La Mort de Sénèque est une tragédie en cinq actes et en vers de Tristan L'Hermite, créée en à Paris, par la troupe récemment constituée de l'Illustre Théâtre. Dédiée à son protecteur le comte de Saint-Aignan, la pièce compte vers, alexandrins et octosyllabes pour les stances de l'acte V, scène .

La pièce remporte un grand succès, notamment Madeleine Béjart dans le rôle d'Epicharis.

Imprimée dans la collection de La Pléiade, La Mort de Sénèque a fait l'objet d'une reprise à la Comédie-Française en 1984 dans une mise en scène de Jean-Marie Villégier. Avec La Mariane et Osman, cette tragédie est inscrite au programme de l'agrégation de lettres modernes en 2023Préparation à l'agrégation sur le site de l'Académie de Paris..

Personnages Néron, empereur de Rome Sabine Poppée, épouse de Néron Sénèque Pauline, épouse de Sénèque Rufus, capitaine des gardes Pison, chef des conjurés Sévinus, sénateur Milicus, affranchi de Sévinus Tigellin, confident de Néron (rôle muet) Épicharis, affranchie Lucain, neveu de Sénèque Procule, capitaine de marine Silvanus, centenier Figurants : gardes, domestiques.

L'action se déroule dans Rome.

Résumé L'intrigue de La Mort de Sénèque, , est tirée d'un épisode des Annales de Tacite. Par une , en 1642, :

Tristan L'Hermite a donné lui-même l'« argument » de sa tragédie, acte par acte, dans l'édition originale de 1645.

Scène 1 : Néron a satisfait le désir de Sabine Popée en lui offrant son épouse Octavie en sacrifice. L’Empereur accable la défunte des pires maux et voit sa mort comme une libération, puisqu’il peut maintenant épouser Sabine, et comme un moyen d’affermir son pouvoir. Alors qu’il souhaite fêter l’évènement Sabine modère sa joie en lui rappelant que de son vivant Octavie avait des partisans et que morte, elle a des défenseurs. Ceux-là pleurent encore Britanicus et Agrippine dans la personne d’Octavie et trouvent dans le peuple romain un soutien de poids contre l’Empereur. Aussi Sabine conseille-t-elle à Néron de réduire ses ennemis au silence. Dans un second temps, elle lui reproche son trop grand laxisme à l’égard de ses opposants, qu’elle nomme pour être notamment Pison et Sénèque. À l’Empereur qui disculpe son précepteur Sabine dresse le portrait d’un homme duplice, habile rhéteur, manipulateur, hypocrite de surcroît qui, loin d’agir selon les préceptes stoïciens d’ascèse et de modération qu’il prône dans ses textes, se comporte en parfait courtisan, vivant dans une opulence de biens et de richesses qu’il devrait réprouver. Les largesses dont Néron fait profiter le philosophe en récompense de l’enseignement reçu sont par ailleurs vainement dispensées dans la mesure où Sénèque s’applique à toujours rabaisser son élève, exerçant sur lui une domination intellectuelle que l’Empereur ne devait pas tolérer. Sabine évoque Burrus, ancien gouverneur de Néron, ami et, laisse-t-elle entendre, complice supposé de Sénèque dans l’art de profiter des faveurs de l’Empereur et de sa famille. Burrus mort, Sénèque doit subir le même sort. Pour dernier argument à sa requête Sabine annonce être enceinte. Elle se dit avertie par l’enfant qu’elle porte du danger que représente Sénèque et prophétise sur le parricide du précepteur. Néron se range au désir de Sabine et accepte de perdre Sénèque. Il faudra toutefois user de malice pour ne pas s’attirer la haine du peuple, l’Empereur ayant déjà le Sénat contre lui. Dans ce climat d’opposition, ce dernier craint une conspiration contre sa personne. Sénèque, de son côté, semble sur ses gardes depuis quelque temps. Cette méfiance du précepteur constitue pour Sabine une preuve de plus de sa culpabilité.

Scène 2 : Dans une tirade pleine d’humilité Sénèque remercie Néron pour ses bienfaits. Il souhaite cependant se défaire de ses biens, incompatibles avec la recherche du bonheur pour un stoïcien. Se présentant comme un vieillard usé par le métier, Sénèque demande également à pouvoir quitter ses fonctions de précepteur pour entrer en retraite. Pour voir ses doléances satisfaites, il cite en exemple Auguste qui, en son temps, accéda à la même demande pour deux de ses fidèles serviteurs. Sénèque insiste : il se sent corrompu par une abondance de biens qu’il ne mérite pas ; sa façon de vivre contrevient à sa morale ; seul Néron peut lui apporter le repos et la paix intérieure qu’il cherche. Néron, habile rhéteur, répond en élève appliquant les leçons du maître et s’emploie à réfuter un par un les arguments développés par Sénèque. L’Empereur corrige d’abord son maître. Lorsqu’Auguste accorda leur retraite à Agrippe et Mécène, ces derniers, plus âgés alors que Sénèque, ne se déprirent pour autant pas de leurs biens. Néron met ensuite dans la balance les biens matériels dont il a comblé Sénèque et les biens intellectuels dont il lui-même été comblé par son précepteur et se déclare débiteur auprès de celui qu’il considère comme son père. Il entend réparer son erreur en accablant bientôt Sénèque d’un plus grand luxe. Par ailleurs, il ne lui accorde pas de se retirer. Faisant jouer l’argument des débordements propres à sa jeunesse et son caractère, Néron entend que la sagesse du maître régule et tempère les vices de l’élève. Il congédie Sénèque à la fin de sa tirade. Rufus, qui a assisté à l’entrevue, se dit ému des soins que Néron prend pour son précepteur. Dans une réplique à double sens, Sénèque montre qu’il n’est pas dupe du piège que lui tend l’Empereur.

Acte II

Scène 1 : Pison, Rufus et Sévinus préparent la conjuration contre Néron dans les jardins de Mécène. Ils espèrent s’entendre sur un lieu propice à l’exécution de l’Empereur. Pison s’oppose à ce que l’attentat ait lieu dans sa maison comme le suggère Rufus.

Scène 2 : La conversation se poursuit en présence d’Epicaris et de Lucain. Epicaris encourage ses amis à l’action en leur rappelant les multiples exactions commises par Néron à l’encontre du peuple romain. Elle revient, dans un récit épique, sur l’épisode de l’incendie de Rome, rappelant que ceux que les flammes avaient épargnés mourraient sous les coups des soldats corrompus de l’Empereur tandis que, se repaissant du spectacle de la ville en feu, celui-ci chantait le sac de Troie depuis sa villa surplombant la cité. Épicaris assure ensuite à Pison qu’elle a rallié une centaine d’hommes à leur cause. Tous attendent les ordres du sénateur. Pison s’explique sur son refus de perdre l’Empereur dans sa demeure. Il ne veut pas porter seul la responsabilité de ce crime ni entacher son nom d’une réputation de traître. Des lieux symboliques sont évoqués : le palais de Néron, érigé sur les ruines de l’incendie de Rome, une rue de la cité ou encore près d’un théâtre où l’Empereur doit se rendre pour son divertissement. Chacun est chargé d’avertir d’autres conjurés. Pison rendra visite à Sénèque pour lui faire part du complot et tenter de l’enrôler puisqu’il a lui aussi, comme tant d’autres romains, des raisons de vouloir la mort de l’Empereur.

Scène 3 : Lucain prône la prudence auprès d’Epicaris et insiste sur la nécessité de garder le secret sur le jour et le lieu de la conjuration afin d’en assurer la réussite. Epicaris se définit par sa fidélité à la cause défendue, affirme n’être pas de celles qui parlent sans retenue puis annonce soupçonner Procule, dont elle a autrefois refusé les avances, de jouer un double jeu avec elle. Lucain déclare son amour à la jeune femme. Arrive Sénèque. Lucain propose à Epicaris d’écouter, dans le rôle du témoin caché, leur conversation. Le jeune homme va tenter de rallier le philosophe à la cause des conjurés.

Scène 4 : Sénèque se souvient des premiers temps du règne de Néron et oppose ses bontés passées à ses actes présents. Il rend compte à Lucain de sa conversation avec l’Empereur. Bien qu’il ait tenté de masquer ses intentions profondes à son précepteur, Sénèque n’a que trop bien compris que Néron s’apprête à le perdre et accepte stoïquement son sort. Le philosophe approuve le choix de Pison comme chef des conjurés mais s’étonne que Rufus, le capitaine des gardes, soit au nombre des opposants de Néron. Sénèque réagit encore au nom de Sévinus qu’il juge peu fiable pour un tel projet. Il conseille aux conjurés d’agir rapidement de crainte que le complot ne soit dévoilé. Pour sa part, ayant trop de reconnaissance pour les bienfaits dont l’a gratifié son élève et en dépit des menaces qu’il fait peser sur sa personne, Sénèque ne fera pas partie de la coalition contre Néron. Par l’intermédiaire de Lucain il décommande son souper avec Pison pour rencontrer un nouveau prophète – Paul de Tarse – qui porte une parole d’amour auprès des hommes qu’il rencontre. Lucain n’est pas séduit par l’idée de s’entretenir avec le personnage.

Scène 5 : Epicaris comprend le choix de Sénèque de se tenir écarté de la conjuration. À l’arrivée de Procule, elle conseille à Lucain de se retirer par prudence.

Scène 6 : Procule ordonne l’arrestation d’Epicaris sans motiver son ordre comme elle le lui demande.

Acte III

Scène 1 : Tandis que Tigilin est chargé de renforcer la protection de l’Empereur à travers la ville, Néron reçoit Epicaris, dont la fierté le charme, et lui propose de lui laisser la vie sauve à condition qu’elle dénonce ses complices. Le refus de la jeune femme se traduit par un mensonge : elle dit ne pas avoir connaissance de la conjuration. Elle affirme cependant connaître Procule avec lequel Néron tente de la confondre. C’est parce qu’elle a refusé ses avances à Misène que, selon elle, ce dernier se venge en l’accusant d’être un membre actif de la conjuration qui se prépare. De son côté Procule s’explique. Il se souvient d’une ancienne conversation au cours de laquelle Epicaris lui avait confié l’avancée des projets d’attentat contre l’Empereur. Sa tentative de séduction n’était qu’une manœuvre visant à connaître les véritables intentions de la jeune femme mais celle-ci, méfiante, ne lui a jamais divulgué le nom de ses complices. Epicaris clôt la conversation en suggérant à Néron de la condamner s’il ne la croit pas. Un instant dérouté par les propos contradictoires des deux opposants, l’Empereur finit par accorder son crédit à la parole de Procule. L’entrevue prend fin sur une autre provocation d’Epicaris qui confie à Néron qu’elle se soumettra à la question sans se plaindre ni parler.

Scène 2 : Bouleversée par un songe terrifiant, Sabine vient en faire le récit à Néron. Dans son rêve, elle a été avertie de la conjuration par Auguste juste avant de voir Mars armer son bras pour frapper l’Empereur que Bacchus et Cérès ont sauvé in extremis. Sabine accorde un grand intérêt à son songe parce qu’il corrobore les propos de Milicus sur son maître Sévinus. D’abord tenté de voir dans les accusations de Milicus une simple affabulation, Néron décide pourtant de s’entretenir avec le délateur tandis qu’Epicaris fera patienter le sénateur.

Scène 3 : Sabine converse avec Sévinus. Il faudrait trouver un moyen de débarrasser les sénateurs des usuriers qui les accablent.

Scène 4 : Néron reçoit Sévinus et l’entretient sur son testament. Il s’étonne de voir le sénateur affranchir un grand nombre de ses esclaves et distribuer ses biens. Sévinus explique qu’il prend les devants, que son testament vise à faire respecter ses volontés que les créanciers pourraient ne pas exécuter après sa mort. Néron accule Sévinus à l’aveu : il semblerait que le sénateur veuille tout à la fois affranchir ses serfs et soumettre son Empereur. Pour preuve de ses accusations il lui montre un poignard lui appartenant et qu’il tient de Milicus. Face aux dénégations de Sévinus, Néron rapporte les paroles de l’ancien esclave et entend confronter le maître à son affranchi.

Acte IV Scène 1 :