La colonisation assistée, ou migration assistée, est une stratégie proactive utilisée en biologie de la conservation ou pour des raisons économiques, qui consiste en l'introduction intentionnelle d'espèces animales et végétales dans un milieu se trouvant en dehors de leurs aires de répartition originelles. Pour l'IPBES et le Giec (Pörtner et , 2019) C'est https://uicn.fr/wp-content/uploads/2024/05/note-de-position-uicn-cf_-migration-assistee_vf.pdf.
Ce processus de conservation s'intègre souvent dans le triple contexte de perte de biodiversité, de fragmentation écopaysagère et de changement climatique. La colonisation assistée a pour but de littéralement venir en aide à ces espèces en les déplaçant volontairement dans un nouveau milieu qui correspondra sur le long terme à la niche écologique de l'espèce. Elle est notamment testée pour les arbres, .
Contrairement à d'autres méthodes de conservation qui ont pour but la réintroduction des espèces au sein de leurs aires de répartition naturelle, la colonisation assistée présente des risques importants liés au fait que les espèces ou variétés déplacées n'étaient pas primitivement présentes dans le milieu colonisé. Certaines mesures visent à réduire ces risques, qui peuvent par exemple engendrer des proliférations indésirables (problématiques d'espèces envahissantes) ou de la compétition due au recouvrement de niches écologiques d'espèces déjà présentes sur le site d'introduction par l'espèce colonisatrice.
La colonisation assistée est aussi parfois utilisée à des fins économiques (cf. exemple des langoustes de Tasmanie).
Mis à part pour quelques exemples d'applications., cette stratégie de conservation reste un sujet de débat dans le domaine de l'environnement et de la conservation. Devant les risques, notamment d'emballement climatique ou de perte de diversité génétique, un consensus sur son acceptabilité n'est pas acquishttps://reporterre.net/Aider-les-arbres-a-migrer-une-fausse-bonne-idee....
Contexte thumb|upright=1.5|Prédictions de l'évolution globale des températures à la suite du changement climatique.
En raison de l'urbanisation, de la fragmentation des habitats, de l'expansion de l'agriculture, ou encore de pollutions, la capacité des espèces à survivre dans leurs habitats naturels peut être menacée. On observe déjà aujourd'hui de nombreuses modifications dans l'aire de répartition de certaines espèces, cependant toutes ne sont pas capables de disperser ou de s'adapter suffisamment vite pour faire face au changement climatique et aux pressions anthropiques..
La colonisation assistée est en France testée, localement, notamment par l'ONF (par exemple en Forêt de Verdun, mais la méthode ne fait pas l'unanimité., notamment quand il s'agit des arbres.
Critiques et conseils de prudence Cette approche est encore en 2024 incertaines et non consensuelle, en particulier concernant les arbres ;
Le Groupe de Travail « Forêts » de la Commission Gestion des Ecosystèmes du Comité français de l'UICN, ayant par exemple en 2024 recommandé que la technique soit « mise en œuvre avec précaution » :
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Parmi les sources de discorde : Fin 2023, une étude faite par des chercheurs du sud-ouest et de Picardie estime que cette méthode pourrait causer des dommages environnementaux collatéraux et notamment augmenter l'inflammabilité des forêts (les essences d'arbres méridionaux plus supposées plus tolérantes au stress thermique et pour cette raison transloquées vers le nord ou en altitude sont constituées d'arbres moins hauts et aux feuilles plus petites et plus persistantes, pourraient avoir des attributs fonctionnels différents, entraînant des coûts écologiques et sociétaux, éventuellement négatifs pour la biodiversité et la lutte contre les feux et le réchauffement climatique ; les espèces transloquées pourraient en effet réduire l'« effet tampon » des canopées, diminuer la facilitation pour les espèces de sous-étage et augmenter les risques d'incendie.. La méthode est en outre à ce jour fortement associée à une gestion sylvicole monospécifique et d'une même classe d'âge (une seule espèces, et des arbres du même âge, implantés sur de petites parcelles) ; un projet (Migforest, européen, doté de plus de d'euros) doit cependant tester l'implantation de plusieurs essences (facteur attendu d'une meilleure résilience des forêts)., or deux études, respectivement faites par des chercheurs chinois et allemands ; et par des scientifiques français du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe) confirment qu'une diversité végétale élevée est nécessaire pour maintenir le bon état de la litière forestière dont les forêts dépendent.. l'adaptation des essences déplacées au climat et aux condition édaphiques actuelles et futures reste incertaine.
Réponse au changement climatique
Le moteur de la conceptualisation de la colonisation assistée a d'abord été la prise en compte du changement climatique par les conservationnistes, et l'anticipation des menaces pouvant entraîner certains taxons vers un vortex d'extinction. Le débat persiste sur les capacités de certaines espèces à s'adapter au réchauffement global, notamment en raison des barrières naturelles et anthropiques à la migration.
En effet, celui-ci entraîne des modifications de conditions de vie. Ces modifications affectent souvent les températures, ainsi que les cycles hydrologiques locaux. Par exemple, On s'attend notamment à ce que la composition des forêts québécoises soit modifiée : en effet, selon un mémoire publié par le ministère des Ressources naturelles du QuébecPérié, C., S. de Blois, M.-C. Lambert et N. Casajus. 2014. Effets anticipés des changements climatiques sur l'habitat des espèces arborescentes au Québec. Gouvernement du Québec, ministère des Ressources naturelles, Direction de la recherche forestière. Mémoire de recherche forestière . 46 p. En ligne : https://mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/connaissances/recherche/Perie-Catherine/Memoire173.pdf (consulté le 18 janvier 2022)., 14 des arborescentes présentes dans la province pourraient être désavantagées par la nouvelle réalité climatique d'ici 2100. Le changement climatique est donc en train de déplacer et de réduire la taille des enveloppes climatiques de plusieurs espèces. La question se pose aussi pour les espèces qui tendent à gagner l'altitude où règne un climat plus frais, mais qui s'y retrouvent parfois isolées ou incapables de franchir certain reliefs.
Menaces sur les espèces Le potentiel d'impact se situe de l'ordre du gène et des organismes, à celui des populations, des communautés, et des écosystèmes.. Ce phénomène rend les individus, les espèces, et les communautés plus vulnérables aux espèces envahissantes, aux épidémies, et au parasitisme. Ce qui, ensuite, crée des stresses environnementaux pour lesquelles certaines espèces végétales et animales ne sont pas adaptées. De plus, si les stresses perdurent, les espèces vulnérables risqueraient de ne plus être en mesure de se régénérer.
À force de stress, les espèces les plus vulnérables risquent d'atteindre des extinctions locales, qui ont le potentiel de devenir globale, privant d'autres espèces de ressources ou de niches, et entraînant des dérèglements dans les dynamiques écologiques de leur écosystème. Ces dérèglements pourraient engendrer une perte de fonctions écologiques, qui affecterait la santé et la productivité des forêts, ainsi que la biodiversité locale. Ces dérèglements mèneraient ainsi à une modification du paysage. Des forets pourraient devenir des savanes., qui pourraient finalement devenir des déserts. vignette|Les points chauds de la biodiversité. Ce sont les zones comportant la biodiversité la plus riche. De ce fait, ce sont les zones les plus à risques face au changement climatique, et nécessitant le plus d'étude pour des stratégies de conservation. Cependant, en parallèle, le changement climatique crée des espaces propices à la survie de ces espèces ailleurs. Ces nouveaux espaces peuvent se situer en bordure de leur espace de distribution habituel, tout comme ils peuvent se trouver à plusieurs kilomètres ou sur d'autres continents, hors de portée pour une dispersion naturelle.
Réponses Face à ces nouvelles conditions, les espèces impliquées devraient assurer leur survie en migrant et colonisant de nouveaux espaces. Mais ce stratagème n'est pas nécessaire pour tous. Les pressions environnementales ont toujours su être le vecteur de l'évolution naturelle, et certaines espèces possèdent le potentiel de s'adapter aux nouvelles conditions climatiques sans avoir à quitter leur écosystème actuel. Ce potentiel varie d'une espèce à une autre. Entre autres, une étude a déterminé que l'évolution de la tolérance à de plus hautes température parmi certaines espèces d'amphibiens et de reptiles permettrait probablement à ces espèces de survivre à une augmentation en température de sur .. Cependant, le rythme d'évolution du changement climatique dépasse celui de l'évolution naturelle de la majorité des espèces et des communautés, notamment les espèces végétales. Par exemple, au Québec, le rythme de migration des espèces arborescentes est évalué à , tandis que la vitesse de déplacement du climat est estimée à .
Les espèces et les populations d'arbres forestiers devraient donc migrer plus rapidement que leur capacité naturelle. Par conséquent, les stratégies d'adaptation au changement climatique, telles que la migration assistée, ont retenu l'attention depuis 2007.. Les espèces peuvent être exportées vers un habitat offrant un avenir climatique plus propice à leur survie. ; ou inversement, des espèces sont importées pour leur diversité génétique déjà adaptée à un climat plus chaud, afin de maintenir la productivité forestière locale..
La migration assistée est donc une mesure préventive face au changement climatique, qui altère les communautés et les conditions environnementales, et qui se fait à une vitesse trop rapide pour l'écosystème..
Des biologistes peuvent aussi implémenter des espèces exotiques adaptées aux nouvelles conditions abiotiques, et capable de remplacer les fonctions écologiques des espèces locales stressées. De cette manière les dynamiques de l'écosystème restent relativement stables, et l'écosystème peut conserver sa valeur ».
Terminologie
Brian J. Keel est le premier à utiliser le terme de « migration assistée » dans sa thèse en 2007. Il plaide en faveur de l'utilisation de la migration assistée comme stratégie de conservation contre le changement climatique rapide :
Cependant, la terminologie du terme employé par Keel est débattue car il peut prêter à confusion. En effet, en écologie le terme « » fait référence à un phénomène de déplacement périodique d'une espèce d'un endroit à un autre. Cette définition est en contradiction avec celle de la colonisation assistée, dans laquelle une espèce est déplacée durablement et artificiellement, en dehors de son aire de répartition originelle, afin de fonder une nouvelle population.
Types d'application La migration assistée a le potentiel d'être appliqué aux espèces végétales et animales. Cependant, elle est plus souvent appliquée aux espèces végétales. Les animaux ont la capacité de se déplacer pour atteindre des espaces plus propices à leur survie, afin de trouver plus de nourriture, et de meilleure niche écologique. Ils peuvent aussi se reproduire plus rapidement, en exprimant des mutations sélectionnant les plus adaptées. Les espèces végétales ne possèdent ces capacités, et leur rythme d'évolution ne peut entrer en compétition avec le rythme de modification des caractéristiques abiotiques et biotiques de leur environnement ; elles ont donc plus de besoins d'assistances.
La migration assistée offre trois types de procédés. La réintroduction, l'introduction, et l'augmentation..