Les Tunisiens (en ; Twansa et en berbère ⵉⵜⵓⵏⵙⵉⵢⴻⵏ ; Ittunsiyen) sont l'ensemble des personnes jouissant individuellement de la nationalité tunisienne et, collectivement, de la Tunisie comme pays, et dont les membres formant un peuple partagent une culture et une histoire communes, héritées d'un patrimoine pluriel et plurimillénaire.
L'arabe tunisien, en tant que langue maternelle et vernaculaire, constitue un pilier majeur de l'identité tunisienne, accompagnée par des éléments emblématiques tels que la cuisine, la musique et l'artisanat tunisiens.
Histoire
De nombreuses civilisations et peuples ont envahi, migré ou ont été assimilés à la population au cours des millénaires. Ces influences sont donc multiples : Phéniciens, Romains, Vandales, Grecs, Arabes, Normands, Italiens, Espagnols, Turcs Ottomans, Janissaires et Français.
Afrique et Ifriqiya
La première civilisation connue de l’histoire de la Tunisie actuelle est la culture capsienne, une civilisation préhistorique ancêtre aux Berbères. Les Phéniciens s'établirent en Tunisie entre le et fondèrent l'ancienne Carthage.. Ces migrants ont apporté avec eux leur culture et leur langue qui s'est progressivement étendue des zones côtières tunisiennes au reste du Nord-Ouest de l'Afrique, en passant par la péninsule ibérique jusqu'à la plupart des principales îles de la Méditerranée (Baléares, Corse, Djerba, Malte, Sardaigne, Sicile et d'autres mineures)Aubet, M. E. (2001). The Phoenicians and the West: politics, colonies and trade. Cambridge University Press..
À partir du , la plupart des Tunisiens étaient des Puniques. Quand Carthage est tombé en 146 sous le joug des RomainsAppien d'Alexandrie (162). The Punic Wars. Histoire romaineAppien d'Alexandrie (162). The Third Punic War. Histoire romaine, la population côtière était principalement punique, mais cette influence diminuait en s'éloignant des côtesJongeling, K., & Kerr, R.M. (2005). Late Punic epigraphy: an introduction to the study of Neo-Punic and Latino- Punic inscriptions. Tübingen: Mohr Siebeck, , .. De la période romaine à la conquête islamique, les Latins, les Grecs et les Numides ont également influencé les Tunisiens, appelés Afariqa : Africains romains.
Depuis la conquête islamique du Maghreb en 673, Un grand nombre d'Arabes, ainsi qu'une petite minorité de Persans et d'autres populations du Moyen-Orient, se sont installés en Tunisie qui s'appelait alors Ifriqiya, de son ancien nom la province romaine d'AfriqueHolt, P. M., Lambton, A. K., & Lewis, B. (1977). The Cambridge History of Islam (Vol. 2). Cambridge University Press.Chejne, A. G. (1969). The Arabic language: Its role in history. U of Minnesota Press...
Au début du , les Normands du royaume de Sicile s'emparèrent de l'Ifriqiya et fondèrent le royaume d'Afrique qui dura de 1135 à 1160All the Arabic sources can be found in Michele Amari, Biblioteca arabo-sicula (Rome and Turin: 1880).Abulafia, "The Norman Kingdom of Africa", 26.. Les Siciliens et les Normands s'installèrent en Tunisie, se mêlant à la population et donnant lieu à un contact de cultures différentes parmi le peuple tunisien qui a entre autres donné naissance à la culture normano-arabo-byzantineLynn White, Jr.: "The Byzantinization of Sicily", The American Historical Review, Vol. 42, No. 1 (1936), ..
Après la Reconquista et l'expulsion des Juifs et morisques d'Espagne, beaucoup d'Espagnols musulmans et juifs sont arrivés. Selon Matthieu Carr, « autant que quatre-vingt mille Maures se sont installés en Tunisie, la plupart d'entre eux dans et autour de la capitale, Tunis, qui contient toujours un quartier connu sous le nom Zuqaq al-Andalus, ou "Avenue de l'Andalousie" ».
Dominations espagnole et ottomane
gauche|vignette|Rue des Teinturiers à Sfax (v. 1900) Au cours des , l'Ifriqiya est passée sous domination espagnole, puis ottomane et a accueilli des immigrants italiens à partir de l’année 1609Quitout, M. (2002). Parlons l'arabe tunisien: langue & culture. Editions L'Harmattan... Tunis est officiellement intégré dans l'Empire ottoman sous le nom dEyalet de Tunis (province), éventuellement y comprenant l'ensemble du Maghreb, à l'exception du Maroc.
Sous l'Empire ottoman, les limites du territoire habité par les Tunisiens se sont contractées ; l'Ifriqiya perd du territoire à l'est (Tripoli). Au , les dirigeants de la Tunisie ont pris conscience des efforts politiques et sociaux menés lors de la réforme dans la capitale ottomane (Tanzimat). Le Bey de Tunis, par ses propres lumières, mais éclairé par l'exemple turc, tente d'effectuer une modernisation des institutions et de l'économie. Toutefois, la dette internationale tunisienne augmente au point de devenir ingérable. Ce fut la raison ou le prétexte qu'utilisa la France, alors principale créancière du pays, pour y établir un Protectorat en 1881.
Protectorat français
De la République à la Révolution
vignette|Carte tunisienne d'électeur après l'Indépendance L'indépendance vis-à-vis de la France a été obtenue le 20 mars 1956. La Tunisie se reconstitue alors brièvement en tant que monarchie constitutionnelle avec le Bey de Tunis, Lamine Bey, en tant que roi et chef d'État de la Tunisie. Ce dernier abdique en 1957 et c'est le Premier ministre Habib Bourguiba qui abolit la monarchie et établit fermement son parti, le Néo-Destour la même année.
Dans les années 1970, l’économie tunisienne se développe à un bon rythme. Du pétrole est découvert dans le Sud tunisien et le tourisme s'accroît. L'urbanisation fait que les populations des villes et des campagnes arrivent à des proportions à peu près égales. Toutefois, des problèmes agricoles et de chômage urbain entraîne une migration accrue vers l'Europe.
Le 7 novembre 1987, le Président Bourguiba, alors âgé de , est renversé et remplacé par Ben Ali, son Premier ministreJohn P. Entelis, "Tunisia" in The Americana Annual 1988 (New York: Grolier). Ben Ali's background was said to be pro-Western, trained in military affairs by France and the U.S.A.; he had previously clamped down on both left and right opponents, especially Islamic fundamentalists. Entelis (1987) .. Toutefois, le régime de Ben Ali est marqué par le clientélisme, le chômage, l'inflation alimentaire, la corruption.., l'absence de libertés politiques, de liberté d'expression. et de mauvaises conditions de vie. Ce régime arrive à sa fin plus tard, le 14 janvier 2011, durant les événements de la Révolution tunisienne qui provoque une succession de manifestations à l'échelle nationale.
Après le renversement de Ben Ali, les Tunisiens élisent une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution et d'établir un gouvernement provisoire, connu sous le nom de la Troïka car c'est une coalition de trois partis ; Ennahdha, Congrès pour la République et Ettakatol... Une généralisation du mécontentement subsiste cependant, conduisant à une crise politique entre 2013 et 2014... Comme résultat des efforts déployés par le Quartet du dialogue national, l'Assemblée constituante achève ses travaux, le gouvernement intérimaire démissionne, et de nouvelles élections ont lieu en 2014, qui complètent l'achèvement de la transition vers un état démocratique.. Le Quartet du dialogue national a reçu le prix nobel de la paix 2015 pour « sa contribution décisive à la construction d'une démocratie pluraliste en Tunisie dans le sillage de la Révolution tunisienne de 2011 »..
Au-delà des changements politiques, qui conduisent à ce que la Tunisie devienne une démocratie reconnue en 2014., ces événements ont aussi apporté des changements importants à la culture tunisienne post-2011.
Population
vignette|redresse|Costume traditionnel de Hammamet. La démographie de la Tunisie se caractérise par l'uniformité de la population en matière de composantes culturelles ou religieuses. Ainsi, sur un fond Berbère. et après avoir assimilé à travers son histoire les Romains, les Vandales, les Phéniciens les Turcs et les Européens ce sont les Arabes qui vont le plus marquer l'identité tunisienne.
En 2005, 97 % des Tunisiens sont de confession musulmane sunnite..
L'influence ottomane a été particulièrement importante dans la formation d'une communauté turco-tunisienne, d'autres peuples ont aussi migré vers la Tunisie au cours de différentes périodes de temps, y comprenant de manière non exhaustive. Néanmoins, dès 1870, la distinction entre les masses tunisiennes et l'élite turque se flouta..
À partir de la fin du jusqu'à l'après Seconde Guerre mondiale, la Tunisie accueillit de grandes populations de Français et d'Italiens (près de en 1956)., bien que la plupart d'entre eux, ainsi qu'une grande partie de la communauté ancestrale juive de Tunisie, partirent après que la Tunisie devint indépendante, alors que l''histoire des Juifs en Tunisie remonte à près de . En 1948, la population juive est estimée à , mais, en 2013, seulement environ 900 personnes sont restées..
Génétique : haplogroupes et ADN autosomal
Chromosome Y (lignées paternelles)
Les haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens présentent une variation importante selon les régions et les populations étudiées. L'étude de Fadhlaoui-Zid et al. (2011), portant sur cinq groupes ethniques tunisiens, identifie E-M81 comme la principale lignée paternelle, avec une fréquence moyenne d'environ 71 % dans l'ensemble des échantillons étudiés. E-M81 atteint notamment 100 % dans les échantillons berbérophones de Chenini-Douiret et de Jradou. L'étude met également en évidence une présence importante de J-M267 (J1), qui dépasse 30 % dans certains groupes. Ces résultats montrent une forte prédominance des lignées nord-africaines dans les populations étudiées, tout en révélant une diversité génétique notable entre les différents groupes.
E-M81, également désigné E1b1b1b dans certaines anciennes nomenclatures, est particulièrement fréquent en Afrique du Nord-Ouest. Il est également présent, à des fréquences plus faibles, dans la péninsule Ibérique ainsi qu'en Italie et en France. J-M267 (J1) est quant à lui particulièrement fréquent au Proche-Orient et dans la péninsule Arabique. La présence de cette lignée en Afrique du Nord témoigne notamment d'anciens échanges démographiques entre l'Afrique du Nord et les régions du Proche-Orient, sans que les haplogroupes puissent être assimilés directement à une origine ethnique ou linguistique.
Une étude de Frigi et al. (2021), consacrée au patrimoine paternel tunisien, estime la composition du pool de chromosomes Y à environ 71,7 % de lignées attribuées à une composante nord-africaine autochtone, 18,4 % à une composante proche-orientale, 5,2 % à une composante subsaharienne, 3,5 % à une composante européenne et 1,3 % à une composante asiatique.
Les fréquences observées dans les différents échantillons sont les suivantes :
Population Nb A/B E(xE1b1b1) E1b1b1 E1b1b1a E1b1b1b E1b1b1c F K G I J1 J2 R1a R1b-M269 Autres Études1 Berbères de Bou Omrane4005 %05 %87,5 %02,5 %000000002 Berbères de Bou Saad40000092,5 %000005 %0002,5 %3 Arabes de Jerba462,2 %0015,2 %60,9 %4,3 %00008,7 %2,2 %4,3 %2,2 %04 Berbères de Jerba4700017 %76,6 %04,25 %2,1 %00000005 Berbères de Chenini–Douiret270000100 %0000000000Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)6 Berbères de Sened35000065,7 %02,9 %00031,4 %0000Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)7 Berbères de Jradou320000100 %0000000000Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)8 Zaghouan320003,1 %40,6 %09,4 %00043,8 %3,1 %000Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)9 Tunis33003,0 %6,0 %54,5 %3,0 %6,0 %03,0 %024,2 %0000Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)10 Tunis14802 %3,4 %5,4 %37,8 %2,7 %4,7 %0,7 %0032,4 %3,4 %0,7 %6,1 %0,7 %11 Immigrants tunisiens en Italie52009,6 %15,4 %32.7 %01,9 %1,9 %0034,6 %3,8 %000
ADN mitochondrial (lignées maternelles)