Ludivine Bantigny, née en 1975 à Lille, est une historienne et universitaire française. Elle a été maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'université de Rouen-Normandie. Ayant choisi de quitter l'université, depuis elle enseigne en lycée puis en collège.

Biographie Études Après avoir effectué trois ans de classe préparatoire littéraire au lycée Henri-IVVolume issu d'un travail collectif d'anciens élèves d'Henri IV (dont Ludivine Bantigny) en hommage à une ancienne professeure , elle intègre l'École normale supérieureAnnuaire des anciens élèves de l'École normale supérieure sur archicubes.ens.fr.. Elle fait des études d'histoire et de lettres à l'université Panthéon-Sorbonne, obtient l'agrégation d'histoire et réalise une thèse de doctorat intitulée « Le plus bel âge ? Jeunes, institutions et pouvoirs en France des années 1950 au début des années 1960 », dirigée par Jean-François Sirinelli, à l'Institut d'études politiques de Paris, en 2003Notice de thèse, sur theses.fr, page consultée le 10 décembre 2018.Violaine Morin, « Ludivine Bantigny, historienne du présent », Le Monde, 7 mai 2019..

Carrière académique Elle est nommée maîtresse de conférences à l'université de Rouen en 2005, puis obtient une habilitation universitaire en 2017, en présentant un mémoire intitulé « 1968, de grands soirs en petits matins ».. Elle est membre du Groupe de recherche d'histoire (GRHis — EA 3831). En 2020, elle décide de quitter l'université pour enseigner dans le secondaire.

Activités scientifiques et éditoriales Elle a travaillé sur la jeunesse, les générations, les formes de socialisation et d'engagement au , et notamment de la guerre d'Algérie à nos jours. Son mémoire d'habilitation à diriger des recherches est consacré à l'événement 1968. Elle s'intéresse également aux différentes mobilisations qui l'ont suivi (féminismes, « révolution sexuelle », cultures politiques). Son travail est aussi tourné vers la conscience historique, les temporalités et l'historicité, les expériences sensibles du politique, ainsi que sur l'engagement en histoire. Son livre 1968 : de grands soirs en petits matins a été vendu à . L'historien Antoine Prost évoque « un livre passionnant, d’une écriture incisive, qui se lit presque comme un roman où « l’auteure mobilise une documentation de première main impressionnante », un ouvrage « incontournable ». Dans Le Monde, André Loez décrit « une synthèse nourrie d’une considérable recherche de première main » et conclut sur « un effort admirable, qui s’approche sans doute autant qu’il est possible, pour 1968, du but que s’était fixé Michelet (1798-1874) dans son Histoire de France : celui d’une “résurrection de la vie intégrale” ». Elle consacre ses travaux à l'histoire des révolutions, telle que la Commune de Paris. À propos de l'ouvrage qu'elle lui consacre, Jean-Louis Jeannelle écrit dans Le Monde qu'il s'agit d'une étude « intelligente, vivante, engagée ». Elle travaille également sur l'histoire globale des révolutions. Elle se penche ensuite sur l'histoire du Front populaire et publie La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd'hui. Gilles Heuré parle dans Télérama d'un livre qui explore, au moyen de sources archivistiques considérables, tous les aspects de cette période incandescente », « dans un récit palpitant ».

Deux caractéristiques sont souvent soulignées à propos de son travail d'historienne: une vaste exploration archivistique et la qualité de son écriture. Ainsi François Bordes relève-t-il dans la revue Esprit, à propos de La Bourse ou la vie : « D’une plume vive et rythmée, la brillante historienne propose une plongée dans l’événement fondée sur de nombreuses archives »; André Loez évoque dans Le Monde un « brillant ouvrage » et une « narration nourrie d'un important travail d'archives »; pour Mediapart, Mathieu Dejean estime que ce livre, « plein d’archives inédites, fait subtilement écho à l’époque présente ». Au sujet de La Commune au présent, Zoé Varier décrit sur France Inter une écriture mue par la « volonté de rendre l'histoire vivante », un récit qui « insuffle de nouveau l'énergie de la Commune dans ses épîtres, telle une manière formelle de rendre ces femmes et hommes toujours vivants : des spectres sur notre présent ». Quant à l'ouvrage Nous ne sommes rien, soyons toutes! , il est présenté dans L'Humanité à la fois comme « une riche recherche documentaire » et « une histoire incarnée des luttes féminines et féministes pour l’émancipation ».

Elle est membre du comité de rédaction de la revue Vingtième Siècle : Revue d'histoire, de la revue Sensibilités. Histoire, Critique et Sciences sociales et de la revue Contretemps.

En 2022, elle publie dans la collection Libelle aux éditions du Seuil L’Ensauvagement du capital. Pour Benjamin Tuil dans la revue Esprit, ce court essai est rédigé « dans un esprit pamphlétaire ». Ludivine Bantigny s’attaque au capitalisme en dénonçant « un système-monde qui, loin de pacifier les rapports sociaux et politiques, est intrinsèquement violent. »Benjamin Tuil, L’ensauvagement du capital de Ludivine Bantigny, esprit.presse.fr, Juin 2022 Le capitalisme serait dans une logique de l’ensauvagement, sa logique étant comparable à celle d’« un colonialisme qui n’ose pas dire son nom. »Johan Faerber, Ludivine Bantigny : « Jamais je n’ai éprouvé autant le sentiment d’une accélération terrible de la violence sociale et politique » (L’Ensauvagement du capital), Diacritik, 28 février 2022. Gabriel Bouchaud du Point considère que l'ouvrage est un « opuscule radical et peu convaincant ». Selon lui, « pour un lecteur qui n’est pas d’extrême gauche, ouvrir L’Ensauvagement du capital » serait « un peu comme pénétrer dans une dimension parallèle. »Gabriel Bouchaud, Ludivine Bantigny, le capitalisme en épouvantail, Le Point, 12 janvier 2022.. Pour Johan Faerber du journal culturel en ligne Diacritik, l'ouvrage est « indispensable autant que stimulant ».

En 2025, elle est commissaire scientifique de l'exposition « Les femmes sont dans la rue! Révolte, subversion, émancipation », première exposition du futur Musée des féminismes, à Angers. Elle publie la même année une histoire valorisant les engagements de femmes, Nous ne sommes rien, soyons toutes! Histoire de femmes en luttes et de luttes féministes de la Révolution française à nos jours ; elle assure que ces engagements du passé sont « inspirants » pour aujourd'hui.

Interventions artistiques et médiatiques Elle est régulièrement invitée sur des chaînes de radio publiques ainsi qu'à la télévision, notamment dans les émissions C ce soir et C politique ou sur Mediapart. En 2016-2017, elle est une intervenante régulière de l'émission Du grain à moudre sur France Culture. Elle intervient également avec régularité sur le plateau de l'émission 28 minutes sur Arte. En 2018, elle coécrit et participe au film La grève du siècle en direct diffusé sur France 3. Entre 2021 et 2023, elle est sociétaire de l'émission Histoire de sur France Inter, proposée et présentée par Patrick Boucheron. Elle prend part à la série Quand l'histoire fait dates sur Arte.

Elle se produit plusieurs fois sur des scènes théâtrales, notamment avec les metteurs en scène Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, ainsi que dans le Live Magazine des écrivains au Théâtre du Nord et au MUCEM.

Prises de position Ludivine Bantigny, fille de postiers, , reste . Elle participe à Nuit debout en 2016 et se dit proche de l'économiste et philosophe Frédéric Lordon.

Par ailleurs, elle soutient à plusieurs reprises la militante controversée Houria BouteldjaMartine Gozlan, Qui protège Houria Bouteldja ?, marianne.net. 29 décembre 2020., qui a, selon elle, été ; à ce titre, elle a pris une position suivant laquelle Ludivine Bantigny, « Non, la pensée décoloniale ne menace pas la République », L'Obs, 17 décembre 2018...

En , elle rejoint le parlement de la Nupes.

Militante anticapitaliste et féministe, elle se prononce pour l'unité des gauches, « avec l'appui des mobilisations sociales ». En , elle figure parmi les 180 signataires d'une tribune publiée dans L'Humanité appelant ..

Plainte contre François Bégaudeau

Le , l'écrivain François Bégaudeau comparait devant le tribunal judiciaire de Paris, après que Ludivine Bantigny et l'association Les Chiennes de garde ont déposé plainte contre lui, en 2020, pour « diffamation en raison de l’appartenance à un sexe » après qu'il a écrit dans les commentaires de son site : « Dans le milieu radical parisien, Ludivine est connue pour être jamais la dernière. Tous les auteurs de La Fabrique lui sont passés dessus, même [Geoffroy de] Lagasnerie »Sarah Brethes, Jugé pour diffamation sexiste, l’écrivain François Bégaudeau plaide « l’humour beauf », mediapart.fr, 4 avril 2024.. Pour l’historienne, . Mediapart, qui a assisté au procès, rapporte les explications de François Bégaudeau : « Un internaute m’avait demandé de lui recommander des livres, Ludivine Bantigny figurait dans la liste. Je venais de lire son livre sur Mai 68, que j’avais trouvé très fort. Un internaute revient et me dit qu’il est conquis. S’enclenche alors un sketch entre lui et moi, je le connais, je sais qu’il a beaucoup d’humour. Il appelle Ludivine Bantigny “la Garbo des historiens”, “la divine”. Je suis rentré dans le jeu, dans le rôle de celui qui va attiser la jalousie. C’est là que je commets ce post trivial, grossier » .

Le , Bégaudeau est relaxé par le tribunal. Le tribunal juge que, aucun fait précis n'étant imputé à Ludivine Bantigny, il ne s'agit pas de diffamation, tout en qualifiant les termes employés d'« inélégants » et sur « un registre obscène » et en précisant que Bégaudeau cherchait à « rabaisser Ludivine Bantigny, en tant que femme ».

Quelques mois plus tard, dans son livre Comme une mule, François Bégaudeau revient en détail sur cette affaire et développe ses vues à propos du lien entre humour et morale ainsi qu'entre art et politique... Il critique notamment dans cet essai ce qu’il appelle un « féminisme moral ». Dans AOC, la chercheuse en littérature Hélène Boons soutient qu'il y a dans cet essai « un style dominateur entretenant plusieurs points communs avec le masculinisme d’Éric Zemmour et l’ethos de Donald Trump ».

Publications Ouvrages La Bourse ou la vie: Le Front populaire, histoire pour aujourd'hui, Paris, La Découverte, 2026 Nous ne sommes rien, soyons toutes ! Histoire de femmes en lutte et de luttes féministes, de la Révolution à nos jours, Seuil, 2025 La Commune au présent : une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021 « La plus belle avenue du monde ». Une histoire sociale et politique des Champs-Élysées, La Découverte, 2020 Révolution, Paris, éditions Anamosa, 2019

La France à l’heure du monde. De 1981 à nos jours, Paris, Seuil, 2013 ; rééd. 2019 L'Œuvre du temps. Histoire, mémoire, engagement. Paris, éditions de la Sorbonne, 2019 La Fabuleuse Histoire des journaux lycéens, préface de Cabu, Paris, Les Arènes, 2014 Le Plus Bel Âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des Trente Glorieuses à la guerre d’Algérie, Paris, Fayard, 2007 Les « s » français. La France et les Français de 1914 à nos jours, Paris, Ellipses, 2006

Essais Battre l'extrême droite, Éditions du Croquant, , 2024 Que faire ? Stratégies d'hier et d'aujourd'hui pour une vraie démocratie, Paris, 10/18, 2023. Face à la menace fasciste: Sortir de l'autoritarisme, avec Ugo Palheta, éditions Textuel, 2021 L’Ensauvagement du capital, Paris, Éditions du Seuil , 2022 (avec Julien Théry), "Marcel Gauchet ou le consensus conservateur. Enquête sur un intellectuel de pouvoir", Revue du crieur, 2015/1 (N°1), p. 4-19, La Découverte en ligne. « Pierre Rosanvallon, une histoire à angles morts », Terrestre, en ligne.

Jeunesse Petite histoire des grèves et des soulèvements populaires, Bayard, 2024

Co-autrice ou co-direction