Le trouble des conduites alimentaires non spécifié (OFSED) est un diagnostic du DSM-V qui prend en compte les troubles des conduites alimentaires dont la sévérité clinique des symptômes ne concorde pas avec les diagnostics d'anorexie mentale, de boulimie, du syndrome d'hyperphagie incontrôlée (ou hyperphagie boulimique), du trouble de restriction ou évitement de l'ingestion d'aliments, du mérycisme et du picaAmerican Psychiatric Association (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing..
Le trouble des conduites alimentaires non spécifié inclut cinq profils : l'anorexie et la boulimie atypique (de durée limitée et/ou de fréquence limitée), le syndrome d'hyperphagie incontrôlé atypique (de durée limitée et/ou de fréquence limitée), le trouble purgatif et l'hyperphagie nocturne ().
Historique En 1980, le DSM-III a été le premier DSM à inclure une catégorie pour les troubles des conduites alimentaires qui ne correspondaient pas aux diagnostics d'anorexie mentale, de boulimie et de picaAmerican Psychiatric Association (1980). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (3rd ed.) (DSM-III). Washington, DC: Author.. Cette catégorie se prénommait "trouble des conduites alimentaires atypiques". Le trouble des conduites alimentaires atypiques fut décrit en une phrase dans le DSM-III et n'a attiré que très peu l'attention de la littérature scientifique de l'époque étant perçu comme très peu fréquent par rapport aux autres troubles des conduites alimentaires. Dans le DSM-III-R, publié en 1987, la catégorie de trouble des conduites alimentaires atypiques fut remplacée par l’appellation (EDNOS)American Psychiatric Association (1987). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (3rd ed., rev.) (DSM-III-R). Washington, DC: Author.. Le DSM-III-R inclut des exemples d'individus présentant des symptômes correspondant à un trouble des conduites alimentaires non spécifié (EDNOS) afin de reconnaître l'hétérogénéité des individus qui correspondent à cette catégorie.
En 1994, le DSM-IV étend le terme de EDNOS pour y inclure six critères cliniques pour la catégorie: L’individu de sexe féminin présente tous les symptômes de l'anorexie mentale mais a toujours ses règles. L'individu présente tous les symptômes de l'anorexie mentale, mais continue, malgré une perte de poids conséquente, à avoir un poids normal. L'individu présente tous les symptômes de la boulimie, mais la fréquence de ses cycles d'ingurgitation/régurgitation est limitée. L'individu présente des comportements compensatoires après avoir ingéré une quantité réduite de nourriture. L'individu a, à répétition, mâché ou recraché sa nourriture. L'individu présente des phases d'hyperphagie boulimique sans se faire vomir après.
Un des défauts de l’appellation plus vaste de trouble des conduites alimentaires non spécifié (EDNOS) est que des personnes présentant des symptômes très diverses se retrouvent avec le même diagnostic, rendant difficile l’accès à des soins spécifiques et rendant les recherches sur les différentes pathologies à l’intérieur de la catégorie très compliquées. Par ailleurs, le trouble des comportements alimentaires non spécifié est perçu comme moins grave que l'anorexie ou la boulimie, laissant la possibilité aux mutuelles de refuser de rembourser les traitements. Le DSM-V, publié en 2013, a essayé de prendre en compte ces problématiques en changeant l'appellation en (OFSED) et en modifiant les critères diagnostics.
Caractéristiques Anciennement appelé EDNOSAmerican Psychiatric Association (2000). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4th ed., text rev.). Washington, DC: Author. dans le DSM-IV, le diagnostic de trouble des conduites alimentaires est attribué pour cinq types de profils différents.
L'anorexie mentale atypique : les individus souffrant d'anorexie atypique présentent tous les symptômes de l'anorexie mentale sans être en sous-poids. Par exemple, une personne exhibera des motifs et des comportements alimentaires atypiques, une peur de grossir voire de manger et une perte de poids conséquente, tout en restant à un poids normal ou supérieur à la moyenne. La boulimie atypique : les personnes souffrant de boulimie atypique présentent les mêmes symptômes qu'une personne souffrant de boulimie mais pas à la même fréquence. Un individu présentera les mêmes cycles d'hyperphagie boulimique et de régurgitation forcée qu'une personne boulimique mais, en moyenne, moins d'une fois par semaine et/ou sur une durée inférieure à trois mois. Le syndrome d'hyperphagie incontrôlée (binge-eating disorder) atypique : les individus ingurgitent une énorme de quantité de nourriture mais à basse fréquence et/ou de façon transitoire (moins d'une fois par semaine et/ou sur une durée inférieur à trois mois). Ce trouble se différencie de la boulimie atypique car la personne ne se fait pas vomir après avoir mangé. Le trouble purgatif (purging disorder) : l'individu souffrant de ce trouble s'engagera dans des conduites purgatives telles que les vomissements provoqués et/ou le mésusage de médicaments pour influencer son poids. Il n'y a pas de diminution des prises alimentaires comme dans l'anorexie, ni de crise d'hyperphagie qu'on retrouve dans la boulimie, ni de régurgitations. Ce trouble est également à bien distinguer du mérycisme : les régurgitations du mérycisme peuvent certes ressembler à des vomissements provoqués mais elles ne sont pas dues à un désir de perdre du poids. L'hyperphagie nocturne (night eating syndrome) : ce trouble dérive du syndrome d'hyperphagie incontrôlée ; les individus ne présentent leurs symptômes que la nuit, ils mangent peu ou pas le matin et souffrent d'insomnie chronique.
Épidémiologie Très peu d'études à ce jour ont examiné la prévalence de ce trouble. La plus importante de ces études a été réalisée par Stice en 2013 sur 496 adolescentes ayant complété des évaluations diagnostics sur les huit années précédentesStice E., Marti C.N., Rohde P. (2013). "Prevalence, incidence, impairment, and course of the proposed DSM-5 eating disorder diagnoses in an 8-year prospective community study of young women". Journal of Abnormal Psychology22(2), 445-57.. Le taux de prévalence à l'age de 20 ans était de 11,5 % ; 2,8 % souffraient d'anorexie atypique, 4,4 % de boulimie atypique, 3,6 % d'hyperphagie boulimique et 3,4 % de trouble purgatif. Ce trouble se déclare le plus souvent entre l'âge de 18 et 20 ans. L'hyperphagie nocturne n'a pas été étudiée dans cette étude, mais d'autres études estiment qu'environ 1 % de la population générale en souffriraitMilano W, De Rosa M, Milano L, Capasso A (2012). "Night eating syndrome: an overview". Journal of Pharmacy and Pharmacology, 64(1), 2-10..
Quelques études ont comparé la prévalence d'EDNOS et d'OFSED ; elles ont révélé que bien que la prévalence des troubles atypiques ait baissé avec le nouveau système de classification du DSM-V, le nombre de personnes qui en souffrent reste élevéOrnstein RM, Rosen DS, Mammel KA, Callahan ST, Forman S, Jay MS, Fisher M, Rome E, Walsh BT (2013). "Distribution of eating disorders in children and adolescents using the proposed DSM-5 criteria for feeding and eating disorders". Journal of Adolescent Health, 53(2), 303-5.. Par exemple, dans une étude sur une population de 215 patients se faisant traiter pour des troubles de conduites alimentaires, 32,6 % ont reçu le diagnostic de trouble des conduites alimentaires non spécifié ; ce qui crée des difficultés de traitement et d'études spécifiques à chaque sous-troubleThomas, J. J., Vartanian, L. R., & Brownell, K. D. (2009). "The relationship between eating disorder not otherwise specified (EDNOS) and officially recognized eating disorders: Meta-analysis and implications for DSM". Psychological Bulletin, 135, 407-33..
Le trouble des conduites alimentaires spécifique reste une maladie très peu visible à cause de l'atypie des symptômes, mais très fréquente en particulier chez les adolescents et jeunes adultes.
Références
Liens externes
Catégorie:Trouble des conduites alimentaires Catégorie:Dépendance comportementale