sine die. Les conseils municipaux, dissous par le gouvernement dès sa formation, sont remplacés par des municipalités provisoires choisies par le pouvoir exécutif ; ces maires sont nommés parmi les républicains, ce qui leur permet de gagner en influence locale. Toutefois, devant les protestations des défenseurs des libertés municipales, et particulièrement des notables parisiens, les responsables de la Défense nationale autorisent des élections municipales à Paris pour élire maires et adjoints des arrondissements.. Cependant, cette mesure d'apaisement est un prélude au déclenchement de la Commune de Paris. Finalement, après la signature de l'armistice de 1871, l'Assemblée nationale est élue le .
Pratique et législation de la nomination des maires de 1871 à 1882 Loi Picard du 14 avril 1871 gauche|vignette|Ernest Picard en 1870.|alt=Dessin en noir et blanc d'un homme portant un nœud-papillon. Désireux de reprendre la préparation des élections municipales là où le gouvernement de la Défense nationale l'a laissée, le ministre de l'Intérieur Ernest Picard dépose le un projet de loi portant sur leur organisation sur le bureau de l'Assemblée. Cependant, entre et , le rapport de forces politique a profondément changé avec l'élection d'une majorité de parlementaires monarchistes et la nomination du républicain conservateur Adolphe Thiers comme chef du pouvoir exécutif de la République. Aussi le projet de loi Picard est-il fondé en grande partie sur la loi du votée par le parti de l'Ordre, dont Thiers était déjà l'un des meneurs ; il prévoit que les communes de plus de verront leur maire nommé par l'exécutif, tandis que le conseil municipal des autres communes aura toute latitude pour élire le leur. En effet, Thiers, conservant la méfiance des bonapartistes à l'égard des libertés municipales, voit en elles un danger révolutionnaire ; les monarchistes sont quant à eux partagés car beaucoup de ces notables de province sont attachés à la décentralisation et aux libertés locales, se montrant en cela plus libéraux que Thiers.
Le rapporteur de la commission parlementaire chargée d'examiner le projet, le député du Centre droit Anselme Batbie, rend le des conclusions favorables, mais une coalition imprévue allant du centre à la gauche vote à l'amendement d'Agénor Bardoux, Amédée Lefèvre-Pontalis et Amable Ricard ; ces centristes obtiennent le droit pour toutes les communes d'élire leur maire, ayant fait appel à la répulsion instinctive de beaucoup de leurs collègues pour l'autoritarisme du Second Empire. Toutefois, la commission parlementaire ne s'avoue pas vaincue et Auguste Paris dépose en son nom une disposition additionnelle fixant la nomination provisoire par le gouvernement des maires et des adjoints dans tous les chefs-lieux de département et d’arrondissement, et toutes les communes de plus de . Les communes concernées par ces restrictions sont au nombre de 460.
vignette|Bombardement de la préfecture depuis Notre-Dame-de-la-Garde durant la Commune de Marseille.|alt=Gravure montrant une église sise sur une éminence ; sur ses flancs, des soldats manœuvrent des canons.
En parallèle des débats à l'Assemblée, des troubles agitent les grandes villes de France à la suite de la proclamation de la Commune de Paris. Aussi, quand Thiers monte à la tribune le , fait-il particulièrement référence à l'assaut mené contre les insurgés de la Commune de Marseille par le général de La Villesboisnet trois jours auparavant :
Dans son discours, Thiers met l'Assemblée en demeure d'approuver la disposition Paris ou il donnera sa démission ; forçant la main aux parlementaires qui le savent indispensable pour mener les négociations avec Bismarck, il reconstitue une alliance soudée par le maintien de l'ordre social et obtient gain de cause, la majorité faisant selon le mot de Gabriel Hanotaux. La loi est finalement votée le . Paris est doté d'un statut spécial avec un conseil municipal élu et des maires et adjoints d’arrondissements nommés. Par la suite, l'accession de l'homme politique d'extrême gauche Désiré Barodet à la tête de la mairie de Lyon entraîne le vote de la loi du , qui supprime la mairie centrale de Lyon par crainte d'agitations comparables à la Commune de Lyon..
Loi des maires du 20 janvier 1874 Une loi de résistance Rapidement, le penchant des notables monarchistes pour la décentralisation s'émousse, comme le souligne Anatole de Melun, le , peu avant le renversement de Thiers : ; ainsi, la coalition d'Ordre moral prépare des mesures pour tempérer le suffrage universel devant les dangers républicain et bonapartiste. La cherche à entraver la conquête des municipalités par les républicains : renouant avec les pratiques de l'Empire autoritaire, elle prévoit la nomination, par le président de la République, des maires et des adjoints des communes chefs-lieux de département, d'arrondissement ou de canton ; et leur nomination, par le préfet, pour les autres communes.. De surcroît, les maires peuvent être nommés en dehors du conseil municipal. Cette loi est présentée par le gouvernement comme temporaire .
Lors du débat parlementaire, c'est à Louis-Numa Baragnon, secrétaire d'État à l'Intérieur, que revient la responsabilité de défendre la loi.. À la tribune, dans une intervention restée célèbre, il déclare notamment : .. Son ministre de tutelle, Albert de Broglie, s'explique : . Face à eux, le juriste Paul Jozon, député de la Gauche républicaine, prend la défense des libertés publiques ; dénonçant une loi qui vise à transformer les maires en , il enjoint aux républicains de s'opposer aux menées du gouvernement car ils ont .. Louis Blanc renchérit en s'exclamant : . Ce conflit témoigne de l'équivoque introduit dès la Révolution française en rassemblant dans les mains des maires les prérogatives municipales et les fonctions déléguées par l'administration centrale aux communes, en en faisant de fait des .
La est votée le par contre 318. Ce faible écart dénote des divisions ayant fracturé la majorité conservatrice, le maréchal de Mac Mahon ayant été élu avec ; parmi les dissidents figure le marquis de Franclieu, qui avait déposé le une question préjudicielle réclamant le renvoi du débat lorsque le projet de loi organique municipale serait discuté : ce représentant légitimiste s'inquiétait des dégâts potentiels de l'arbitraire gouvernemental et proposait de garantir l'ordre social par l'instauration d'un scrutin municipal avec élection des conseils municipaux au vote corporatiste et libre élection du maire par le conseil..
Le et les maires vignette|Un maire orthodoxe, caricature d'Alfred Le Petit parue le . L'auteur y brocarde la volonté des monarchistes d'avoir des maires acquis à leur cause.|gauche|alt=Dessin en couleurs montrant un homme jouant aux cartes avec un prêtre catholique. Le second semble ravi que le premier exhibe la carte du roi de Cœur. Le , Baragnon diffuse la circulaire du cabinet de Broglie demandant aux préfets de faire usage de la révocation envers les maires qui s'opposent à la politique d'Ordre moral. Dans cette dernière, le duc de Broglie réaffirme sa volonté de lutter contre la démagogie dont ferait preuve le parti républicain : . Cette fermeté provoque le remplacement de nombreux édiles ; plusieurs centaines de révocations sont prononcées, parfois contre des modérés de Centre gauche comme Hippolyte de Tocqueville (maire de Nacqueville), Charles-Victor Rameau (maire de Versailles) ou encore Jules Siegfried (adjoint au maire du Havre). Dans le département du Nord, les villes de Roubaix, Cambrai et Dunkerque sont touchées par ces mesures administratives.. Pour remplacer les maires révoqués, le duc de Broglie porte notamment son choix sur d'anciens maires sous le Second Empire, et ce afin d'étendre la majorité conservatrice aux bonapartistes.