La Station d'épuration des eaux usées d'Aïre est la principale station d'épuration (STEP) du canton de Genève, mise en service en 1967 et reconstruite en 1998-2003. Elle est située dans une boucle du Rhône à Aïre, commune de Vernier. Depuis 2013, elle produit du biogaz. La capacité de traitement de la STEP est de 600 000 équivalents-habitants. Des travaux sont en cours pour agrandir la station d'épuration, améliorer ses performances de traitement et son rendement énergétique.

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Historique Contexte En 1953, un arrêté fédéral introduit la protection des eaux contre la pollution dans la constitution (article 24quater), adopté en votation le . Une loi fédérale sur la protection des eaux entre en vigueur le . Le canton de Genève se doit de préserver la qualité de l’eau du Rhône, il débute un plan d’assainissement en 1958 et adopte la loi genevoise sur les eaux le . La station d’épuration d’Aïre est terminée en , cinq ans après la mise en service des collecteurs de concentration des eaux usées de part et d’autre de la partie genevoise du Léman, deux ans après la réalisation des collecteurs situés au long du Rhône et de l’Arve menant à la station de pompage de Saint-Jean. D'autres constructions font partie de ce vaste chantier : les usines de destruction des ordures ménagères à Villette, Richelien et aux Cheneviers (1966), et des stations d’épuration locales à Villette, Hermance, nant d’Aisy, plaine de l’Aire et au Grand-Saconnex. Le coût total est d’environ de francs, dont pour la station d’Aïre. Le résultat est que le canton de Genève atteint en 1968 un taux de 98 % d’épuration des eaux usées (un record suisse)..

vignette|centre|upright=1.75|Schéma des collecteurs, avec à gauche la station d’Aïre.

Construction et architecture Le complexe industriel a été conçu par l'architecte genevois Georges Brera, sous la responsabilité de son jeune collaborateur Peter Böcklin., et réalisée de 1964 à 1967. Il a fallu trouver des solutions appropriées car il n'existait alors aucun exemple architectural d'installation où les eaux usées viennent d'une station de pompage, puis sont distribuées au sein d'un complexe industriel.

Georges Brera intègre les installations dans une boucle du Rhône, où se trouvait une décharge publique, et crée un sentier au long du fleuve. Les bassins de décantation, les collecteurs et réacteurs sont ordonnés dans un grand rectangle fonctionnel. Le bâtiment administratif est un peu à l'écart, dans l'axe de l'accès, il domine le fleuve et apparaît comme un repère dans le paysage.

Selon Franz Graf, . Le « Porteous » tient son nom de la méthode de traitement des boues pratiquée dans ses murs.

Les formes architecturales du bâtiment administratif dit « La Verseuse » ont d’autres similitudes avec les constructions de Le Corbusier de la même période : les pilotis qui le soutiennent, les brise-soleil qui donnent à la façade sa plastique et le toit à caractère sculptural. Ce bâtiment est situé sur une pente et compte six niveaux côté Rhône soutenus par des pilotis, et trois niveaux du côté de l’entrée. Le rez-de-chaussée est libre et vitré, il permet une vue traversante. Les brise-soleil délimitent les étages. Les escaliers sont insérés dans deux tours rondes qui renforcent la plastique générale. La salle de conférences située sur le toit s’ouvre sur le fleuve et un mur posé de biais est là spécialement pour accueillir une fresque.. Les matériaux utilisés sont principalement le béton (murs en béton brut, escaliers en béton bouchardé, dallettes pour les sols de l’entrée) ; le bois pour la barrière dans la tour d’escalier et pour les casiers dans les couloirs ; le linoleum pour les sols, .

Les grands sites industriels et d'approvisionnement étaient et sont rarement considérés comme des éléments constitutifs du paysage. Cette station d'épuration se situe ainsi d'une certaine manière dans la tradition d'architectes novateurs comme Claude-Nicolas Ledoux ou Tony Garnier.

Dans un article de 1989, Paolo Fumagalli montre qu’avec les choix formels de l'architecte, . Ce même article cite Georges Brera qui s’exprime dans une brochure publiée lors de l’inauguration : , et ..

À l’entrée du site, sur une petite élévation, se trouve un monument constitué de plusieurs murs en béton, incurvés, imbriqués, avec une plaque de bronze portant cette citation de Paul Claudel : « Tout ce que le cœur désire peut toujours se réduire à la figure de l'eau » (Positions et propositions)..

Problèmes olfactifs Le voisinage (Le Lignon, Onex, Lancy, Aïre, Loëx) se plaint des odeurs nauséabondes en provenance de la station. Le Conseil d’État assure que l’on étudie les moyens d’y remédier au moins dès 1972. Des mesures sont effectivement prises, mais en 1973 on évalue à (un maximum) de de francs si on veut . En 1975, le Grand Conseil adopte un crédit de . On affirme en 1985 que , après des travaux ayant coûté près de de francs. Un crédit de de francs est voté par le Grand Conseil en 1993 pour le . En 1990 et 1995, des travaux provoquent temporairement le dégagement d’odeurs. Un programme de modernisation et d’agrandissement est en cours en 1995Archives du Journal de Genève des 11 novembre 1972, 26 juin 1973, 17 mars 1975, 25 septembre 1981, 7 avril 1995..

Raccordements de communes Une convention est signée en 1989, avec les communes françaises d’Archamps, Bossey et Collonges-sous-Salève, qui seront raccordées au réseau suisse. Les eaux usées de ces communes sont donc désormais traitées à la station d’Aïre. Les communes du Grand-Saconnex (Genève) et de Ferney-Voltaire (France) sont raccordées en 1997Archives du Journal de Genève des 13 septembre 1989 et du 6 décembre 1996..

Reconstruction Un crédit de de francs est adopté en 1996 par le Grand Conseil pour l’extension et l’adaptation de la station d’épurationArchives du Journal de Genève du 6 décembre 1996..

La station est reconstruite en 1998-2003. Depuis 2013, elle produit du biogaz..

L’assainissement et la rénovation du bâtiment des ateliers ont été achevés en 2009.

Réaffectations et occupation Deux bâtiments ne sont plus utilisés par la STEP à la suite des travaux de reconstructions : le bâtiment de traitement des boues (« Porteous ») et le bâtiment administratif (« La Verseuse »).. En 2018, les projets de réaffectation vont dans le sens de lieux d’expositions et ateliers d’artistes., ou - concernant Porteous – d’un lieu de détention pour les détenus en fin de peine.

Fin , le collectif « Prenons la Ville » occupe le bâtiment de Porteous, abandonné depuis plus de vingt ans. Ce nouveau squat genevois soulève des questions politiques. Le Conseil administratif de Genève soutient une affectation culturelle du lieu, , de même que la gauche et les verts, les syndicats et les milieux culturels. D'autre part le Conseil d'État a décidé au printemps déjà une utilisation dans le cadre de sa politique carcérale... Une nouvelle décision du Conseil d’État en affecte le bâtiment Porteous au Département de la cohésion sociale, pour la création d’un centre destiné à des projets culturels. Selon le magistrat socialiste responsable de ce département, Thierry Apothéloz, . En mars, les occupants acceptent de libérer les lieux, considérés par l’État comme dangereux. Ils restent engagés pour . Concernant la Verseuse, le Conseil d’État envisage d’y accueillir le Département de la sécurité, tandis que la ville de Vernier voudrait qu’il soit consacré à la culture...

Travaux de modernisation de la station d'épuration Fin , les Services industriels de Genève (SIG) entament des travaux de modernisation de la STEP d'Aïre, la plus grande station d'épuration de Suisse. Ce chantier d'envergure est prévu pour durer cinq ans. Le coût global d’investissement est d’environ 400 millions de francs suisses (CHF). Le projet a pour but de répondre aux nouvelles normes environnementales suisses.

La première étape de ces travaux consiste à augmenter la capacité de traitement des eaux usées. L’objectif est d’atteindre une capacité de 1 million d'équivalents-habitants afin de répondre à l’accroissement de la population et au développement économique du canton de Genève. Les performances épuratoires seront également améliorées grâce à l'installation d'un système de traitement des micropolluants. Ce dispositif permettra d’éliminer 80% de ces micropolluants avant rejet de l’eau traitée dans le Rhône, comme l’exige la modification de la loi fédérale sur les eaux en vigueur depuis 2016.

Une deuxième phase devrait débuter en 2026. Elle prévoit l’optimisation de la filière boue, une nouvelle installation plus efficiente remplacera l’actuelle, arrivée en fin de vie.

La troisième et dernière étape du chantier, qui commencera également en 2026, consistera à installer des pompes à chaleur afin de pouvoir utiliser la chaleur contenue dans les eaux usées. Les calories ainsi récupérées seront utilisées pour alimenter le réseau de chauffage à distance, permettant ainsi de réduire le recours aux énergies fossiles.

Caractéristiques Les eaux usées viennent de la station de pompage de Saint-Jean, qui donne de l'altitude aux eaux usées de la ville pour qu'elles puissent s'écouler dans le collecteur général jusqu’à Aïre.

En 2009, la station consomme . Sa capacité de traitement exprimée en « équivalent-habitant » ( de DBO par jour) est de pour raccordés, sa charge polluante tient compte en outre des activités économiques aussi raccordées. En 2009, la charge polluante moyenne monte à et la station est donc à 120 % de sa capacité..

La station traite les eaux usées de la ville de Genève, de 24 communes du canton et d’une partie de la région transfrontalière. Elle traite l’ensemble des boues produites par toutes les stations d’épuration du canton et produit près de de biogaz, utilisé pour les besoins en énergie thermique de la station, l’excédent étant injecté dans le réseau de gaz naturel. En 2018, plus de sont raccordés (dont en France voisine.) et plus de 80 % des eaux usées de la région genevoise sont traitées à Aïre. Pas moins de d'eaux usées arrivent chaque seconde dans la station.

Bibliographie

Architecture Christa Zeller, Schweizer Architekturführer ; Band 3: Westschweiz, Wallis, Tessin, Zurich, Werk Verlag, 1996

Florian Aigle, Hans Girsberger, Olinde Rangs (éditeurs), Architekturführer Schweiz, Zurich, Architecture Artemis. Réédition complétée, 1978

Eaux usées – Dont un plan avec les 8 stations d’épurations et les 32 stations de pompage

– Avec plan d’ensemble

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Services industriels de Genève

Liens externes

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