August Friedrich Schenck, aussi orthographié Auguste Frédéric Schenck ou August Friedrich Albrecht Schenck, né le à Glückstadt et mort le à Écouen, est un artiste peintre franco-allemand.
Élève de Léon Cogniet et membre de l'École d'Écouen, il est surtout connu pour ses peintures animalières.
Biographie
Famille Son père, Johann Joachim, après avoir été charpentier de marine, vendeur de vêtements, aubergiste, finit homme d’affaires. En 1803, il vit avec son fils, une veuve ainsi qu’une domestique, Christina Gransau, parfois écrit Granso.
Cinq enfants naissent d’une première union avec Dorothée Hullen (aussi écrit Hull), puis, en secondes noces, il convole avec son ancienne domestique. Il a avec elle quatre fils : Johann Jakob, homme d’affaires en Angleterre, à Nottingham ; Julius Sigismond, également homme d’affaires, qui devint sénateur à Glückstadt, Joachim Christian, avocat à Elmshorn, puis à Kiel, et enfin August Friedrich, qui naît le . Son milieu social est donc aisé, et la famille bien implantée dans la commune. La preuve : le jeune enfant eut pour parrains des personnes renommées de la ville : Johann August Karl Strube, apothicaire, Johann Nicolaus Friedrich Herfurt, sénateur et Jacob Philipp Albrecht Jungclaussen, recteur.
Une jeunesse tournée vers le commerce Le jeune Schenck suit un parcours scolaire classique : à la Bürgerschule de Glückstadt tout d’abord, puis à l’Institut Bockendahlsche à Flottbek, dans la banlieue de Hambourg. À quinze ans, son père souhaite qu’il suive les traces de son frère Johann Jakob, dans le commerce. Il part donc pour l’Angleterre dans le but de devenir lui aussi un homme d’affaires. C’est ainsi qu’il devient marchand de vins et qu’il parcourt une bonne partie de l’Europe, jusqu’en Russie. Ses innombrables voyages feront de Schenck un polyglotte confirmé et lui offriront des sujets pour ses premiers tableaux (voir Débuts de sa carrière artistique). Son commerce l’amena au Portugal, pour la vente du vin de Porto durant cinq ans, où il réussit parfaitement dans un premier temps, si l’on en juge par les récompenses qu’il y reçut. Il devient en effet commandant de l’ordre d’Isabelle la Catholique d’Espagne ainsi que chevalier de l’ordre du Christ du Portugal. Cependant, pour des raisons qui demeurent inconnues (on parle d’un mandataire indélicat), sa maison fait faillite et il doit songer à s’exiler.
Cependant, il gardera toujours un pied dans les affaires, même dans sa période de célébrité artistique. Il s’associe entre 1875 et 1882 avec l’industriel chimiste Jean Théodore Coupier, spécialisé dans la fabrique de matières colorantes pour la teinture, dérivées du goudron de houille.
Formation artistique Dès son plus jeune âge, et bien qu’il ne s’agisse pas d’un métier à envisager, August Friedrich Schenck se montre doué pour les arts, en particulier pour le dessin et la peinture. La perte de son commerce en Espagne lui ouvre toutefois de nouvelles perspectives. C’est lors d’un séjour à Berlin qu’il rencontra son ami l’écrivain et historien Adolf Stahr et sa seconde épouse, la femme de lettres Fanny Lewald, et qu’il fut convaincu de mettre ses talents au service de l’art.
Après avoir épousé Ludowika Stapaczjuska, une Polonaise née à Varsovie, en 1850, il prend le chemin de la France l’année suivante, direction Paris. Sa première adresse est le 36 rue de l’Ouest.
Schenck se présente à l’École des beaux-arts pour suivre les enseignements du peintre Léon Cogniet, peintre d’histoire et de scènes mythologiques et professeur à l'École nationale supérieure des beaux-arts. Sous son inspiration, il réalisa des toiles aujourd’hui disparues, dont une représentant Galatée tirée par des hippocampes. Une notice en garde la trace aux archives de Glückstadt, de même qu’au sujet d’un Jugement de Pâris montrant trois paysannes dans un champ de maïs posant devant des garçons.
August Friedrich Schenck aurait aimé être un peintre d’histoire, genre le plus « valorisé » à ses débuts, mais il s’éloigna assez vite de ces thèmes pour se consacrer à la peinture de genre. Début de carrière artistique Son talent est révélé à l’Exposition universelle de 1855. Il y exposa Les Revendeurs de fruits d’Avintes, près de Porto aussi appelé Les Marchands….Ce n’est pas le succès qu’il eut escompté. Il est mentionné comme “naturalisé portugais”dans le catalogue.
En 1857, il participe à l'exposition du jubilé du Schleswig-Holstein, sa terre natale, et expose Les Moissonneurs du Portugal, sujet une nouvelle fois inspiré par ses voyages. Cette même année, il expose au Salon Neige et Têtes de béliers et de moutons, étude. Son œuvre est remarqué et plus particulièrement la puissance émotionnelle de sa composition. Dans son commentaire du Salon de 1857, Maxime Du Camp écrit subjugué avoir ressenti une « une impression violente » devant Neige.
1861 est l’année où sa peinture bascule vers le genre qui fera sa célébrité, la peinture animalière, comme l'atteste le dessin préparatoire pour son premier grand tableau animalier, Paysans polonais attaqués par des loups, qui fut malheureusement volé à sa veuve.
Installation à Ecouen En 1862, Schenck s’installe à Ecouen où il demeurera jusqu’à sa mort. Pourquoi Ecouen ? Car un peintre célèbre à l’époque, Pierre-Édouard Frère avait regroupé un certain nombre d’artistes spécialisés dans la peinture de genre, montrant sur leurs toiles la vie quotidienne des petits paysans, peinture qui attire par ailleurs une clientèle américaine intéressée de scènes pittoresques de la campagne française. La renommée de la ville, véritable carrefour artistique pour les artistes et ces acheteurs et galeristes outre-Atlantique, attire ainsi de nombreux peintres toute nationalité confondue, tels que Charles-François Daubigny, Camille Corot et Mary Cassatt. Schenck bénéficie lui aussi de l’intérêt nord-américain. Un certain George Aloysius Lucas, marchand d’art au service, notamment, de la maison Walters de Baltimore, lui achète au total dix-sept œuvres : une esquisse de La Mer pour débuter, sept dessins et neuf toiles parmi lesquels La Sieste, Le Repos, Boules de neige ainsi L’Appel au secours payé en , le dernier de la série.
Schenck s’installe derrière l’église du village. Sa propriété compte son lieu de vie, son atelier mais accueille également une vaste ménagerie. Cohabitent chiens, chats, chèvres et ses modèles les plus récurrents, des moutons.
Son implantation au village lui donne quelques titres de tableaux : Sous les pommiers, exposé au Salon de Bruxelles de1863, Le Pont vert et La Rue du village (aussi intitulé Le Chemin vicinal).
Mort August Friedrich Schenck meurt le et son décès est enregistré le à Écouen. Sa tombe se trouve au cimetière d'ÉcouenCimetières de France et d'ailleurs.
Carrière artistique À partir de son installation en France, Schenck participe régulièrement au Salon et son travail y est régulièrement salué voire récompensé.
Schenck sous le Second Empire (1852-1870)
Salon de 1863 Le Salon de 1863 marque un tournant dans la carrière de Schenck. Il y reçoit en effet la mention honorable. C'est alors le début d'une reconnaissance critique qu'il espère voir un jour égaler celle dont jouit Rosa Bonheur.
Salon de 1865 Cette année-là, la participation de Schenck est particulièrement remarquée. Classé dans la catégorie des peintres d'animaux, c'est tant l'exécution que son talent d'observation et d'humanisation de ses modèles ovins qui sont salués par les critiques. Le Réveil et Le Râtelier attirent ainsi tout particulièrement l'attention de plusieurs auteurs dont Felix Jahyer : vignette|August Friedrich Schenck, Le Réveil, 1865, musée des Beaux-Arts de Bordeaux
A propos du tableau Le Réveil : Le Réveil (1941). Il faut voir avec quel naturel ces petits agneaux, pressés contre leurs mères, se relèvent et se préparent à marcher en troupeau. Il semble qu'on les entend bêler. Comme leurs laines sont grasses et abondantes ! Il ne se peut rien voir de plus fidèlement exécuté.A propos du tableau Le Râtelier :Le Râtelier (1942) est une toile exceptionnelle par son originalité et la largeur de son exécution. Une quinzaine de moutons vus de face avancent leurs têtes pour brouter la paille sèche qu'on leur a servie dans un râtelier. On voit positivement s'agiter ces brebis qui grimpent les unes sur les autres pour saisir avec gloutonnerie les brins dorés que l'on croit entendre craquer sous leurs dents. Impossible de ne rien imaginer de mieux rendu que ces regards inquiets et hébétés, ces oreilles avidement dressées, cette laine huileuse et jusqu'à cette paille sèche. C'est là un chef-d'œuvre qu'une médaille simple ne suffisait pas à récompenser, parce qu'on ne peut, sans l'amoindrir, comparer cette toile à celles d'autres artistes médaillés au même titre.
Salon de 1867 À cette occasion, Schenck expose deux tableaux : Troupeau pris dans la tourmente de neige au passage de la Croix Morand en Auvergne et Moutons montagnards.
Salon de 1868 vignette|Amand-Durand, Autour de l’auge, 1868, gravure, 12 x 23 cm, éditée par la gazette des Beaux-Arts, collection particulière Au Salon de 1868, Autour de l’auge retient l'attention de l'écrivain Théophile Gautier, dans Le Moniteur universel :« Chacun de ces ânes a une expression particulière, car pour ceux qui les observent, les animaux, ces humbles frères, ont des physionomies aussi variées que celles des hommes, et l’on peut faire leur portrait. »Schenck, ému par ce commentaire, le remerciera dans une lettreCorrespondance de Théophile Gautier, lettre 4079, Genève, Librairie Droz, 1996, p. 165.. Le tableau a été acheté 40 000 francs par le comte Alessandro Castellani.
Séduite par la subtilité de l'expression animalière, la princesse Mathilde est cependant dissuadée de l'acheter à cause de certaines rumeurs : on soupçonne que la représentation de ces têtes d'ânes serrées les unes contre les autres, serait la représentation des membres du jury du Salon voire même des ministres de son mari ! Preuve de cette rumeur, elle est mentionnée par l'illustrateur et caricaturiste Charles Constant Albert Nicolas d'Arnoux de Limoges Saint-Saëns, plus connu sous le nom de Bertall. La revue Paris artiste, dans son article sur le Salon de 1872 rappelle "l'affaire" des ânes comme l'une des potentielles raisons de l'empêchement de Schenck à atteindre une notoriété égale à la peintre animalière Rosa Bonheur. Malgré ces controverses, Eugène Pirodon réalise une gravure en 1869 qu'il intitule Abreuvoir.
Schenck sous la En 1885, c'est l'ultime consécration, il est fait chevalier de la Légion d'honneur.
Postérité
Schenck est aujourd'hui un artiste peu connu. L'une des raisons avancées de cet oubli sont ses origines allemandes qui inspirent méfiance, et plus particulièrement à partir de la guerre franco-prussiennes :La guerre éclate. M. Schenck porte un nom dont l’orthographe est prodigue en consonnes ; il n’en faut pas davantage pour être prussien. Le voilà brouillé un peu avec tout le monde. – Nous souhaitons de voir s'effacer bientôt ces fâcheuses préventions.C'est pourtant grâce à son installation à Ecouen que maints pillages furent évités pour le villagePréface de Catherine Delprat dans l'ouvrage August Friedrich Schenck 1821-1901. Faune Sentimentale, Editions Cinabre, 2025, p.9. Sa veuve, démunie à la fin de sa vie, souffrira également de ces origines durant la Première Guerre mondiale.
L'une des toiles de Schenck, Lost, souvenir d'Auvegne fut offerte en 1887 par Catharine Lorillard Wolfe au Metropolitan Museum of Art de New York. Salvador Dali, exilé à New-York depuis 1940, s'intéressa au tableau et en fit une adaptation inattendue !
Hommages vignette|Rue Auguste Schenck, Ecouen (95440)À Glückstadt, sa ville natale, le tableau Moutons dans la tempête de neige, offert par sa veuve en 1907, est présenté dans la salle principale de l’hôtel de ville.