Chemetco est une ancienne entreprise métallurgique américaine, localisée à Chouteau Township (Illinois), au sud d'Hartford, et spécialisée dans l'extraction du cuivre à partir de déchets d'équipements électriques et électroniques ou de sous-produits.
À son maximum de production, au début des années 1990, l'usine produit de cuivre., soit une part importante du cuivre secondaire produit aux États-Unis. En 1999, l'entreprise annonce réaliser un chiffre d'affaires de , et est classée comme la plus grosse entreprise privée des États-Unis..
L'activité générant une forte pollution industrielle, . C'est d'ailleurs la découverte d'un rejet illégal d'eaux polluées qui met fin à l'activité, fragilisée par une conjoncture économique difficile. La zone devient alors un site Superfund inscrit sur la .
Fondation et développement
L'extraction du cuivre à partir de déchets d'équipements électriques et électroniques par l'utilisation du procédé Kaldo est développée dans les années 1960 par une entreprise belge, la Metallo-Chimique. L'efficacité de cette technologie l'amène à la généraliser dans son usine de Beerse en 1974.. La création d'une usine américaine se fait donc avec des capitaux et le savoir-faire belge. Tout au long de son histoire, des liens étroits sont maintenus entre la Metallo-Chimique et Chemetco..
L’entreprise est fondée le sous le nom de Chemico Metals Corporation, et devient une corporation générale du Delaware le . Cette année-là, débutent également les opérations d'affinage sur le site. En , l'entreprise commence la production de cathode de cuivre affiné par électrolyse. L'année suivante, elle prend le nom de Chemetco. Vers 1980, elle emploie environ Documentation fournie par l'entreprise (Prosecution exhibit 7.) Obtenue par le FoIA, 5 janvier.. À son maximum, y ont produit par jour.
L'entreprise est pionnière de l'utilisation du convertisseur rotatif, appelé procédé Kaldo ou TBRC : elle commence avec un four construit par Krupp.. En 1981-1982, 3 Kaldo supplémentaires sont installés.. Ces nouveaux fours sont identiques aux Kaldo de utilisés par la Metallo-Chimique de Beerse.. Chemetco est la première entreprise américaine à exploiter cette technologie, et probablement la seule à le faire pour le recyclage de déchets. Le convertisseur fond et affine une charge contenant environ 50 % de cuivre, pour la transformer en anodes de cuivre directement destinées à l'affinage par électrolyse.. Il y a aussi une production, plus marginale, de plomb et d'étain extraits de ces déchets..
De 1982 à sa fermeture, l'exploitation de l'usine s'articule ainsi autour 4 Kaldo, d'une capacité de . Un four mélangeur (c'est-à-dire un cylindre d'axe horizontal pivotant sur son axe) d'une capacité de assure le stockage du métal en fusion pendant la coulée des anodes. Celles-ci sont des plaques carrées de () de côté et () d'épaisseur, pesant , contenant 98 à 99 % de cuivre. Elles sont ensuite affinées, initialement sur place, par électrolyse pour atteindre 99,99 % de cuivre.. Un pont roulant d'une capacité de manutentionne les poches de métal en fusion entre ces outils.. Par la suite, les électrodes sont envoyées à l'Asarco pour réaliser cette électrolyse.
Tous ces fours sont équipés d'un dépoussiérage humide qui capte 99,5 % des poussières présentes dans les fumées. Mais les poussières sont transformées en boues dont le stockage va s'avérer de plus en plus problématique au fil du temps..
Bien que l'usine dispose d'équipements compatibles avec la production de cuivre à partir de minerai (cuivre primaire), son activité se concentrait sur le recyclage de déchets d'équipements électriques et électroniques ou de sous-produits (scories, copeaux, tournures, boues) d'origine industrielle ou domestique. Dans une première étape, du cuivre noir contenant plus de 70 % de cuivre est obtenu par fusion dans un four. Ce cuivre noir est ensuite affiné dans un des convertisseurs à oxygène de type Kaldo, les impuretés du cuivre noir (essentiellement plomb, étain et zinc) étant éliminées dans les scories.
Les métaux sont approvisionnés en grande quantité par des grossistes, et en plus petite quantité par le propre réseau de l'entreprise, constitué de zones de stockage disséminées un peu partout aux États-Unis et au Canada. Ce tri préalable améliore la logistique et optimise le fonctionnement de l'usine.
Le terrain industriel couvre (), mais l'entreprise avait racheté progressivement, pendant ses d'existence, des terrains voisins afin de clore les plaintes d'agriculteurs. Au total, à sa fermeture, le patrimoine foncier atteint ().
L'usine est classée dans un statut intermédiaire encadré par la . À sa fermeture, un crassier de (environ ) de scories, et un stockage de (environ ) de boues de lavage de fumées, tous deux riches en plomb et en cadmium. Quatre autres stockages de déchets dangereux sont recensés : des fosses de boues d'oxyde de zinc, des bassins d'acides, des canaux de refroidissement et des canaux au nord et à l'est de l'usine. Au total, la quantité totale de déchets dangereux est estimée à .
Liens avec des affineurs européens En 1997, Chemetco saisit l’Illinois Pollution Control Board afin d’obtenir que les stocks accumulés dans un vaste 'bunker' à Hartford, présentés sous le nom d’oxyde de zinc', ne soient pas considérés comme des déchets, mais comme des matières premières destinées au recyclage.. Malgré cette appellation commerciale, le matériau en question provenait en réalité des boues de dépoussiérage issues des unités de traitement des fumées, et contenait non seulement du zinc, mais également des concentrations significatives de plomb et de cuivre, ainsi que d’autres métaux. Le plan présenté consistait à mettre en pulpe ces résidus, à les filtrer puis à les mélanger avec des fines de cuivre et d’étain avant expédition vers l’Europe.
Le dossier mentionne deux destinataires précis : Elmet, qui avait déjà reçu des lots similaires et les avait transformés en 'black copper shots' destinés à une récupération ultérieure des métaux, et Metabel, pressenti pour poursuivre les opérations de raffinage. L’autorité de contrôle a toutefois rejeté la demande, estimant que Chemetco n’apportait pas la preuve suffisante que ce matériau pouvait bénéficier d’une exemption au régime des déchets dangereux. Lors de l’audience, une riveraine exprima ses inquiétudes quant au remaniement du bunker et en même temps signala l’existence de liens capitalistiques entre Chemetco, Elmet et Metallo-Chimique. Le juge accepta au dossier des extraits du Sorkins Directory Business and Government 1996 qui confirmaient que Chemetco figurait comme filiale de Metallo-Chimique de Belgique et qu’Elmet S.L. apparaissait comme filiale de Metallo-Chimique International.
Cet épisode illustre de façon détaillée la controverse réglementaire autour de la nature réelle de ces 'oxydes de zinc' et met en lumière la volonté de l’entreprise d’intégrer ses flux de résidus dans un circuit transatlantique de valorisation métallurgique auprès d’affineurs européens.
Découverte d'un rejet illégal d'eau polluée vignette|upright=1.2|alt=photo aérienne en noir et blanc|Photo aérienne en 1998. La décharge illégale de Chemetco peut être constatée comme une courbe de couleur argentée en forme de boomerang sous le remblai du parking des poids-lourds. C'est de là qu'émerge la buse illégale.
En , une inspection surprise de EPA découvre une buse, datant de 1986, évacuant illégalement des eaux polluées en métaux lourds :
En 1996, le gouvernement découvrit une conduite de en train de déverser illégalement des eaux usées de process et des eaux pluviales contaminées dans un affluent du Long Lake. Cette émission contenait des boues d'oxyde de zinc. La zone de décharge fait environ de long par de large. Les zones humides situées le long du Long Lake sont contaminées. Lors des fouilles réalisées dans le contexte de la découverte de cette décharge illégale, des strates de matières contenant de l'oxyde de zinc ont été trouvées sur une épaisseur de dans le Long Lake, indiquant que la zone apparaît affectée par la mauvaise gestion historique de l'oxyde de zinc. En 2002, l'EPA de l'Illinois a constitué un dossier sur la contamination significative de l'usine et des sédiments sur en aval. Les polluants initialement mis en cause incluent des métaux lourds tels que le cadmium, le plomb et le zinc.
L'essentiel de la pollution consiste en des eaux de ruissellement industrielles qui se jettent dans le Long Lake et les zones humides voisines. Les sédiments s'enrichissent en plomb et en cadmium pendant les épisodes de grosses pluies qui lessivent les tas de scories, stockées sans protection particulière. Ce secteur est un affluent du Mississippi.
En 1999, l'État américain dispose des preuves que l'entreprise rejette de manière intermittente mais volontaire ses boues d'oxyde de zinc dans le Long Lake adjacent. L'entreprise est condamnée à une amende de et à la mise en place immédiate d'actions pour éviter toute pollution de ce type.
Faillite
L'amende arrive dans une conjoncture peu favorable à l'industrie du cuivre, l'usine ne produit guère que par jour, soit la moitié de sa capacité : Enfin, la paralysie économique qui suit les attentats du 11 septembre 2001 dévaste brutalement ce contexte difficile.
Le , l'entreprise se déclare en banqueroute selon le (donc en liquidation) à la suite d'une condamnation d'une cour fédérale lui imposant une amende de ..
Chemetco et son ancien directeur général sont mis en accusation pour 4 charges : association de malfaiteurs pour enfreindre le Clean Water Act (condamnation prononcée en mai 1999.), infraction au Clean Water Act, et deux pour fabrication de faux. L'usine, qui ferme le , est immédiatement prise en charge par l'Environmental Protection Agency et signalée comme danger pour la santé publique. La zone devient alors un site Superfund inscrit sur la ..
Le , avaient été licenciés. Lors de la fermeture, restants perdent leur travail. De 2002 à 2008, une organisation essaie de revendre les installations et les déchets à des compagnies spécialisées, sans grand succès. En 2008, la démolition de l'usine est décidée. Les mécanismes des convertisseurs Kaldo 1, 2 et 4 construits par la Metallo-Chimique sont rachetés par l'entreprise belge.
Dépollution et enlèvements depuis 2013
Décret de consentement et accord de traitement Le 24 juillet 2013, un décret de consentement a été déposé devant un tribunal fédéral afin d’encadrer la gestion des matériaux restés sur site après la fermeture. L’accord entre la succession en faillite et Paradigm a autorisé le traitement et la vente de certains matériaux sous supervision de l’EPA, ce qui a réduit la quantité de déchets à éliminer. Le tribunal a approuvé le décret en septembre 2013Federal Register Notice: Proposed Consent Decree.
Expéditions internationales et nationales Entre 2013 et 2015, des matériaux recyclables ont été triés sur site puis expédiés vers plusieurs destinations. Des cargaisons initiales de mixed copper-tin material (MCTM) ont été envoyées à Northeast Yejin Co., Ltd. à Chenzhou en Chine et à Trung Nhat Bao Thang Co., Ltd. au Vietnam. Après des suspensions liées à des teneurs en cuivre insuffisantes, les expéditions ont été redirigées vers d’autres acheteurs par DJL Mining LLC.
En mai 2015, 15 307,36 tonnes métriques avaient été livrées au Vietnam, suivies en octobre 2015 par 38 000 tonnes métriques vers une raffinerie en ChineEPA, « POLREP no 4: Chemetco Removal Action », 21 décembre 2015..
Des flux comme les scories de cuivre, les produits de haute qualité et le cupro ont été expédiés vers Interco Trading Co. (Illinois) et Aurubis (Allemagne)..
Élimination des déchets