vignette|Vue de la piste de danse du Side Show en 2013, une discothèque située au Cap (Afrique du Sud).
Une discothèque est un établissement de loisirs musical et dansant privé, généralement nocturne et réservé aux personnes majeures.
Apparue dans les années 1960 et donnant naissance à de multiples sous-cultures, la discothèque se distingue généralement du simple débit de boissons par la présence en plus d'un bar d'une ou plusieurs pistes de danse et d'une cabine réservée au DJ permettant de mixer un set en direct un ou plusieurs styles de musique par le biais d'un puissant système de sonorisation, en lien avec une scénographie multimédia (audiovisuelle et lumière) parfois associée à des effets spéciaux (machines fumigènes).
Une discothèque peut également faire office de salle de concert. Lieu privé, elle dispose d'un service de sécurité qui en filtre l'accès. La plupart des discothèques répondent à des genres musicaux spécifiques et ciblent certaines communautés, ou en dédient certains soirs à un thème musical particulier. Selon l'importance de l'établissement, plusieurs genres musicaux peuvent être diffusés simultanément sur des pistes de danse séparées (disco, rock).
Étymologie
Le mot « discothèque » est attesté en français dès 1928, et signifie à cette époque un espace ou un meuble situé dans la maison où l'on range des disques microsillons. L'établissement ou le local où l'on peut danser s'appelle un « dancing » dès les années 1920. Dans les années 1950, le mot discothèque englobe à la fois le meuble, mais aussi une boutique où l'on peut écouter des disques avant de les acheter, ainsi qu'un établissement de prêts de disques, un local au sein d'une station de radio où sont rangés les disques, et, enfin, une boîte de nuit (1958). Cette dernière occurrence tend à s'imposer à partir des années 1970, en concurrence avec les anglicismes dancing et nightclub« Discothèque », définitions du CNRTL..
Histoire
Prémices vignette|gauche|Toulouse-Lautrec, Au Bal du Moulin de la Galette (1889), Art Institute of Chicago.
En Europe, avant 1914, les lieux nocturnes réservés à la musique dansante sont codifiés à la fois par les mœurs, les usages, les coutumes et la législation. La séparation entre les sexes est telle qu'une femme ne peut entrer non accompagnée dans un cabaret, un music-hall ou un café-concert. de la nourriture, placé, il y a une scène réservée aux musiciens et aux artistes performeurs pour les attractions, et enfin une piste de danse située entre les tables. L'entrée donne droit à un jeton. Ces lieux étaient très surveillés par des informateurs de police (vol, recel, prostitution, trafic de stupéfiants, etc.)Colette, L'Envers du music-hall, Flammarion, 1913.. L'une des plus anciennes salles de cette époque encore en activité est la Scala (Paris), ouverte en 1874.
Aux États-Unis, entre 1900 et 1920, les ouvriers américains se réunissaient dans les honky tonks ou les pour danser sur la musique qui était jouée soit au piano ou par un juke-box. Le Webster Hall situé à Manhattan, toujours actif, est ouvert en 1886, d'abord comme lieu de socialisation, où sont organisés des soirées dansantes à thème, des bals de débutantes, des rencontres sportives et des réunions politiques. Pendant la prohibition américaine, les speakeasies, tels le 21 Club, situés au sous-sol d'établissements respectables, constituent des lieux de plaisirs clandestins particulièrement prisés. Avec l'abrogation de la prohibition en , ils évoluent en dancings, par exemple à New York, le Stork Club (1921), El Morocco (1931) ou encore le Copacabana (1940), accueillant des big bands. À Harlem, le Cotton Club et le Connie's Inn sont d'anciens lieux très connus avec leur clientèle composée principalement de blancs.
vignette|Situé dans les sous-sols du Grunewald Hotel à La Nouvelle-Orléans, ouvert en 1912, The Cave est considéré comme le premier nightclub américain. vignette|Paris la nuit, dans un dancing de Montmartre, gravure de Manuel Orazi, 1927.
Dans le Paris de l'entre-deux-guerres, la mode est d'abord aux dancings, irrigués par la musique américaine jazz Nouvelle-Orléans et charleston, et argentine, grâce à la vogue du tango. Des lieux ouvrent, appelés « boîtes de nuit », proposant restauration, concert et piste de danse, tels que Le Bœuf sur le toit, Le Grand Écart, d'autres évoluent comme Maxim's qui possède un premier étage dansantF. de Miomandre (1932), .. Dans les années 1930, la mode revient aux bals-guinguettes, le plus célèbre reste le Balajo, situé rue de Lappe, mais on trouve aussi la Java, le dancing de La Coupole, plus corseté, ou encore Le Palace, ancien cinéma reconverti en music-hall à revues, déclinant des thèmes où la clientèle devait venir déguiséFlorence Tamagne, Le Crime du Palace, Paris, Payot, 2017, .. Après guerre, les caveaux parisiens s'ouvrent au jazz dansant, celui de la Huchette est le plus ancien. Le terme « boîte de nuit » est utilisé dès les années 1930 par la presse parisienne.
Pour Peter Shapiro, auteur de , les origines du clubbing contemporain remontent aux soirées clandestines organisées par la Swingjugend berlinoise et les Zazous parisiens dans les années 1941-1944 : Peter Shapiro, Turn the Beat Around, cité par Jean-Yves Leloup, dans Trax, juin 2006..
Arrivée du disc jockey
Dans les années 1950 et même quelques années après, la plupart des bars et des clubs privés utilisaient des juke-boxes ou faisaient chanter en direct des groupes. En Angleterre, dès 1946, des bals itinérants circulent à travers le pays et font danser les gens à partir de disques, de platines et de haut-parleurs.
En 1953, alors qu'elle travaillait au Whisky à Gogo à Paris, Régine décide de peindre les lumières de toutes les couleurs, de les animer à la main, et de remplacer le juke-box par un double tourne-disque pouvant diffuser la musique de façon ininterrompue, et surtout sous son contrôle.. Régine a une prédilection pour le cha-cha-chaRégine, Moi, mes histoires, Paris, Éditions du Rocher, 2006, préface.. Le premier club officiel de l’histoire méconnue de la discothèque est en effet le Whisky à Gogo de Paris, fondé par Paul Pacini en 1947, suivi par Chez Castel, qui parviennent alors à réunir une faune interlope, entre célébrités, créatures inverties, fêtards sans le sou et figures de la nuitLeloup (2008), entretien avec Frédéric Leibovitz publié dans Tsugi..
De 1956 à 1962, Lucien Leibovitz, sans doute l’un des premiers disc jockey ou « disquaire », mot employé à cette époque, est résident au Whisky à Gogo situé à Cannes également ouvert par Pacini : .
Explosion de la culture jeune vignette|gauche|Mayfair Ballroom and Concert Hall ouvert en 1961 à Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni.
La génération qui a 20 ans en 1960, vivant dans les centres urbains ou dans les périphéries, et qui a accès à la télévision et à la radio, va revendiquer son droit à des loisirs émancipateurs : le tournant s'observe lors des concerts, où, face à la scène sur laquelle joue des groupes de rock, le jeune public, au lieu de rester sagement assis, se lève, gesticule, crie, entre en transe. La télévision montre ces images, et les médias qualifie cette jeunesse de yéyés, puis deux nouvelles danses apparaissent, le twist et le jerk, premières formes de danse en solitaire, qui s'imposent au cours de la décennie suivante. En attendant, à New York, l'arrivée et le succès du twist accompagne l’émergence de la scène club qui, peu à peu, remplace les clubs jazz de la ville, comme principaux lieux de danseInterview : Peter Shapiro, aux origines du clubbing, par Jean-Yves Leloup, dans Global Techno, 16 octobre 2008.. Fin 1964, l'émission américaine American Bandstand qui programmait depuis 1957 des jeunes gens dansant sur de la musique rock en couple, s'ouvre à des compositions dansées en solo. En , la chaîne nationale américaine NBC lance Hullabaloo, une émission programmée l'après-midi, qui met en scène dans son générique des jeunes filles de toutes origines gesticulant et, pendant les lives, des filles postées sur des estrades, pratiquant le go-go dancing. La chaîne nationale française avec Âge tendre et tête de bois et la chaîne britannique BBC avec Top of the Pops, ouvrent également leurs antennes à des groupes de musiciens entourés de jeunes gens dansantFrancesco Guzzetti (2017), « Yéyé Style »..
À Paris, les salles de concert s'adaptent à ce besoin de liberté : en 1961, le Golf-Drouot, un ancien minigolf en salle, se reconvertit en salle de concert avec piste de danse centrale. Le , James Arch ouvre le Bus Palladium à Paris, une discothèque rock ouverte à tous« Le Bus Palladium, vies et mort d'un club rock », France Culture, mai 2022..
En , ouvre à Saint-Tropez, le Voom Voom club, grâce de nouveau à Pacini, qui fait appel pour une scénographie son et lumière novatrice à Nicolas Schöffer, prend en résidence des disc-jockeys, et accueille des groupes de rock, surtout britanniques.
Ailleurs qu'en France, vers 1963, à Londres, , frère du mannequin féminin Maxime de la Falaise, ouvre une discothèque réservée uniquement à ses membres, le sur Berkeley Square « Why there'll always be an Annabel's », The Telegraph, 2O janvier 2015.. Le twist a par ailleurs été important en Europe car il a aidé le rock’n’roll à pénétrer le grand public, quelque temps après avoir été adopté par la jet set, notamment dans les clubs sélect et prétentieux de Paris ou de Rome. Une autre discothèque populaire ouvre à Munich en 1967, le Blow Up, ciblant une clientèle jeune désireuse de danser, lieu moins sélect qui fait bientôt fureur dans tout le pays Mirko Hecktor, Moritz von Uslar, Patti Smith, Andreas Neumeister, Mjunik Disco – from 1949 to now, Munich, Blumenbar Verlag, 2008, .. À Paris, la première véritable discothèque populaire ouvre en 1969, boulevard de Bonne-Nouvelle, c'est Le Memphis, anciennement le Miami dancing, c'est un espace ouvert à tous, qui n'a rien à voir avec un club privé ou une salle de concert, on y vient pour danser jusqu'à 5 heures du matinVilla Schweppes, site officiel.. Cependant, la première génération rock 'n' roll préférait les bars et tavernes à la fois rustiques et rudimentaires aux discothèques, et ces dernières n'atteignirent pas de popularité flagrante avant les années 1970 et l'émergence du disco.
Fièvre des années 1970 vignette| Jeunes gens dans une discothèque d'Allemagne de l'Est (1977), par Eugen Nosko (Deutsche Fotothek).