Le féminisme juif est un mouvement qui recherche l', juridique et sociale des femmes juives et des hommes juifs à l'intérieur du judaïsme. Les mouvements féministes se sont introduits dans toutes les branches de la religion juive avec différentes approches et succès.
Aux États-Unis, le mouvement féministe moderne juif date des débuts des années 1970. D'après Judith Plaskow, les féministes juives critiquent et dénoncent l'exclusion des femmes dans les groupes de prières exclusivement masculins (minyan), et dans les mitzvot, qui comportent les 613 commandements établis dans la Torah au Mont Sinaï et les 7 commandements rabbiniques établis plus tardivement. L'incapacité des femmes à comparaître en tant que témoin ou à initier une procédure de divorce dans les cours religieuses juives est aussi un point remis en cause par les féministes juivesPlaskow, Judith. « Jewish Feminist Thought » in Frank, Daniel H. & Leaman, Oliver. History of Jewish Philosophy, Routledge, éd. 2003..
Selon l'historienne Paula Hyman, deux articles publiés dans les années 1970 ont été fondateurs dans l'analyse du statut féministe des femmes juives : « The Unfreedom of Jewish Women » (« L'emprisonnement des femmes juives »), publié en 1970 dans le Jewish Spectator par une écrivaine nommée Trude Weiss-Rosmarin et un article de Rachel Adler, alors juive orthodoxe et actuellement professeure au séminaire Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion ; l'article intitulé « The Jew Who Wasn't There: Halacha and the Jewish Woman », est publié en 1971 à Davka en Inde.. En 1973, la première conférence nationale américaine des femmes juives s'est tenu à New York ; c'est Blu Greenberg qui a prononcé le discours d'ouverture. Théologie féministe juive
Il existe au sein de la communauté juive des versions variées de la théologie féministe.
Certaines de ces théologies encouragent l'idée qu'il est important d'avoir une caractérisation féminine de Dieu, et/ou un langage plus féministe en règle générale, dans le siddour (livre de prières juives) et dans l'office.
En 1946, le nouveau siddour de Silverman du judaïsme massorti a changé les mots traditionnels de remerciement à Dieu, en remplaçant « qui ne m'a pas fait femme » par « qui a fait de moi une personne libre »..
En 1976, Rita Gross publie l'article « Female God Language in a Jewish Context » (Davka Magazine 17), que Judith Plaskow, chercheuse juive et féministe, considère comme « probablement le premier article à traiter théoriquement de la question de la langue féminine dans un contexte juif.. ». Gross était elle-même juive à ce moment-là.
Le rabbin Rebecca Albert, faisant partie du Judaïsme reconstructionniste (Reform Judaism, hiver 1991) commente :
Le siddour Nashim a été auto-publié en 1976 par Naomi Janowitz et Margaret Wenig.
En 1990 le Rabbin Margaret Wenig écrit un sermon, « Dieu est une Femme et elle est en train de vieillir », celui-ci a été publié en 2011 dix fois (trois fois en allemand) et prêché par des rabbins allant de l'Australie à la Californie..
Le Rabbin Paula Reimers (« Féminisme, Judaïsme, et Dieu la Mère » Judaïsme massorti 46, 1993) commente :
Ahuva Zache affirme qu'utiliser les deux langages, féminin et masculin, pour parler de Dieu peut être une chose positive, mais rappelle à son lectorat composé de membres du Judaïsme Réformé que Dieu est au-delà des genres (Est-il homme, femme, les deux ou aucun ? Comment devons nous faire nos prières en réponse au genre de Dieu ? dans l'Union pour le Judaïsme Réformé (iTorah)
Ces vues sont très controversées, même dans les mouvements juifs libéraux« Ce Dieu sans sexe représente aussi une profonde trahison du récit de la Torah. » Matthew Berke, « God and Gender in Judaism », First Things 64 (juin-juillet 1996), 33–38.. Les Juifs orthodoxes et beaucoup de Juifs conservateurs maintiennent l'idée qu'il est mauvais d'utiliser des pronoms féminins anglais pour parler de Dieu, et voient ce genre d'usage comme une intrusion de l'idéologie du féminisme moderne dans la tradition juive. Les livres de prières progressistes ont de plus en plus tendance aussi à éviter les mots et pronoms spécifiques au genre masculin, cherchant à traduire dans un genre neutre toute référence à Dieu. Par exemple, c'est ce que fait le mouvement libéral britannique Siddur Lev Chadash (1995), tout comme le mouvement réformiste britannique Forms of Prayer (2008).. Dans le Mishkan T'filah, livre de prières juif américain publié en 2007, les références à Dieu en tant que « IL » ont été supprimées ; lorsque les patriarches (Abraham, Isaac et Jacob) sont nommés, les matriarches (Sarah, Rebecca, Rachel et Léa) le sont aussi. En 2015 le livre de prière Mishkan HaNefesh comprend une version de la prière Avinou Malkenou qui représente Dieu comme un « Père aimant » mais également une « Mère compatissante », ainsi que d'autres changements notables.
En 2003 est publiée The Female Face of God in Auschwitz: A Jewish Feminist Theology of the Holocaust, la première théologie féministe complète de la Shoah, écrite par Melissa Raphael.. Standing Again at Sinai: Judaism from a Feminist Perspective (1991) de Judith Plaskow, et Engendering Judaism: An Inclusive Theology and Ethics (1999) de Rachel Adler sont les deux seuls travaux féministes juifs qui se consacrent totalement à la théologie générale (plutôt qu'à des aspects spécifiques tels que la théologie de la Shoah). Ainsi, Standing Again at Sinai: Judaism from a Feminist Perspective (1991) est le tout premier livre sur la théologie juive féminine à avoir été écrit.
Il y a une sous-catégorie en pleine croissance dans le domaine de l'étude du genre et du judaïsme, qui considère l'opposition binaire du mâle et de la femelle comme cruciaux dans l'opinion juiveKosman, Miriam, Circle, Arrow, Spiral, Exploring Gender in Judaism, Menucha Publishers, 2014. ^Steven F. Friedell, "The ‘Different Voice’ in Jewish Law: Some Parallels to a Feminist Jurisprudence, " Indiana Law Journal, October 1992Neusner, Jacob, Androgynous Judaism: Masculine and Feminine in the Dual Torah, Wipf and Stock Publishers, 1993. ^.
Alors que la dialectique homme/femme fait son apparition dans l'histoire de la création, le Talmud insiste sur le fait que l'idée d'homme et de femme va bien au-delà des rôles sexuels : « Tout ce que Dieu a créé, Il l'a créé en tant qu'homme et femme.. ». (Baba Batra 74b) Cette dialectique revêt encore davantage un sens théologique à la lumière du Cantique des cantiques, qui a été traditionnellement interprété comme une métaphore de la relation entre Dieu et le peuple d'Israël, où cette nation est figurée comme féminine face à Dieu, qui est représenté par l'amant dans le texte.
D'autres exemples de sujets dans lesquels la dynamique homme/femme est utilisée métaphoriquement incluent : la relation entre Shabbat et les jours de la semaine, la relation entre la loi orale et écrite, la relation entre ce monde et l'au-delà, l'interaction entre les aspects juridiques et extra-légaux du Talmud (Halacha et Aggada) et le calendrier juif, qui utilise le soleil (symbole traditionnel de la force mâle) et la lune (symbole traditionnel de la force féminine)Heshelis, Devorah, The Moon's Lost Light, Targum Press, 2004.
La polarité entre les sexes est fermement maintenue dans la Bible et dans la loi orale (Deutéronome, 22:5, qui interdit même le travestissement) et le maintien de cette polarité est considéré comme essentiel pour réaliser une synthèse entre le masculin et le féminin.
L'exploration de la construction des genres dans les sources originelles révèle l’estimation surprenante du prototype féminin dans la Kabbale, basé sur des sources qui invitent à une question de ramifications sociale, ethnique, écologique, morale et philosophique de la perspective féminine dans la réflexion juive. Rinder Sarah, "A New, Sophisticated, Haredi View on Gender" The Forward, 24 November 2015.
Théorie féministe du droit
Plusieurs penseuses ont réfléchi à la théorie féministe du droit dans le contexte de la halakha, généralement en partant du principe que changer les rapports de pouvoir dans la société ne suffira pas automatiquement à changer les normes défavorables aux femmes. Elles mettent en exergue que des pratiques alternatives des rituels peuvent exercer une influence sur les anières dont le droit est conçu et utilisé. Le développement et l'évolution du droit est présenté comme en continuité de la tradition d'interprétation juridique juive.
Judaïsme Orthodoxe
Les positions des Haredim sur le féminisme Les leaders du Judaïsme Haredi, les Haredim, considèrent régulièrement toutes les formes de féminisme comme des « réformes », comme contraires au judaïsme, ou comme une menace envers la tradition juive. C'est ce qu'affirme un article de Cross-Currents critiquant l'avancée des femmes dans les responsabilités : « L'ensemble de la vie religieuse juive traditionnelle, y compris ses normes de rituel et de société, même si elles ne sont pas codifiées formellement, reflète les valeurs de la Torah, qu'elles soient halachiques ou hachkafiques ; chaque aspect de notre tradition religieuse aux modalités communes millénaires est fondé sur des axiomes halachiques ou hachkafiques. Ces axiomes peuvent ne pas être apparents aux non-initiés, mais le fait de ne pas les percevoir ne donne pas le droit de nier, de rejeter ou de réformer ». L'affirmation des Haredi est que le féminisme est en train de changer la Torah.
Le judaïsme haredi adhère aussi aux différences essentielles strictes entre les hommes et les femmes, fondées sur des idées relatives à la volonté de Dieu et à la création. La vision du monde des Haredim épouse l'idée de la féminité telle qu'exprimée dans le poème du roi Salomon Une femme de valeur, qui loue une femme pour l'entretien de la maison, le soin de la famille et la préparation des repas, pratiques que le poème admire chez les femmes comme faisant partie de leur sagesse, courage, créativité, engagement, altruisme et peut-être de leur sens des affaires..
L'objectif le plus important de l'éducation haredi pour les filles et les jeunes femmes est de les éduquer, de les former et de les encourager à devenir des épouses et des mères de familles nombreuses vouées au mode de vie le plus strict de la Torah. Alors que la plupart des femmes haredi sont scolarisées dans les écoles Beis Yaakov conçues exclusivement pour elles, le programme de ces écoles n'enseigne pas le Talmud et n'encourage pas les femmes à étudier les mêmes sujets que les jeunes hommes haredi dans les yeshivas. Dans certaines communautés haredi, l'éducation des filles à travers des matières laïques comme les mathématiques est supérieure à celle des garçons. C'est en partie dû au temps important consacré aux sujets sacrés pour les garçons, et en partie aussi parce que beaucoup de femmes haredi travaillent pour permettre à leurs maris de s'engager à plein temps dans l'étude de la Torah ou pour amener un second revenu au foyer.