ou (en latin Sylvestrus/Silvestrus et en grec Σίλβεστρος), né à Rome et mort dans la même ville le , est un évêque de Rome qui accède à l'épiscopat le .

Cet épiscopat, long de vingt-deux ans, contemporain du règne de l'empereur romain , ainsi que des conciles d'Arles en 314 et de Nicée en 325, est traversé par la crise donatiste et les débuts de la crise arienne, autant d'événements dans lesquels Sylvestre semble n'avoir joué qu'un rôle insignifiant, ce qui n'empêche pas que, du fait des largesses impériales, Rome commence alors à prendre l'aspect d'une ville chrétienne.

Pour pallier cet effacement, à une époque charnière de l'histoire de l'Église, des épisodes légendaires ont, dès le , donné de Sylvestre un portrait idéalisé, développé notamment par des Actes de Silvestre qui connurent une large diffusion. L'évêque de Rome y est présenté comme le baptiseur de Constantin, dans une scène qui magnifie le rôle de la papauté et sert de base pour forger la Donation de Constantin, laquelle fonde juridiquement le pouvoir temporel des papes durant tout le Moyen Âge.

Selon le comput ecclésiastique de la tradition catholique romaine, il est le . Il est célébré comme saint le dans l'Église catholique romaine et le dans l'Église orthodoxe.

Éléments biographiques Origines La vie de Sylvestre est mal connue et les éléments obscurs de sa biographie sont déformés par les récits hagiographiques tardifs.

Né à une date inconnue, Sylvestre est vraisemblablement d'origine romaine. Fils d'un presbytre du nom de Rufinus, il aurait lui-même accédé au sacerdoce sous l'épiscopat de Marcellin et souffert de la persécution de Dioclétien. Succédant à Miltiade, mort le , il est élu à l'épiscopat romain le .

Épiscopat L'épiscopat de Sylvestre, l'un des plus longs, a suscité des jugements sévères causés par le caractère effacé voire insignifiant du personnage au regard de l'importance d'événements en cours. Éclipsé par le premier empereur romain chrétien Constantin, il est absent du groupe de prélats qui conseillent le souverain en matière de politique ecclésiastique. Seuls subsistent de son pontificat quelques aperçus, généralement négatifs.

Concile d'Arles Refusant la décision du concile de Rome convoqué par l'évêque de Rome Miltiade en 313, à la demande de Constantin, afin de résoudre la crise ouverte par l'élection de l'évêque Cécilien au siège épiscopal de Carthage, le parti donatiste en appelle à nouveau à l'empereur romain. Ce dernier accepte le recours et convoque à Arles un concile réunissant, en août 314, des représentants de l'ensemble des provinces occidentales. Mais ayant constaté les limites de l'autorité de l'évêque de Rome, il en confie la direction générale à l'évêque de Syracuse Chrestus et la présidence à celui d'Arles, Marinus. Cet important concile, qui rassemble pas moins de trente-trois évêques occidentaux ainsi que des clercs inférieurs représentants d'autres évêchés, devait se tenir « en présence de l'évêque de Rome » qui ne s'y rend pourtant pas, pour un motif inconnu, soit en raison de sa récente consécration l'empêchant de quitter son siège épiscopal, soit qu'il désapprouve que le concile soit convoqué par l'empereur romain.

Sylvestre s'y fait néanmoins représenter par deux presbytres, Claudianus et Verus, ainsi que par deux diacres, Eugénius et Quiriacus, qui semblent s'être cantonnés au rôle d'observateurs plutôt qu'à celui de légats. Le concile, confirmant la légitimité de Cécilien, condamne de nouveau les donatistes. Il prend en outre une série de dispositions concernant le baptême, la communion ou encore la fixation de la date de Pâques, dont il est décidé qu'« elle serait observée le même jour dans le monde entier ». Dans une lettre pleine de déférence envoyée par les évêques conciliaires, qui regrettent l'absence du prélat de Rome, celui-ci est prié de faire connaître ces décisions à toutes les Églises ; il existe d'ailleurs une collection séparée des décisions du concile, reprises sous le titre de Canones ad Siluestrum. Si cette lettre semble attester la conscience qu'avait l'assemblée de la primauté de l'évêque de Rome en Occident, les prescriptions du concile restent pourtant lettre morte en Orient.

L'association de Sylvestre au concile d'Arles nourrit la rancœur des donatistes, qui, avec ses prédécesseurs, le mettent au nombre des traditores (traîtres) coupables d'avoir livré les Écritures (crimine traditionis) (crime de trahison) lors de la persécution dioclétienne, au point qu'Augustin d'Hippone entreprend de défendre la mémoire de ces prélats.

Concile de Nicée vignette|redresse=1.0|Icône du premier concile de Nicée. À gauche (à droite de l'autel) le représentant de l'évêque de Rome préside, et en seconde place, à droite, la puissance invitante, l'empereur romain Constantin.

La doctrine développée vers 319 par le prêtre alexandrin Arius provoque une crise qui déchire bientôt profondément les Églises orientales. Cette doctrine, qui professe un subordinatianisme radical, affirmant que le Fils n'est pas de même nature que le Père, est combattue par l'évêque Alexandre d'Alexandrie, qui convoque un synode local vers 320, lequel lance contre Arius une sentence d'excommunication., dont Alexandre informe l'évêque de Rome.

Après une médiation infructueuse, Constantin confie à l'évêque Ossius de Cordoue le soin de dénouer la crise. Ce dernier organise et préside une assemblée générale de tout l'épiscopat, convoquée par cursus publicus au Premier concile de Nicée en . Ce concile rassemble essentiellement des prélats orientaux et Sylvestre décline encore une fois l'invitation, alléguant cette fois son grand âge ; il y envoie toutefois en délégation les prêtres Vincentius — futur évêque de Capoue — et Vitus, qui participent aux débats de manière effacée et sans droit de préséance particulier. On trouve néanmoins leurs signatures sur les actes du concile, directement après celle d'Ossius et avant celle des évêques présents.

Le concile de Nicée condamne Arius, établit une profession de foi ainsi qu'un certain nombre de canons liturgiques et disciplinaires, dont l'un traite du calcul de la date de Pâques, fixée d'un commun accord par les sièges épiscopaux d'Alexandrie et de Rome. On ne sait comment ces dispositions sont accueillies par Sylvestre, mais il est établi que celui-ci, contrairement à la recommandation conciliaire, arrête en 326 une date pascale différente de celle d'Alexandrie.

L'effacement de Sylvestre au cours de cette crise, peut-être en raison de son éloignement du théâtre du conflit ou de son respect de l'autonomie des Églises d'Orient, a souvent été l'objet de critiques et, en manière de réhabilitation, les récits des évènements composés aux à la suite de Gélase de Cyzique font d'Ossius un légat de Sylvestre, quand ils n'attribuent pas à ce dernier la convocation du concile au côté de l'empereur romain, ce qui est sans fondement historique.

Néanmoins, la double absence de Sylvestre aux conciles impériaux crée un précédent et est à l'origine d'une règle qui restera valable au cours des . : le refus des évêques de Rome d'assister en personne aux synodes convoqués par l'empereur romain chrétien..

Évergétisme impérial vignette|redresse=1.0|Constantin , , Musées du Capitole.

Sous le pontificat de Sylvestre, l'Église romaine bénéficie des largesses et de la munificence de Constantin qui engage d'importants travaux contribuant à édifier la Rome chrétienne. L'Empereur entreprend la construction de nombreux édifices religieux pour l'entretien desquels il fait don de terres prélevées sur son patrimoine italien et oriental. Le Liber pontificalis énumère ainsi une série d'églises — dotées de mobilier liturgique, d'oratoires et d'ornements — dont la paternité constantinienne est souvent confirmée par les témoignages épigraphiques et archéologiques.

On dénombre notamment la basilica Constantiniana dans le domaine des Laterani (actuelle basilique Saint-Jean-de-Latran), une basilica Sessoriana à côté du palais d'Hélène (actuelle basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem), la basilica Pauli (actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs), la basilica Laurenti sur la Via Tiburtina (actuelle basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs) ou encore la basilique des Saints-Marcellin-et-Pierre-du-Latran (Église Santi Marcellino e Pietro al Laterano) ; dans la seconde partie de son règne, probablement vers 333, Constantin est à l'origine de la construction de la basilique Saint-Pierre.

D'après le Liber pontificalis, Sylvestre a lui-même fondé le titulus Equitii ou titulus Silvestri, une église bâtie près des thermes de Dioclétien, dont des traces archéologiques laissent penser qu'elle était située dans le jardin de la basilique Saint-Martin de Rome (rione Monti) (basilique Saint-Martin-aux-Monts). Il fait faire également des aménagements au cimetière de Saint-Calixte, à proximité de la Via Appia, ainsi qu'au cimetière de Priscille, où il fait construire un oratoire.

C'est dans ce cimetière qu'il est inhumé après son décès daté du par la Depositio episcoporum — composée l'année suivante — par le Catalogus Liberianus et par le Martyrologe hiéronymien, qui le qualifie de saint.

Légendes et littérature C'est probablement parce que l'épiscopat de Sylvestre se déroule à une époque charnière de l'histoire de l'Église que les générations suivantes n'ont pu se satisfaire du fait qu'il ait joué un rôle aussi mineur auprès du premier empereur romain chrétien, substituant alors la légende aux lacunes de l'histoire. Ainsi apparaissent à partir du des documents qui dressent de l'évêque un portrait idéalisé mais faux. Ces documents seront réutilisés dans l'affirmation des prétentions papales.

Acta Silvestri vignette|redresse=1.0|Baptême de Constantin par Sylvestre, fresque de la basilique des Quatre-Saints-Couronnés, .

Au nombre de ceux-ci, les Actes de Silvestre (en latin Acta Silvestri, Actus Silvestri, Gesta Silvestri, Vita Silvestri ou encore Legenda Silvestri.), un récit composite qui n'est pas antérieur aux dernières décennies du siècle. ; dans une partie intitulée Conversion de Constantin, le texte raconte comment celui-ci, frappé par la lèpre après sa victoire sur Maxence au pont Milvius, consulte des prêtres du Capitole, qui lui recommandent de se baigner dans le sang de trois mille enfants. Cédant aux suppliques des mères de Rome et à la suite d'une apparition des apôtres Pierre et Paul, qui lui conseillent le baptême chrétien comme remède, l'empereur sollicite Sylvestre qui, réfugié dans les montagnes afin d'échapper aux persécutions, accepte la requête, non sans lui imposer la fermeture des temples païens et la libération des chrétiens emprisonnés.

Ce récit, qui a l'intérêt de lever les reproches concernant le baptême tardif de Constantin ainsi que la validité d'une onction conférée par un évêque tenant de l'arianisme homéen — Eusèbe de Nicomédie — tout en magnifiant le rôle de la papauté, connaît un grand succès et de nombreuses versions en Occident, ainsi qu'en Orient, où il fait l'objet de versions en grec, en syriaque et en arménien : c'est ainsi qu'au , Jean Malalas raconte comment Sylvestre baptise, non seulement Constantin, mais aussi sa mère Hélène, ainsi qu'une foule de Romains. Les Actes inspirent, pour certains détails, le Liber pontificalis, qui puise également dans le Constitutum Silvestri, un texte faisant partie des Apocryphes symmachiens rédigés dans l'intention de fortifier la position de l'évêque de Rome. ; il invente de toutes pièces un concile convoqué par Sylvestre rassemblant à Rome 270 évêques. La légende portée par ces Acta Silvestri, attestée à Rome vers 500, figure parmi les textes « dignes de fois » repris par le Pseudo-Décret de Gélase, composé vers 520..

Donation de Constantin vignette|redresse=1.0|Sylvestre et Constantin , fresque de la basilique des Quatre-Saints-Couronnés, . vignette|gauche|Saint Sylvestre dompte un dragon, La Légende dorée (1497), BEIC, Milan.