Les Pauvres Gens () est le premier roman de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski, qui commence à l'écrire en 1844, aussitôt après avoir quitté l'armée. Le texte paraît le dans le Recueil pétersbourgeoisCorrespondance, Lettre 57 du à Mikhaïl Dostoïevski, Paris, 1998, Bartillat, . et connaît aussitôt un grand succès. Les Pauvres Gens est un roman épistolaire, le seulSi l'on fait exception d’Un roman en neuf lettres, une brève nouvelle d'une dizaine de pages. de Dostoïevski.

« Un nouveau Gogol » En 1843, Dostoïevski traduit — assez librement — Eugénie Grandet en russe et fait paraître la traduction en 1844Joseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), 15.. La même année, il écrit Les Pauvres Gens dans le secretEfim Etkind, Histoire de la littérature russe, Tome 3, 970. En , il annonce à son frère Mikhaïl : .

La rédaction est assez longue : seize mois en tout. Le , Fiodor écrit à son frère :

Lorsqu'il publie le roman dans le Recueil pétersbourgeoisFiodor Dostoïevski, Journal de l'écrivain, 1877 : décembre chapitre II, 1, 1313, Bibliothèque de la Pléiade. en janvierD. S. Mirsky, Histoire de la littérature russe 207. 1846, c'est d'emblée le succès. Le critique Vissarion Belinski, qui connaît le roman par le truchement de Dmitri Grigorovitch, colocataire et ami de Dostoïevski et de Nikolaï NekrassovDominique Arban, Dostoïevski, 50, le porte aux nuesJoseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), 14.. Eugène-Melchior de Vogüé donne de l'épisode une peinture assez vivante et souvent repriseLe récit se base sur le Journal de l'écrivain, que Dostoïevski tient beaucoup plus tard et dont un extrait est donné par Sylvie Luneau 1334 de l'édition de la Pléiade. Voir aussi le Journal de l'écrivain, janvier 1977, chapitre IV, 871, Bibliothèque de la Pléiade. :

Plus tard, l'écrivain raconte comment l'idée lui en vient lors d'une promenade au bord la Neva, dans l'hiver pétersbourgeois : .

Le succès public, dont le jeune Dostoïevski se rengorge alors ( écrit-il dans sa lettre du ), est cependant de courte durée, puisque le deuxième roman, Le Double, est mal accepté par la critique, en particulier par BelinskiJoseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), 18.. Dostoïevski se brouille d'ailleurs avec Nekrassov dès 1846, l'année même de la parution des Pauvres Gens, et avec Belinski dès l'année suivanteSylvie Luneau, Note 1335, La Pléiade.

Une voix discordante Ivan Tourgueniev fut l'un des rares écrivains à se montrer critique : Les relations entre les deux écrivains connurent des hauts et des bas avant la brouille définitive qui éclata en 1867 à Baden-Baden.

Personnages De nombreux personnages, comme dans tous les ouvrages de l'auteur, avec l'utilisation des noms russes, patronymes et prénom, surnom ou diminutif(s)...

Les 2 personnages principaux sont voisins dans un quartier pauvre de Pétersbourg... mais s'écrivent les lettres très régulièrement... Macaire Alexéïevitch Diévouchkine (Makar Alexéïévitch DevouchkineSelon la traduction d'André Markowicz.) : fonctionnaire subalterne d'un certain âge. Il protège Varvara de son nom et il l'aide. Son métier : la recopie... sa logeuse Téréza, servante, Faldoni, le valet, Les autres colocataires : Le quartier-maître et sa famille, Le fonctionnaire dans le domaine littéraire, qui donne des soirées d'auteurs, Rataziaïev, La pauvre famille d'un fonctionnaire sans travail, exclu du service, Gorchkov, Des collègues, fonctionnaires sous l'autorité de Son Excellence : Emélian Ivanovitch, conseiller titulaire lui aussi, qui est à la même table de travail que le héros. Fiodor Fiodorovitch, Piotr Pétrovitch, Axenti Ossipovitch, Fédosseï Ivanovitch, le scribe Ermolaïev, Timoféï Ivanovitch, Evstafi Ivanovitch, Axenti Mikhaïlovitch, Emelia, Emelian Illitch, ancien fonctionnaire déchu.

Varvara Alexéïevna Dobrossiélova (Varvara Alexéïevna Dobrossiolova), Varenka, la jeune parente éloignée et voisine de Macaire. Son père, décédé, était intendant d'un immense domaine, et il fut licencié et chassé après la mort du propriétaire terrien ; Déménagement vers Pétersboug en suivant. Fiodora, sa colocataire, sa logeuse, Sacha, la cousine de Varvara,

M. Bykov, propriétaire terrien Anna Fiodorovna, dit être une parente de Varvara qu'elle aura logée jeune, elle et sa mère lorsqu'elle fut veuve, dans un logement sur l'île Vassili, une maison sise "Sixième Ligne". Amie et proche relation de M. Bykov. Pokrovski, Pétenka ou Pétia, étudiant pauvre, locataire d'Anna Fiodorovna, enseigne Sacha et Varvara, Zakhar Pétrovitch, le père de Pokrovski, vieillard pauvre en admiration de son fils, ancien fonctionnaire, veuf puis remarié. Se montre curieux, bavard absurde, et quelquefois en état d'ébriété. M. Bykov était son bienfaiteur.

Résumé vignette|Illustration fait par Pierre Boklevskiy pour le roman Les Pauvres Gens. Le roman est constitué par l'échange de lettres de deux personnages seulement. La correspondance se déroule sur quelques mois, du au de la même année.

Un vieux fonctionnaire, Macaire Alexéïevitch Diévouchkine, correspond avec une jeune fille, Varvara Alexéïevna Dobrossiélova, parente éloignée pour laquelle il s'est pris d'affection. Ils habitent l'un en face de l'autre dans des immeubles délabrés de Saint-Pétersbourg et en se racontant les petits événements de leur quotidien, rendent compte de leurs conditions de vie misérables. Ainsi, Macaire habite dans la cuisine d'un grand appartement qu'il partage avec de nombreux personnages, dont la famille Gorchkov : leurs malheurs essaiment tout au long du roman.

Bien que tous deux soient sans le sou, ils s'entraident autant que faire se peut, tantôt par l'envoi de menue monnaie, tantôt par de petits cadeaux : des bonbons, des dentelles. Macaire Diévouchkine n'hésite pas à s'endetter pour aider Varvara Alexéïevna trop faible et trop malade pour travailler et sombre dans une plus grande misère chaque jour : ses vêtements se délabrent, ses dettes s'accumulent.

L'échange épistolaire est marqué par quelques épisodes un peu plus longs : le récit de l'enfance de Varvara et le début de ses malheurs à Saint-Pétersbourg., le premier amour de la jeune fille pour l'étudiant Pokrovski., la peinture des habitants de l'appartement communautaire de Macaire ou la quête d'argent de ce dernier auprès de ses collègues ou dans les bas-fonds de la ville.

Cette correspondance, Macaire en résume l'essence dans une dernière lettre, qu'il n'envoie finalement pas : . Cette dernière lettre résume l'un des principaux enjeux de cette œuvre : dessiner l'avenir de la littérature.

Lectures

Les Pauvres Gens s'accommodent d'une double lecture, d'une part, une interprétation « politique », d'autre part une interprétation strictement littéraire. En effet, à côté de la sévère peinture de mœurs de la société pétersbourgeoise dans les années 1840, l'œuvre est truffée d'allusions littéraires. Il s'agit soit de référence à des œuvres déjà parues (Shakespeare, Schiller, Pouchkine, Gogol, etc.), soit de la confession que font les personnages de la difficulté qu'ils ont à écrire, soit de considérations générales sur la littérature.

Un roman « socialiste » Alexandre Herzen, le , a qualifié Les Pauvres Gens de premier roman véritablement socialiste de la littérature russeJoseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), 23.Efim Etkind attribue une phrase très proche (la même?) à Belinski : Les Pauvres Gens sont . Selon Pierre Pascal, Dostoïevski a défini très tôt sa vocation : .

Un pastiche littéraire Pour D. S. Mirsky, .

Selon Joseph Frank, . Frank donne d'autres exemples de parodie (également tirée de Gogol), mais pour lui, la question centrale de l'œuvre reste celle de la .

En 1886, dans Le Roman russe, Eugène-Melchior de Vogüé reprend déjà cette idée dans une formule devenue célèbre :

Pour Sylvie LuneauSylvie Luneau a traduit Les Pauvres Gens et produit les notes dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade. également, Les Pauvres Gens sont le roman où l'influence de Gogol est la plus visible : .

La présence de Pouchkine

Si les critiques s'évertuent à relier Les Pauvres Gens aux personnages de Gogol, Alexandre Pouchkine semble encore plus présent dans le texte de Dostoïevski. Ainsi la jeune fille n'hésite pas à s'endetter pour offrir à Pétinka Prokovski les œuvres complètes de Pouchkine.. Le cadeau finit dans les mains de l'odieuse logeuse, Anna Fédorovna et est éparpillé par le père Pokrovski à l'occasion des obsèques de son filsop. cit, 1200-1201.

À la fin du roman., Macaire Diévouchkine ne demande à conserver de la jeune fille qu'un des livres qu'elle lui a prêtés., les Récits de feu Ivan Pétrovitch Belkine de Pouchkine.

Notes et références Notes

Références

Éditions en français

Bibliographie Eugène-Melchior de Vogüé, Le Roman russe, Elibron Classics, 2005 (fac-similé de l'édition de 1897 par Plon, Nourrit & Cie) D. S. Mirsky, Histoire de la littérature russe des origines à nos jours, traduit de l'anglais par Véronique Lossky, Fayard, 1969 ( 1926). Dominique Arban, Dostoïevski, Coll. Écrivains de toujours, Le Seuil, Paris, 1995 (première édition 1962). Joseph Frank, Dostoïevski. Les années miraculeuses (1865-1871), traduit de l'américain avec la collaboration de l'auteur par Aline Weil, 768 pages, éd. Actes Sud, Arles, 1998, ;

Liens externes Texte complet Traduction française de Victor Derély (1888), en ligne sur la Bibliothèque russe et slave

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